The Drip by Michael Gullo, in Français (Québec). The whole translation on one page.
« Chu pus capable. »
« T'es pus capable de quoi? »
« Michael, je le ferai pas, c'est tout. Je passerai pas d'un chantier à un autre chantier. Je le ferai pas. »
« Stef, on a pas l'argent pour ta vision, déménager à Sevierville, mettre ta brosse à dents dans le verre pis aller chez O.P. Jenkins pour le divan. »
« C'est pas une vision, Michael. C'est pas chez nous, icitte. On a fait une erreur en venant ici, pis je veux rentrer à la maison. »
« Je le sais, mais c'est pas si simple --- On va y arriver. Je te le promets. »
« Ça fait dix ans qu'on est icitte, pis ça fait quasiment tout ce temps-là que tu me promets qu'on va retourner. »
« C'est l'argent, Stef. »
« Michael, c'est pas ça, pis tu le sais. Ça t'a pris un an pour creuser pis finir une fondation qui est finie depuis encore une autre année. Deux ans que je vis avec une fondation dans la fenêtre de ma salle à manger. Je pense à peinturer un gros H rouge dessus pis à dire à tout le monde que c'est la piste d'hélicoptère. »
« Ah ben tabarnak, oui! Va chercher les pinceaux, moé je m'en vas chez Sherwin Williams. »
« Michael. »
« Je le sais, bébé. Mais chu pas un gars qui reste assis. Patrick nous trouve un terrain pas cher, pis le gars dit qu'on peut aller le voir, pis le prix est bon, mais on a pas l'argent pour bâtir une maison neuve au complet pis finir celle-ci en même temps. Toute est dans celle-là. »
« Pis c'est ça, le point. T'as dépensé chaque cenne qu'on avait depuis dix ans à visser des affaires sur cette maison-là, pis astheure elle a coûté plus cher que ce qu'on va jamais en avoir. »
« Elle était invendable. »
« Quel marché, ça? »
« Le marché immobilier. Elle a traîné 430 jours avant qu'on l'achète – parce que personne cherche une maison de trois chambres sur quatre étages. On l'a payée quasiment moitié prix parce qu'elle était invendable. »
« Sauf pour toé. »
« Tu te rappelles pas des premiers visiteurs, les premiers mois? James, Karen, tout le monde avait la chienne de descendre au lac en char de peur de rester pris? »
« Correct, arrange la fosse septique. Coule une entrée - mais c'est l'idée de qui de rénover trois chambres pour en faire six? C'est l'idée de qui d'arracher la cuisine pour mettre un sanctuaire de chef toscan? Pis pour l'amour du ciel, qu'est-ce qui t'a pris de mettre tout ça hors réseau? »
« Pas encore le solaire. Écoute, on a acheté la place en rêvant de toute la famille sur le quai, les Sea-Doo, les flotteurs, les BBQ, pis le fait est que c'est trop loin pour tout ça. »
« Correct, d'abord on la vend. »
« D'où le chantier. »
« Non, Michael. Le chantier, ça fait huit ans. »
« Sept. »
« Et demi. »
« C'est pas toute mon idée. L'économie de Hardin Valley a changé. Ils ont mis l'école pis les milliers de maisons, pis la place est passée d'un camp sur le lac à un domaine multigénérationnel de onze acres avec six chambres. »
« Mais c'en est pas un. Elle a six chambres, oui, mais les lits sont vieux, la déco est dépareillée, pis 1990 veut ravoir sa céramique de salle de bain. »
« Tu viens-tu d'ajouter quelque chose à ma liste de rénos? »
« Non, Michael. Chu pus capable de vivre de même. Six chambres, Michael. Six. On les décore même pas. Des vieilles cochonneries dans tous les coins. Pis le divan; oui, je veux un divan neuf. Je veux dire, des griffes de chat pis des pattes de chien. Les coussins sont sales. Y'a de la poussière de gypse de quatre-vingt-seize projets dedans. Chu pus capable. »
« Attends, je vas-tu encore chercher la peinture? »
« Pis le sous-sol. Qui c'est qui creuse littéralement un trou à côté de la maison avec un tracteur à gazon – un tracteur à gazon, Michael. Qui creuse un trou à côté de la fondation, en excavant chaque pouce de la longueur de la maison, semelles pis toute, pour ensuite scier un trou dans le mur de béton pour mettre une porte juste parce que le comté voulait pas compter la chambre sans une deuxième sortie? »
« Mais j'avais déjà agrandi la fosse septique pour six chambres. Fallait que ça se fasse, c'est toute ce que je dis. »
« Ouais, va chercher la peinture. Je vas m'en servir pour la silhouette à la craie. »
« Correct, d'abord on met la place sur le marché. »
« Pis là elle se vend, pis on reste où? »
« J'imagine qu'on pourrait prendre un appart pour quelques mois. »
« Quelques m --- es-tu sérieux? »
« Stef, t'es toute à l'envers. »
« À l'envers? T'as acheté quatre chars dans la dernière année, pis tu les as toutes échangés parce qu'y étaient pas parfaits, »
« Bats-toé à la loyale. »
« Je me bats à la loyale – pour moé. T'as acheté quatre chars dans une année. L'Audi était trop petite. Après ça le Rivian trop pas confortable, pis retour à une Audi mais différente, pis là je peux même pas traverser le garage jusqu'à mon propre char parce que ton Hummer de gros cave est littéralement collé à plat contre le mur pour que tu puisses fermer la porte de garage. »
« Voyons donc. C'est pas juste. Faut que j'aie un électrique. On a l'énergie solaire. Le gaz est gratis. »
« T'es impossible! T'es du Wabi-Sabi avec un accent de Brooklyn, pis des fois faut juste que la marde se fasse. »
Première semaine de novembre 2023. Dripping Springs Road, Seymour, Tennessee. Un GMC Hummer EV 2024 vert mat, Three-X, qui avance ben lentement devant les maisons mobiles pis les fermettes de briques style ranch à un étage du tournant des années soixante-dix qui ont commencé avec une jeune famille y'a ben des années, mais qui sont astheure habitées par les arrière-grands-parents vieillissants de la classe moyenne aisée de Knoxville. Devant les petites fermes familiales privées de bétail Black Angus. Il glisse devant la cour à scrap du vieux Teague avec ses pickups rouillés pis sa machinerie de construction. Y'a même un autobus scolaire sur des blocs de ciment pis une roulotte magané ou deux dans un état encore pire que le trou à marde délabré, anciennement bourgogne, décoloré par le soleil, d'où Lonnie est assis à regarder le mastodonte ridicule gratter le long de la route. La câlisse d'affaire sonnait comme un nid de guêpes qui bourdonnait son chemin jusque dans ses cauchemars. Le chauffeur est invisible à travers les vitres teintées foncé, mais Lonnie le voit. Lonnie connaît le genre. Il attend ça depuis que la pancarte a été plantée.
Ça fait même pas deux semaines qu'il les a regardés creuser les trous de poteaux pour la grosse pancarte commerciale de la grandeur d'une feuille de contreplaqué, Acreage for sale – Dwight Price. Un autre gars de la ville qui se pense important. Acreage, disait la pancarte. Acreage, ça voulait dire juste une affaire. Acreage, ça voulait dire des développements pis du monde pis du trafic pis du bruit pis des étrangers avec leur argent pis leurs enfants pis leurs changements. Dans sa tête, Lonnie voyait l'homme dans le vaisseau spatial quand il est passé devant lui. Il pouvait voir sa montre en or appuyée sur le volant. Il pouvait voir sa chemise repassée. Il pouvait voir ses niaiseux de souliers lisses pis luisants en dessous. Il pouvait le voir. Un autre gros bonnet qui roule sur les petits chemins tranquilles de l'Amérique à zieuter les collines pis les creux en planifiant comment il va pouvoir couper tous ces maudits arbres-là dans toutes ces forêts-là pour fourrer autant de maisons qu'il peut mettre la main dessus avec ses piasses. Lonnie l'a vu, certain.
Le problème, c'est que quelques-uns de ces octogénaires-là étaient partis avant leurs quatre-vingts ans vers la récompense pour laquelle ils avaient prié pendant toutes ces années de dimanches à Dupont Baptist. Pis astheure leurs enfants de la haute que Lonnie avait connus à l'école, eux autres avaient mieux, pis ils avaient pas d'usage pour les quinze acres de la vieille mère icitte dans le fin fond du bois quand elle est partie. Mais Lonnie avait pas sacré son camp. Il était resté. Il avait son propre gars icitte, bon à rien comme il est. Pis son gars avait eu un bébé icitte aussi, une belle petite fille de neuf mois qui est la lumière de toute la vie de Lonnie. Du matin à minuit, ce bébé-là est le seul rayon de soleil de toutes ses journées. Tout ce dont il rêve, c'est de marcher ces collines pis ces creux avec elle, chasser, pêcher, nourrir la famille comme il l'a toujours fait. Comme Cody aurait dû le faire avec lui.
Mais v'là Dwight Price avec toutes ses bonnes idées. Faut qu'y se plante une grosse pancarte qui dit Acreage For Sale. Ça dit pas terre à bois ou maison ou ferme, ça dit acreage. Pis ça veut dire juste une affaire. Aussi sûr que de la marde, v'là les développements. Ouais, au fil des années les matriarches pis les patriarches sont morts, pis ils ont laissé leur bout aux enfants, pis les enfants ont emménagé ou ben ils l'ont vendu à des familles qui fittaient. Pis de temps en temps une belle grosse remorque neuve à chargement large montait la vallée pis du nouveau monde s'installait dans une roulotte propre. Une fois ou deux, surtout du bord d'Ellijoy, une maison neuve a été bâtie sur place, mais rien qui détonnait avec le reste de nous autres. Mais c't'affaire-là, ça fitte avec rien pantoute dans le coin. Pis le gars dedans, y va pas monter une Clayton Homes Double Wide, non plus.
Perdu dans ses pensées, il avait laissé passer le Hummer. Pis même s'il pouvait encore entendre ces niaiseux de pneus-là, il a embarqué dans le truck qu'il avait emprunté à Jed après qu'ils lui ont finalement ôté son permis l'année passée pour sa troisième conduite en état d'ébriété, en espérant rattraper la câlisse d'affaire au Wye Exxon. C'est là qu'il s'en va. Il va arrêter au Wye. Il va s'asseoir là sur son téléphone pis appeler le vieux Dwight, cool, sans laisser paraître qu'il veut acheter la rue au complet. Pis Dwight va embarquer dans le jeu aussi, parce qu'il sait que ce gars-là vient juste de finir dans Hardin Valley, pis qu'il a besoin d'un terrain pour monter le prochain pour pas que le robinet à piasses se tarisse.
Elle a parti drette là, à part de ça. Ben sûr, y'a une petite fumée pis un cliquetis dans c'te valve-là, mais ça, c'est un truck. Ça fait un vrai son. Ça fait pas ce niaiseux de bourdonnement-là, non plus. Peux-tu croire qu'ils ont fait ça exprès? Sa tête est repartie toute seule encore. Les v'là, une couple de ces gaspilleux d'argent de bureaucrates-là pis leurs petits chiens de poche corporatifs lèche-culs assis à dîner sur le bras des contribuables, à inventer des problèmes pour chaque solution. « Pis si un aveugle veut traverser la rue? » que demande celui du gouvarnement. « J'comprends pas, » que répond le malade. « Pis s'il entend pas le moteur? » Pis v'là, la naissance de la niaiserie. Ils font bourdonner pis ronronner pis biper ces affaires-là pis faire toutes sortes de sons de maudit fou juste pour qu'un épais en ville se fasse pas frapper parce qu'il a pas assez de jugeote pour rester sur le trottoir tant qu'il a pas regardé des deux bords.
« Ah ben câlisse! » qu'il a jappé en prenant la courbe trop vite. Il a failli rentrer drette dans le cul de ce Hummer de marde-là juste dans l'angle mort qui monte dans le bois creux qui cache le trou de pêche à Lonnie. Juste à la place du pédophile. Ça, c'est une histoire. Sans niaiser, ce gars-là, c'est un délinquant sexuel enregistré. Comme tous ceux-là qui avaient juste besoin de se sauver de l'Amérique des petits villages. Faut qu'y se sauvent de c'te vieille place plate-là pis qu'ils se branchent sur la vie de la ville, celui-là a perdu son chemin. Pis ce gars-là a pas juste perdu son chemin, non plus. Le gars a trouvé une barrière ouverte entre la réalité pis un pays imaginaire que le reste de nous autres on a pas l'imagination pour. Il a pogné un goût pour les enfants. Qui sait – peut-être qu'il est tombé sur un de ces sites de porno-là, pis qu'il a aimé ce qu'il a vu. Ou ben peut-être que mononcle Harry était pas capable de garder ses mains pour lui, pis que le petit l'a eu de famille. Dans les deux cas, il a pogné un goût pour ça, pis il est allé l'essayer lui aussi, mais c'était un piège, pis il s'est fait pogner à essayer de mettre la main sur un enfant. En 2008, c'était. Pis nous v'là, fin '23, pis non seulement il est déjà dehors depuis dix ans. Il est propriétaire terrien. L'histoire finit pas là, non plus. C'est comment il est venu à posséder le terrain qui donne la troisième dimension.
2022, ça fait un boutte qu'il est sorti. Il travaille pour son père. Il reste avec sa mère. Les deux sont divorcés. Pis devinez quoi, ce gars-là a une femme. J'ai aucune idée comment il se trouve une femme avec un dossier de même, aussi public que ça. Y'en manque pas, des sites web pis des sites d'avertissement pis des écrans d'ordi avec des petits points rouges partout sur la carte qui montrent où ces agresseurs-là restent. Faut qu'ils s'enregistrent avec l'État, le comté, la ville. Faut qu'ils voient un agent de temps en temps pis qu'ils prouvent qu'ils sont pas en train de jouer avec des enfants. Comment, sur la terre, une bonne femme rencontre un homme de même, un dossier comme un panneau néon d'avertissement, restez loin! Pis elle tombe en amour. Elle est pas juste en amour. Ils ont un bébé. Pis ils ont deux chiens Rottweiler aussi. C'est là que l'histoire devient intéressante, pis comment il est venu à posséder le terrain. Comme j'ai dit, c'est la mère qui l'a acheté. Il reste avec sa mère. Une grosse famille heureuse. Le tripoteux d'enfants, la mère, la femme immigrante, la petite fille bébé, pis les deux chiens. Ben, un jour, c'est la mère qui surveille le bébé dans la chaise berçante, pis les chiens l'attaquent pis lui arrachent la gorge, pis elle est morte. Pis on sait tout ça parce que c'est de même que la police les a trouvés. Le bébé gras pis heureux dans son siège rebondissant à roulettes pis les deux chiens, les babines pleines de sang. Pis c'est une histoire vraie à part de ça. Il a tout lu ça dans les archives en ligne l'année passée quand il a vu la Mitsubishi rouge dans l'entrée pis qu'il a regardé le rôle d'évaluation. Il a trouvé que la propriété venait juste de changer de mains.
Ben ce Hummer-là tournait dans la même entrée du tripoteux quand il a quasiment stationné son pickup sur la banquette d'en arrière. Mais pas Lonnie. Non, Lonnie, c'est un maudit bon chauffeur. Il a à peine eu besoin de toucher aux freins pis de caresser le volant vers la gauche. Il a quasiment même pas touché à la double ligne jaune – lisse comme de la glace. Le trou de cul l'a probablement même pas vu passer proche – prob' sur son téléphone ou en train de compter son argent ou une niaiserie de même. Lonnie a continué tranquille. Il a viré de bord au Community Center pis il est repassé. Qu'est-ce que ce gars-là faisait par icitte? Il est venu acheter de l'acreage, pis le v'là qui monte la côte envahir le spot de pêche de toute la vie de Lonnie.
« Hé, Michael. Quoi de neuf? »
« Hé Phil. Stef est occupée ou quoi? »
« Chu là. T'es sur le haut-parleur du char. »
« Fait que, pas de sacres, compris. »
« T'es où? »
« Le GPS dit que chu à une minute. »
« C'est comment? »
« On est ben loin du réseau de recharge astheure, Toto. Mais le téléphone marche ben. »
« La rue est comment? »
« C'est, euh… Un vieux tracteur rouillé planté au milieu du champ depuis que la ferme est tombée en jachère. C'est un cimetière de famille clôturé dans un pâturage à vaches. »
« On peut-tu sauter la version poésie? »
« Non. C'est une clôture en fer rouillée jusqu'à en devenir de la dentelle. La partie où je passe drette là, c'est une cour à scrap des deux bords du chemin qui coupe évidemment drette au milieu de son terrain. Mais la scrap, c'est comme drette au bord du chemin, comme un pied ou deux en retrait. C'est quasiment comme une ligne tracée à la craie, d'un bord un écusson de capot de truck de mille-neuf-cent-je-sais-pas-quoi qui dit White pis Super Power en dessous – sans niaiser. »
« De quoi tu parles? »
« C'est une vieille compagnie de trucks – le point, c'est que les roues pis tout le reste, c'est comme sur une ligne imaginaire parfaite tout le long de la façade des deux bords. Y'a une girouette pis la boîte à malle obligatoire bossée au bâton de baseball, un congélateur coffre. Y'a une carcasse de cabine téléphonique qui manque la moitié de la vitre, pis le bottin est encore là-dedans sur sa chaîne. »
« Genre, toute la rue? »
« Non, juste c'te boutte-là. Je veux dire, ce gars-là a une chaloupe sur la ligne – à l'endroit, pleine d'eau de pluie pis de nénuphars. Y'a une cheminée de pierre… »
« Je comprends pas. C'est-tu toute la route de même? »
« J'étais en train de le dire. Non, fait que chu rentré par en arrière comme on avait dit, genre par le comté de Blount pis toute… »
« C'était comment sur Pellissippi? »
« Je vas te dire une affaire, ce Super Cruise-là, c'est de la bonne affaire. Je l'ai parti, pis j'ai juste laissé le char conduire… »
« Je veux dire le trafic. »
« Je sais ce que tu voulais dire. Y'avait du trafic, mais j'ai parti le Super Cruise, pis je regardais autour pis je voyais la face de tous les chauffeurs quand ils jetaient un premier coup d'œil en cachette à c't'affaire-là dans la nature. »
« Ouais, t'aimes ton char. Mais le voisinage, lui? »
« Ben, y'a ben du Tyvek décoloré pis de l'ouvrage pas fini. »
« Ah, fait que c'est comme notre maison. »
« Ouch! »
« Ta yeule, Phil. »
« On a pas de Tyvek, chérie. C'est comme tous les quartiers pauvres de génération en génération loin du chemin principal. Des galeries d'en avant à moitié commencées avec le feeling j'ai-fait-ça-à-ma-manière, des cours pleines de mauvaises herbes – pas des mauvaises herbes dans le gazon. C'est comme si jamais ils épandaient du tue-mauvaises-herbes, le terrain au complet aurait l'air de celui-là où le chien est attaché à un piquet pis où y reste juste de la bouette. Mais y'a de la fierté de propriétaire aussi – saupoudrée là-dedans. »
« Fait que comme chez nous. »
Soupir. « T'aurais dû venir. »
« Je pouvais pas. On l'a pognée à froid, la madame, pis c'était la seule journée où on pouvait faire signer le mandat. »
« Je le sais, mais t'aurais dû, c'est toute ce que je dis. »
« Ça a pris combien de temps? »
« J'aurais pu venir une heure plus tard, pis t'aurais vu de tes propres yeux. »
« …Dans le char… Haut-parleur. »
« C'est-tu une chicane de couple? »
« Ta yeule, Phil. »
« Ça a pris une heure, plus ou moins. »
« T'aurais dû venir. »
« T'aurais dû attendre à demain. »
« Pas question. Pis si le gars change d'idée? »
« Si… »
« Ça change rien. Chu là astheure. »
« C'est comment? »
« Comme dans le Street View. C'est un chemin de terre, ben envahi. Y'a une petite pancarte en fer Posted piquée de rouille. Y'a un terrain de voisin de génération en génération à côté. Deux roulottes, une neuve plus loin du chemin, ben entretenue avec une galerie moustiquaire. Y'a une borne d'arpentage avec un ruban rose ben décoloré, le nœud qui pourrit au soleil. Chu sorti astheure. »
« Correct, appelle-moé quand tu pars. »
« Ça fait longtemps que personne a monté icitte en char. La barrière vient juste de s'effondrer pendant que je l'ouvrais. »
« Y'a une barrière? »
« Pas comme notre barrière. Certain pas d'intercom qui va jusqu'à la maison. C'était comme une barrière à vaches ou de quoi de même – chaîne pis cadenas rouillés barrés. Le poteau est juste tombé quand j'ai essayé de la faire pivoter. »
« Je vas commencer à faire les boîtes. »
« Hein? »
« Tu le brises, tu l'achètes. Pas le choix astheure, faut déménager. »
« Déménager dans quoi? J'essaye de monter l'entrée, mais ça grimpe une côte jusqu'à un virage à droite, pis c'est toute de la bouette pis une chute raide de quinze pieds jusqu'à un ruisseau qui gazouille. »
« Y'a un ruisseau?!? »
« Excite-toé pas trop. C'est la partie du droit de passage, pis le chemin – si on peut appeler ça de même – est ben creusé par l'eau. Même c't'affaire-là peut pas passer. »
« Fait que, ça veut dire quoi? »
« Ça veut dire que faut que je recule pis que je me stationne sur le bord du chemin pour monter à pied. »
« Fait qu'on se retire pas? »
« Non, bébé, on se retire pas, on l'achète encore, mais le droit de passage a besoin de ben de l'ouvrage. Si j'avais pas de caméra de recul là-dedans, j'aurais déboulé la côte pour…. Jésus!... »
« Pour Jésus? »
« Y'a une courbe dans le chemin juste avant l'entrée, pis un gars a quasiment stationné un pickup, on aurait dit qu'il sortait tout droit de la cour à scrap, drette sur ma banquette d'en arrière! Il a planté les freins, il a donné un coup de volant. Je le regardais dans la caméra. Il a laissé une livre de caoutchouc sur le chemin, pis il a quasiment arraché la boîte à malle de l'autre bord de la rue. Ça, c'est une autre affaire que j'ai remarquée. Toutes les boîtes à malle sont du même bord de la rue. On va être obligés de traverser le chemin pour aller chercher nos circulaires. »
« C'est ça, la partie rurale de la route postale rurale. Les voisins qui s'entraident – ils décorent leur façade avec des boîtes à malle. »
« Hé. »
« Hé. »
« C'était vite. Tu peux pus te retirer astheure. T'as brisé la barrière du monsieur. »
« Ouais, tu le brises, tu l'achètes. J'avais compris la première fois. »
« T'as-tu pu toute voir? »
« Non, je me suis rendu jusqu'à c'te fourche-là dans le droit de passage, pis le chemin de gauche avait pas l'air correct fait que j'ai pris à droite, dans la forêt. »
« T'es juste parti dans la forêt au hasard? »
« Non, y'avait une fourche dans le droit de passage. Du bord gauche, des ronces, du bord droit, la forêt. »
« La forêt, c'est bon. »
« Ben non, parce que je pense que j'ai pris le mauvais bord, pis j'ai marché genre quarante-cinq minutes. Après ça j'ai été obligé de virer de bord. Pis le bon bord, qui est le bord gauche, a pas l'air correct. »
« Qu'est-ce qui marche pas avec? »
« Ben, je peux pas passer au travers, pour commencer. C'est toute des ronces de mûres, pis ça monte drette à pic. Je peux pas voir où l'étang serait. »
« J'adore les mûres! »
« On les aime toutes, pis les ours aussi, qui font effectivement leurs besoins dans le bois. »
« T'en as-tu vu? »
« De la crotte, oui. Des ours, non. Mais y'en a en masse icitte, ça je peux te le dire. »
« Bienvenue dans les Smokies. »
Ce que je veux vraiment voir, c'est l'étang, mais je peux pas passer aujourd'hui. Il est tard à cause de ma marche d'une heure et demie. »
« T'as dit quarante-cinq minutes. »
« Quarante-cinq pour aller, pis le retour, pis les ronces. Je redescends le droit de passage, là. »
« On dirait que tu marches. »
« Il va déjà faire noir quand je vas arriver à la maison. »
« Ça a l'air d'une marche rough. »
« Pas pire. C'est envahi. Ben des fois à se pencher pis à se tortiller entre les deux. »
« T'es sûr que c'est juste ça? Ça sonne comme un peu plus. »
« Commence pas. Oui, je fume, pis non, j'ai pas blessé le poumon. »
« C'est pas une affaire avec laquelle on niaise. Si la bulle pète pendant que t'es là-haut dans le fin fond du bois comme un épais tout seul… »
« Stef. Chu correct. »
« Pis tu fumes, tant qu'à y être. »
« Fait que quand tu rentres dans l'entrée, le voisin est drette là. Je veux dire, genre trois pieds séparent les entrées. »
« Beau changement de sujet. On dirait que t'as de la misère. »
« Les entrées sont proches, mais y'a un ravin entre les terrains; une pente pas mal raide à un moment donné. »
« On devrait-tu appeler Brittany demain juste pour qu'elle écoute? »
« Stefanie, chu correct. »
« T'as pas l'air correct. »
« Monte icitte demain, aide-moé à trouver c't'étang-là, pis entre les piqûres de bibittes pis les ronces, pis ce maudit jeu de Twister de branches d'arbres en travers du chemin, si t'es pas brûlée, je vas appeler Brittany pour une visite sur place drette icitte dans le sentier de bouette, pis je vas lever mon chandail, pis elle va pouvoir me dire que je respire fort pis que j'ai le cœur qui bat vite à cause de l'exercice, pis tu vas me lâcher la paix pour que je puisse te parler de la pancarte Blackberries for sale. »
« De quoi tu parles, câlisse? »
« Y'a une pancarte en contreplaqué. C'est genre une demi-feuille. Elle est vieille, genre usée par le temps… »
« Je t'entends pas. »
« Elle est vieille pis gris foncé. Elle est accotée sur la deuxième maison… »
« Je t'entends pas. »
« Je peux pas parler fort. Chu drette à la partie serrée entre les terrains, pis je veux déranger personne. Ils sont certain pas habitués à voir du monde par icitte, pis un gars avec ma voix. »
« Ouais, ils vont sortir en tirant. »
« Cute. J'ai deux voix. Fort pis tout le monde m'entend. »
« Fort en tabarnak, pis marmonner, c'est plus ça. »
« Comment ça a été avec le juge? »
« Phil pis moé on s'est rendus jusqu'au comté de Jefferson, pis on est sortis de là en cinq minutes. Jurez-vous que tout ceci est vrai selon…. Bla bla bla. On a eu notre mandat, pis on ramasse la madame à première heure lundi. »
« T'es un malade. »
« C'est une criminelle. Je me sens pas mal. »
« Pis tu devrais pas te sentir mal, mais ça t'excite. »
« On passe une année complète à la fois sur ces dossiers-là, pis on travaille jour après jour à monter le dossier… »
« Mon pneu est à plat. »
« Comment ça, ton pneu est à plat? »
« J'ai embarqué dans le truck pis le petit bonhomme dessiné sur l'écran dit que j'ai 3 pneus dans les 60 pis un à 29. À plat. »
« Il est-tu à plat? »
« Je le sais pas. J'avais besoin d'un break. Le dessin dit qu'il est à plat. J'ai bougé les miroirs, pis ils ont l'air corrects. Mais le pneu arrière du bord du passager indique vingt-neuf livres. »
« Ben va voir. »
« J'y vas. Pis il est certain bas. On dirait que j'ai roulé sur de quoi, comme un éclat de métal ou de quoi de même, mais c'est dans le flanc juste au-dessus des crampons. Ça dépasse comme une lame de prison qui a été rentrée au fond pis tournée une gang de fois jusqu'à ce qu'elle casse… Ça a comme une forme de tire-bouchon, mais c'est du métal plat – c'était du métal plat. »
« C'est ridicule, qui c'est qui poignarderait ton pneu? »
« Aucune idée, mais je peux pas le changer icitte. Chu stationné à moitié dans le fossé pis dans les grandes herbes drette dans la courbe. Quelqu'un l'a déjà prise comme si c'était une course de petits chars électriques, pis la lumière baisse. »
« Y'a le gaz bar au Wye. Peux-tu te rendre là? »
« Je sais pas c'est à quelle distance. Chu rentré par en arrière, rappelle-toé. »
« Ben, c'est pas loin. »
« Je vas le traîner tranquillement pis voir si je me rends. C'est surtout en descendant de toute façon. Laisse-moé raccrocher pis me concentrer. »
« Appelle-moé quand t'arrives. »
« Le pneu de secours est facile à trouver, mais j'ai aucune idée où est le jack. »
« T'es pus à Knoxville, c'est le comté de Sevier astheure. Tu peux toujours convaincre quelqu'un de t'en prêter un. »
« C't'affaire-là pèse dix mille livres. Chu pas sûr que ben du monde ait le jack qu'il faut pour lever ça dans les airs – pis si je le demande au gars qui m'a poignardé le pneu en premier lieu? »
« Personne a poignardé ton pneu. Tu passes la moitié de ton temps à rouler sur l'accotement avec c't'affaire-là. T'as probablement pogné un clou. »
« C'est pas un clou, ça. Laisse-moé y aller pour que je puisse me concentrer. »
« Essaye de le garder entre les lignes. Dommage que t'aies pas eu le deux pour un quand tu m'as acheté le gonfleur de pneus pour ma fête. »
« Y'a un magnifique Community Center par icitte, drette en face d'une vieille église d'antan comme une chapelle… Tu vas adorer la place. »
« Appelle-moé quand t'arrives. »
« J'ai hâte de te montrer ça demain. Montons par icitte pis allons dîner sur Chapman. »
« OK, va réparer ton pneu. »
Plus haut sur le chemin se dresse une église baptiste. De l'autre bord du rang, sous les branches entrelacées des arbres centenaires, se dresse le Community Center. L'église est née icitte. C'était de même avec les petits troupeaux dans le temps. Ils commençaient comme une jeune congrégation qui se réunissait à l'école de rang ou dans une place commode, pis ils grandissaient pis ils ramassaient les fonds, pis ils bâtissaient une maison d'église. Ces deux bâtiments centenaires-là sont un peu parents, l'un né de l'autre, ni l'un ni l'autre oubliant ses racines. Entre les deux, sur la galerie d'en avant, appuyée sur un balai de blé d'Inde Kear's, Mernie Newell, qui a tout l'air d'être sortie de terre avec la galerie en 1907. Vieillie, usée par le temps, ses mains ayant usé le vernis de plus d'un balai, pas un nom sur un manche, toute une industrie disparue avec l'époque où fabriquer une chose, c'était la manière dont toute une région vivait. Avec elle, sa jeunesse s'était pelée comme la peinture sur les murs de planches à clin, quand même sa propre sorte de beauté, celle qui existe en unité complémentaire avec ce qui l'entoure, la beauté qui naît pas de la symétrie mais de la similitude des poids installés sur la terre qui en même temps les a élevés pis a porté la charge de leurs vies. Un peu courbée, un docteur poserait un diagnostic, c'est sûr, mais le terme lui rendrait pas justice parce que c'est une seule chose qui la nomme le mieux. Le temps change les choses, d'une vie de lentes usures accumulées pis des accommodements faits pour elles, en l'intemporalité d'apprendre les leçons.
« C'est qui, ça, Emma? »
« C'est qui quoi, Mamaw? »
Emma, plus jeune. Elle adore son temps avec Mernie, perplexe devant le bâtiment, faisant le compte dans sa tête du catalogue de monde qu'elle pourrait appeler pour faire du bénévolat de grattage pis de peinture sur les planches à clin du Community Center comme elle l'avait fait pour l'église l'année passée. Y'a Connie pis Rose, pis même le vieux Joad a payé la peinture. Elle se demande si elle peut trouver quelqu'un pour remplacer les portes d'en avant. Elle détourne les yeux de la porte en acier peinte d'apprêt qu'elle se disait tantôt qu'elle avait ben pas d'affaire là.
« C'est le truck à Jed, mais c'est pas lui qui chauffe. »
« C'est Lonnie. Jed y a prêté quand ils y ont ôté son permis. »
« Lonnie est correct. J'aime pas son p'tit gars par exemple – y'a la mauvaise habitude de trouver les affaires des autres avant même qu'ils sachent qu'elles manquent »
« Je pense qu'il fait juste virer de bord. »
« Tant que c'est pas c'te p'tit gars-là. »
C'est deux portes différentes, pas d'époques différentes; les deux sont blanches. Les deux sont en acier, sans fenêtre. Mais une est venue avec le cadre, pis l'autre a clairement été accrochée sur des pentures déjà en place. C'étaient pas les mêmes portes, pis bizarrement elles étaient même pas dans le même trou comme une porte double devrait l'être. C'est deux portes complètement différentes dans deux trous complètement différents, côte à côte comme si elles l'avaient toujours été, deux pieds de planches à clin entre les deux. Pourtant elles entrent dans l'unique pièce ouverte à la même place. L'effort que ça a pris insiste sur une autre époque. Elles sont de la même couleur, mais pas au même stade de décoloration au soleil. Pis elles ont le même usage, mais une présence différente. Y'a une raison. Y'a toujours une raison. Ont-elles été accrochées la même journée? Qui a fait l'ouvrage? Surtout, qui a organisé l'ouvrage? C'est ça, le vrai coupable icitte. Si elle avait été là c'te journée-là, elles seraient différentes. Elles seraient pareilles, pour commencer. Pis jamais dans cent ans elles seraient en acier comme une toilette extérieure de station-service. Elles ont pas d'affaire là. Peut-être qu'elle pourrait trouver quelqu'un pour donner des vraies portes.
Pis c'est de même que la journée a passé, Mernie qui balayait partout, Emma qui s'inquiétait de l'ouvrage à faire. Mernie qui balayait l'intérieur, Emma qui cochait les services à faire donner. Les ombres des branches bougeaient sur le stationnement, pointant une fois par icitte pis après par là. Les voisins passaient en char en avant d'un bord pis de l'autre, pis un chevreuil ou une dinde, de temps en temps, s'alarmait ou appelait dans le bois en arrière. Les oiseaux piaillaient dans le feuillage au-dessus, pis un ours noir s'est faufilé dans la cour de côté sans que personne le remarque. C'est de même que ça avait été pendant des générations. Depuis le temps où ces deux portes-là ont été encadrées pour la première fois. Pis Emma a raison. Y'a toujours une raison, pis la raison pour celles-là était simple. Les temps étaient différents quand ce bâtiment-là a poussé, même le nom du village était différent. Ça est pas devenu Seymour avant 1909 quand ils ont changé le nom de la gare en l'honneur de Charles Seymour, ingénieur en chef du Knoxville, Sevierville Eastern Railway. Avant ça, c'était Newell's Station, pis ce Community Center-là, c'était la Pickens School House, pis ces portes-là, c'étaient les portes séparées des gars pis des filles, pis Emma avait ben raison, elle aurait été déterminée en tabarnak à changer ça si elle avait été là quand l'ouvrage a été fait. Les changements s'en venaient. Ils venaient toujours. Ils venaient avec le temps. Pis les heures passaient, comme elles avaient toujours passé. Le bâtiment bâti pour séparer les gars pis les filles au seuil est astheure la place où tout le creux défile pour être compté comme un seul.
« C'est quoi, ça? » que Mernie a crié de la galerie où elle passait le balai une deuxième fois. Elle voulait vraiment faire les marches.
« C'est quoi quoi? » Pis là elle l'a entendu. Le son de grosses roues de charrette qui roulaient sur le chemin. Elle s'est retournée. « C'est un truck, j'imagine. »
« Il est-tu en panne? »
« J'sais pas. »
« J'ai pas entendu le moteur. Il est juste apparu là, à rouler lentement. »
« Ça sonne un peu comme s'il était calé, pis il avance comme si c'était la gravité qui le descendait la côte. »
« Les vitres sont comme des miroirs ou de quoi. On voit pas qui chauffe. »
Pis entre ses dents, gage qu'il pourrait se payer une couple de portes qui fittent, par exemple.
« Pis y'était là, drette là. Comme s'il avait pop'é de derrière la place au vieux Teague, sorti en rampant de c'te grosse remorque de dix-roues-là. J'ai rien entendu avant d'entendre les pneus. J'l'ai suivi, par exemple. Y'a rentré dans l'sentier du trou d'pêche avec c't'affaire-là. Y'a défoncé la clôture pis y'est rentré drette comme si la place était à lui. « Cody, m'écoutes-tu? »
« Ouais, Pop, des gros extraterrestres verts sont sortis de la remorque du vieux Teague. »
« T'es-tu encore sur la pipe, mon gars? » Maudit p'tit gars y'écoute pas, pantoute. Y s'en câlisse d'la tradition pis d'l'histoire pis d'la culture. Le p'tit gars a des racines qui vont creux comme le fil de terre d'une clôture à vaches, pis le v'là, tout plein d'effronterie. »
« Deddy, y fait noir pis y'est tard, pis t'es icitte dehors à gueuler. Pis y'a pas d'fil de terre dans une clôture à vaches, Pop. J't'écoute, c'est juste que ça a pas d'allure ce que tu dis. »
« Ça a pas d'allure ce que j'dis? » C'est d'même qu'y'est, assis dans ma maison, une maison que j'paye…
« Tu la payes pas, Deddy. T'as pas payé l'loyer depuis deux ans que moé pis Meghan on est rentrés. C'est nous autres qui payent astheure. »
« Tu payes pas d'la marde. C'est sa mère qui paye parce que tu l'as mise enceinte. » Maudit p'tit gars toujours effronté. Y se pogne une journée d'ouvrage, y s'achète du pot, pis là y fume pis y m'répond. « Pourquoi tu t'mêles pas d'tes affaires? »
« Deddy, c'est toé qui arrives en boitant avec une ronce dans l'cul. »
Capable de s'mêler d'ses affaires. C'est ça qui va pas. Capable d'écouter quand j'essaye d'y dire de quoi, mais j'serais aussi ben d'aller dehors l'dire aux arbres…
Wô, pis les v'là! comme j'l'avais dit en haut du creux à matin. « Cody, t'as pas vu les kakis icitte sur la galerie? Tu marches toute dessus avec tes bottes à semelles lisses. » Maudit p'tit gars, y s'est pogné des bottes, y'ont l'drapeau dessus, pis y s'pense Américain. Y'a pas une botte avec un drapeau dessus qui fait d'toé un Américain. C'est tes racines qui décident ça, pis moé j'ai donné les racines au p'tit gars, pis y s'promène avec ses jeans sales rentrés dans ses bottes pour que tout l'monde voie qu'y'a un drapeau. Y devrait peut-être montrer son compte chèque à la place, laisser l'relevé sur l'comptoir pour que tout l'monde voie qu'y'est dans l'rouge, pis ces bottes bonnes à rien-là étaient supposées coûter quatre-vingt-dix piasses chez Tecova's, mais y finissent par coûter cent cinquante-cinq parce qu'y était dans l'rouge quand y les a chargées, pis y'est en retard pour payer aussi, fait qu'y y chargent trente-cinq pis trente-cinq de plus. « Cody, t'es-tu sourd? »
« Non, chu pas sourd, mais j't'écoute pas non plus. Tout c'que tu fais ces temps-ci, c'est parler à travers ton chapeau. Tu devrais t'mêler d'tes affaires au lieu de parler d'moé qui m'mêle des miennes. »
Toujours effronté. « J'essaye d'y dire c'que j'ai trouvé là-haut dans l'creux, pis y'écoute pas. « Apporte-moé un couteau, j'vas en couper un d'ces bébés-là icitte. Tu veux pas savoir? »
« Deddy, j'en ai déjà coupé un quand on a ramené l'bébé de chez l'docteur. On peut pas dire si c'est un couteau ou une fourchette ou une cuillère ou rien pantoute avec ces maudites graines-là. C'est un fruit. Y'a une graine. Ça a pas l'air d'avoir d'ustensiles dedans. »
« Donne-moé c'te couteau-là. Tu sais pas comment les choisir, c'est toute. T'en as prob' pogné un d'ceux-là qui sont à terre en dessous du banc depuis toute la semaine. J'les ai vus aussi, mais c'est pas eux autres. C'est hier soir qu'y'a eu l'premier gel, pis c'est toutes les foncés icitte que t'as écrasés en jello avant qu'on puisse les mettre dans l'bol, c'est eux autres qui disent la météo. Premier gel arrive, pis la chaleur du soleil arrive l'après-midi d'après, pis les v'là, toutes tombés à terre en même temps. Les suret, eux autres, y'ont pas encore vu l'gel, ceux-là, y montrent rien. » Maudit bon à rien, capable de comprendre pourquoi y sont en dessous du banc. Y sont là depuis toute la semaine. S'y étaient bons à quelque chose, les souris en auraient pogné un pis l'auraient traîné dans la maison par c'te trou-là que j'y ai dit de s'occuper.
« Cody! Veux-tu ben r'venir dehors? J'peux voir la lumière d'la cuisine à travers l'trou dans c'te porte-là tellement y'est gros astheure. Regarde ça, y'est écrit Phillips drette là sur l'ampoule. L'trou est tellement gros que j'peux lire l'ampoule, Cody! » Pis hier soir l'premier gros gel, pis y'a un p'tit bébé dans maison, pis au lieu d'acheter du bois d'finition pis d'la moulure, « t'es parti t'acheter des bottes Tecova's que t'es pas capable de payer. » Pis c'est pas une fourchette non plus. La graine, c'est une cuillère. « Tu sais qu'ça veut dire d'la neige, mon gars, pis un trou dans maison qu'on peut lire une ampoule à travers. Des souliers lisses, ça dit toute. Comme là-haut dans l'creux. L'homme a des semelles lisses comme j'dis, Cody. « M'écoutes-tu? » Comme c't'habit de Hummer-là là-haut, y'a un gros méchant tout-terrain qui brille. Tu sais qu'j'ai r'gardé ça sur l'internette. Supposé grogner pis gronder pis grimper n'importe quelle maudite affaire. Y'a des roues en arrière qui tournent pis une plaque de protection faite d'un alliage fancy en dessous. Y'a pas été capable de passer l'trou creusé par l'eau, par exemple, pis d'monter dans notre maudit trou d'pêche.
« Cody, m'écoutes-tu? Ça fait toute la soirée que j'essaye de t'dire c'que j'ai vu là-haut à matin.
« Deddy, j'm'en câlisse de c'que t'as vu là-haut. T'as dit qu'l'homme est descendu d'Knoxville pour acheter l'terrain à vendre du bord d'Ellijoy. Y'est allé dans l'autre direction, y'avait prob' envie d'pisser, c'est toute. En plus d'tout ça, y peut pas s'approcher pantoute de c't'étang-là, l'vieux Wiggins s'occupe d'sa récolte de mûres en tabarnak. Chaque automne y monte là-haut pis y rase toutes les ronces, pis au printemps d'après, la récolte double. Ça devient qu'j'suis même pus capable d'monter là pour pêcher. »
« C'est bon pour la chasse, par exemple. Y vient, y rase toutes les ronces, pis moé j'monte la côte drette, comme si d'rien n'était. Pas besoin d'me tortiller à travers toutes les pousses étouffées par l'chèvrefeuille. J'marche juste à travers les ronces rasées. »
« Ouais, ça j'aime ça. »
« Pourquoi t'es pas capable d'arranger c'te porte-là? »
« Faut toujours que tu commences. Chu pas un menuisier. Pourquoi tu d'mandes pas à ton ami Kerry King d'arranger la porte? »
« J'paye l'loyer à Mme King icitte depuis qu't'étais pas plus vieux qu'Layla là-dedans, pis c'est elle qui nous nourrissait à la porte d'en arrière d'l'église toutes ces fois-là aussi. Elle a payé l'électricité plus de fois que j'peux compter. »
C'te p'tit gars-là a pas d'racines. Y pense que juste parce que sa mère à elle paye le loyer pour qu'y restent icitte pis qu'y soient pas obligés de rester avec elle dans l'développement, elle a l'droit de vivre dans la crasse. Elle a l'droit de dire à la bonne vieille Kerry King de venir icitte avec un marteau pis des planches pour arranger c'te porte-là qu'y a laissée pourrir hors de son cadre en premier lieu. Comme les ronces, l'vieux Harry Wiggins, soixante-dix-neuf ans, pis y'a un beau p'tit commerce qui roule avec ses mûres. Y sort sa pancarte chaque année, y monte la côte, y cueille les mûres, y sort les cabarets qu'y a gardés toute l'année, pis y vend ses mûres tellement vite qu'y est pas capable d'en cueillir assez. Pis v'là c't'effronté de grande gueule qui s'pogne une journée d'ouvrage pis qui va s'acheter des bottes à découvert, pis y parle contre l'monde qui travaille pour gagner sa vie.
« Cody, écoute ben. C'est c'te partie-là qui compte. Prouve qu'y avait pas envie d'pisser. J'pars à matin avant qu'le soleil se lève parce que faut que j'marche, j'peux pas m'stationner là dans l'entrée. Faut que j'marche… »
« Ouais, t'as dit c'te partie-là, Deddy. »
« Maudit p'tit gars, toujours effronté. Pis j'veux pas rouler partout sur les traces non plus. Tu peux en dire long sur un homme si tu pognes tous les changements d'poids dans sa marche. Pis j'ai raison à part de ça. Y'a des souliers à semelles lisses. M'écoutes-tu, Cody? »
« T'écouter? Comment j'pourrais pas t'écouter? Jed t'entend d'sa roulotte dans la cour en arrière. Faut qu'y monte sa TV pour entendre par-dessus tes gueulages. Y t'entendent d'l'autre bord d'la vallée. Pourquoi tu t'en fais tant pour l'dessous d'ses souliers, câlisse? »
« Jed dérange pas. L'problème, c'est Jed sur sa colline, qui fait son frais. Y s'en fout qu'la TV réveille Layla. Tu peux en dire long sur c'qu'un homme porte dans ses pieds. C't'homme-là a pas d'crampons. Y monte dans l'bois, pis y'a des souliers à semelles lisses faits pour du tapis d'bureau, pas pour ces collines-là. Y sont faits pour la parade, pas pour l'ouvrage. »
« T'as des crampons sur tes souliers, Deddy, pis t'as pas d'job. »
« Mon espèce de grande gueule d'enfant d'… T'en fais trop! La lumière se lève, pis m'v'là à l'ouvrage à première heure le matin à garder c'te vallée-là en sécurité, pis v'là les traces de pas; une pesante pis une un peu plus légère. Un signe sûr qu'y boite, pis y s'arrête souvent aussi. »
« Y r'gardait prob' autour, c'est toute. Première fois là, première fois qu'y l'a senti. »
« Ouais, j'imagine qu'ça sonne vrai. J'me rappelle la première fois que j'l'ai senti. »
« C'est épeurant en tabarnak, c'te première fois-là. »
« L'histoire est d'même quand elle est dans des places comme là-haut. Mais ça l'explique pas. C'était différent que d'arrêter pour l'frisson. Ces arrêts-là sont différents. Y s'arrête parce qu'y est brûlé, surtout au r'tour. L'meilleur bout, par exemple, l'vieux Wiggins est en retard pour nettoyer ses ronces c't'année. »
« Y'a l'temps, ça a pas encore gelé. »
« J'viens d'te dire qu'hier soir c'tait l'premier gel! »
« Y'a l'temps. Même pas proche d'un gros gel encore. »
« L'vieux Wiggins est en retard, c'est ça l'point, pis ces ronces-là sont encore plus méchantes sans leurs feuilles. Les épines brunes, durcies. Personne veut marcher à travers ça. »
« Fait qu'y vire de bord pis y redescend à pied. »
« Non, mon gars, laisse-moé l'conter. »
« Correct d'abord, envoye. »
« P'tit gars grande gueule. C'est pour ça qu'y sait rien, y interrompt à chaque tournant. Fait que, y peut pas aller à gauche, pis y dérive à droite à cause des ronces, pis y monte la côte à la fourche, pis y'est fatigué. J'peux l'dire parce qu'y s'assoit sur l'cèdre tombé en travers du chemin. Y s'assoit là pis y donne des coups d'pied pis y balance ses pieds pas à peu près, pis y r'tourne dans l'bois d'l'autre bord d'la terre basse complètement dans l'mauvais sens par rapport à notre étang. »
« Fait que toute ton inquiétude pis l'homme s'est jamais rendu à l'étang? C'est toé qui en fais trop. »
« Mon gars, j'devrais. Non, y s'est jamais rendu à l'étang, mais y'était pas juste en train d'pisser non plus. Y marche tout l'chemin du r'tour, pis pas un signe qu'y s'est arrêté pour pisser sur un arbre. »
« Cody? »
« Ouais. »
« C'est Tanner. »
« Pourquoi t'appelles comme un collecteur de dettes? Tu sais qu'c'est moé, comme j'savais qu'c'était toé. »
« Ouais. »
« Pis? »
« Je pensais. Euh. Fait que je travaille pour un gars en haut du chemin de chez vous. C'est une grosse job. Euh. Fait qu'on… »
« Voyons donc, câlisse! C'est l'gars qui a l'Hummer électrique vert? Dis-moé pas qu'c'est lui. »
« Ouais, pourquoi? »
« Mon Pap a les yeux grands d'même depuis un mois à propos d'ce gars-là. Quand est-ce que j'peux commencer? »
« Tu veux pas savoir c'est quoi la job? »
« Non. Pop fait plier les planches d'la galerie depuis tout l'hiver depuis qu'y'a vu c't'affaire-là monter la vallée. Si j'commence à travailler pour l'gars du Hummer, ça va faire passer son cul d'fou drette par-dessus la rampe. »
« Ouais, c'est pour ça que j'ai appelé, te donner une job pis mettre de la rancune dans ta niaiseuse de guerre avec ton père. »
« …Assez pire qu'y'ait acheté l'spot d'pêche, assez pire qu'y soit pas d'par icitte. Assez pire que Deddy est sûr comme d'la marde qu'y bâtissent toutes sortes d'aéroports là-haut… Y surveille les demandes d'permis au comté. Y'est allé jusque là-bas…. Si j'vas me trouver une job avec l'gars, y va (virer complètement fou, câlisse.). »
« Lonnie est pas un mauvais gars. Pourquoi t'es toujours sur son dos de même? »
« Y'est allé jusqu'au palais d'justice, y faut tellement qu'y sache. »
« Ben, correct. Fait que, euh, t'as fait du bon ouvrage avec moé chez ma grand-mère, pis tu restes juste en bas de la rue, pis il a ben du creusage à faire. »
« Du creusage? Ah ben tabarnak, oui, chu dedans! »
« Ben, euh. Fait qu'il a pas dit que tu creuserais. Il m'a demandé si je connaissais quelqu'un… »
« Pis l'bon vieux Cody t'est v'nu en tête? Chu touché. »
« Touché, hein? Que dirais-tu de, je voulais pas être celui qui coupe les arbres, qui ébranche, qui passe la chaîne en dessous pis qui fait le pouce en l'air pendant que lui est assis dans la cabine chauffée à fumer.
« Comme Deddy disait, y'est paresseux. Laisse-moé t'demander, c'te gars-là a-tu des souliers à semelles lisses? »
« De quoi tu parles, câlisse, des souliers à semelles lisses? »
« Ah, rien, j'niaise, t'es-tu l'seul gars qu'y'a engagé? »
« Il est là dans la machine, mais il a c't'affaire-là avec son poumon. »
« Y'est malade? »
« C'est bizarre. Il parle de c't'affaire-là sur son poumon qui pourrait péter ou de quoi de même, mais il fume comme s'il fallait qu'il les fume toutes avant que le chameau parte avec le paquet. »
« L'chameau part avec l'paquet? De quoi tu parles, câlisse? »
« Aucune idée. Il parle bizarre aussi. Ça doit déteindre. »
« Fait qu'y t'met sur l'ouvrage dur, étrangler la chaîne, pis lui y traîne ça? »
« C'est à peu près ça. »
« Pis tu penses que l'bon vieux Cody veut être là à lever une bille pendant qu'toé tu t'occupes d'la chaîne pour qu'y puisse partir avec pis empiler les billes pour les couper en bois d'construction pour la maison? »
« On les déchiquette. »
« Les déchiqueter? Es-tu sérieux? »
« Ouais, il a un broyeur forestier Fae flambant neuf là-haut, pis on déchiquette le bois. »
« Tu l'as pas juste laissé déchiqueter tous ces peupliers pis ces chênes blancs-là pis tout c'bon bois d'construction pis d'chauffage? »
« C'est pas mon bois. Je fais ce qu'on me dit. »
« Lèche-cul. »
« Non. Employé. Il dit d'empiler les billes pis de corder les branches, j'empile les billes comme il dit, pis je corde les branches dans la même direction pour qu'il puisse passer le broyeur par-dessus les tas. »
« J'savais que j'entendais un broyeur, mais ces collines-là, y font sonner ça plus comme du bord d'Ellijoy, pas par icitte. »
« Il paye ben. Il paye correct. Pis il niaise pas avec l'argent. Il a payé le déjeuner ou le dîner ou les deux au moins quatre fois c'te semaine. »
« Mais y gaspille juste l'bois? »
« Fait que… il s'en sert pas, si c'est ça que tu veux dire. »
« Tu penses qu'y va m'laisser prendre l'bois d'chauffage? »
« Je sais pas. »
« Pis y'a tout c'peuplier-là pis c'chêne-là là-haut, parfait pour du bois d'maison pis d'la moulure, pis y fait juste le déchiqueter? »
« Il coupe pas le chêne. Vraiment, il est super protecteur des bois francs pis des gros arbres. Je peux même pas te dire combien de virages pis de places étroites il a mis dans le chemin juste pour garder un plus gros arbre ou de quoi de spécial. »
« Y'a un chemin? »
« Genre. On étend du gravier pis on tire une ligne en haut de la côte jusqu'où le barrage est défoncé. »
« J'le savais. J'ai dit à Deddy pas plus tard qu'en octobre qu'on était mieux d'trouver un moyen d'faire réparer l'évacuateur, sinon on aura pas d'trou d'pêche l'été prochain. »
« Ouais, c'est drette là où l'évacuateur sort par l'arrière au milieu de la côte. Ça fait quelques années que je suis pas venu pêcher icitte, mais je pouvais voir que l'évacuateur était en train de creuser l'arrière du barrage. »
« C'est c'que j'ai dit à Deddy. Fait que t'es là-haut, là? »
« Ouais. La journée est quasiment finie, pis je voulais m'arranger avec toé avant de partir pour la fin de semaine. »
« Tu pêches? »
« On est littéralement au milieu de décembre, Cody. »
« Y'a encore d'l'eau dans l'étang par exemple, han? »
« L'étang est encore quasiment plein, mais il veut faire un évacuateur tout neuf sur le côté où ça rejoint la côte au lieu de là au milieu pour pas que ça recreuse le milieu encore. »
« J'pensais qu't'avais dit qu'y'était malade? »
« Quoi? »
« T'as dit qu'y'était malade. Y'a pas un homme malade qui peut faire c'te genre de job d'terre-là. »
« Je sais pas, Cody. Il m'a demandé si je connaissais quelqu'un, pis il prend encore des messages sur Facebook sur l'annonce que sa femme a mise. »
« A-tu un titre? »
« Non, mais elle est là dans Seymour Speaks Out. »
« On est l'15. J'prendrais ben un peu d'argent d'Noël. »
« Peux-tu venir lundi? »
« J'peux pas travailler les fins d'semaine par exemple avec Layla. Meghan est serveuse. »
« Il a pas demandé les fins de semaine. »
« Y d'mandent toutes les fins d'semaine. »
« Ce gars-là est un peu différent. »
« Y'est sur son meilleur comportement, c'est toute. »
« Euh, chu pas sûr. »
« Fait qu'y'a un broyeur flambant neuf, ou – genre plus récent? »
« Non, je veux dire flambant neuf – le skidsteer aussi, pis une pelle mécanique. » « J'savais pour l'skidsteer pis la pelle. Deddy était là quand y'ont été livrés. »
« Gage que tu sais toute. »
« Ça veut dire quoi, ça? »
« Je sais que vous deux, les rats de creux, vous êtes montés là-haut le soir quand les machines arrêtent. »
« Des rats? Pourquoi on pourrait pas être des ratons laveurs ou ben un rongeur qui a du style? »
« Correct, des rats, c'est dur, mais vous êtes pas des ratons laveurs, vous deux. »
« Pourquoi pas? On s'faufile pas pire, pis on grimpe aux arbres, ben Deddy pus astheure, pis on s'fond dans l'décor, on marche pas juste au milieu du champ comme un maudit rat d'hibou fou. »
« C'est quoi, câlisse, un hibou fou? »
« Un d'ces gros hiboux-là, la chouette rayée. »
« T'as dit rat. »
« L'rat, c'est c'que l'hibou mange. »
« Il a des caméras de chasse là-haut. »
« Des caméras d'chasse. As-tu r'gardé ces caméras-là d'proche? D'une manière ou d'une autre, leurs batteries ont été mises à l'envers. »
« Cody, je cherche pas le trouble là-haut. »
« C'est pas moé, c'est Deddy. Y voulait aller pêcher une dernière fois, fait qu'y'est monté là-haut pis y m'dit qu'y a viré les batteries de bord. »
« On est en décembre, Cody. »
« Y'est pas correct. J't'ai dit qu'la tête du bonhomme est en feu à propos d'ce yankee-là. »
« Viens pas faire du trouble icitte, Cody. Tu fumes pus, hein? »
« Ben voyons, non. »
« T'es mieux pas, sa blonde est police. Pis ce gars-là, il est pas --- normal. »
« Qu'est-ce qui est pas normal? »
« Il figure des affaires, genre des affaires compliquées. Il s'assoit pis il regarde un bout, il fait les cent pas, il fume, assis dans le siège du skidsteer avec le chauffage parti. Il est pas juste un pas en avant, il est parti bâtir l'église au complet en fixant une carte postale. »
« C'est d'même qu'les riches font. Toujours à faire semblant qu'y'ont l'assaisonnement secret qui va faire passer la marde plus facilement. »
« C'est pas ça. »
« Toujours à faire semblant qu'l'argent c'est la partie facile pis qu't'es cassé à travailler pour eux autres juste parce que personne t'a encore dit l'secret. Pis t'es là à écouter, pis y disent ça comme si c'était d'la magie, dépense moins que c'que tu gagnes. »
« Ben, Cody, c'te partie-là est vraie. »
« Comment j'vas dépenser moins qu'c'que j'gagne, l'argent est toute dépensé avant même que j'le gagne? »
« Ça sonne comme un problème à toé. »
« Un problème à moé? C'est un problème à tout l'monde. Personne gagne c'qu'y faut gagner pour s'en sortir dans c'monde-là. »
« Cody, j'ai pensé à toé parce que tu restes juste en haut de la rue. Tu sais comment chauffer une machine. T'as pas mal ben travaillé chez ma grand-mère avec moé, pis je sais que t'as besoin de l'argent. »
« Ça, c'est vrai. »
« C'est du bon argent. Genre, du vrai bon. »
« Ça paye combien? »
« Il m'a commencé à dix-huit, mais il m'a monté à dix-neuf la deuxième semaine. Pis c'te semaine, je me promène partout pour trouver un réservoir de diesel pis une remorque pour, pis une pompe, pis je me promène partout... »
« Dans ton truck? »
« Ouais, mais il m'a monté à dix-neuf et cinquante pour couvrir le gaz pis l'usure. »
« Câlisse, c'te truck-là est déjà usé à corde. »
« T'as ben raison. »
« Quand même, d'la scrap, ça a encore d'l'usage dedans. Faut juste y mettre l'temps. »
« C'est pas si pire. C'est pas la scrap à côté de chez vous. »
« Ouais, l'vieux Teague, y les aime finis. Y finit par faire marcher ses cochonneries, par exemple. »
« Ouais, juste assez longtemps pour trouver quelqu'un qui va payer pour. »
« Pis l'Hummer? Y t'a-tu laissé l'chauffer encore? »
« Ben oui, il y est pas attaché. C'est plein de bouette de chantier pis de paquets de Camel. Le gars fume en masse. Il me fait monter avec jusqu'au Harley Davidson de Kodak pour le charger pis le recharger. »
« Attends, l'gros bonnet t'laisse aller t'asseoir dans l'stationnement toute la journée pour charger c't'affaire-là? »
« C'est un mythe. »
« Qu'est-ce qui est un mythe? »
« Ça prend vingt minutes, pis s'il le veut rempli au complet, c'est genre quarante-cinq. Ça prend pas toute la journée. C'est le dernier vingt pour cent qui prend le plus de temps. »
« Fait que, lundi? »
« Ouais, lundi. Pis oublie pas, tu travailles pour moé. C'est lui le boss, mais c'est moé qui signe les chèques de paye. »
« Des chèques de paye? Y paye pas cash? »
« Non, c'est pas cash. Il m'a envoyé au comté chercher une licence de rénovation, il m'a envoyé à son avocat pis il m'a ouvert une couple de comptes de banque chez Truist, pis la banque s'occupe de toutes les taxes sur la paye pis des retenues pis… »
« Des retenues? J'paye pas d'taxes, moé. »
« C'est pas surprenant que tu l'aies dépensé avant de l'avoir. »
« J'ai juste pas besoin d'retenues, pis l'feeco ou j'sais pas quoi, y'aura pas d'Social Security dans quarante ans quand j'vas pouvoir la sortir. »
« C'est un chèque ou rien. Tu la veux encore? »
« J'la prends. Lundi. Quelle heure? »
« Je commence à huit heures. Il arrive avant moé tous les jours. Aucune idée comment. Il fait une heure de route de Hardin Valley chaque matin pis il est là à fumer pis à boire sa tasse de café avant moé à chaque fois. J'arrivais de plus en plus de bonne heure chaque jour, pis le v'là, qui attend. »
Emma a pas encore trouvé la combine, ce code secret quand sa tête pis son moment vécu se rejoignent dans juste le bon ordre pour résoudre le casse-tête du Community Center. Comment le faire peinturer, comment faire remplacer ces portes-là. Mais la v'là, stationnée en avant, Mernie sur le siège du passager. Penses-y assez longtemps, pis quelque chose va finir par céder. Sur la banquette d'en arrière, l'arrière-petite-fille de Mernie, Bernice, qu'on appelle Bernie pour bébé Mernie. Pis comme tous les jeunes de son âge, elle est sur son téléphone. Mais elle est pas comme tous les jeunes de son âge. C'est Mernie avec la peau lisse. Si c'est pas un sosie, c'est l'incarnation vivante pis respirante de ce qu'un sosie aspirerait à être. Elle est sage pis tête forte pis curieuse; une curiosité pas juste pour la réponse à portée de main, mais à la recherche de la prochaine question pis de tout le réseau de questions pis de réponses qui viennent de l'exploration. Elle est pas omnisciente du temps gagné à la tâche, c'est de l'intelligence artificielle sans tous les compliments simulés. C'est Claude pis Copilot pis Gemini roulés en un seul avec une conscience pis une lucidité.
Elle a fini son secondaire de bonne heure à quinze ans, pis elle a choisi de pas aller au collège, préférant s'instruire toute seule. Pas pour une raison négative, mais parce qu'elle s'est tout simplement rendu compte qu'elle s'enseignerait mieux sur place (allusion au confinement sur place – ça prend un poteau indicateur quelque part) sans tous les entonnoirs à bière pis les examens qui, plus que de tester les connaissances de l'élève, sont faits pour tester si l'institution a enseigné à l'élève pis lui a donné les bonnes expériences. Bernice est pas là pour ces expériences-là. Tout ce dont elle a besoin, c'est Mernie pis Emma. Pas d'entonnoir à bière nécessaire.
« Fait que je décroche le téléphone, » qu'Emma était en train de dire, « pis c'est Lonnie Norman! Me v'là en train de travailler à boucler le budget de l'église, à essayer de trouver quelques piasses, acheter un tirage ou de l'argent de départ pour une vente de pâtisseries pour partir un let's-go sur le Community Center. Pis en regardant les livres, je demande au Seigneur un signe. Pis v'là mon téléphone qui sonne, pis c'est Lonnie Norman, de tout le monde. »
« Les voies du Seigneur sont impénétrables, » que Mernie a ajouté.
« Ça, c'est ben vrai. Ben, tu sais comment je fais. J'en ai un au bout de la ligne, pis je ferre. J'y pense même pas, que ce soit une belle grosse truite en santé ou ben une anguille. Je ferre pis je le sors de l'eau. Pis le pauvre Lonnie qui se débat sur la grève en ouvrant les ouïes à essayer de comprendre comment il a appelé pour du placotage sur le Yankee en haut du vieux Trail Holler, pis je l'ai pogné.
Bernice a sauté dedans, « J'ai jamais demandé, pourquoi on l'appelle The Old Trail Holler? »
Mernie a pris la question de l'élève, « On l'appelle de même juste par icitte, ceux qui connaissent l'histoire. »
« Fait que c'est du folklore. »
« Ben sûr, c'est le savoir du monde, mais c'est plus que ça aussi. C'est de la vraie histoire qui a passé dans le lavage de l'homme pis du temps qui l'a façonné. L'histoire sort de la corde à linge sèche avec une odeur fraîche de printemps de plus que ce qu'il y avait sur l'histoire quand elle est rentrée dans le lavage. Des fois c'est moins, pis y'a des taches qui partent pas au lavage, comme du gaz sur une guenille. C'est pas juste une tache pour toujours, c'est une puanteur aussi. »
« Correct, mais les mots du nom, c'est une anagramme pour de quoi de plus gros »
« C'est plus gros, certain. C'est-tu pas toujours de même? »
« Le v'là. »
Mernie a froncé le nez, « C'te vieux truck-là enfume toute la vallée. »
Emma a poursuivi le sous-entendu, « C'était pas de même quand c'était Jed qui l'avait. »
« Il arrive en fou. On s'attend quasiment à ce que c'te bazou-là arrête pas avant d'être rentré dans le bâtiment. »
« Lonnie est pas un ben bon chauffeur. As-tu déjà été derrière lui? Il dépasse les lignes plus que Bernie icitte avec son premier livre à colorier. »
Bernie a lancé l'œillade la plus dramatique, « Vous êtes ben placées pour parler, vous deux. Moé je m'assois en arrière parce que ma face est trop proche de la route en avant. »
Les huit pieds ont touché l'asphalte du stationnement à peu près en même temps; Lonnie avec le pas sec d'un homme qui a un but, Bernie avec l'aisance de la jeunesse, Mernie qui calculait où se placer comme Emma dessine ses prochaines étapes avec Lonnie. Elle l'avait fait venir icitte, pis astheure qu'il était sorti de l'eau, l'homme en personne faisait concurrence à la réalité de lui pis à l'idée de se libérer de son propre hameçon.
« Mademoiselle Mernie. » Lonnie a fait un signe de tête.
« Lonnie. Ça fait longtemps que je t'ai pas vu. »
« Oui, madame, mais je me sens guéri de l'absence avec vous icitte astheure. »
« Lonnie, tu parles avec des grands mots quand t'es avec les dames, » qu'Emma est intervenue.
« Monsieur Norman, » que Bernie a dit avec un signe de tête.
« Pas besoin d'être si formelle, la petite Bernie. Comment t'as été ces derniers mois? »
« J'ai encore besoin d'un tabouret pour rejoindre la tablette du haut dans l'armoire, mais à part de ça tout va ben. »
Ils ont toutes ri un peu
« Ben, Emma, j'imagine que tu te demandes pourquoi j'ai appelé. »
« C'est un fait… »
« Ben, je savais que si quelqu'un avait le scoop sur ce Yankee-là en haut… »
« Attends, avant qu'on ait ta pleine interruption sur ce sujet-là, je t'ai donné rendez-vous icitte pour une raison. »
« On dirait que vous avez toutes les deux des raisons, » que Mernie a dit. « Mais la pluie commence, pis j'aime mieux pas me faire mouiller pendant que vous vous noyez toutes les deux dans vos motifs. »
« Oui, madame, on va vous mettre en dessous du toit sur la galerie. » que Lonnie a offert en vitesse.
« Lonnie, regarde ces planches à clin-là en haut. Tu les vois? »
« Oui, madame. J'y pense depuis que vous m'avez demandé de vous rejoindre icitte. Je me suis dit, c'est sûr, vous recrutez une équipe pour nettoyer de quoi comme quand vous avez invité Cody c'te fois-là pour le nettoyage du bord du chemin. »
« Ben, Lonnie, pis t'es descendu drette quand j'ai suggéré qu'on se rejoigne?. C'est tellement fin de ta part. Pauvre p'tit cœur. » qu'Emma a cajolé, mais en dedans, elle savait exactement de quel nettoyage de bord de chemin Lonnie parlait parce que ça avait ben été son idée, elle avait appelé le shérif Hodges pis elle l'avait organisé elle-même. C'est pas elle qui avait eu Cody, c'est le juge, pis v'là Lonnie qui croit l'histoire du p'tit gars qui explique comment il faisait du bénévolat.
« Ouais, je savais que t'avais une idée derrière la tête, pis j'étais à la Co-op chercher du propane pour la chaufferette hier soir, pis je suis passé devant, pis ça m'a accroché l'œil. Pis de fait, Emma suggère qu'on se rejoigne icitte le lendemain au lieu de juste parler au téléphone du Yankee pour pouvoir remplir sa liste d'aidants. Elle veut prob' gratter pis peinturer le community center.
« Pis t'es descendu drette. T'es-tu fin. »
« Ben, chu descendu, mais faut que je le dise, chu pus ben ben fort sur les échelles ces temps-ci. Mais Cody. C'te p'tit gars-là, il peinture. »
Pis v'là, c'te regret-là qui la tracassait en sortant du char astheure rendu à la maison pis débarqué sur le quai à empester la place avec du poisson.
« Ben, c'est merveilleux! Regarde ça, Maman, t'as ta première recrue. » que Bernice a ajouté. « Pis au premier appel à part de ça. Si tu fouilles dans tes carnets d'adresses, c'est sûr que tu vas avoir la place nettoyée en un rien de temps. » Elle a levé les yeux vers Lonnie, « Monsieur Norman, pourquoi vous me donnez pas le numéro de Cody pour que je puisse le noter icitte dans les notes du projet? »
Lonnie s'est dandiné, « À vrai dire, la petite Bernie, Cody est pas ben ben bon avec les téléphones. On sait jamais quand il a payé son compte ou ben quand il a perdu la maudite affaire. Pourquoi tu prendrais pas juste le mien pour les notes? »
Mernie a marmonné, « Ah ben voyons. »
« Quoi donc, madame? »
Elle a pointé, pis comme une autre prière exaucée, celle-là sonnait vrai. « L'ours assis là-bas sur le côté comme s'il écoutait aux portes. » Pis le sujet de Cody est tombé à l'eau.
Emma a rempli le vide vite, « Fait que t'es curieux à propos de la famille qui a acheté le trail holler. »
« C'est une famille? »
« Ouais, le trail holler, revenons à ça. Pourquoi on l'appelle de même? » que Bernice a piqué.
Emma a sauté dedans, « Wô, rebondissement, c'était mon tour, en fait. »
« Saute pas les cinématiques, Maman, le lore est important, c'est pas ça que tu dis toujours? »
Correct, vous deux. C'est le Trail of Tears, ma chouette. Tu vois, toutes ces histoires-là à l'école pis les plaques historiques, elles parlent de la bataille de Boyd's Creek pis de la vraie marche des Cherokees – pis de tous les autres – pis de la déportation, mais elles pensent pas à ce qui les a toutes mis dans ces colonnes-là en route vers l'ouest ou ben comment ça se fait que tous ces Indiens-là ont été ramassés en premier lieu. Tu trouveras pas le Trail Holler dans ton téléphone à IA non plus. »
« Ouais, » que Lonnie a pris la vedette, « Faut que tu sois d'icitte pour connaître l'histoire de c'te creux-là. »
« Le creux a eu son nom à cause du monde qui s'est sauvé, » qu'Emma a continué. « C'était leurs terres de chasse. Ils savaient que c'te creux-là était une forteresse naturelle, cachée pis facile à défendre. » Elle a regardé Lonnie.
« Ouais, ils gardaient les femmes pis les jeunes en bas dans la vallée sains pis saufs, pis ils mettaient les combattants en haut sur les crêtes pour guetter les soldats de Boyd's Creek de John Sevier. »
« Pis c'est de même qu'ils sont restés, pis le folklore dit que c'est eux autres qui possèdent tout le coin là-haut proche du quatre-cent-sept aujourd'hui, » qu'Emma a conclu.
Pour Lonnie, l'histoire avait besoin de plus. « C'est une ironie de fantôme qu'un homme du nom de Boyd, le portrait du mal lui-même, soit l'homme qui possède le terrain qui marque la seule entrée de la place au jour d'aujourd'hui. »
« Ben, Lonnie, la pluie a arrêté, » que Mernie a offert, « pis faut que je retourne à la maison commencer le souper. »
« Attendez, juste une affaire. Vous dites que c'est une famille qui va s'installer là-haut? »
« Ben, Lonnie, j'ai pas exactement dit ça. Je résumais pis j'allais vite sur le sujet. J'en sais pas vraiment plus que toé, à part que tous ces camions à benne-là vont pis viennent pis que des tuyaux de drainage ont été livrés que j'ai été obligée d'attendre en arrière dans le trafic parce qu'ils avaient personne dehors sur le chemin pour me dire que la courbe aveugle était sécuritaire. »
Pis comme ça, c'était fini, huit pieds de moins sur l'asphalte, pis les chars partis aussi, pis la terre est retournée à porter sa charge.
Dans le char, Emma, Mernie pis Bernie portaient leur fardeau aussi.
« Mamaw Mernie, tu connais Lonnie depuis longtemps, han? »
« Je dirais. On vit dans c'te vallée-là depuis longtemps, moé pis lui, depuis le temps où ta grand-mère venait de se marier, avant que ta grand-mère ait ta mère icitte. Lonnie travaillait à la cour à bois avec ton grand-père, le père de ta mère. Lonnie était plus jeune que lui, pis Lonnie était un bon homme dans le temps. Je le connais depuis longtemps. Mais y'a une vingtaine d'années, sa femme est morte du cancer pis l'a laissé tout seul avec le bébé, pis la cour à bois a fermé, pis il a commencé à boire pis il a de la misère depuis ce temps-là. C'était un bon homme pendant longtemps, pis il a juste changé. »
« Le téléphone dit que la plus vieille trace connue de peuples paléo dans le coin remonte à 10 000 ans pis a été trouvée sur Buckingham Island sur Boyd's Creek, qui lui-même tire son nom d'un commerçant de Virginie tué par une bande de Cherokees. »
« Qui a besoin du collège? Notre petite fille a un Samsung. »
Mernie a ri, « Elle a plus que ça, elle a 10 000 ans d'humains qui se répètent. »
« Fait que parle-moé de Cody »
« Cody, c'est le monstre en dessous de son propre lit, » que Mernie a commencé.
Emma a levé un sourcil, « Cody, c'est le p'tit gars qui a jamais laissé quelque chose comme la peur pis le gros bon sens l'empêcher de prendre une mauvaise décision. Tu te rappelles pas de lui? »
« Non, je me rappelle de lui, mais il a jamais vraiment été dans la fenêtre de contexte active. J'étais en secondaire un, pis lui était en – dans sa dernière année. Je me rappelle qu'il a pas eu son diplôme. »
« Ben, moé je me rappelle de lui, » qu'Emma a dit. « Je me rappelle du monde autour de lui. J'ai jamais connu le p'tit gars, mais il a été le sujet de conversation plus de fois que je peux compter. Pis l'affaire du diplôme. C'était à prévoir, mais je me rappelle de Cody en particulier parce que Mme Wiggins était sa conseillère d'orientation. Pis elle en a mis dans ce p'tit gars-là. Elle disait toujours qu'il était intelligent, mais elle avait beau essayer, elle a jamais réussi à l'atteindre. Un jour on parlait de vous autres les jeunes, toutes vous autres, pis comme elle le faisait souvent, elle a mis le sujet de Cody Norman sur la table. Pis c'est de même que je le connais. Je l'ai vu dans le coin, c'est sûr, mais à part échanger des politesses, j'ai jamais passé un mot avec Cody. »
« Ben, v'là ta grande chance. » que Mernie a coupé.
« Je le sais, Maman, mais ces équipes-là, faut qu'elles soient choisies comme du monde. Tu prends la mauvaise pomme, pis la prochaine affaire que tu sais, t'as un bâtiment à moitié peinturé pis le bois va pourrir où la peinture a été grattée. »
« Une pomme, hein? »
« Ouais, il gâte – «
« Je savais ce que tu voulais dire. »
« Fait que de toute façon, Mme Wiggins, c'te fois-là, elle est au Lady's Club, pis elle s'inquiète des jeunes, comme d'habitude – vous autres les jeunes, vous étiez notre sujet préféré – mais la v'là partie pis elle est encore sur le sujet de Cody. Le p'tit gars avait son propre sujet au complet. En tout cas, elle s'inquiète parce qu'elle sait astheure qui aura pas son diplôme c't'année, pis Cody est sur la liste. Pis d'une manière ou d'une autre, ça lui brise juste le cœur. Elle connaît pas le p'tit gars; aucun lien spécial avec la famille ou l'histoire. Elle a même pas de reflet dans sa propre famille qui a les mêmes problèmes que sa famille à lui, pis c'est rare ces temps-ci. Tout le monde a de la drogue pis de la prison quelque part dans l'arbre généalogique. Mais pas Betty. D'une manière ou d'une autre, ce p'tit gars-là lui donnait une démangeaison qu'elle était pas capable de gratter. Elle a travaillé sur lui pendant les quatre années, pis elle essaye tel programme pis telle technique, pis elle nous raconte toute ça tout le long. Pis c'te journée-là, la journée où la liste est sortie, elle l'a décrit en une phrase, ce p'tit gars-là prend pas juste des mauvaises décisions, il les collectionne comme des trophées. Pis quand vient le temps de se tortiller pour se sortir des conséquences, il a plus de trucs qu'une poche de clown – mais pas c'te fois-là. Pis c'est de même qu'elle l'a décrit. »
Aujourd'hui, c'est différent. Il approche l'entrée comme il l'a fait dix centaines de fois avant. Mais c'est différent c'te fois-ci. L'accotement de The Chicory Blue est disparu, mais c'est à prévoir. Il reste juste la plante tombée pis les têtes de graines de chardon de l'année prochaine. « Ça va être une bonne récolte l'année prochaine, » mais quelque chose comme la peur l'a frappé.
Pendant les dix des centaines de fois qu'il avait fait c'te marche-là, ces fleurs-là marquaient pour toujours la frontière, la première sensation de ça. Leur floraison du matin, jamais vue que par une poignée de privilégiés. Ouvertes pour le matin — la chicorée ferme ses fleurs dans l'après-midi, fait que le bleu qui borde le chemin à l'aube est parti quand la plupart du monde rentre chez eux en char, pis la moitié du creux l'a jamais vue fleurir parce qu'ils passent ce bout-là à la mauvaise heure. Un bord de chemin plein de fleurs qui se cachent de tous ceux qui ont des heures normales. L'affaire est belle sur le même accotement depuis cent ans pis y'a juste le monde matinal pis les insomniaques pis les hommes qui sortent d'une nuit rough qui savent qu'elle est là. De la beauté sur un horaire que personne a fixé, qui garde ses secrets pour elle, qui ferme boutique avant que le monde se réveille assez pour regarder.
Il est là à l'heure, mais les fleurs sont parties depuis longtemps avec le baume qu'elles sont pour sa gêne. Pendant toutes les années passées, les innombrables jours de pêche en haut du Trail Holler, ces fleurs-là avaient été une sorte de médicament. Une dernière poffe sur la pipe de verre pour se donner l'énergie pour le dernier bout. Le bout avec le plus de contraste avec le creux lui-même. Le bout des Wiggins.
Pis il a tourné pour faire la montée. Il pouvait la sentir là dans ses fenêtres, aujourd'hui pas différent, derrière tous ces stores-là pis ces ombres-là – qui le regardait – qui le jugeait – pis c'te vieille phrase-là, « Tu peux pas juste espérer, faut que tu te grouilles aussi. »
« Ça montre ce qu'a sait. Y'a pas de grouillage comme nourrir le besoin. »
En haut de c'te creux-là, Cody est pas le p'tit gars à retaper d'en bas du chemin. Icitte en haut, ils peuvent pas lui dire ce qu'il est. C'est lui qui leur montre.
« Deddy est pas un pisteur. Y sait qu'c'est moé qui pogne le buck chaque année. Y sait qu'c'est moé qui pogne le plus de poisson. Y sait que chu pas d'ma faute. Chu d'la sienne.
En haut de c'te creux-là, la place où c'te couture invisible-là oublie pour lui les humiliations qui le jugent d'un seul regard pis qui le façonnent dans la conséquence complètement séparée de ça, le battement sans fin d'être pesé pis mesuré pis trouvé insuffisant. Juste passé la vieille place des Wiggins, ça s'efface. Mais pas avant. C'est comme si la famille montait la garde à l'entrée. Chaque fois qu'il passe c'te point-là, chaque fois, le soulagement est là. C'est comme une chute d'eau à traverser, pis ça le lave de ce qui est laissé derrière.
Même avec les branches taillées, même avec le chemin de gravier qui s'étire astheure dans le tunnel de , rien le regarde astheure. Pas encore.
Pis c'est pas toute parti non plus, le calcul, la manigance, les complots pis les combines, tout le train de marchandises grondant de griefs pis la machination pour balancer les livres.
« En haut de c'te creux-là a se cache derrière ses stores, a peut pas se faire pogner à me voir monter au-dessus d'elle. A est là en bas dans sa roulotte – a m'a parlé toutes ces années-là comme si a avait réussi, pis que j'réussirai pas moé non plus si j'l'écoute pas – pis la v'là, une roulotte comme moé.
Pis Deddy aussi. Y sont toutes pareils. J'vas leur montrer.
Pis le plan s'est développé comme ils le font toujours quand tu grimpes vers l'idée par le dessous de l'échelle.
« C'te vieux schnock-là pense qu'y sait lire les traces. Y sait lire les poids, les pauses. Y fait comme s'y pouvait compter les respirations qu'un homme a prises pendant que la trace de pas atterrissait. Y pense que c'est lui qui pogne le chevreuil qui nous nourrit un mois. Y pense que c'est lui qui pogne les topinambours pis les noix pis la Poke Salad. C'est moé qui pogne les ails des bois qu'y aime tant avec la viande.
Y pense que c'est lui qui rentre dans les vieux bâtiments pour pogner le fil, dénuder le fil, vendre le fil. C'est moé qui le fais vivre.
J'pogne la scrap, pis j'pogne les noix dans l'creux aussi, pis j'pogne le ginseng. Pis ça, c'est toute moé. Pas lui.
Pis y fait comme s'y savait lire les traces. J'vas lire ces traces-là moé-même, avoir une lecture plus vraie icitte presque deux mois plus tard que tout ce qu'y a jamais eu c'te matin-là du lendemain quand y me les a lues dans le livre de faire-semblant de sa tête. »
Mais pas aujourd'hui, non. Aujourd'hui il monterait c'te côte-là au pas, chaque pas un pas plus proche. Un pas plus proche du prochain pire. Une journée plus proche de bâtir la job qui va lui enlever sa seule place pour se défouler. Aujourd'hui il va regarder en arrière dans sa tête la Chicory Blue pis se demander s'il va jamais la revoir de la même manière, comme il la voyait l'été passé avant que toute ça commence. Il va se demander s'il va même la revoir comme il l'a vue pas plus tard qu'à matin avec la fleur partie depuis longtemps mais la promesse dans la graine. Tout ce labeur-là, tout ce fardeau-là pas assez de son propre poids; mais chaque pas est un pas plus proche de l'ouvrage d'un nouvel homme. Pis quand le truck à Tanner est apparu où la talle de mûres du vieux Wiggins devrait être, l'effroi est apparu en plein aussi.
« C'est-tu lui, le gars? Es-tu sérieux? Ce gars-là dans le manteau de sa femme pis… c'est-tu des espadrilles, ça. » Il se tourne vers Cody, « Sérieux, mon homme. C'est-tu une joke? » Pis vers Tanner, « Ce gars-là est pas à deux dodos de son dernier bon hit. » Vers Cody, « Dis la vérité, t'as une pipe ébréchée dans ta poche, han? »
Tanner penche la tête, « Je t'avais dit qu'il est différent. »
Le sourire de Michael a percé, pis il a tendu la main, « Bienvenue à bord. Penses-tu que tu peux rester en dehors de la prison assez longtemps pour qu'on bâtisse la place? »
Un rire nerveux, pis il a réfléchi, « J'pense que oui. Ça va prendre combien de temps? »
« À ma manière? Ça, c'est du temps. Ben du temps. »
Il a remarqué les souliers Dansko de Michael. « J'ai du temps. » C'est pas des semelles lisses, ça. Je les vois drette là dans ses maudits pieds.
« Ouais, c'était combien de temps? »
Y'ont des crampons. J'le savais que Deddy disait des niaiseries.
« Hein? »
« Rien, mon homme, des fois les jokes sont juste pour moé. »
« Je vois ça. »
« Qu'est-ce que tu sais faire? »
« J'connais la 35p là-bas, pis le skid. »
« Ouais, ils ont l'air chauds, han? À part être assis sur ton cul à brasser ton joystick, qu'est-ce que tu sais faire? »
« J'ai travaillé pour Ball Homes. »
« Fait que tu sais comment changer la question. Pis la pelle? Tu sais te servir d'une pelle? »
« Ouais. »
« Sais-tu de quel bord du marteau te taper sur le pouce? »
« J'ai une couple d'idées, ouais. »
« Nice! Correct, fait qu'écoute, Tanner, je nous ai eu du bois pendant la fin de semaine, pis j'ai traîné une remorque jusqu'à l'étang. Aujourd'hui on commence à bâtir un abri, pour se sortir du frette pis se réchauffer. Prends ma carte pis allez-vous-en, vous deux, au Tractor Supply. J'ai monté un truck plein d'outils, mais j'ai oublié l'équerre de charpentier. Achetez une équerre pis un manteau pis des bottes pour ce gars-là. Je peux pas l'avoir icitte arrangé de même si l'inspecteur passe. »
« T'es pas obligé de faire toute ça. »
« C'est la responsabilité qui vient avec le fait d'être humain, Cody. Je peux pas charger mes meilleures insultes pis te les tirer par la fenêtre du char si t'es en train de te geler le cul pendant que moé chu au chaud pis confortable. »
« Comment t'as su que c'est l'manteau d'ma femme? »
« Mon chum, le manteau est rouge, pis t'as pas l'air d'un électricien. »
« Bon matin. T'es sorti de bonne heure aujourd'hui. »
« On a commencé l'abri aujourd'hui. »
« Le nouveau gars s'est-tu présenté? »
« Chu tellement content que tu le demandes. »
« Si pire que ça? »
« Chu encore arrivé avant Tanner, fait que ça c'était un plus, mais ce nouveau gars-là est inimaginable. »
« Bon départ. Ça va être écœurant. T'en dis toujours moins quand t'es sur le bord d'en beurrer épais, inimaginable. ».
« La seule affaire épaisse dans celui-là, c'est le noir sur ses vingt-deux dents – je veux dire ses dents de vingt-deux ans… C'est juste un jeune, pis ses dents vont être dans un verre sur la table de chevet avant qu'il ait trente ans. »
« Dégueu! »
« Chu icitte en train de trier des affaires dans la boîte du truck, en panique parce que je trouve pas l'équerre, pis je sais que je l'ai apportée, pis j'entends des voix en bas au truck à Tanner, pis je lève les yeux, pis ils marchent vers moé, pis trop proche pour tomber à terre sous le choc. »
« Prometteur. »
« Ah ouais, prometteur, en effet. Fait que v'là les cheveux sales d'Einstein de ce personnage de dessin animé-là, mais dessine une corde de lapins pis un canard garroché sur son épaule pis une bouteille de bagosse qui dépasse de sa poche d'en arrière. »
« Qu'est-ce que… »
« Attends, y'a plus. Toute ça pis après imagine une aura d'hologramme de quartier de robineux en plein détail qui flotte autour de lui comme le nuage de poussière de Pig Pen. Ses jointures sont toutes lousses pis fragiles de crystal meth. J'ai peur de lui passer une échelle de peur qu'il fonde drette en bas. »
« T'as eu l'assurance accident de travail pour Tanner, han? »
« Ouais, il l'a eue. L'assurance invalidité, c'est rien à côté de ce gars-là par exemple. »
« Fait que retour à l'annonce Facebook? »
« Non. Je l'ai engagé. »
« Voyons, câlisse? »
« Faut que tu le voies, chérie. C'est comme Einstein oui, mais avec les yeux de Manson. Je lui parle, pis il est parti dans un pays lointain pour une seconde, pis il revient, pis il repart. Pis moé je fais mon affaire, genre l'insulter en masse. »
« Ouais, tout le monde aime ça. »
« Fait que, je fais le gag, tu le connais. »
« Ouais, je le connais. »
« Fait que, je dis genre, dis la vérité, t'as une pipe à meth dans ta poche, pis ce gars-là est ben parti, je veux dire un dialogue de fantasme complet avec lui-même, pis là, claquement de doigts, il est revenu. C'était bizarre. »
« Il sait-tu que t'es armé? »
« Avec quoi? Y'a pas de gun qui a la solution pour ce gars-là. C'est un hustler comme les autres. Dix pas en avant mais au deuxième pas il est déjà dans le champ. »
« Tu ramènes pas celui-là à la maison, han? »
« C'est juste l'intro, bébé, ça s'améliore. »
« Le problème, c'est que t'engages ce monde-là, pis j'ai pas le temps de me faire interroger quand ils vont trouver ton corps dans une fosse peu profonde. »
« Peu profonde, ce gars-là dit qu'il connaît la 35p là-bas. »
« Ah Christ! Fait que quand il va t'avoir mis six pieds sous terre, il va voler la machinerie, pis je vas être obligée d'engager Blalock's pour finir l'ouvrage de terre. »
« C'est sûr, mais y'a un être humain qui a la chienne en tabarnak là-dedans aussi en dessous de tout ce déguisement-là. Sans niaiser, ce gars-là monte l'entrée, pis il a le manteau d'hiver de sa femme sur le dos. »
« C'est triste. »
« C'est le comté, bébé, pis c'est la communauté de Dupont. La capitale du meth d'une géographie pas mal plus grande que l'État. On l'a achetée, astheure faut la casser, on peut pas se sauver de c'te marde-là. Faut y faire face drette dans face, »
« Pis te v'là, à moitié dans le script du prochain nouvel épisode de mille façons de mourir, pis il le sait même pas. »
« Ah, je le sais »
« T'as creusé un petit trou avec un tracteur à gazon une fois, pis astheure tu penses que tu peux changer trente-huit acres de flanc de colline jamais touché en Shangri-La
« C'était douze cents pieds cubes de déblais, Stefanie, pis j'ai été obligé de les déplacer une chaudière à la fois en les saupoudrant sur tout le terrain pour que ça fasse pas un tas aussi gros que la maison au complet pis aussi haut à part de ça. Ça, c'est quatre-vingt-quinze camions à benne saupoudrés une petite chaudière de tracteur vert à la fois, pis invisible à l'œil nu une fois que le gazon a poussé – parce que j'ai eu assez de jugeote pour garder la terre végétale dans un tas pendant que j'étendais l'affaire anaérobique en premier. »
« Oublie pas les traces de bouette de Dansko partout dans la maison pendant cinq mois pendant que tu faisais ça. »
« Stef, tu me donnes pas assez de crédit, oui, c'est un petit trou avec un tracteur vert, mais t'oublies que j'ai creusé à côté du mur de fondation porteur de notre maison habitée, pendant l'hiver, j'ai excavé 150 pieds d'une ligne de 500 pieds de câble deux-zéro trois brins, 240 volts, 100 ampères jusqu'au quai, une ligne d'eau de 1" pis de la fibre optique enfouie directe – toute ça laissé pendu dans les airs pendant trois mois pendant que je le faisais pis sans couper le lift à bateau une seule minute. »
« Pis ça, c'est une autre affaire : qui c'est qui s'imagine qu'y faut une douche en plein air sur un quai en plein milieu de l'hiver? »
« Tu passes à côté du miracle en regardant juste le pratique. J'ai faite toute ça avec un tracteur à gazon. C'est comme dévisser une boîte à surprise en or avec un couteau à beurre, pis quand même gagner le prix en dedans. »
« Le prix, une douche sur le quai. »
« T'es impossible. »
« Ça fait que t'as creusé un p'tit trou une fois, pis là t'es rendu là-haut dans une forêt que le temps géologique a oubliée depuis le glissement de terrain qui a faite l'étang, pis jamais une pelle a touché c'te terre-là, pis là t'arrives, toé, tu t'en vas t'acheter une flotte de machinerie lourde pis dompter le gars sur la meth au bout du chemin. »
« Pis regarde-moé c'te trou-là aujourd'hui. C'est un bunker en béton tout équipé avec un toit en béton, toute l'équipement solaire pis sa propre salle de bain trois morceaux avec de l'eau chaude courante… »
« Oublie pas le mini-frigo, Pat Robertson. »
« Le point, c'est que… »
« Le point, c'est que t'as assez de troubles de même là-haut, pis un sac à outils c'est pas fait pour la job – de plus d'une façon, pis tu peux pas juste ensacher un gars qui a des vrais problèmes, pis presque certain un vrai passé… Donne-moé son nom. Je vas le passer au système. »
« Euh, j'ai pas pris son nom. Cody, mais… »
« Tu me niaises-tu, là? »
« Ça change presque rien, mais t'as raison. Je vas aller le chercher. »
« Je vas aller le chercher. Que le bon Dieu nous aide. »
« C'est pas toute de ma faute, Stef. C'est ça, la job. On l'a acheté. Astheure faut le casser. On a l'argent pour le bâtir nous-autres mêmes… »
« Pantoute… »
« Patience. Je voulais dire bâtir le chemin pis le barrage pis le drainage pis le solaire pis l'infrastructure. J'ai déjà dit oui pour l'entrepreneur général. Recommençons pas toute ça. Mais sache juste que – j'ai mon je-te-l'avais-dit tout prêt, chargé, prêt à tirer de sous le lit plus tard quand tu vas penser que tu me tiens dans les câbles. »
« Mon chum, j'ai pas besoin de câbles. J'ai juste besoin du filet à papillons. T'es complètement fou. »
« Moé? Tu devrais voir les deux autres essayer de virer la base du cabanon de bord. Faut que j'y aille. Y vont écraser quelqu'un. »
« Salut les jeunes. On dirait qu'y a un p'tit problème, là. »
Tanner a parlé en premier : « Un p'tit peu. »
« Cody, fais attention au bord du cadre. Tu vas magané l'arbre. »
Ignorant la grosse entaille évidente dans l'écorce : « Y est accoté là-dessus mollo. Juste appuyé. »
Michael s'est penché : « Le cadre a l'air beau. Pesant en enfant de chienne par exemple. Laissez-moé bloquer c'coin-là pour que vous pivotiez pis que vous le flippiez. Bon. Bon. Attention! »
La plateforme de douze par seize pieds s'est écrasée sur la terre glaise rouge, pis Cody a dit : « Chu pas un charpentier. »
Michael a levé un sourcil : « C'te chose-là dit que t'en es un. »
« Ben, j'en suis pas un. »
« Regarde-moé ça. Le contreplaqué en dessous, c'est quatre cents livres à lui tout seul, la double ceinture en deux par huit pis les solives; ça doit peser six cents livres, pis vous venez de bâtir ça, pis vous l'avez viré de bord, pis y a pété à terre en un seul morceau, tight. »
« C'est le contreplaqué », a remarqué Cody. « C'te marde traitée-là, c'est fort. »
« Yep, c'est ça. T'as mis les vis solides, pis tu les as mises aux bonnes places, pis t'as décalé les joints… »
« J'ai juste tenu la drill. Chu pas un charpentier. »
« Ouin, tu l'as dit, mais t'as bâti l'affaire, pis la v'là. »
Tanner a coupé le discours d'encouragement : « Pour le, euh, le plancher du dessus, on reste-tu avec les vis de trois pouces? »
« Oui, mais faut que vous tiriez une ligne au cordeau sur les solives pis que vous reportiez la marque sur le côté. Vous pouvez pas compter sur les vis de la ceinture pour vous montrer les solives en dessous du contreplaqué une fois qu'y est posé, parce que c'est des vis de ceinture extérieure, pis y sont pas… »
Cody a sauté dedans : « Je le vois. Ouin. Si on pose le contreplaqué, les vis de la ceinture sur le côté arrivent pas vis-à-vis, pis on va manquer… »
« Exactement, mon homme. Bon œil. Ça fait que pourquoi vous iriez pas vous réchauffer dans le truck à Tanner pendant que vous descendez chercher à dîner? Prenez ma carte. Allez vous asseoir quelque part pis mangez de quoi de chaud. »
« Allo. »
« Allo. »
« Quoi de neuf? »
« Les gars sont partis au grill pour dîner y a à peu près une heure. On se gèle les p'tites fesses icitte. »
« Avez-vous fini le cabanon? »
« Ben, ça va peut-être prendre un p'tit bout. Y ont quand même monté le cadre de la plateforme. »
« C'est toute? »
« Ouin, c'est à peu près ça. Fallait monter toutes les outils du p'tit coin de bouette qu'on s'est faite en bas pour se stationner. En montant dans les deux sens, dans le vent pis la neige pis les tornades pis toute. »
« Ça a l'air épouvantable. »
« On a survécu. »
« Tu y vas-tu mollo? »
« Mollo autant que je peux. Chu en train de me faire un creux en forme de fesses dans le siège chauffant, c'est sûr. »
« Ça fait qu'y savent ce qu'y font? »
« Ouin, un peu. Y ont travaillé avec leur père pis leur grand-père, c'est sûr, pis y ont encaissé deux-trois chèques sur un chantier depuis leur graduation, mais y ont pas mal plus d'heures de brouette que de théorème de Pythagore. »
« Des maths! Chu partie. »
« T'es littéralement une police de l'impôt. »
« Yup, mais a-carré plus b-carré, c'est un gros C-ya later. »
« Sortie côté jardin, Stefanie la smatte. Y remontent la côte, là. »
« Tu les fais marcher? »
« Les faire? Monter c't'affaire-là icitte, c'était déjà assez dur. Tanner a un vieux Reading tout maganné, pis Cody, y conduit des Shoe-baroos. Y a probablement la meilleure traction de toute la gang. »
« Appelle-moé quand tu pars. »
« Je t'aime. »
« Love! »
Tanner est arrivé à la fenêtre en premier : « Man, c'te côte-là a l'air de rien tant que tu l'as pas marchée dix fois. »
« Six fois. »
« Quoi? »
« Vous l'avez marchée six fois. »
« Ben certain que t'as compté. »
« ça m'a paru dix. »
« Y parle. Pis une autre plainte en plus. On va pouvoir bâtir une boîte à suggestions après. »
Tanner a ri : « Ouch. »
Cody s'est balancé d'un pied à l'autre : « Le siège est-tu assez chaud là-dedans? »
« Ouch, Ouch. »
« Chu en train de me faire une croûte cuite à vous regarder prendre autant de temps avec c'te cabanon-là. »
« Meh. »
En même temps : « Ta yeule, Tanner. »
« Gros caves. »
« Bon, on a un cadre solide, on l'a planché, pis on l'a viré de bord. Quelqu'un veut deviner pourquoi? »
Cody a froncé un sourcil : « Tu l'as déjà dit, pour que ça glisse comme des patins quand faut que tu le bouges. »
« J'ai dit ça? »
« T'es-tu frappé la tête avec le mauvais bord du marteau? »
« Ouch. »
« Ouch, t'as raison. Le chum à Stef, Phil, lui y coache la Petite Ligue, pis moé je coache une équipe de nourrir-pis-blinder, Ouch pis Oucher. »
Cody a regardé Tanner.
Tanner a haussé les épaules : « Je te l'avais dit qu'y était différent. »
« Bon, on a un cadre, pis on a planché un bord, pis là allez chercher le cordeau – vis de trois pouces – Vous aimerez pas ça, mettre c't'affaire-là d'équerre, ça fait qu'allez chercher les câbles dans le truck. Tanner, viens icitte. »
« Ça fait que, euh, veux-tu que j'aille chercher le contreplaqué? »
« Non, viens juste icitte. Ce que tu vas faire, c'est poser une feuille de contreplaqué dans c'coin-là, mais tu vas visser juste le p'tit bord. »
« Ça fait que je pose le contreplaqué. Quel bord de ce bord-là? »
« Correct, bonne question. Ça, c'est le p'tit bord du cadre. C'est lui qui va fléchir le moins, ça fait que le long bord du cadre va se tordre le plus facilement. »
« Les câbles. »
« Bon, plie-z-en un en deux, pis enroule-le autour de l'arbre qui a l'entaille. »
« Ouch, »
« Ouch pour vrai. Mais je pense qu'y va falloir l'enlever de toute façon, je l'ai juste laissé là en espérant. Mais même s'y avait pas une grosse coupure dans l'écorce, faudrait probablement l'enlever juste pour bouger le cabanon plus tard. »
« Le vois-tu, ou ben faut que je te l'explique comme à une ai obtuse? »
« C'est quoi, obtus? »
« Des fois, la question se répond toute seule. »
« Ouch. »
Cody s'est retourné : « Pis là tu fais comme si tu le savais depuis le début. »
« Pis là vous le savez tous les deux. Obtus, un adjectif qui veut surtout dire lent à comprendre, qui manque de finesse ou de sensibilité. En géométrie, un angle qui mesure plus que quatre-vingt-dix degrés. »
En même temps : « différent. »
« S'il vous plaît, mettez c'te boîte-là d'équerre. Je vas être juste là, bien assis dans mon siège, les pieds au chaud, les nerfs en boule. » Y a regardé par-dessus son épaule : « Quatre-vingt-dix degrés. »
Cody a enroulé le câble autour de l'arbre : « Pas obtus, compris, bossman. »
« Bro, faut qu'on se parle de quèque chose. »
« Tire plus fort, c'est ça. De quoi faut qu'on se parle? »
« La paye. On est le dix-huit. Est-ce qu'y garde comme une semaine en arrière? »
« Ben, c'est une semaine en arrière, ouin, mais y m'en a déjà parlé quand je y ai dit que tu t'en venais. Y m'a donné du cash pour que je te paye à la journée la première semaine. »
« Genre, à la journée? »
« Ouin, y m'a donné du cash. »
« Qu'est-ce que t'as dit pour qu'y fasse ça? »
« J'ai rien dit pantoute. Y le savait, c'est toute. »
« C'est pas diffèrent. »
« C'est différent. Y nous a montés à vingt aussi. »
« Vingt-deux? »
« Vingt aussi. Y a monté la paye à vingt de l'heure. Y dit que c'est ça pour un boutte, mais si on pogne le tour, y a un p'tit peu plus. »
« Y est bizarre, c'gars-là. »
« Différent. »
« Non, bizarre. Pourquoi y garde toutes ses butts dans sa poche? »
« Ses butts? »
« Ouin, y fume assez pour faire le smog de la vallée, pis y a une poche pleine de butts de cigarette. Y les fume-tu plus tard, ou quoi? »
« Euh, ben. Je pense qu'y veut juste pas les garrocher à terre. »
« Bizarre. »
« Différent. »
« C'est du camouflage. »
« Ben, je t'entends, mais je cherche pas le trouble icitte, bro. C'est un bon gars. »
« Y a d'quoi de pas correct avec lui. Pis j'pensais que t'avais dit qu'y passait ses billots dans le broyeur. »
« Pas les billots, les branches, les broussailles. »
« Je pourrais faire une fortune avec tout c'te Peuplier-là en haut. J'vends du Pin aux touristes, mais c'te Peuplier-là, j'pourrais le vendre icitte dans la vallée. »
« Ben, ça me regarde pas. Si tu veux le Peuplier, faut que tu le demandes toi-même. Y va te le donner. Y va prob'ablement même te le charger dans la remorque avec la mini-pelle. »
« Chu pas un cas de charité. »
La voix de Micheal est entrée dans la scène, du dedans du truck : « Je décrisse, les gars. Faut que je sois de retour à Hardin Valley pour quatre heures aujourd'hui. »
(Ça vient jamais à l'idée de cody qu'y pourrait être une bonne personne pis connecter Michael avec le contact qu'y a en tête pour faire un gros coup avec c'te peuplier-là.)
(Parce que le donné compte pas, juste le gagné-à-coût compte, pis les kakis sur la galerie, c'est le donné ultime, gratis, chez eux, pis sous les pieds, parce qu'une chose qui coûte rien, c'est une chose qu'y peut pas valoriser.)
« Allo. »
« Allo. »
« J'en reviens pas d'être à maison si de bonne heure. Ta journée a été comment? »
« Ôte-moé ces souliers-là pis assis-toé. »
« C'est les propres, je les ai mis dans le garage à matin. Amy a-tu mis la maison en vente? »
« A l'a reçu les photos à matin, pis a vient de m'écrire que c'est en ligne. »
« Des ballons de football? »
« Yup, toutes les photos étirées. J'aurais jamais remarqué si tu m'avais pas montré toutes ces maisons-là. »
« C'est fou, hein? Comment ça se fait que les meilleurs agents d'immeuble du coin voient pas que les photos de c'gars-là sont toutes déformées? »
« La politique. »
« Une histoire aussi vieille que le vol. Si t'as le bon nom, ça compte pus pantoute ce que tu fais, c'est une sorte de génie de pedigree. »
« Je vois ça tous les jours. »
« Moé, je peux même pas engager deux-trois gars à la journée à The Drip sans que tu me fasses prendre de l'assurance invalidité, l'assurance accidents de travail, pour l'amour du Christ, tu nous as pris une assurance habitation Sur un terrain où le cabanon vient juste de commencer aujourd'hui. »
« Y se sont rendus où? »
« Y ont monté trois murs de colombages. Y est quèque chose, c'te Cody-là. Ça fait qu'on monte les murs, pis y fait genre, t'es-tu pas supposé de mettre les morceaux du haut en premier avant de les lever? »
« Je comprends pas. »
« Te rappelles-tu comment on a bâti ton she shed avec la charpente du toit direct dans les colombages pour avoir l'angle? C'est pour ça qu'on a pu faire dépasser le toit en porte-à-faux si loin par-dessus la galerie… »
« Ouin, j'adore ça. T'as dit que tu vas devoir bouger celui-là par exemple, le toit va-tu pas rendre ça dur? »
« V'là l'annonce. »
« Oh, man! Vous avez vraiment garroché toutes nos cochonneries dans les armoires, hein? J'ai pas été capable de trouver c'te sac à outils-là pendant une semaine. »
« C'était Amy. Chu innocente. Bel essai. »
« On peut pas blâmer un gars. Je sais que c'était toé. »
« Sérieux, si a se vend? »
« A se vendra pas. Rien se vend l'hiver, pis regarde-moé le prix. C'est big haut. »
« C'est le prix je-te-mets-au-défi, ça c'est sûr. »
« Si on arrive proche de ça, je m'achète cinq sacs à outils pis j'en mets un partout. Un en haut, un icitte en bas. Un… »
« J'ai pas caché ton sac d'outils exprès. »
« Tu sais ben que oui. »
« Qu'est-ce qu'on fait si a se vend? »
« Je sais pas. J'imagine qu'on se prend un appartement ou de quoi pis qu'on bâtit la nouvelle place vite. »
« J'arrive à peine à passer mon char dans la servitude. Comment tu vas faire monter des équipes de construction là-haut pis du matériel, pis toutes les bétonnières que t'avais qui paradaient icitte quand tu bâtissais l'héliport? »
« On pourrait peut-être monter le prix si on va chercher la peinture finalement. »
« Kitty est trop vieille pour vivre en appartement. A l'a eu une chatière pis onze acres toute sa vie. »
« Pis une réserve infinie de Suisses. »
« Pis c'te trône en souche d'arbre-là qui garde son p'tit royaume sauvage sous contrôle. »
« Va falloir déménager c't'affaire-là avec la chatte. »
« Ça te prendrait une litière. »
« Femme, j'aurai pas de litière. J'vas vivre dans le cabanon qu'y sont en train de bâtir avant. »
« Ton rêve le plus fou. »
« Yep, c'est moé ça; travaillé toute ma vie pour vivre comme on vit pour pouvoir vivre Dans un cabanon à outils avec une chatte. A se vendra pas à Noël, ça fait qu'au moins on a une semaine. »
« Michael. Ton numéro de gros dur me donne confiance aussi, mais je vivrai pas dans un cabanon à outils. »
« J'ai jamais imaginé que tu le ferais. On prendrait quand même l'appartement pour toé pis Clover. C'te chienne-là dormirait dans un tuyau de ponceau en autant que t'es là. »
« Clovvver. Oui, on parle de toé. Inquiète-toé pas, bébé, je laisserai pas le méchant monsieur nous mettre dans un égout pluvial. »
« Ça fait longtemps que ça s'en vient, pis c'te place-là, c'est notre chance. Le deal des résidences étudiantes passe le vingt-sept, pis c'est le meilleur des mondes. L'argent patient nous a amenés jusqu'icitte, avec les baux fonciers triple net, mais chu écœuré de payer l'impôt sur le revenu de l'État de New York pis la taxe foncière pis la taxe scolaire pis la taxe du comté pis la taxe de la ville. C'est malade! »
« Pis la comptabilité, woof. »
« On a un manoir qu'on veut pas, six chambres qui sont tellement pas chez nous que c'est pas mal juste une place pour aller chier en dedans. Ça fait que le deal passe le vingt-sept, pis je peux donner une job à c't'argent-là le mardi d'après, le deux janvier. Le loyer rentrera pus, ça fait qu'on a besoin de dividendes rapides… »
« Ça me passe par-dessus la tête. »
« Ouin, c'est ça, a-carré plus b-carré y sort de la bouche vingt-cinq ans après le high school qui y a planté ça là juste pour me casser les couilles avec son trop-d'information, pis des simples pourcentages y passent par-dessus la tête. »
« C'était pour une bonne cause. »
« Humph, ça fait que mardi l'argent est parqué dans le compte Schwab, pis j'appelle pour ouvrir la LMA. »
« J'aime pas ça. »
« Je l'ai-tu mal dit? T'aimes-tu mieux en espagnol? »
« On a jamais emprunté de l'argent de même avant. »
« Nous-autres, non, mais moé, oui. »
« Ouin, pis t'as toute mis sur la table, la pile au complet sur le rouge. »
« Pis sans ça, j'aurais jamais fait décoller c'te terrain-là, ça paye les comptes depuis vingt-cinq ans, nos propres comptes en même temps aussi. »
« C'est différent. »
« C'est ça, ou ben on met une hypothèque sur la maison. »
« Oh, ben voyons donc, jamais! »
« Ça règle ça d'abord, Stef. Notre maison, c'est notre maison, pis la vente de notre terrain vient de devenir notre revenu. »
« Non, Clover, chérie, on s'ra pas dans la rue. »
« Non, pas toute. On a encore les loyers des trois autres, jusqu'à temps que ça se vende aussi. Mais l'idée de bâtir-ça-sur-le-revenu, c'est pus possible. Fallait que quèque chose lâche, pis j'ai choisi l'appendice. »
« L'appendice? C'est la moitié de notre revenu. »
« Y t'ont donné le garrot sur ta veste pour une raison, Stef, ça fait qu'au pire, ce qui compte est sauvé. »
« C'est mêlant. »
« C'est clean. On parque l'argent. On avance la nouvelle place sur la LMA, pis on rembourse la LMA quand on vend c'te place-icitte. »
« Ouin, qu'est-ce qui pourrait ben mal tourner? Les fameuses dernières paroles de chaque félonie de classe A que je dépose, emprunté dans le compte de taxe de vente pour payer c'te maudite Lamborghini-là. Pis ça aurait marché aussi si ça avait pas été de vous autres, maudites réalités fouineuses. Pis c'est pas qu'y sont des criminels au départ, c'est qu'y ont c'te tête en morceaux de casse-tête qui fait marcher leurs gros smattes direct dans un problème qu'y sont pus capables de sortir plus tard. »
« C'est pas un crime d'emprunter de l'argent, Stefanie. »
« Tu le vois pas. La Lamborghini, c'est pas le crime. Le crime, ça sort de pas avoir le choix de payer le char astheure que… »
« Correct, ça a déraillé. Revenons sur terre. Chu pus un criminel. Je me suis même pas fait arrêter sur le bord du chemin depuis trente ans. »
« C'est justement ça. Personne est un criminel tant que les maths désespérées embarquent pas. »
« Chérie, chu pas tout seul à tirer sur c'te ficelle-là. On est gras, niaiseux pis heureux icitte à Hardin Valley, maison payée, valeur doublée, pas de comptes, mais notre famille est dans le comté de Sevier, pis c'est une heure de chaque bord pour un placotage autour d'un café, sans parler d'un souper de fête encore une demi-heure plus loin à Gatlinburg. Sans compter les centaines de soupers des dix dernières années où on leur a faite rouler les yeux jusqu'à les rendre aveugles avec nos histoires du déménagement imminent qui s'en vient. »
« Ça fait que là c'est de ma faute si tu t'en vas en prison. »
« Non, c'est de ta faute si je gère un compte de bourse, un département psychiatrique, pis la rénovation d'une montagne au complet du siège d'avant d'une skidsteer pendant que je regarde Ouch pis Oucher se réchauffer les mains dans le devant de leurs culottes entre une vis pis un trait de scie. Pis là y me donnent l'outil pour que je leur montre une affaire ou une autre pis je me ramasse avec des gosses de chialeux dans les mains moé aussi. Pendant tout c'temps-là, je pitonne pis je gratte l'écran du téléphone pour trouver le cadeau de Noël parfait pour la femme que j'aime, parce que le Ty Beanie Baby au Stop and Rob au bout de la rue avait pas le je ne se quoi que j'espérais pour exprimer mon amour. »
« Awwww, qu'est-ce que tu m'as acheté? »
« Je te dirai pas une crisse d'affaire. Pis juste pour que t'ailles pas te faire des idées, j'ai arrêté au Home Depot en revenant, pis j'ai acheté une boîte à malle pour l'aménagement paysager du voisin d'en face pour que le truck de Prime sache exactement où livrer mon trésor. T'auras pas la boîte avant que j'arrive à maison. »
« Correct, correct, ça fait que ça rentre dans une boîte à malle. »
« Correct, ça fait qu'allez chercher le niveau… »
« J'ai pas apporté de niveau. »
« Comment vous pensez, vous deux, qu'on va creuser un trou, planter un quatre par quatre pis glisser la boîte à malle dessus sans niveau? »
« Chu pas un charpentier. »
« Ouin, j'ai compris ça hier, Einstein le Perroquet du Texas. »
« Ouch, »
« Pas moyen que je survive à ça. Pas moyen. Mettez les numéros. On se rejoint en haut de la côte. »
« Mais est croche,. »
« Toé aussi. Mettez les numéros pis montez à pied. P'tits crisses. Oublier le niveau sur mon dos, han. »
« Je pense qu'y voulait vraiment dire monter à pied. »
« Y a ben dit, pas de rides dans le godet, hier, mais après y nous a descendus à matin. »
« C'est de même qu'y font, ces gars-là. Des règles pour moé pis des règles pour toé. »
« C'est pas ça, Cody. »
« C'est ça. Y veut pas être dérangé à nous attendre descendre la côte au complet, ça fait que première affaire y casse sa propre règle, y se rend la vie facile. »
« Même si c'est le cas, ça m'a rendu la vie moitié moins dure qu'a l'aurait été parce que j'ai pas eu à descendre en traînant toutes les pelles pis les poteaux pis la boîte à malle – la boîte, En plus y a toute remonté ça avec lui, ça fait que, gagné, à moitié gagné. »
« Te rappelles-tu de Wiggins? »
« Ouin, c'était ma conseillère en orientation. »
« La mienne aussi. Tu peux pas juste espérer… »
« Faut se grouiller aussi. C'était la plus grosse niaiserie au monde. »
« Vrai par exemple. »
« A reste juste là. »
« Genre, là, là? »
« Yup, dans c'te trailer-là… Mais a disait sa maudite affaire de se grouiller à des gars comme moé, moé j'fais rien que me grouiller. »
« Se grouiller? »
« Ben, ouin. Le scrap, la job de bras. »
« C'est pas se grouiller quand t'es toujours en retard. »
« C'est se grouiller quand c'est se grouiller. Moé, j'me grouille. »
« Vendre de la marde pour te garder un boutte de la roche, c'est pas se grouiller. »
« T'es mieux de croire que c'est se grouiller. Vas-y, toé, gratte la roche d'un junkie. Dis-moé que tu te grouilles pas. »
« Je pense pas que c'est ça qu'a voulait dire. »
« Je fume pus anyway. »
« Ouin, t'as dit que t'es pas un charpentier. »
« Quoi? »
« Laisse faire. »
« Regarde, y a un ours. »
« Oh – C'est comme si on était pas là. »
« Y sait qu'on est là, gage là-dessus. »
« All in. Magnifique. »
« C'est quoi l'affaire avec les rides dans le godet? »
« C'est l'assurance. »
« Y dit que c'est l'assurance? »
« Non, l'assurance est à mon nom. C'est écrit dedans. »
« Pourquoi y l'a mise sur toé? »
« Je te l'ai dit. Y m'a envoyé chez l'avocat, monter une compagnie, y m'a payé ma licence de rénovation. L'avocat a ouvert les comptes de banque, pis s'est arrangé pour qu'y s'occupent de la paye. Moé, tout ce que je fais, c'est puncher sur mon téléphone, envoyer les données le mardi, pis je, on, se fait payer le vendredi. »
« J'ai jamais eu une job de même, faire mes propres heures. »
« C'est pas vraiment une job. C'est à moé. »
« Comment ça, c'est à toé? »
« C'est à moé. C'est toute à mon nom, le nom de la compagnie. »
« Bullshit. »
« Non, pour vrai. J'ai toute faite ça avec l'avocat. »
« T'as pris l'argent où pour l'avocat? »
« Y l'a transféré dans le compte après qu'on a toute monté ça. J'ai faite un chèque à l'avocat. »
« C'est-tu une arnaque ou quoi;. »
« Si c'en est une, c'est une bonne. »
« Comment c'est une bonne? C'gars-là y a ton bon nom, pis y crée des compagnies pis y te colle le crime sur le dos. »
« C'est pas ça. Je te le dis. J'ai toute faite ça avec l'avocat. »
« Avocat mon cul. T'as trouvé c't'avocat-là où? »
« Y… »
« Yup, j'le savais. C'est une arnaque. Donné veut dire fourré, Tanner. »
« Ben, euh, suivons ça jusqu'au boutte. C'est toute une arnaque. Y veut quoi? »
« Y veut une maison pis y veut payer des prix de journalier pour l'avoir. »
« Pis? Toé, tu voudrais pas? »
« C'est juste un nouveau nœud, man. »
« De quoi tu parles, câlisse? »
« Un nouveau nœud. Y engage pas juste du monde pour bâtir une maison à sa façon pas cher, y engage quèque chose qu'y peut se vanter à ses chums comment y est smatte. Regardez-moé ça, j'ai pas juste engagé du monde pis travaillé pas cher, chu tellement smatte que j'les fais devenir propriétaires. »
« En quoi c'est un nœud ou je sais pas quoi? »
« Un nœud man, comme Wiggins disait. Un nœud. Un piquet dans la terre. Une nouvelle place pour mettre une nouvelle affaire quand a fitte pas avec les vieilles. »
« Voyons donc, câlisse. »
« Genre, si t'es si smatte que tu crées de la nouvelle info, a peut pas aller avec la vieille info, ça fait que tu te pognes un nouveau nœud. »
« J'ai jamais eu c'te sermon-là d'elle. A m'a donné une pile de pamphlets sur les métiers pis de la marde de même. »
« Ça fait que, c'est ton réseau, genre. Tes associés. »
« Ouin, juste ce qu'y nous faut – tes associés. »
« T'es un de mes associés. »
« Allez-vous monter icitte, vous deux? Je sais que vous avez hâte en maudit de retourner sur le cabanon, mais tant qu'à être icitte, je veux vous montrer le barrage. »
« J'veux aller voir le pont que t'es en train de bâtir avec Peter. »
« Oh, tu pensais que je parlais d'une visite guidée du chantier. »
« Pas encore. »
« Ferme ta grand' yeule d'abord pis regarde ça. Vois-tu comment l'eau sort du tuyau de trop-plein? »
« Chu pas aveugle. »
« A des yeux, voit pas. Écoute, d'abord, si on fait une visite guidée de tes sens, essaye l'ouïe. C'est juste un filet, mais l'eau qui sort en dessous coule égal dans le ruisseau. »
« Je le vois », a dit Tanner.
« Bon, pis tu l'as sorti avant que Cody fasse son smatte avec le point. »
« Ouch. »
« Ça, c'est la prochaine affaire. Faut bâtir un cabanon. Le frette s'en vient pas juste, y est là, pis on a besoin d'une place pour travailler. »
Cody a regardé la pelle mécanique : « Ça fait que faut déterrer c'te tuyau-là pis en mettre un le long d'où le flanc de la montagne rejoint le barrage. »
« L'intuition, le sixième sens. Le jumeau de la bullshit. Je sais que Tanner t'a déjà parlé de c'te projet-là. »
« Man, un gars peut pas avoir une chance avec toé. » Cody a ri.
« T'en as en masse des chances, comme quand tu craches c'te tabac à chiquer dégueulasse partout où on essaye de travailler, ou ben la seule raison pourquoi tu fais attention, c'est pour trouver comment sauter le niveau. Comment j'en parle pas de ça », Avec l'accent de Cody : « Ça, c'est des chances. »
« Ouch. »
« T'as pogné toute ça en une journée de job? »
« Ça pis plus. »
« Différent. »
« Ouch. Ça fait que c'est ça la prochaine affaire. Faut que le cabanon roule aujourd'hui. Première affaire », Y se coupe lui-même dans sa pensée : « Envoyez, mes p'tits canards, suivez-moé », en marchant autour de l'étang vers le site de construction, « Première affaire qu'on doit faire aujourd'hui, c'est marquer les lignes pour la ligne du toit. On va marquer le bord du drain à 9 pieds pis l'autre bord est déjà à dix pieds, mais vérifiez parce qu'on a juste pris les colombages bruts… »
« En plus on a la lisse du bas là-dedans. »
« Bon œil, Cody. Ça fait que marquez dix pieds sur l'autre bord. Après ça, c'est A-carré plus B-Carré égale C-carré. »
« Chu parti. »
« Ouin, y est pas un charpentier. »
« Pas de trouble. Pas d'angles, peut probablement pas calculer la montée pis la course non plus… ça fait qu'on va y aller de même. Cody, pogne c'te planche-là. Fais semblant que c'est les marques que je viens d'attribuer… »
« Câlisse, ça veut dire quoi, attribuer? »
« Aimes-tu mieux que je me serve de c'te planche-là pour t'apprendre l'angle pis que je te batte avec une autre, ou ben celle-là peut faire les deux jobs? T'es pas niaiseux comme tout le monde pense. T'es juste ben prudent d'interrompre au bon moment pour que l'information rentre pas. »
« Ouch. »
« Tu vas-tu me picosser de même tout l'Hiver? »
« C'est une échelle. Plus tu deviens niaiseux, plus j'en ai de chargées. Ça fait que c'est ton choix, vraiment. J'aimerais mieux partir le toit du cabanon pis retourner au pont. »
« Aller t'asseoir dans ton truck chaud, tu veux dire. »
« Ben certain, je pourrais faire ça, mais là comment tu ferais pour comprendre le cabanon pour pouvoir te dépêcher d'aller t'asseoir dans ta pelle chaude pour la job du barrage. »
Tanner a ajouté : « Pis moé je pourrais arrêter de me geler le cul pendant que vous comparez la grosseur de vos queues, »
« Je te le promets, Cody, c'est lui la plus grosse queue. Tiens c'te planche-là en l'air. Ce que tu fais, c'est que tu la tiens là à la marque de la ligne haute pis à la marque de la ligne basse, pis tu grattes une ligne, de même. C'est ça ton angle. Y a un rapporteur d'angle dans le truck aussi. Mille façons de régler ça. »
« Ok, ça fait qu'on pose la ceinture, pis après on coupe les colombages en haut de la nouvelle ligne de toit sur le bord bas. »
« Yup, on le recouvre avec le CDX d'un demi-pouce, pis on est à l'abri de la pluie de demain. Moé, je décrisse. Vous êtes corrects? »
« Yup, va t'asseoir dans ton Hummer chaud. Oublie pas le siège chauffant. »
« J'utilise pas c't'affaire-là. Ça me donne l'impression d'avoir une couche pleine. »
« Allo. »
« Allo. »
« Comment ça va là-haut? »
« Ça a ses moments. Au moins chu arrivé avant Tanner encore – mais de justesse. Le gars est arrivé à 7 h 30, deux minutes après que je me sois stationné. »
« Bel essai, le jeune. »
« Pis Cody est apparu sur la caméra de l'entrée genre cinq minutes après. »
« Y as-tu dit, à lui? »
« Nah, celle-là, a reste dans ma poche. Mais j'ai creusé un peu pour être sûr, pis t'as raison, C'est probablement son père. Y parle exactement comme le gars aussi. »
« C'est Norman. »
« C'est qui, câlisse, Norman? »
« Non, Norman, Cody, 1221 Dripping Springs Road. »
« Je vas le passer au système. »
« Ça fait que chu assis dans le truck, y arrive, y s'est presque cogné la tête sur la vitre du passager pour voir si chu arrivé avant lui ou pas. »
« Les images. Ça fait vraiment passer mon après-midi vite. »
« Tu vas suivre. »
« Bon, Y sont arrivés. Y travaillent. C'est quoi l'ordre du jour? »
« C'est le cours de Géométrie pour les brillants. Tellement crissement smattes que la théorie peut pas se faufiler. ça fait qu'on gratte des roches sur le bois où les lignes vont pis on coupe l'angle avec une vigne. »
« De quoi tu parles, câlisse? »
« Des fois, les jokes sont juste pour moé. »
« C'est – quoi – l'ordre – du – jour? »
« Ouin, l'ordre du jour. Le pontage du toit aujourd'hui. J'ai agacé Cody avec la job du barrage. Pauvre p'tit, y pense qu'y va être dans la machine à déterrer le tuyau. »
« Tu les as engagés pour faire la job, ce monde-là, Michael. »
« Ouin, quand tu vas rencontrer c'gars-là, tu vas comprendre que ça va prendre un boutte avant que je le laisse creuser le haut pis ressortir d'un barrage vivant qui retient plus que deux cent soixante-quinze mille gallons d'eau. »
« Ben certain que tu sais combien y a d'eau là-dedans. As-tu compté les poissons aussi? »
« Pas encore. Ça fait que, Assurance accidents de travail ou pas, c'est moé qui va être dans le siège quand le barrage va être percé. »
« Percé? »
« Oui, percé. Le glissement de terrain vieux de millions d'années l'a créé, c'est clair. Tu peux voir ça, mais le haut a été aménagé à un moment donné, ça fait ben ben longtemps. Y a un tuyau de ponceau dedans. »
« Comment tu peux dire toute ça? »
« Les tuyaux de ponceau, c'est… »
« Le smatte, le glissement de terrain. »
« Parce que ça a pas l'air naturel, mais c'est tassé comme si ça avait toujours été là. »
« Ça fait que tu sais pas que c'était un glissement de terrain d'un million d'années. »
« Tu peux presque voir où la terre manque dans le flanc de la côte en haut. »
« Ça fait que tu devines? »
« Correct, je devine. Le point, c'est que l'affaire est là, y a un tuyau de ponceau dedans où quelqu'un a essayé de gérer l'eau au fil des années pour la pêche,,, »
« Tu recommences, pour la pêche. »
« Sainte-Christ, es-tu en train d'écrire des questions d'interrogatoire pour un dossier? »
« Non. »
« C'est exactement ça que tu fais. T'es assise à ton bureau, pis t'écris des questions d'interrogatoire pour un témoin ou un suspect, pis l'attitude déborde sur le-barrage-qui-est-à-l'ordre-du-jour. »
« C'est moé qui pose les questions. »
« Cute. Ça fait que, c'est l'Intro au barrage, le toit du Cabanon, Moé pis Peter, pis la boîte à malle, ben certain. »
« C'est-tu des bijoux? »
« C'est une pierre brute dans la nature sauvage avec une entrée que chu pas convaincu qu'UPS va essayer de monter. »
« Tu peux pas me donner un terrain sans maison pour Noël. Faut qu'y ait une maison dessus. Ça fait que, disons, pour ma fête? »
« Quelle fête? Pas quarante-deux. Peut-être quarante-trois. »
« Pas moyen que ça prenne un an pis demi. »
« Ça se peut. J'ai pas de chemin pour rentrer. J'ai pas de trou de fondation creusé. On a pas d'entrepreneur, on a pas d'argent prêt, on a pas de septique, d'électricité, d'eau, pis on a même pas encore mes outils icitte pour bâtir aucune de ces affaires-là. On a même pas de plan de maison. Je paye ces gars-là pis tout le matériel avec mon propre revenu en ce moment »
« C'est-tu un gonfleur à pneus? »
« Ouch. »
« C'est juste là à la page trois, Les Délits Mineurs de Michael et Comment Il Va les Payer, Gonfleur à pneus. »
« Tant qu'à y être, j'ai commandé vingt-quatre panneaux solaires, un onduleur pis quatre batteries. Bill monte la semaine prochaine pour installer des meilleures caméras, pis j'ai besoin d'internet pour ça. C'est pas le système au complet, ben certain, mais ça nous fait partir, pis j'ai passé la commande en 2023, ça fait qu'on peut réclamer le crédit d'impôt de 30% avant qu'y expire. »
« Internet pis électricité dans la même semaine. On se rapproche de quarante-deux tous les jours. »
En 2014, Michael a engagé une compagnie de forage directionnel pour faire des travaux sur la maison à Hardin Valley. Le propriétaire a bien fait la job, pis y a été réengagé deux autres fois. Les trois fois, l'ouvrage était bon, mais l'atmosphère était un supplice. Le propriétaire rabaissait pis engueulait ses employés devant lui. C'était une cruauté vraie pis sincère, pas avec un œil sur la croissance de l'employé comme on en trouve sur un chantier, mais c'te cruauté-là qu'on peut juste voir dans l'allégorie du chien coincé dans un coin qu'on botte, elle qui gémit dans l'agonie de l'impuissance devant le prochain coup de pied qui allait venir, c'est sûr. Des intentions si cruelles que de les décrire comme la chose égoïste qu'elles étaient, ce serait botter le chien encore plus.
Remplaçant au pied levé, Chris Gibson Directional Drilling. Un homme dans son propre coin, qui se bottait lui-même. Chris est arrivé à Hardin Valley avec la version forage directionnel d'une Jalopy des Raisins de la colère, chargée pas avec un soin délibéré pour la cargaison au travers des meubles, mais dans une course désespérée pour toute remettre ça dessus pis filer vers la pipe qui attendait pas sur les racks du rig, mais au bout encaissé du chèque.
Quand Chris est venu la première fois, Chris était clean, mais pas son monde. Cinq ans de projets plus tard, toute la gang en manque, pis à la sixième année, Chris aussi.
Juste l'homme qui a péché peut retenir sa main sur la pierre, pis Chris incarnait c'te maxime-là, pis ça l'a écrasé. Retenir la main engendrait le péché pour le pardon qui viendra. Pis pour un homme avec la conscience coupable, le pardon, c'était le chien qu'on pouvait jamais flatter jusqu'au boutte.
Pour Chris, l'échec en chemin, c'était pas le chemin vers le succès, mais le succès de chacune des terreurs du désespoir. Chris collectionnait pas juste les revers comme des trophées, y en faisait le commissaire dans des vitrines de verre fêlé pis de serrures forcées – où, ayant perdu la clé, Chris, dans son effort sans fin pour répéter ses erreurs, avait passé la main dedans pis réessayé la pièce avant de la remettre dans l'exposition.
Décembre 2023, entre en scène Chris Gibson, Commissaire, même jalopy, nouvelle craque dans le pare-brise. Pis avec lui vient la preuve absolue que c'te site-là aura jamais l'électricité municipale, une négation prouvée encore plus vraie par la réponse de Gibson lui-même à l'affaire. Si c't'homme-là veut pas essayer de gagner un nouvel échec, d'abord la chose peut pas se faire. Toute de la Roche, qu'y dit.
« Ça fait que ça règle ça. Trois semaines là-dedans, pis là faut que t'appelles Sevier County Electric pour annuler le permis. »
« Michael, sois pas sombre de même. C'est pas une perte totale. Sans ça, on aurait pas d'adresse. »
« Vrai, pis sans la boîte à malle, j'aurais pas mon permis de conduire renouvelé en chemin avec l'étoile pis l'inscription sur la liste électorale, pis… »
« En plus de toute ça, t'es sur les listes astheure, bébé. Ta convocation pour être juré va arriver d'un jour à l'autre. »
« Imagine-toé donc. Les roues de la justice dictées par moé. »
« Toute ma dure job, défaite. »
« Terrifiant. En plus, on peut avoir notre permis de septique astheure. As-tu appelé le spécialiste des sols? »
« C'te boîte à malle-là est occupée. C'est-tu une nouvelle montre pour la job? G-Shock. Vert menthe. Celle avec la date. Pas le modèle de c't'année, celui de l'année passée. Est sur Amazon. »
« Oh, misère! »
« Y te rejoint là-bas à première heure demain. »
« Ça fait qu'on a un rendez-vous de rentré avant Noël. »
« Chris avait l'air de quoi? »
« C'était laid. Les gars déballaient tout l'équipement solaire. Cody l'a acheté en haut dans la skidsteer… »
« Monté en haut? »
« C'était un gros camion cube, pas de hayon élévateur. J'étais avec Peter, pis le chauffeur a appelé en pétant une crise, y montait pas c'te entrée-là. Ça fait qu'on a eu les fourches juste à temps hier, pis Cody est descendu chercher le stock. »
« Fragile, c'est écrit, des Gros autocollants vert fluo… »
« Orange. »
« Des Gros autocollants fragile Orange. Pis t'envoies Cody chercher, combien de panneaux t'as dit? »
« C'est qui qui raconte l'histoire, Stefanie? »
« Pas toé, M. paraboles pis faux-fuyants. Moé, j'y vas direct. Cody descend l'entrée qu'un chauffeur professionnel veut même pas essayer, pis y conduit ma skidsteer… »
« Ta skidsteer? »
« Chut, c'est la version courte, pis je veux pas perdre de temps avec tes interruptions… »
« Mes interruptions? Je racontais pour Chris, pis t'as détourné mon histoire de solaire avec c'te charade déguisée en nouvelle importante. »
« Ça fait que Cody descend l'entrée, à moitié chemin vers chez eux avec ma machine, pis le meilleur résultat possible, c'est qu'y réalise jamais qu'y pourrait juste continuer avec. »
« Rien de ça est arrivé. »
« Oh, c'est arrivé. Ça fait qu'y va chercher mes panneaux solaires qui me promettent que je vas être dans ma nouvelle maison pour ma quarante-deuxième fête. – Des panneaux solaires en vitre sur des fourches à palette que Cody conduit. Le même Cody qui peuple à peu près chacune de tes peines pis de tes sarcasmes? C'te Cody-là, avec mes panneaux solaires en vitre? »
« Ben y se débrouille pas pire avec une pipe à meth. »
« As-tu déjà vu une de ces affaires-là dans la nature? À peu près toutes celles que je vois sont craquées pis cassées. Anyway, tu m'interromps. Cody qui roule en lièvre dans le– pourquoi y appellent les réglages tortue pis lièvre? Je veux dire, c'est un John ---Deere? »
« T'es sur une piste. »
« Ça fait que Cody arrive, pis j'entends les éclats de vitre qui brassent dans le cadre de bois pis le plastique. »
« C'gars-là, c'est une menace. »
« Pis là v'là Chris, on dirait un écrasement d'avion qui monte l'entrée. » Fallait que tu voies son pare-brise. On aurait dit que quelqu'un avait garroché un ours dessus. Une craque sur toute la largeur, le coin du haut du bord du chauffeur craqué en étoile – clairement un autre événement, »
« Immatriculation expirée, permis de conduire suspendu ou révoqué. Une pancarte roulante arrête-moé… »
« Correct, ça fait que tu racontes le bord de Chris aussi, astheure? »
« Je mets en contexte. »
« Ça fait que, Son frère, tu te rappelles celui qui avait la gale c'te fois-là, que t'as eu Brittany pour te prescrire de la perméthrine? Y est en arrière avec les outils. Je te jure devant Dieu, sans connaissance. »
« Tu sais que c'est dans mon dossier médical astheure, la gale. »
« T'es dégueulasse, mais t'es une Southern Belle à côté de la blonde ou la femme ou je sais pas quoi complètement folle sur le siège du passager comme d'habitude. Le hoodie sur la tête, les gales dans la face pas tout à fait cachées. Pis y sort… »
« J'étais au milieu de mon histoire de Cody. Qu'est-ce qu'y a dit à propos du panneau solaire? »
« Ben, moé chu au milieu de mon histoire du futur de Cody, pis j'avais trop peur de couper le plastique, ça fait que j'ai juste continué avec la scène de Chris. »
« Chris. Cody. Futur. Compris. »
« Y est sorti du truck. »
« C'était quel truck? »
« Le blanc. Le pare-brise craqué du rouge, c'était le sujet de notre dernière cut-scene de Chris. »
« Ouin, ouin. Pas le Land Rover par exemple. »
« J'avais oublié c't'affaire-là. Non, c'était le pick-up. »
« Celui avec les pneus chauves de grandeurs différentes pis le fil qui paraît. Y s'est acheté des pneus neufs usagés par exemple. J'imagine que les autres ont lâché quèque part entre la job de forage de la pandémie pis le rappel d'aujourd'hui à The Drip. »
« Je vois ce que tu fais là, tu coupes dans ma description, tu fais avancer l'intrigue parce que tu sens que t'as pas assez de répliques. »
« Peut-être que si tu me demandais comment ça a été ma journée à la job, on aurait pas c'problème-là. »
« Je te le demande, mais tu réponds juste, c'est confidentiel. »
« Je te dis toute. »
« Attends, redis ça, je pense pas que l'enregistreuse a pogné tout le sens. »
« Si t'es sur mon jury, y me condamneront jamais. »
« Ça fait que, Chris sort. »
« Est-tu gelé? »
« Je parle pas en paraboles pis en faux-fuyants, je parle en interruptions pis en recommencements. »
« Paraboles. »
« Non, c'est comme si j'étais dans la boîte des témoins, pis t'essayes de me faire trébucher. Le pire, c'est comment ça marche ben. Toutes ces années-là, je sais que ça s'en vient, pis ça marche encore. »
« Là tu sais comment je me sens, mon gros cave. »
« Chris sort. »
« Tu l'as dit. »
« Pis une comète est descendue du ciel pis a effacé toutes mes misères dans un flash de lumière. »
« Au moins c'était vite. La lumière a été chanceuse, a l'a pas eu à s'asseoir pis t'écouter radoter pendant dix minutes à répéter encore pis encore, Chris est sorti. Pis jamais aller nulle part avec. »
« Qu'est-ce qu'on mange pour souper? »
« Awww, lâche pas. Je vas arrêter. Promis. »
« Ça fait que Chris sort, pis y fait genre, en pointant son frère, peux-tu croire c'gars-là? Y dormirait n'importe où. »
« Moé, je me demande si le gars est même en vie. Sans farce, y est étendu de tout son long sur le plancher de rouille graisseux. Y est littéralement à cheval sur un trou qui donne direct sur le dessous du truck. Pis y est parti. Je veux dire parti. On est retournés de c'bord-là en se disant salut, pis chu debout à deux pieds, littéralement, de sa face, pis y ronfle comme un râle de mort, honnête, des sécrétions terminales. Pis sa tête est à moitié dedans pis à moitié sur le bord d'une chaudière écrasée comme si ça avait commencé comme une sorte d'oreiller, ça fait que le son est amplifié en plus. La femme regarde par la vitre de la cabine, un spectre à sa manière, la seule preuve qu'est en vie, c'est qu'une des gales dans sa face suinte, pis ses yeux voient la grosseur de la roche qui s'en vient au bout du chèque de paye que Chris est sur le point de leur gagner. Je dirais parole de scout, mais je peux pas amener ces enfants-là dans c'te scène-là, même pas comme mise en garde. Ça fait que chu sur le point d'aller chercher le Narcan quand y se réveille comme – c'était juste comme si j'avais déjà – c'était juste comme à la télé. »
« Juste comme à la job. Y reviennent d'un coup dans un souffle qui attendait depuis des siècles de prendre vie. Pis ces crisses d'yeux-là. »
« Ouin – désolé – C'était de même. Mais j'y avais pas donné – j'étais pas allé chercher le Narcan. Y est juste revenu d'un coup. Pis v'là Chris, qui parle, juste de même. Je sais pas ce qu'y disait, câlisse. Au milieu d'une phrase sur une niaiserie, le beacon est brisé ou je sais pas quoi. Les prochains mots que j'entends, t'as-tu des batteries D? Pis moé chu supposé de revenir d'un coup. Pis on est au milieu d'une résolution de problème, pis même ça, c'est tout croche. Chu chanceux d'avoir un chargeur de téléphone dans le truck icitte. C'est comme s'y regardait pas autour. C'est la forêt. Y a un cabanon, un truck, de la machinerie lourde pis un cabanon à moitié fini. Le frère du gars vient de mourir pis de ressusciter devant mes yeux, pis c'gars-là me demande si j'ai d'autre chose à faire forer, pas si creux c'te fois-là. Pis chu perdu.
Comment ça?
Ben, C'est toute de la roche, Michael, j'ai presque perdu la tête en essayant de passer.
Quoi?
Je l'ai repêchée, j'ai repoussé dedans, pis j'ai pogné un filet, j'ai été chanceux. As-tu d'autres forages? Je peux pas faire celui-là.
Pis là chu revenu. Y s'adonne qu'y était en bas dans la servitude depuis une heure, qu'y a installé la machine, poussé deux-trois forages, pis qu'y a lâché. Apparemment y a monté la foreuse à pied dans l'entrée, pis c'est pour ça que j'ai jamais entendu la gravelle péter. J'ai entendu le moteur de train de l'affaire, mais je pensais que c'était juste la vieille cour à scrap, pis que le gars avait ressuscité un moteur de train mort depuis longtemps que j'avais pas vu en arrière des trailers ou de quoi. Y s'adonne que c'était Chris dans l'entrée qui essayait de gagner une roche sans toutes les salutations pis toute. Pis là y est en haut de la côte, la Foreuse sur la remorque, la femme dans la vitre, pis le frère qui met du duct tape neuf sur la poignée du beacon. »
« C'est pas mal ça. »
« Yup. Si c't'homme-là veut pas essayer le forage, ça peut pas se faire. »
« Comment tu fais? »
« Faire quoi? »
« Y fait encore presque noir dehors, pis t'es encore arrivé avant moé? »
« Tu m'accuses pas de dormir icitte, toujours? Tu m'as vu tourner à droite dans l'entrée pendant que tu montais le chemin. »
« Non, pas de dormir icitte, mais dors-tu, des fois? »
« T'as deviné, chu un vampire. »
« C'est qui, ça? »
« Aucune idée. Un monstre de gravelle? »
« Hein, quoi? »
« De la gravelle qui craque, quelqu'un qu'on attend pas… monstre. »
« Bizarre. »
« C'est Cody, c'est le char de sa blonde. »
« Sa blonde? Y a un bébé. Pis deux femmes? J'essaye encore de comprendre comment y a eu la première. »
« Non, Meghan. Y sont pas mariés. »
« Ben voyons donc! J'ai faite conduire ma bonne femme pour arriver de bonne heure, pis vous êtes encore là avant moé, vous deux. »
« Le ver matinal pogne la terre humide. »
« Quoi? »
« Hein? »
« Rien. Chu bizarre. Vous êtes de bonne heure, vous deux. Chu de bonne heure. C'est la dernière journée avant Noël, la fin de la première semaine complète de Cody, pis y a pas foiré – V'là le vingt que je te dois, Tanner. T'avais raison – »
« Ouch. »
« T'as gagé contre moé, boss-man? Ça fait mal. »
« La journée est encore jeune. Allons déjeuner. Cody, conduis mon char. »
« Je peux pas. J'ai pas de permis? »
« Tanner, Comment t'as confirmé son droit de travailler sans permis? »
« Quoi? »
« C'te formulaire-là demande-tu pas une pièce d'identité? Pis, Cody, embarque en arrière – conduire jusqu'à mon chantier mercredi sans permis de conduire. Qu'est-ce qui va pas avec toé? »
« Comment? »
« Tu peux te parquer dans le recoin où le chemin fait un Y, mais je vois toute, mon gars. »
« T'as pas vu que j'ai pas de permis. »
« Ouch. »
« Pourquoi t'as pas de permis? »
« J'en ai jamais eu? »
« Ben voyons, câlisse? »
« Wô! Y marche-tu? Tu l'as même pas parti. »
« Ha, non. Ça m'a pogné moé aussi la première fois qu'y m'a faite le chauffeur. »
« Ça m'a donné un p'tit mal de mer, je m'attendais pas à bouger. »
« Chauffeur? T'appelles ça faire le Chauffeur? Ça, c'est conduire M. Magoo. Pèse sur la pédale à gaz. »
« Ça brasse. »
« J'ai-tu l'air fragile? »
« --- Je vire-tu à droite ou à gauche? »
« Ben, Cody nous a pas invités à déjeuner chez eux, ça fait que j'imagine que c'est à droite. Allons s'asseoir pis manger des œufs. »
« IHOP? »
« Non, Seymour Grill. Le spécialiste des sols s'en vient, pis faut que je retourne. »
« Meghan adore c'te place-là, Ben chère par exemple. »
« Inquiète-toé pas pour ça, c'est moé qui paye. »
« Le bébé mange gratis par exemple. C'est l'fun. »
« Pourquoi t'as pas eu de permis? »
« J'ai eu trop de tickets. »
« Attends, quoi? T'en as jamais eu, right? »
« Ben, ouin, mais ça veut pas dire que je conduis pas. »
« Ça fait que t'as conduit sans permis pis t'as eu un ticket? »
« En masse. »
« T'as conduit sans permis, tu t'es fait pogner pis t'as eu un ticket, pis après t'as reconduit pis t'as eu un autre ticket, ou ben t'as eu une pile de tickets d'une shot? »
« Je me fais arrêter souvent. »
« Attends. Tu – au présent… Pas ton passé. Compris. Ça fait que là y veulent pas te donner de permis? »
« Non, y veulent astheure. Faut juste que je repasse l'examen. »
« Repasse? Regarde, crache-le donc, la révélation serpentine à reculons, un fait qui contredit le fait d'avant, la ligne de base qui change tout le temps, c'est une migraine avec du café frette. »
« Je comprends pas la question? »
« Penses-tu que je vois pas ce que tu fais? »
« C'est ma propre move. Jouer juste assez niaiseux, rendre l'info trop chère. C'est une bonne aussi. A tombe dans le panneau à chaque fois. »
« Faut que je passe l'examen. »
« T'as conduit mercredi. »
« Ouin. »
« Chu pas un lâcheux, Cody. »
« Pourquoi ça compte? »
« Ça compte parce que je le dis. »
« Qui c'est qui a faite… »
« Non. Bel essai. Là, c'est moé qui va la raconter. »
« Correct, papa, »
« Ouch. »
« C'est quoi c'te ouch-là? »
« Une joke privée. »
« Tanner, ta yeule. Cody icitte pense qu'y a ce qu'y faut pour faire dérailler ma ligne d'enquête. »
« Ma ligne d'en-quête de quoi? »
« Cute, tête de marde. Un autre bel essai. Ça fait que, v'là toé, tout le monde a un permis, pis toé tu fais genre, j'ai pas besoin de permis, ça fait deux ans que je conduis, pis j'en ai pas eu besoin encore. Mais tu t'es fait arrêter pour la première fois, le bon Dieu seul sait dans le char de qui, pis… »
« Le char à Granny. »
« En conduisant le char à Granny, trop jeune pour un permis. L'as-tu volé? »
« C'est pas voler. »
« Avais-tu la permission? »
« Non. »
« Ben v'là, tu l'as volé. »
« Y m'ont pas accusé de l'avoir volé. L'accusation, c'était utilisation non autorisée. »
« Calvaire! Y m'a eu. As-tu vu ça, Tanner? »
« Yup, je l'ai vu. Y est bon, le p'tit gars. »
« Cody, p'tit crisse, tu pourrais diriger le Vatican avec toutes tes distractions pis tes demi-vérités… »
« Je… »
« Pas une câlisse de chance. Tu m'interromps pas encore. Ça fait que v'là Cody, en conduisant le char à Granny. »
« Techniquement, je conduisais pas. Y m'ont pogné au Weigles. Granny savait pas que j'avais le char, pis a l'a déclaré volé. »
« Jésus-Christ! En conduisant. Au Weigles. Attends, qu'est-ce que t'avais besoin au Weigles? »
« J'avais besoin de backer. »
« Câlisse, c'est quoi du backer? »
« De la chique. »
« Merci, Tanner. Pis chu content que tu l'aies dit aussi, parce que c'te clown-là aurait répondu avec une question…. C'est quoi du backer? Pourquoi tu réponds avec une question? Pourquoi tu poses la question, qui c'est qui sait pas c'est quoi du backer…. Pis ça tourne pis ça tourne. J'espère que c'gars-là aura jamais besoin d'appeler le 911, les chars vont être des carcasses rouillées dans l'intersection avant qu'y admette qu'y sait où y est. »
« Ouch. »
« Ouch, c'est ben le cas de le dire, y'é l'agonie. Bon, v'là Cody, sur la scène de ses diverses appréhensions… »
« Appréhensions?... »
« Les chiens qui veulent voir son permis, qui se tordent la cervelle en plis avant même d'arriver au point, qui changent de forme pis qui se font chiffonner jusqu'à temps qu'y lâchent pis qu'y le renvoient chez eux à pied plutôt que de passer le mois suivant à essayer d'écrire le rapport. Combien de fois, Cody, qu'y t'ont arrêté pis qu'y ont lâché sans te donner de ticket? »
« Pas mal. »
« Parque-toé en avant, Tanner. Fait que le p'tit gars au volant, icitte, y rime son chemin jusque dans leur bon cœur, pis y le laissent aller, mais pas tout le monde. Aussi sûr que de la marde que quelqu'un l'a arrêté plus qu'une fois, plus que quelques fois. Y lui ont arrêté le cul tellement de fois que celui à qui appartenait le char s'est fait pogner plus qu'une fois parce que les chiens s'étaient habitués à ce char-là pis à trouver Cody dedans. »
« Christy est là, prenez juste la banquette en avant. Moé chu dehors, je fume. Prends-moé un café, un Coke pis un jus d'orange. »
« J't'avais dit qu'y était smatte. Y t'a cerné. »
« De quoi tu parles? Je l'ai eu bégayant comme un niaiseux tout le long jusqu'icitte. »
« Bégayant, peut-être, mais y travaille les câbles pas pire, pis je dirais pas niaiseux après le sparring que j'ai vu. »
« Niaiseux. Bro. J'ai pas volé le char à Granny. Pis c'est quoi toute c'te histoire-là de chars qui rouillent dans l'intersection? Le gars est pas capable de dire drette ce qu'y veut dire, fait qu'y invente des nuages d'images. »
« Pis toé tu contes des menteries. »
« Même affaire. Des nuages d'images. Matcher l'énergie. »
« Mais t'imagines l'énergie, par exemple. »
« Comment ça? De quoi y se mêle, c't'homme-là, de mon statut? C't'une job. Y'a besoin d'un gars pour chauffer une machine. Moé j'ai besoin d'argent. Échange. »
« Mais tu chauffes pas de machine. »
« Non, parce que c'est lui qui conte des menteries. »
« Attends. C'est moé qui t'a engagé. Tu dis que j'ai menti pis que je t'ai dit que t'allais être dans une machine? »
« Ben non, man, moé chu. »
« Salut, les jeunes. Merci pour les drinks, Tanner. »
« C'est moé qui les a commandés. »
« Oh, merci, Cody. Mais c'est à Tanner que j'ai dit de le faire. J'aime ça quand on suit mes instructions. »
« Qu'est-ce que… »
« Viens pas me qu'est-ce-quer. J'ai donné une instruction, pis je m'attendais à ce qu'a soit suivie. Jus d'orange, Coke, café. »
« En fait, t'as dit café, Coke, jus d'orange. »
« Écoute-moé ben, p'tit crisse. T'es smatte. Plus smatte que nous deux mis ensemble, mais ce que t'as en smartness, c'est ce qui te manque pour te servir de l'information que tu peux ramasser avec ta p'tite câlisse de tête malade. »
« Bro… »
« Viens pas me bro-er. Écoute-moé. Je vas te dire des affaires que tu veux pas entendre, mais c'est une bonne affaire que Tanner te tienne coincé dans le coin de la banquette là, de même tu peux pas te sauver pour pas les entendre. T'as une cervelle bâtie pour la NASA pis une attitude bâtie pour une longue vie de souffrance en flammes. As-tu vu c't'homme-là mourir sur la boîte du truck hier? As-tu vu c'te femme-là? As-tu vu que son frère veut des batteries, pis la seule affaire que je me demande c'est c'est pour quoi, la batterie? Y'a-tu un DEA quelque part qui a besoin d'être chargé? »
« C'est quoi câlisse un… »
« Fais-le pas. Pense même pas à ça, tabarnak. Je vas t'arracher trois de tes dents noires puantes drette icitte à c'te table-là si tu joues avec moé là, là. T'es un p'tit trou de cul, pis même si je te connais pas, je connais le monde, pis je les connais en crisse, les p'tits trous de cul comme toé. J'ai un doctorat en fuckés comme toé. Pis une affaire que je sais, c'est que t'es pas rendu à c't'âge-là dans la vie pis que chu le premier qui a jamais essayé de t'aider. Toute c'te câlisse de game-là, c'est des années à toé à repousser c't'aide-là à tout prix. Tu te penses cute. Je le vois, ton smirk de torche-cul quand tu réponds, souvent, pis si tu penses que j'ai pas vu que ta ligne sur Granny c'tait de la marde, t'as une autre dent qui s'en vient. C'est pas que t'as un tell. Non, ça ce serait un truc de salon, spotte le tell, call le bluff. Non, mon enfant de chienne. C'est pire que ça. T'as une câlisse de maladie. T'es pas capable d'arrêter. Si tu parles, tu distrais. T'as parlé. Granny c'tait pas une menterie jusqu'à drette icitte à c'te tabarnak de table-là quand t'as rapetissé juste un p'tit peu parce que tu sais que je niaise pas avec toé. Je vas te botter le cul drette icitte pis drette là parce que toé pis moé on sait toutes les deux que quand tu le mets sur la table de même, ça fait pas de différence si tu dois mourir sur place, faut que tu backes ta parole. Fait que sache ça. Si tu me fais le smatte une seconde de plus à c'te table-là - je m'en câlisse de dehors – à c'te table-là, dans c'te place-là, dans c'te moment-là, si tu me fais le smatte une fois, tu vas devoir tester mon idée du 911, mais tu vas avoir un zézaiement baveux pendant que tu vas conter ta version au Sheriff. »
« Fait que, euh, tu me l'as pas dit à moé, tu l'as dit en général. »
« Dis-le pas, p'tit enfant de chienne. Tu dis Ouch, pis je meurs drette là. Merci pour les drinks, Cody. »
« Bienvenue. »
« Fait que t'as pas de permis, mais y vont te laisser en avoir un astheure, pis tout ce que t'as à faire c'est passer l'examen écrit pis l'examen sur la route, pis t'es un conducteur avec un permis. Qu'est-ce qui bloque? »
« Surtout, c'est l'argent. »
« Je vas ignorer l'équivoque. Tu peux pas t'en empêcher. Combien d'argent? »
« Ben, je dois 79 $ pour le dernier paiement sur les tickets, pis l'examen c'est 30 $, fait que 109 $. »
« Pis c'est la seule affaire qui bloque? »
« Yup. »
« Quand on va partir d'icitte, on va traverser la rue, pis je vas sortir 120 $ de la banque, pis vous deux vous me déposez au… au. Déposez-moé. Tanner va te conduire pour aller passer ton examen. »
« Astheure, Oucher. C'est ton tour. Une affaire à considérer parce que chu un enfant de chienne qui joue salaud. Te rappelles-tu le jour qu'on a monté Master Craft Construction and Excavation? »
« Ben, ouais. »
« T'en rappelles-tu mot pour mot comme le trou de cul icitte se rappelle de la commande de drinks? »
« Mot pour mot, non. Mais je m'en rappelle. »
« Te rappelles-tu que je t'ai dit que c'est pas censé être juste à toé. Pis comment j'ai séparé ça de la jasette sur les helpers, pis comment je veux pas de scrubs, pis de pas suggérer quelqu'un que t'ajouterais pas à ta business comme partenaire? »
« Euh… »
« Allô. »
« Allô. »
« T'as-tu le cul gelé encore? »
« Ça fait juste commencer à chauffer. »
« Frette, des flocons, une tempête à l'horizon, le vent qui rentre, chaque poste de nouvelles a un pauvre schmuck planté sur un coin de rue pendant que le camion de saumure passe devant la caméra, pis lui y'est en train de chauffer. »
« Chu en feu. »
« Jésus! Tu veux-tu dire?.. »
« Non, le poumon est correct. »
« T'as l'air down. »
« Chu down, un peu. »
« Fais-moé pas te le tirer du nez. J'ai de la demande de mandat par-dessus la tête icitte, un gars a quatorze véhicules d'immatriculés, pis chacun a un style différent d'évasion fiscale. Un c'est un titre de scrap, l'autre dit qu'y a payé cinq mille pour un F-250 de deux ans, après ça y immatricule un cadeau sans taxe. »
« Qu'est-ce qui est arrivé au temps où un gars avait la décence de se trouver un pattern pis de rester avec, de même la pauvre détective avait pas besoin de passer la journée à écrire des phrases détaillées pis a pouvait juste faire copier-coller? »
« Je pensais que t'étais down? »
« T'es mon rayon de soleil. »
« Oh, Christ! »
« J'ai emmené les gars déjeuner. »
« Jusque-là, c'est le plan. »
« Ouais, le plan. Mais là le p'tit crisse lâche une bombe. »
« Y'en veut pas? »
« Non, je le sais pas encore, ça. Finalement, le gars a pas de permis. »
« Tu me niaises-tu? On a passé tout son dossier. Les premiers mots qui me sont sortis de la bouche c'est qu'y avait été un mal de bloc à trouver parce qu'y a jamais eu de permis, pis que j'avais pas de NAS pour la recherche criminelle. »
« Euh. »
« Euh, qu'y dit. Chu trop occupée pour ça. Fait qu'y a pas de permis. En quoi ça change le partenariat avec Tanner? »
« Ça m'a pris de court. J'ai patiné. »
« Toé? »
« J'ai patiné en masse. »
« Conte. »
« J'ai été full agressif. Y m'a mis dans une centrifugeuse, pis j'ai pogné la première affaire que j'ai pu attraper – j'ai défoncé le mur de l'affaire à coups de poing, pis j'suis sorti de là en tournant, en tabarnak. »
« Genre, en tabarnak? »
« Sept. »
« Oh, fait que frustré, déçu de toé-même, sa faute à lui. Compris. »
« C'tu dans le livre des délits mineurs, ça? On dirait que t'as ça de catalogué. »
« Autre livre. Celui-là c'est le livre de l'Antivenin, »
« On est-tu dans la même relation? C'est quoi, le livre de l'antivenin? A dit qu'est occupée, mais a l'a le temps non seulement d'écrire deux livres mais de les apprendre par cœur aussi. »
« Des manuels du propriétaire. »
« ---Fait que, chu un peu en tabarnak. Chu dehors à fumer pour me calmer, pis les gars sont en dedans à prendre une table… »
« Seymour Grill? »
« Ouais, y sont arrivés au Drip vers 7 h 20. Je me suis faufilé juste quand Tanner arrivait dans la courbe, White Reading clair comme le jour à travers la brume de fumée de poêle à bois du matin dans la vallée. »
« Pas loin. »
« Bel essai, la p'tite. Je l'avais barré, mais quand chu arrivé au guichet pour prendre le cash, y'avait un char en avant de moé – les chances de ça, six heures du matin, pis y'a déjà un char au guichet. »
« Je gage qu'y ont aimé ça, par exemple. »
« Je leur ai pas encore donné. On s'est tellement fait distraire au grill, pis si t'arrêtais d'interrompre, tu le saurais. »
« Oh, une seconde – je scanne l'étagère – Comment y va payer pour ça, Tome Trois – Table des matières – tempérament mal dirigé… T'es mieux de te checker. »
« Y'a des gars qui marient une fille comme leur mère. Moé --- je te prends, Stefanie. »
« T'as ton p'tit catalogue à toé aussi là-bas. »
« Yup. Fait que j'ai oublié le bonus de Noël, mais je peux couvrir ça quand y vont revenir du comté de Blount. »
« Y sont allés faire quoi dans le comté de Blount? »
« Si t'interrompais pas, tu le saurais déjà. Fait que, y'a des tickets sur un plan de paiement. Y doit soixante-dix-neuf pour le dernier paiement de ticket, pis après ça y reçoit le reçu à soumettre pour l'examen. »
« C'est pas de même que… Vas-y. »
« C'est pas mal ça l'affaire. Fait que je lui ai donné 120 piasses, pis je les ai envoyés régler ça – payés, ben certain, pis chu assis icitte à attendre le gars du sol. Quand y vont revenir, on va déballer les affaires solaires. »
« Ça, c't'une journée. Tiens-moé au courant. »
« L'as-tu eu? »
« Bro, j'ai payé le dernier paiement de l'amende. »
« Euh, pas moyen que t'aies déjà passé l'examen. »
« Chu allé m'inscrire pour l'examen, pis y m'ont dit que je peux pas m'inscrire encore. »
« Pourquoi pas? »
« Faut que j'attende dix jours. »
« Ok, fait que, pis le partenariat? »
« Tu fonces drette dessus, han? »
« Ben, tu veux-tu que je danse autour comme toé? »
« Un peu de danse, c'est les bonnes manières. Juste un p'tit two-step avant de dire la mauvaise nouvelle. »
« --- c'tu ça l'affaire? »
« Quoi? »
« Tu fais-tu l'affaire? Le dire de même pour que je me sente mal? »
« Non, dis-le pis qu'on en finisse. »
« Je ---. »
« Bro, dis-le. Je voulais pas être dans la corporation de toute façon. Tu veux acheter la marde des riches, vas-y, mais pas moé. »
« Cody, je disais rien de ça. »
« C'est pas toé pantoute. C'est le Yankee qui te met des mots dans la bouche. Me parler de même. C'est ses dents à lui qui vont sauter si y me parle jamais de même. »
« Écoute, chu sur le pied de recul, là. »
« Le pied de recul? Tu vois, tu parles juste comme lui. »
« Cody! Arrête ta marde! »
« Laisse-moé sortir, je vas marcher. »
« Fait que t'es ma blonde, astheure? J'ai-tu oublié notre moisiversaire? Arrête ta marde. C'est pas qu'y faut qu'on soit ensemble. C'est clair que ça marchera pas. Mais toé – on est pas obligés de refuser le cadeau. Sors-toé ta propre corporation de ça. Le gars distribue des affaires qui donnent une chance à un gars, au lieu de nous autres dans la vallée, on vient de la vallée. »
« Took est gamé aussi. Change juste qui se fait gamer. »
« Ouais, un peu. Écoute, man. Tout ça est à mon nom. Penses-y. S'y appelle la banque demain, y veut savoir le solde ou discuter d'un paiement. Y lui diraient, t'es qui toé, câlisse? Y lui diraient. Non. Le p'tit gars derrière le comptoir va pas perdre sa job même s'y sait qui a lancé la balle en premier. La balle a roulé loin de lui jusque dans mon droit à la vie privée, ma propriété. Le titre, c'est moé, pis c'est à moé. »
« Je pogne ce que tu veux dire, mais tu parles en nœuds, des adverbes conjonctifs à plein pis des prépositions de trop, tu bâtis du langage au lieu de juste dire l'affaire, pis passer à l'affaire d'après. »
« L'affaire d'après. T'aimes pas ce gars-là, hein? »
« C'est pas que je l'aime pas. Je l'aime pas, mais y'est pas bon non plus. »
« Attends, comment t'arrives à un total de même, sans sous-total? »
« De quoi tu parles câlisse, je peux-tu ravoir les prépositions? »
« Qu'est-ce qui est pas bon? »
« Y monte icitte avec son char flashé, y'a ses machines flambant neuves, y laisse personne embarquer dedans. Y m'a dit, tu mets de la bouette partout en dedans. »
« Comment tu mets de la bouette en dedans, si tu peux pas embarquer? »
« Fais pas le niaiseux. Y te fait les promener partout juste comme moé. »
« Tu t'en sers tout le temps. Y t'a fait aller chercher les panneaux solaires pas plus tard qu'hier - C'tait-tu hier? »
« C'tait hier. Mais à part de ça, y m'a juste laissé chauffer la pelle pour racler le cadre, y'é viré fou parce que j'ai frappé un arbre. Y m'a laissé broyer les broussailles pour qu'y puisse se parker proche du shed. Y m'a laissé étendre un peu de gravier pour que la malle puisse rentrer. À part de ça, y m'a pas laissé m'en servir. »
« Cody, ça fait quatre jours que t'es icitte, pis toutes à bâtir un shed. C'est quoi ta plainte, qu'y te laisse pas t'asseoir sur le siège pis tenir la planche pour le toit? »
« C'est pas ça. Y les garde jalousement. Comme si y valaient plus – comme si y'étaient trop bons pour moé. »
« Je pense pas que c'est ça. Quand on a monté la corporation, y'a dit que quand on va finir la bâtisse, les outils sont à moé... »
« Ha! Là je sais que c'est de la marde. Y'a pas un homme qui va donner des machines flambant neuves. »
« Mais l'argent, c'est pas de la marde. Y me paye juste comme y'avait dit. Pis y paye les frais pis le téléphone pis l'assurance. C'est pas mal plus que vingt de l'heure quand l'argent atterrit dans le compte. Pis vingt de l'heure c'est plus que ce que j'ai fait n'importe où ailleurs – plus que ce que j'ai fait avec n'importe quel homme qui m'a payé comme un coût des marchandises vendues. »
« Fait que, y te donne une corporation, une bonne paye – encore moins que ce qu'y paye à Blalock's, pas mal moins – pis t'es pus un produit qui se vend? »
« On est toutes achetés pis payés. Je gage que lui aussi. C'est l'argent qui a fait ça, pas Michael. »
« Des cupcakes? Qu'est-ce que c'est ça, câlisse? »
« Pis des chandelles? »
« Ouais. Faible, je le sais, mais quand le scientifique du sol est parti, chu allé au Wye pis j'ai pris du Hostess pis un paquet de chandelles de fête – pis ces enveloppes de cartes-cadeaux-là. C'est cinq cents piasses chaque pour le bonus de Noël. Pis avant que vous me traitiez de bizarre, mes ostis, écoutez-moé. Le shed aurait coûté dix mille avec un constructeur de sheds, pis on l'a bâti pour un peu moins que huit mille, matériaux compris. Ça fait deux mille d'épargnés. Mille, c'est votre part. Pis moé j'ai le droit de vous imaginer en train d'acheter des maudites belles affaires à vos familles pour Noël. »
« Euh, je sais pas quoi dire, man. Merci »
« Ouais, merci, bossman. C'est…. C'est attentionné. »
« Pis les chandelles? »
« C'est la fête à Cody. Seize ans pis y'a eu son premier permis. Félicitations, mon gars! »
« Euh – »
« Ouais, chu arrivé là-bas, pis j'ai payé le reste de l'amende. Mais… Comme d'habitude, y'a un système. Faut attendre dix jours pour céduler l'examen. »
« euh, on peut-tu quand même avoir les cupcakes? »
« Oh man. Chu désolé, dude. Ça suce – genre ça suce pour vrai. »
« Ouais, ouch – un cupcake? »
Cody a tendu le bras, a arraché une chandelle – « c'est quoi la suite? »
« La suite, c'est de sacrer votre camp d'icitte pour Noël. Ça vous donne à vous deux une couple d'heures pas comptées pour aller acheter une surprise aux femmes. »
« Je dirais pas non à ça. »
« Pendant que vous êtes partis, parlez-en. Vous connaissez-tu quelqu'un d'autre avec qui vous auriez confiance de travailler? On a besoin de trois. C'est le meilleur design pour astheure. Trois gars. »
« J'aurais peut-être quelqu'un en tête. Tu connais Rusty, Tanner. »
« Ouais, c'est un bon gars. »
« Y'a ben besoin de l'argent. Même paye? »
« Yup. Tout le monde a la même paye. »
« C'est qui, ça? »
« On dirait qu'y vont lentement. »
« C'te servitude-là a besoin d'ouvrage. »
« On l'a creusée dans un sentier de chevreuils pis un lit de ruisseau. On va s'y remettre mardi. Faut qu'on s'occupe des panneaux solaires aussi. Cody peut s'occuper du chemin avec le skid, pis nous autres on peut monter avec les panneaux. »
« C'est le camion de la malle. »
« Mes serrures! »
« Pour le shed? »
« Ouais, mais tu vas voir. »
« C'est une grosse boîte pour une serrure de shed. »
« C'est toutes les serrures pour le shed, l'atelier qui s'en vient, la maison. Toutes en même temps. Mais c'est toute pour une seule affaire. La clé. La clé de notre maison qui s'en vient, c'est le cadeau de Noël de Stefanie. »
(Me confond en tournoiements étoilés)
« Mon amour. »
« Mon amour. »
« Comment a été ta journée? »
« A été bonne. Toute à propos de moé, comme j'aime ça. »
« D'après ton appel, ça sonnait comme si c'tait toute à propos de cacher le corps. »
« Pas le corps – j'ai enterré un p'tit peu de honte, par exemple. Chris était dur hier, pis aujourd'hui j'tais Paul Bigler. J'ai été cruel pis fâché pis sans provocation – pas vraiment. »
« C'est de l'autoprovocation, Michael »
« Ouais, c'est ça. Je me suis juste tellement crinqué à cause de ce kid-là qui est avec moé depuis quatre jours. Y me fait sortir de mes gonds sans raison, une affaire qu'y pourrait jamais arrêter de jouer même s'y voulait. Peu importe à quel point y'essaierait. »
« C'est toé. »
« Fuck non. Ce kid-là, c't'un dégât. »
« T'es un dégât. »
« ---Vrai. »
« Mais t'es un dégât différent. Tu prends ces hommes-là dans ton side-car, pis tu les promènes à travers ta parabole d'autoroutes pis de chemins de rang, mais t'oublies que t'as bâti le GPS avant de fermer les yeux pis de laisser aller. »
« Euh – j'ai pogné le side-car pis toute, mais le GPS… »
« Okay, regarde. T'as eu James West, Chris Fernandez, Fifi, Dan, Sara, pis ainsi de suite; pis David Lawson. Que Dieu me vienne en aide, je pensais que t'avais appris ta leçon avec lui. Mais non, te v'là, un projet de plus, pis v'là les jeunes à problèmes qui rentrent. »
« Y sont pas toutes à problèmes, La plupart c'est juste du monde qui cherche de l'ouvrage quand moé je cherche des travailleurs. La plupart c'est du bon monde avec des têtes trop compliquées pour la vie de tous les jours d'une J.O.B. ordinaire. Pis David Lawson c'tait pas de ma faute. »
« Michael, le kid t'a littéralement appelé à 6 h 30 du matin, viens nous chercher, lui pis sa blonde de quinze ans parce qu'y se sauvaient, le père est un chien, tu pognes le coin de rue dans un développement où y sont plantés après avoir marché toute la nuit – tu m'entends-tu, Michael? »
« J'ai pas besoin de revivre ça. »
« Oh, tu le revis, bébé. »
« Super, là c'est le bit de Jerry Seinfeld. »
« Ouais, c'est ça… »
« Pis v'là Cramer… »
« Pis toé. Dans toute ta divine sagesse, tu dis-tu non au kid? Tu raccroches-tu pis t'appelles-tu son père?... »
« Oui. Je l'ai appelé. »
« Ouais, t'as appelé du truck en chemin pour aller chercher le kid. Pis y t'a dit quoi? Y te dit que le père de la fille appelle depuis deux heures à la recherche de sa fille. Pis toé – tu fais quoi? T'appelles-tu le 911. Nooon, pas Michael. Michael s'en occupe. Michael…. »
« J'ai appelé Emily, Stefanie. Je l'ai appelée. Je l'ai appelée tout de suite après avoir embarqué les kids dans le truck, pis je lui ai laissé un message vocal pour y dire que j'avais les kids, pis que je les emmenais à l'Annexe. »
« Non, Michael. Tu les as eus. Tu les as emmenés au poste de police, bonne job. Ce qui te manque, c'est que le père est dehors à chercher sa p'tite fille qui s'est faufilée dehors au milieu de la nuit avec un garçon à problèmes, un garçon dans qui tu mets toute parce que t'étais un garçon à problèmes, pis tu penses que tu peux toutes les sauver parce que toé t'as pas été flushé. Tu penses que tu peux les porter sur ton dos pis… »
« C'tu ça le discours d'encouragement? T'es pas conseillère toé non plus. C'est pas là que tu t'en allais, que chu pas conseiller. Je sais pas ce que je fais, pis j'suis mieux d'arrêter de bizouner avec ces kids-là, sinon quelqu'un va se faire mal? Ben, flash, y sont déjà blessés. J'essaie de leur donner de l'espoir »
« Fait que tu m'entends. Au moins y'a ça, pis tu l'as dit pour moé, de même je peux garder mon souffle. Mais écoute ben ça. T'as été chanceux. Qu'est-ce qui serait arrivé si le père était arrivé au même moment que toé pis qu'y avait vu sa fille de quinze ans embarquer dans le char d'un homme fait à sept heures du matin. Tu peux être sûr qu'Emily a été appelée. La cheffe de la Division des crimes majeurs, a vient sur les lieux de justement ce genre de fusillade-là. »
« Fait que c'est le contour à la craie? »
« J'appelle les jeux comme je les vois, pis toé tu joues les appels. Mon objection tient. Tu continues d'engager ce monde-là - les gars qu'on choisissait pas au ballon-chasseur. »
« Les gars qui ont du temps, de l'argent, une réputation, les gars qui ont des affaires à faire pis leur propre famille en jeu, y veulent pas de ce monde-là, pis le monde qui s'est fait engager est écœuré de payer le fret de l'homme oublié. L'homme s'est présenté à l'ouvrage. Y'é pas bon là-dedans, pis y'é pas ben de bonne humeur non plus, pis Dieu sait qu'y aurait besoin d'un bain, mais y'a été là tous les jours. »
« Correct, pièce B. Pis toutes ces boîtes d'Amazon-là? C'est lesquelles, que je puisse emballer tes cadeaux pis que t'arrives pas chez Mamaw comme un itinérant à boîtes. Vingt-huit boîtes, pour l'amour du Christ. »
« T'as deux jours pour les emballer. »
« J'aime c't'homme-là, j'aime c't'homme-là, j'aime c't'homme-là. »
« Ben certain. C't'un bon gars. T'aurais dû les voir les deux quand je leur ai lâché ton mille piasses dessus. »
« Mon mille? »
« C'tait ton idée. T'étais toute inquiète qu'y – Cody – aient pas d'argent de poche à gaspiller si proche d'avoir juste commencé à travailler. C'tait toute toé. Fais pas comme si tu m'avais pas fait marcher dans ton p'tit piège. Moé qui fêtais qu'on avait épargné notre première piasse alors que chaque cenne de c'te construction-là sort de mon revenu jusqu'icitte. »
« Mets-moé pas ça sur le dos si t'as la conscience pas tranquille. »
« Coupable – y me joue comme la perdrix du poirier, pis pendant tout ce temps-là moé je distribue cinq anneaux d'or aux hommes que je paye déjà… »
« Attends, on a déjà des causes au rôle. Admets que c'tait ton idée à toé aussi, pis on peut passer au paiement. »
« Correct. Y'étaient pas mal crinqués, pis quand je les ai envoyés magasiner pour Noël, on a eu le double bonus. L'équipe se tient ensemble après les heures, pis moé je peux revenir tôt à la maison pour te regarder emballer mes cadeaux. »
« Fantastique. Y achète vingt-huit cadeaux pis y me laisse les emballer pour avoir le crédit de l'ouvrage. Clic, clic, clic. Passer à la caisse. »
« C'est pas toute des cadeaux. La plupart de ça c'est pour le Drip. Comme ça – une sangle de remorquage pour quand tu vas encore prendre la Sentra dans la bouette. »
« Au moins tu savais de la mettre dans le coffre à outils du skidsteer, pas comme le gonfleur à pneus. »
« Ah, le vénérable joug autour de mon cou, le gonfleur à pneus qui t'a sauvé le cul une douzaine de fois depuis. »
« Ma fête, Michael. C'tait ma fête. »
« 27 avril 1982, madame. »
« Pas quand… bonne joke. J'ai failli tomber dans le panneau. »
« C'tait pour une bonne cause. Pis regarde ça, fidèles à la saison, y'ont mis du papier d'emballage de plus dans la boîte pour protéger l'affaire des brassages du monde fouineux comme toé. »
« Ce papier-là c'est pour que le monde comme toé l'emballe avec, épais. »
« Ou pour arrêter le saignement. Celle-là a des affaires du Drip dedans aussi. Pis ces deux-là je les connais. C'est du manger pour Kitty, comme d'habitude. »
« Celle-là est prometteuse. »
« La v'là partie, a brasse la boîte. »
« Y'a rien dedans. »
« Donne-moé ça. J'adore c'te tape-là. Le monde attend c'te tape d'emballage-là depuis que chu au monde. A tient boîte après boîte fermée, mais pique un doigt mou dedans pis, zip, est ouverte. Celle-là a dix sacs d'air. C'est moé qui l'emballe. »
« Tiens, du papier. »
« Celle-là c'est à Tommy. »
« La cloueuse? »
« Yup, calibre dix-huit, bébé! Pis celle-là c'est la batterie, garanti. Tu peux emballer celles-là. »
« C'est un honneur. »
« À qui tu penses faire accroire ça? Tu peux pas emmener le Yankee avec la pile de boîtes d'Amazon ouvertes pis des cartes de noms au sharpie à Noël. »
« Ça fait ben des années; t'es le Bon Yankee astheure. »
« Pis comment tu penses que j'ai réussi ça? Sur le dos de tes talents d'emballage, c'est de même. »
« Quoi encore? »
« Fait que, on a mis la maison en vente… »
« Pas ça, C'est Noël. »
« C'est même pas la veille de la veille de Noël. »
« Correct, c'est après les heures d'ouverture. »
« Ligne d'aide vingt-quatre heures. »
« Pour l'amour du câlisse. Je veux savoir ce qu'y a dans celle-là, pas dans celle dans ta tête sans fin. »
« Oh, celle-là. A traîne là depuis toute la semaine. C'est écrit Dillards partout dessus, Stefanie. Celle-là c'tait, pour te donner une leçon. »
« toute la semaine, pour me donner une leçon, comme un mafieux. »
« Pas comme un mafieux, ces montagnes-là me font courir tout le long jusqu'icitte drette de par là-bas, jusqu'icitte en bas. Je glisse en bas des côtes pis des creux aussitôt que j'apprends que t'es icitte à m'attendre. »
« T'as pas l'oreille pour ça, mon gars. »
« Vous autres vous avez pas le monopole du Redneck, ma belle. Mêmes montagnes, aut' Hiver »
« Ça a l'air pas mal hivernal dehors, là. Je gage que le monde des charrues à sel sont parkés pis à moitié rendus dans un film sur Prime. La madame des nouvelles est encore dehors, par exemple, à nous tenir au courant des périls du party de la Tempêtegeddon 2023. »
« C'est quoi le pronostic? »
« Ça pourrait aller jusqu'à six pouces dans la vallée. »
« Oh, c'est pour vrai ça, icitte en bas. Je gage que le Drip en pogne dix. On a fini le shed juste à temps. L'inverseur pis les affaires seraient dehors gelés dans la bouette sans ces kids-là. »
« Yup, dix dans les collines qu'y ont dit. Ça a passé au gars gelé à Gatlinburg avec les décorations de Noël de village de ski en arrière pis toute. »
« Tellement bizarre, ça a juste pas l'air de Noël, mais c'est le plus bel arbre que t'as jamais fait. »
« Y va être fantastique avec toutes ces boîtes de carton-là en dessous si on règle pas c'te pile-là. »
« Ça a été un mois occupé – jour pour jour – Le closing, le gravier, réparer le ravinement, découper le jeu de Twister, encore du gravier, deux nouvelles machines, deux nouveaux hommes, un shed, du solaire dans la cabane, pis tous les ratons laveurs qui s'installent pour une longue sieste d'Hiver. »
« Euh, des ratons laveurs? »
« Yup. Des pistes partout là-haut. Garanti qu'on en a un qui inspecte pour le certificat d'occupation drette là, rentré du frette, blotti dans le coin, sa p'tite tête cute appuyée sur l'inverseur. Approuvé. »
« Comment on est passés de moé qui ouvre un cadeau de Dillards à un bulletin météo, un résumé de moisiversaire emballé dans un certificat d'occupation de ma bibitte des bois préférée? »
« Tu m'as traité de mafieux, pis franchement ça sonnait pas comme de la contrition. »
« Contrition. Le gars veut une allocution, un mea-culpa style Jersey, pis deux lettres d'amour pour avoir brassé une boîte – une couple de fois. »
« La v'là, a l'admet, votre honneur. Déclaration spontanée. Je demande un verdict du juge. »
« Dis-moé-le. C'est quoi. »
« Ça sonne pas comme une leçon apprise. »
« J'ai appris. J'ai appris. C'est quoi? »
« Je vas te faire un échange. J'ai besoin que tu comprennes le plan. Tu m'écoutes jusqu'au bout, pis le cadeau est à toé d'avance. »
« Le mafieux est de retour. Garde la boîte. Je le connais le plan. Tu vends la moitié des baux à New York. On vit sur le revenu des trois qui restent. Le produit de la vente va dans un compte d'actions géré pis se qualifie automatiquement pour un prêt sans amortissement jusqu'à soixante-cinq pour cent de la valeur totale du compte. On emprunte pas plus que cinquante pour cent de ça, ce qui laisse de la marge de temps pour finir la nouvelle construction pis vendre, pis le produit de ça règle le prêt pour la nouvelle construction. On emprunte de l'argent qu'on a, pis on paye le taux préférentiel plus comme taux d'intérêt pour les siècles des siècles amen jusqu'à temps qu'on ferme le prêt avec la vente de la maison. »
« Ben. Okay… Pis on hypothèque jamais notre maison. Si ça vire de travers, on paye le prêt ad nauseam. Maison en sécurité. Cash avec effet de levier. »
« Ouais, j'ai pogné toute ça. Jusqu'à temps qu'un morceau de casse-tête arrive en piétinant pendant que t'as trop de temps libre dans le skidsteer pis que tout le plan change. Astheure donne-moé c'te boîte-là. »
« Bon matin, Cody. Chu impressionné. »
« T'es impressionné par quoi? »
« Tanner est pas facile à battre. »
« Y'a toujours été un lèche-cul. »
« Tu penses que la neige l'a ralenti? »
« Probablement. »
« Comment a été ton Noël? »
« Y'a été bon. »
« Premier Noël avec un bébé qui sourit, pis y'a été bon? »
« C'tait Noël. »
« Fait que parle-moé de ce gars-là, Rusty. »
« Rusty pis moé on est chums depuis longtemps. »
« T'as vingt-deux ans, Cody. J'ai de la mousse dans mes poches de culottes plus vieille que toé. »
« C'est pas ma faute si t'es vieux. Longtemps, c'est ma ligne. Pas besoin que tu narres mon histoire de la même manière que tu dis tout le temps tiens la drill drette. »
« T'es pas un charpentier. Compris. Rusty ou Noël. C'est ça les questions sur la table. »
« Fait que Rusty travaillait pour un gars qu'on connaît, pis y m'a pogné une job là. Chu juste un kid. Genre dix-sept. »
« Dix-sept, compris. Pourquoi c'est le gars pour notre équipe? »
« Ben, Rusty y répare n'importe quoi. Si ça a des roues, Rusty y le répare. »
« Tu vois-tu un garage de mécanique dans le champ de bouette que moé je vois pas? Bâtir une maison. C'est ça l'affaire icitte. »
« Ben, Bossman, y'a ben de l'ouvrage de terre icitte entre c'te digue-là pis le demi-mille de chemin que t'as de planifié. Faire bouger tous ces arbres-là pis les bûcher pis les envoyer quelque part. »
« On fait juste les empiler. »
« C'est ça. Le tas est pas mal haut, par exemple. »
« Cody, concentre-toé. Pourquoi Rusty c'est l'homme pour c'te job-là? Avant qu'y arrive. Crache le morceau. »
« Ben, j'ai pas sa demande d'emploi. Tu demandes si je connais un gars, pis Rusty m'est venu en tête. »
« Y t'est venu en tête, mais pourquoi? »
« C'est qui que t'interviewes icitte? Rusty va arriver bientôt, pis tu pourras y demander toute ça. »
« V'là Tanner – merci mon Dieu. »
« Tanner connaît Rusty. »
« Je te demande pas pour Rusty. C'est pourquoi tu choisis Rusty que je cherche. »
« J'ai entendu la question. J'y ai répondu aussi. Y répare n'importe quoi. »
« Les machines sont flambant neuves, Cody. »
« Le tracteur de jardin, lui, y l'est pas. »
« Y'a fait son temps, mais y'a juste deux ans. »
« C'est ça le point. Les affaires se brisent sur une job de même. »
« Fait que, on appelle un mécanicien quand on en a besoin d'un. »
« Rusty c'est pas juste un mécanicien. »
« Sans blague. »
« Avec blague. »
« Rusty y chauffe-tu les machines aussi ben qu'y les répare? »
« Ben certain. »
« Matin. »
« Bon matin, Tanner. »
« Bro. »
« Euh, là tu m'as battu icitte toé aussi? »
« Je me mets dans l'action. Drette en haut de la rue, je me dis pas moyen que ce gars-là arrive à 7 h 10. Je sors par la porte, pis v'là le Hummer qui passe devant la fenêtre de la cuisine. »
« Tanner, connais-tu ce gars-là, Rusty?. Zézaiement baveux icitte m'envoie revoler avec le chasseur de rats à quatre klaxons. »
« À la chasse? C'est sûr que t'arrives pas en retard – tu manques toute la folie du matin, pis là t'es perdu toute la journée. »
« Rusty est pas correct. Y connaît des affaires, mais y'é pas correct. Y pourrait chauffer une machine de cinquante mille livres pendue après une côte par des sangles de remorquage pis une grue, marteler du roc à l'envers mais penché juste comme y faut pour que l'huile tombe pas, envoyer un texto à sa vieille, a oublié de serrer le lait, a pourrait-tu le faire pour lui. Un homme normal y vomirait juste à y penser. Le gars est pas correct. Y peut lâcher un pet, par exemple. Faut y donner ça. »
« Dude. Réponds à ton téléphone. »
« Allô. »
« Allô. »
« Je pensais que je m'en allais sur la boîte vocale. »
« Désolé – histoire de Cody. »
« Noël? »
« Logistique – mais ton appel arrive juste à temps. »
« Commence pas avec moé, mon gars. »
« Tout le monde s'imagine son propre Michael aujourd'hui. Cody pense qu'y'é suspect, pis toé t'es sûre que c't'une plainte. »
« Je te connais. Chu en chemin. J'ai dû aller chercher Clover au toilettage, pis sortir les boîtes de l'arbre pis serrer tous les cadeaux. J'ai mis la clé sur une chaîne pour pas la perdre. »
« Comme un collier? »
« Ouais. J'ai pris celui qu'on a acheté à Milan quand j'avais besoin… »
« Fait que, la clé est sur un collier – un collier important. Avec des souvenirs pis toute? »
« Ben ouais. T'avais les yeux pleins d'eau quand tu me l'as donné. »
« Fait que pas dans le livre des délits mineurs. J'étais sûr que le gonfleur à pneus avait de la compagnie. »
« Y'avait déjà de la compagnie. T'as littéralement oublié ma fête. Celle-là était déjà là. »
« Ça faisait deux mois qu'on sortait ensemble, Stefanie. Deux mois. »
« Ma fête, Michael. »
« 27 avril 1982, Madame. »
« Christ! Pis le Drip? Qu'est-ce qui se passe là-haut? »
« Tellement content que tu demandes. »
« Oh, misère. »
« Fait que, ma p'tite équipe de ballon-chasseur. Tu connais Cody pis Tanner… »
« Ouais, je les connais, ceux-là. »
« Entre Rusty. Quel nom. Le gars arrive, un pace car vert gazon Crayola. Peinturé à la canne. Sans blague. T'as appelé pendant qu'y rentrait. »
« Genre de la peinture en canne? Toute l'affaire? »
« Oh, non. Pas toute l'affaire. Non. C'te peinture en canne-là est quasiment de la même couleur que la couleur d'origine, pis tu peux voir où la vieille peinture était rendue au primer comme si a s'était pelée avec la vitesse, mais la seule manière que c'te bazou-là dépasse soixante-cinq milles à l'heure, c'est si tu le lâches d'un avion. »
« C'tu la Taurus ou la LeSabre? »
« LeSabre, bébé. Luxe Buick. Pas de vitres craquées, les pneus ont l'air bons. Tous les réflecteurs ont l'air intacts. Mais peinturé à la main, c'est clair. Genre comme une p'tite fille qui s'est fait les ongles d'orteils toute seule parce que sa mère la surveillait pas assez, toutes les poignées de portes pis les emblèmes pis les moulures – toutes là, j'ajouterais – toutes peinturées en or pour matcher les mags, qui étaient clairement venus avec c'te touche-là sur les rayons en 1992 quand c'te bébé-là est sorti du lot. »
« Pace car, Fentanyl 500. Compris. »
« J'ai pas fini. »
« Je vas être là dans pas long. Je vas voir par moé-même. »
« Mon amour. »
« Mon amour. »
« Salut. T'es Rusty. Moé c'est Michael. »
« Enchanté. »
« Donne-toé du temps. Pis tu chiques toé aussi, à ce que je vois. Tu devrais faire attention de cracher ça par la fenêtre du char, par exemple; les coulisses sur la porte risquent de scrapper le fini. »
« Ouais, c'est ça. Cody t'avais ben raison - Les insultes en premier. »
« Quoi, pas de gageure, Cody? Au moins moé pis Tanner on a mis de l'argent en jeu. »
« Y'avait pas de gageure à faire. Tout le monde sait que tu commences pas comme un homme normal. »
« Ben, peux-tu au moins trouver une place pour cracher ça où je serai pas obligé de le promener partout dans le tread de mes souliers?
« C'te tasse de café-là a l'air bonne. »
« Nice! Je vois qu'y t'a parlé des sentiments. »
« Y'a dit que t'es un peu sensible. »
« Je gage que c'est de même qu'y l'a dit aussi. »
« Un peu différent. »
« Ça fait combien de temps que tu connais Cody? »
« Longtemps. »
« L'as-tu déjà vu être franc pis honnête? »
« Cody est trop honnête des fois. »
« Quand tu vas redire ça, ajoute tant que c'est pas sur lui que la vérité est dite. »
« Un osti de drôle, par exemple. »
« La grande gueule qui fait de lui un problème au bout de la run, c'est toute la job icitte. »
« Y va fitter drette dedans. »
« Y t'a-tu parlé de la structure de la paye? »
« Yup, vingt de l'heure, une paye avec un W2, cash à la journée la première semaine. Pis j'aime ça c't'idée de corporation-là. »
« Y t'a parlé de ça aussi? »
« Je vois ce que t'as fait là. Tu sais que le dix quatre-vingt-dix-neuf c't'un piège, fait que c'est un W2, mais tu veux pas la paperasse, fait que tu mets ça sur Tanner, astheure c'est son problème. »
« Tu vois ça, hein? Ça devient mieux que ça. Drette là Tanner c'est le boss, y doit vous tenir toutes debout pis s'occuper de la marde d'embauche aussi. Le plan c'est que vous ayez toutes un morceau de l'affaire, pis la prochaine affaire que tu sais t'as assez de jugeote pour fermer la vitre de ton bazou pour que l'odeur de pot sorte pas avec une police en chemin pour venir passer la journée icitte. »
« Gahhllee, Bro, T'es cuit. »
« Pas cuit. Ce que t'es, c't'un trou de cul qui arrive sur une nouvelle job, fraîchement gelé, ça flotte autour de toé comme un nuage de pet… »
« Nuage de pet – ce gars-là t'a cerné, Rus. »
« Hey, Cody Cousell, calme-toé là-bas. Au moins y se gratte pas l'infection sur la fesse à force de s'asseoir sur la pipe à crack dans la poche d'en arrière. »
« Ouch. »
« Ahh, Tanner? Tu te mets-tu en ligne pour un coup de pied toé aussi? »
« Non, juste que t'es icitte à te faire aller la gueule – pendant ce temps-là pas moyen que le char à Stef monte c'te route-là en glace si Cody embarque pas dans le skid pour passer une gratte sur la neige.
« Bon point. »
« On se grouille avant que ça soit tapé par le trafic. On a du gravier qui s'en vient. Pis le solaire s'installe pas tout seul. »
« Gahhllee… »
« Fais-le pas, Gratteux --- Je vois que t'es toute business, Tanner. Peut-être que t'es un peu en beau fusil que j'ajoute du monde à ton p'tit fief? »
« --- »
« On en a parlé. C'est à prendre ou à laisser. C'te job-là vient avec des partenaires, Des partenaires. La prochaine affaire que tu sais, vous allez toutes avoir assez de jugeote pour mettre le propriétaire du terrain à l'ouvrage pis faire avancer la journée. »
« À moé, qu'y dit. »
« Ouais, Tanner. J'ai dit que c'est à toé. Pis C'est à toé. Chacun de vous autres a pu choisir un homme. Moé je t'ai choisi. Toé t'as choisi Cody. Cody a choisi Rusty. L'équipe est montée. Cody embarque dans le skid pis éclaircis-moé c'te neige-là --- Sais-tu comment faire flotter le godet? »
« Y'é mieux. C'est moé qui y'a montré. »
« Je vois ce que t'as fait là, Rusty. Le prof réclame un examen dans le siège. T'embarques pas dans c'te machine-là à sentir comme une grange de cartel. On a besoin de toé en haut sur la digue pour les cadres. »
« Les cadres? »
« En haut de la digue. On installe quelques panneaux solaires aujourd'hui, pour avoir un peu de courant pour le shed. Tanner, on a assez de deux par quatre, hein? »
« Y'en a dix-huit. »
« Je vous rejoins là-haut dans une minute --- Rusty, monte-moé c'te traîneau de ghetto-là dans le p'tit Y qui s'en va vers la forêt là-bas. »
« Ça marche. »
« Je dis pas que c'est correct que t'arrives icitte gelé avec du pot dans ton char… »
« Chu pas gelé. J'ai trois p'tites filles, pis je fume dans le char. La plus vieille a neuf ans, pis a le --- saurait. »
« Écoute, j'ai jamais eu d'enfants, mais ma mère avait une garderie. J'ai passé ben du temps avec la gang d'après l'école. En tout cas. J'ai pas d'enfants. J'ai rien à dire. »
« Ouais. »
« Stef c't'une femme extraordinaire. A l'en a vu d'autres. Mais faut que tu comprennes que la job vient avec des obligations… »
« Oh, je comprends. »
« Non. T'es mieux de cracher dans le café que de m'interrompre drette là. Je laisse rentrer n'importe qui. Je filtre pas pour les niaiseux. Mais je garde les bonnes affaires en haut. Tu montes de la niaiserie en haut, pis t'as des problèmes. T'es en haut astheure. Stef est en haut. Je pose des questions plus tard en haut… »
« Oh, je le sais. J'ai écouté l'enregistrement. »
« Quel enregistrement? »
« Cody a un enregistrement de vous autres au déjeuner l'autre jour. »
« Genre un enregistrement vocal sur le téléphone? »
« Yup »
« Nice! Je pensais pas qu'y avait ça en lui. Astheure tout ce que j'ai à faire c'est de mettre la main dessus pis de le faire jouer en boucle dans le casque des voix dans sa cervelle toute la journée, pis peut-être qu'y va vieillir, câlisse. »
« Bonne chance avec ça. »
« En tout cas, chaque humain dans sa vie à elle fait partie de ses associés connus. T'es dans sa vie astheure. »
« Je comprends. »
« Pis c't'ourse-là est dans sa vie aussi. Regarde-la. »
« Pourquoi tu dis que c't'une femelle? »
« Juste une impression que j'ai eue – A l'a pas une grosse ossature, mais est grosse comme si était pleine. »
« C'est ben gros à – deviner. »
« Interpoler. Mets le char dans la p'tite entrée, ferme les vitres, pis rejoins-nous en haut de la côte. »
« Faut juste que je dise, zézaiement baveux, c'tait frette en tabarnak. »
« Va bouger le char. »
« Hey Tanner, comment a été ton Noël? »
« C'tait malade! On s'est fiancés! »
« Quoi? »
« Ben, ça fait un boutte qu'on est fiancés, mais j'y ai acheté une bague. »
« Genre une bague, une vraie bague? Où ça? »
« Zales. A l'est pas énorme, mais on avait le surplus pour le dépôt, pis… »
« Fait que, écoute, on a pas encore aplani ce terrain-là. »
« Ouais, tu peux demander à Rusty de monter la pelle… »
« Non, pas ce terrain-là, le terrain des sentiments. Pis Rusty vient de me lâcher une affaire de même, pis là toé t'es toute – adulte. »
« Jésus, t'as pas le terrain pour ça, hein? »
« Je l'ai. Juste pas… On est encore au stade de se casser les couilles pis des surnoms méchants, pis toé tu fais sauter mon cavalier de a1 à h8. »
« Qu'est-ce que c'est ça, câlisse? »
« C'est… Félicitations, man. Je vas retrouver ma langue fourchue plus tard, pis on va pouvoir s'y remettre. »
« Deal Merci, man. Tsé. »
« Je sais. »
« C'te côte-là c'est - quelque chose »
« C'est juste ta première fois, Rusty. Tanner l'a faite dix fois une journée la semaine passée. »
« Fait que, ouais. Oublie rien en bas. Ce gars-là a aucune sympathie. »
« Je vas prendre une note – là-dessus. »
« C'est pas si pire. »
« Marche-la, toé. »
« Je viens de la faire, mon chum, pis j'ai un sac d'air de la grosseur pis de la forme d'une bouteille de bière sur le poumon en plus. »
« Ouch. »
« Pas vraiment. Juste fatigant contre les côtes. »
« Comment t'as pogné ça? »
« Tu vas être sous le choc d'apprendre que chu un fumeur. »
« Ouais, choquant. Je l'ai senti en montant l'entrée. »
« Par-dessus tout ce pot-là? »
« Ouch. »
« Fait que, Tanner icitte a l'idée. Y'a lu dans ma tête ou de quoi. T'as besoin de deux cadres pour c'te rangée-là, ça va avoir deux panneaux chaque. La prochaine étape c'est d'aller à ce shed-là, mesurer les panneaux dans la cour d'en avant, pis go. »
« As-tu vu des ratons laveurs là-dedans tant qu'à y être? »
« Oh, Hey, bébé! Je t'ai pas entendue rentrer. »
« C'est parce que chu pas rentrée en char. J'ai marché. »
« Prise? »
« En masse. »
« Les gars, c'est Stefanie. »
« A l'a pas l'air méchante. »
« Lui c'est Tanner – y dit qu'y a besoin d'un rendez-vous chez le dentiste. »
« Enchanté, Stef. »
« Salut Tanner. »
« Ça C'est Rusty. »
« Salut Stef. Enchanté. »
« Salut, Rusty. C'est ton bazou en bas qui sent comme si tu te parkais dans une serre à pot? »
« Est différente elle aussi. »
« Cute, Tanner. Pas mal différente. Vous avez ça en main, les gars? Bill va être icitte dans genre deux heures, pis faut que j'aille faire un deal sur les tuyaux de ponceau pis revenir avant qu'y arrive. »
« Toujours le même vieux Bill, juste un nouveau chantier où être en retard. »
« Amen. « Correct. Descendons là-bas essayer la nouvelle sangle de remorquage. »
« Déjà là-dessus. Cody nettoyait les Alpes, pis y'é en bas là, y va me sortir de là. »
« Let's go. »
« Si tu m'attends, tu recules. »
« Ça veut même dire quoi… Laisse faire. »
« Incroyable qu'y aient déblayé les routes aussi vite. »
« Ouais. Fait que, tu sais qu'y a aucune chance que je pogne un de ces gars-là stone là-haut, pis chu logique, hein? »
« Ouais. Des kids, par exemple. Difficiles à faire peur. »
« Si c'est pas la peur ou le gros bon sens, t'es mieux de leur rappeler souvent. »
« Je t'entends. »
« Wo, les freins. »
« Oh, ma p'tite aide est dans le char. Chu pas mal sûr que je serais mort pis enterré depuis des années si t'étais pas là sur le siège du passager à me dire les freins pis les virages pis les attention pis toute. »
« Pourquoi tu tournes icitte? »
« John Sevier Highway. »
« Chu dans ce comté-là depuis toute ma vie pis je suis jamais venue par icitte pour aller à Asheville Highway. »
« Assis-toé pis profite de la ride d'abord, Side-car. »
« T'es sûr que ce monde-là est ouvert? »
« Une manière de le savoir. »
« Ouais, l'autre manière c'est d'appeler – au téléphone – avant de mettre ma vie dans tes mains pour rien – ça c't'un Stop. »
« Stoptionnel. »
« Dieu me vienne en aide. »
« Hey, c'est ma ligne, ça. »
« La mienne a le D majuscule, mon chum. Ligne directe. »
« C'est ça le problème d'être catholique, j'ai toute une liste de monde que je dois appeler avant de déranger Dieu avec ma marde. »
« Kathleen Madigan. Ça, c'te fille-là est drôle! Je pensais que tu dormais. »
« J'ai pogné c'te boutte-là. »
« Je vas aller à c'te Dupont Baptist-là dimanche. »
« Tu devrais essayer Dripping Springs Baptist aussi. »
« Peut-être… Câlisse, tu peux pas arrêter au milieu du chemin. »
« Regarde ça. »
« C't'un chantier de construction. Michael, l'autoroute. Faut que tu conduises. »
« Je conduis. J'attends le trafic qui traverse. »
« Du milieu de l'autoroute? »
« C'est pas une interstate. Un numéro de route. »
« Mais ça veut pas dire d'arrêter dans la voie – pis pas de flasher. »
« Tu me feras passer l'examen plus tard. Regarde c'te place-là. C'est juste ce qu'on cherche. »
« Quoi? Comment? Tu peux pas juste rentrer dans l'entrée de quelqu'un. »
« C'est pas encore à quelqu'un. Y'a pas de portes, pas de fenêtres, pis ce truck-là dit qu'y a des travailleurs icitte. »
« Fait que tu vas juste – Michael, attends. »
« Je reviens tout de suite. »
« Tu vas être drette à côté de moé. »
« Ben, grouille. »
« Buenos. »
« Buenos. »
« Eres el dueno, o solo que? »
« Ayudante, El patron esta abajo. »
« Aquí? »
« Si. »
« Le boss est en bas. »
« Tu vas-tu juste… »
« Envoye. »
« Hola, el ayudante me dice que te encuentraria aquí bajo. »
« Que hay? »
« Estuvimos conduciendo, y vimos la casa y quisimos verla. »
« El dueño no esta, pero vive en la casa en la esquina. »
« Le propriétaire reste dans la maison au coin. »
« Je me tanne jamais de voir leur face quand tu commences à parler espagnol. »
« Oui, c'est oune surprise. Y'a pas l'air qu'y parle espagnol. Donde aprendiste? »
« Là, c'est qui qui est surpris? »
« Este casa, me encanta. » « Y'a-tu un plan quelque part? »
« Por supuesto, en haut. »
« Le plan c'est… »
« Ouais, j'ai pogné ça, Juan. »
« Ay. »
« Que si eres el contratero? »
« Soy el contratisto, si. »
« Puedo sacar un photo de este plan? »
« Si – Vas a constuir una de estas casas? »
« Je pense que oui – vois-tu ça, chérie? Houseplans.net. Sans blague. Je cherchais l'architecte, pis c't'un plan à l'emporte-pièce pris sur l'internet. »
« Si, c'est oun plan en ligne. Pas cher. Moé bâtir trois déjà. »
« T'es sérieux? »
« En serio, si. »
« Je viens d'apprendre à dire sérieusement en espagnol, En sario. »
« Presque. »
« Cé gars-là, y te montre. Où tou apprends? »
« L'école, les amigos, oreja. »
« C'est oune bonne oreja. »
« Merci, man. Quanto tiempo tiene aquí en este lado? »
« Catorce anos. »
« Tu también hablas bien el Ingles. »
« J'ai ben de la pratique. »
« Ça marche. »
« On peut faire le tour pis se faire une idée? »
« Si, Si, Make yourself home. »
« Est-ce qu'on vient de trouver notre maison? »
« Pas si vite. »
« Attends, ta seule demande, c'était une grosse galerie en avant, profonde, large, pis c'te galerie-là fait le tour au complet de la maison. »
« C'est vrai, mais ça, c'est un style chalet de chasse. »
« C'est facile. Tu mets des fermes de pont sur les murs porteurs, tu les portes avec les poteaux d'en avant pis d'en arrière, pis tu enlèves l'entretoise. Bang, c'est pu un chalet. »
« Chalet. »
« Non, c'en est pas un. C'est une église, mais c'est pas un chalet. J'ai pris une photo du numéro de plan. Prends-le pis va voir. »
« C'est déjà fait. Ils appellent ça une maison de lac. »
« C'est parce que l'avant est sur un étage, pis l'arrière en montre deux avec le sous-sol walk-out. C'est pour ça que c'est parfait pour le flanc de côte où on va la bâtir. Le toit est un peu compliqué, pis les fermes de pont, faudrait que je les fasse calculer par un ingénieur, mais la compagnie de fermes de toit va s'occuper de toute ça. Après, c'est du bois pis de la brique. »
« Non. »
« Quoi? »
« Non, Non, NON. C'est pas toé qui bâtis la maison. »
« On a décidé ça. Je fais juste repasser mon pitch dans ma tête pour quand on va passer les entrevues aux entrepreneurs généraux. »
« Pourquoi tu tournes à droite? »
« On a pas le temps pour les tuyaux de ponceau. T'es restée vingt minutes sur le deck à jaser avec Phil pis Jen pis je sais pas qui d'autre. Fais semblant que t'as pas décidé avec moé. »
« Pas décidé. »
« Décidé. »
« Salut Bill. »
« Salut Stef. »
« Midi, Bill? Il fait noir à 4 h 30, pis lui, y arrive à midi. »
« J'avais Peanut. Est plus belle que toé. »
« Je vous laisse régler ça entre vous deux. Faut que je range le sapin pis que j'appelle Fifi pour qu'y vienne le descendre au sous-sol. »
« Comment y va, le Fifster, Stef? Y m'a coupé les cheveux avant Noël, mais y m'a pas dit qu'y t'aidait. »
« C'est parce qu'y le sait pas encore. Un petit voyage de culpabilité sur la tradition de la chose. Rajoute la bulle au poumon de Michael pis la boîte Amazon que M. Magasine-avec-soin y a achetée, pis je l'ai emballé ben comme faut. »
« Tu m'as-tu acheté de quoi, mon chum? »
« Je t'ai acheté ta propre boîte Amazon, Bill. »
« Chu parti, mon amour. »
« Je t'aime. »
« Aww, c'est donc ben cute. »
« Ta yeule, Bill. »
« Oh, l'hostilité a fait le voyage. J'avais peur que t'ayes pas eu le temps de l'installer avant que j'arrive. »
« Bill, c'est Tanner. »
« Salut, Bill. Enchanté. »
« C'est-tu le Dan deux point zéro? »
« Dan a appelé, justement… »
« Y a appelé pour Noël? »
« Non, Bill. Tu vas fitter en masse icitte. »
« Les interruptions, c'est la clé, Bill. Pantoufles, icitte, y se fait toute virer à l'envers sur une interruption. »
« Ça, c'était une supposition, l'ingrédient spécial à Bill. Y brasse la marde avec ça sur toute. Pantoufles? J'ai un nom? »
« Ben coudonc, t'en as déjà trois. »
« Pis c'te boîte Amazon-là? Je l'ai-tu tu-suite? »
« Tu-suite, Bill. Est dans mon truck. »
« Oh boy! »
« Tanner, vous l'avez-tu? »
« Yup, panneaux mesurés, cadre d'équerre. Les panneaux vont être dans la boîte quand tu vas revenir. »
« Confiance égalée par la foi. Chu de retour dans quarante-cinq minutes. »
« Oh boy, c'est une grosse job, ça. »
« Une bouchée à la fois, mon chum. »
« Une cigarette à la fois, tu veux dire. »
« Je chauffe. Je fume. »
« Ouain, c'est une joie. Tu devrais chauffer moins. »
« La cigarette te dérange-tu, Bill? »
« Pas juste moé. Tes poumons. Ça va te tuer. Tu le regrettes pas? »
« Je te promets que j'allais mourir pareil. Pis c'est sûr que je le ferai pas en regrettant chaque trente minutes de ma vie. »
« Voyons donc? »
« Pense-y comme faut, Bill. J'ai fumé quarante-deux ans. Je fumais trente cigarettes par jour. Ça fait une à toutes les trente minutes. À toutes les trente minutes de ma vie, je me suis tassé cinq minutes pour avoir la paix. Ça fait deux heures et demie de réflexion tranquille par jour, chaque jour de ma vie. Ça fait des milliers de monde rencontrés dans un petit tas de deux pieds carrés à jaser avec un parfait inconnu que toé, t'aurais passé tout drette à côté. Au mieux, vous vous seriez fait un signe de tête. Quand tu passais tout drette, tu manquais ton coup. T'as manqué c'te fraternité-là, c'te nouvelle-là, c'te idée-là. Le plus important, t'as manqué l'humanité au repos. On a gelé ensemble. On s'est partagé des parapluies. On s'est tordu pour rentrer dans la petite lisière d'ombre. Pis surtout, on a trouvé un terrain d'entente. T'as-tu déjà vu une bataille de hockey partir dans un tas de fumeurs? On jasait de nos vies, des Giants, de notre moment avant le bannissement. J'ai rencontré des banquiers pis des avocats, pis des itinérants. J'ai rencontré toutes les sortes de monde dans ces petits caucus-là, pis la seule affaire que je pense pas avoir jamais rencontrée, c'est le regret. J'ai réglé mille problèmes dans ces moments-là. Je sortais de l'ombre de l'obstacle, pis en me tenant à côté, je gagnais un point de vue complètement neuf pis je le réglais, entre deux pouffes. J'ai fait des trades de stocks pendant ces pauses-là. J'ai rencontré des pitounes. J'ai vécu une vie au complet dans ces moments-là que toé tu vois comme en train de me tuer. La cigarette m'a fait rencontrer plus d'humanité que n'importe quelle autre affaire sur la terre, pis j'ai fait le tour du globe, Bill. Pis je vais aller un pas plus loin. Je te mets au défi de me trouver une pathologie finale qui pourrait même s'approcher de donner autant en échange. En fait, je suggérerais à chaque homme, femme pis enfant sur la terre de faire pareil. Si tu peux pas fumer, souffle des bulles. Je m'en câlisse de ce que tu fais, arrête-toé juste quelques minutes à toutes les trente minutes de ta vie pis sors du creuset. Non, Bill, je le regrette pas. J'en remercie le bon Dieu. »
« T'as-tu des bulles? »
« Nope. Dur à quêter aussi. Au moins jusqu'à temps que t'ayes parti la mode. »
« Ben coudonc, tu bâtis une maison neuve avec le même nuage de boucane pis trois nouveaux gars. »
« Yup. »
« Ben, y ont l'air --– constants. »
« Constants. T'as pris ton temps pour celle-là aussi. C'est des bons gars, en gros. »
« Mais y sont-tu capables de bâtir une – maison? »
« N'importe qui peut faire n'importe quoi s'ils font équipe, s'ils apprennent ensemble pis enseignent ensemble pis se font compétition ensemble pis réfléchissent ensemble avec le même but en tête. »
« Tu peux pas monter une équipe de football qui a pas d'athlètes. »
« OK, pas au sens littéral, mais au sens large. Si une personne humaine veut une affaire, a se sélectionne toute seule. »
« Une personne humaine – »
« Ouain, Bill. Une personne humaine, pas comme toé, une personne trou de cul voit un point de friction pis au lieu d'aider à sabler la bosse, a sort l'allumette qu'a gardait dans sa poche juste pour c't'occasion-là. »
« Fait que tu bâtis la nouvelle place avec… »
« Chie pas sur mes kids, Bill. »
« Je vais te laisser ça, coach. »
« C'est ça qu'y a de disponible dehors, Bill. »
« Oh, je le sais. J'essaye d'engager, mais je trouve personne que j'ai les moyens de payer. »
« Même histoire, dix ans plus tard. Tu les engages pour avoir les moyens de les payer. »
« C'est pas si simple que ça. »
« Le calcul est aussi simple que ça. Tu ramasses pour. Un employé, ça coûte deux mille heures par année plus les dépenses. Choisis un taux horaire, ajoute cinquante pour cent pis ramasse assez pour t'acheter quelqu'un. »
« Wow, t'acheter quelqu'un. »
« C'est laid, mais c'est vrai. Les employés, c'est du produit. Tu les vends à tes clients comme n'importe quelle autre caméra. »
« C'est pas si facile que ça de trouver quelqu'un. »
« Oui, ça l'est. Poste là où ton genre d'employé cherche des jobs. Le monde qui travaille trouve des jobs là où le monde poste des jobs, ou par des chums qui ont trouvé des jobs là où le monde poste des jobs. »
« C'est pas si facile que ça. »
« Pour toé, oui. C'est ma job à moé qui est dure à combler. Des jobs de même, ça se poste pas à ces places-là, fait que moé, je pige dans les restants de Facebook informels pis leurs chums.
»
« Tanner a l'air correct. Rusty, c'est un gars qui veut plaire. J'ai pas pu voir le gars dans le skid steer, mais y avait l'air familier. »
« Je gage que oui. Une douzaine de même dans chaque line-up par icitte. »
« Fait que, où c'est qu'on s'en va, câlisse? »
« Ben, on a besoin d'Internet, sinon on peut pas avoir de caméras qui me disent quand y a quelqu'un, pis je peux pas vraiment mettre un DVR avec de la fibre optique tu-suite pis tout le système de Hardin Valley. J'ai besoin des mêmes affaires sans toute l'infrastructure. »
« Oh boy! Ring. Ça va être une journée facile. »
« Tu rêves en couleur. Cat's Ass Holler, c'est gros sur la beauté pis pesant sur le rejet. »
« Voyons donc? »
« Chu monté icitte tous les jours, du lever au coucher du soleil… »
« Pis tout ce que t'as en un mois, c'est c'te petit chemin-là pis un shed? »
« Le v'là, mon chum Bill. Montre-y le bobo pis y sort pas la glace. Y pique dans le bleu. »
« Un bon brassage de marde, c'est son propre cataplasme. »
« Mon chum, t'es tout sauf le CLSC du holler. »
« Pis, t'as-tu rencontré les locaux? »
« Pis, qu'y dit. Pas de brassage de marde en ragoût épais là-dedans. »
« Je fais juste demander. »
« Je fais juste d'mander, qu'y dit. Bill, tu viens de partir de la place. T'as-tu vu des locaux? »
« Ouain, y ont ton numéro, eux autres aussi. »
« Tu penses? »
« Ouain, Pantoufles, je pense. »
« Débarque. Débarque de mon char. Va dans le magasin. Sois fin avec le monsieur. Y a l'air de pas avoir vu un autre humain plus proche que la porte du Starbucks de la journée. »
« C'est vrai qu'y a l'air un peu tout seul là-dedans. Je gage qu'y va souhaiter avoir barré la porte quand y va t'avoir toé. »
« Où c'est qu'y est, Tanner, quand j'ai besoin de lui. »
« Tanner est au Drip pis y est assez smatte pour pas appeler ça Cat's Ass Holler. »
« Tiens, mon portefeuille, pars le gars. On a pas grand temps. »
« Hey, veux-tu le plan inlimité? »
« J'ai entendu ça, Bill. »
« J'étais pas sûr que tu pouvais m'entendre encore, fait que j'en ai mis un peu épais. »
« C'était juste parfait, mon chum. C'est-tu ça, le routeur? »
« Y a-tu assez de RJ45 pour toé? »
« C'est le plus qu'y ont. Un. »
« En stock, ou dans le monde entier? »
« Salut, moé c'est Lamont. »
« Michael. »
« C'est le mieux que vous allez avoir dans c'te zone-là. C'est juste du 4G là-haut. »
« J'ai souvent du 5G sur mon cell. »
« Souvent. On peut pas vendre les plans 5G dans c'te coin-là parce que la couverture est inégale. »
« Le 4G va-tu supporter Ring? »
« Absolument. »
« Emballe-moé ça. »
« Hey, Tanner. T'as sauté en avant, je vois. »
« On avait du temps en masse. T'es parti plus que quarante-cinq minutes. »
« Ouain, Fallait que ça se fasse, les filles finissent à 2 h 30. »
« OK, Rus. Pis c'est toé qui vas les chercher? »
« Ouain, Juste la petite astheure, toutes les autres sont en congé de l'école, mais la petite est à la garderie, fait qu'a l'avait de l'école. »
« Mets ça à l'horaire, Tanner, OK? »
« Déjà fait pendant que je t'attendais. Content que t'y ayes pensé pareil »
« D'habitude, tu vas chercher les trois? »
« Ouais, oui. Est en bas, là, astheure. »
« En – bas - ? »
« Ouain, a va rien déranger pantoute. A m'attend jusse que je sorte pis on s'en va à maison. »
« Oh boy, moé aussi fallait que je fasse ça avec Peanut. »
« T'as appelé ta fille Peanut? »
« Placey, mais c'est ma Peanut à moé. »
« Ouain, je connais un gars qui appelle sa petite fille Peanut. On était voisins, pis quand chu arrivé, je pensais qu'y était fou parce qu'y était dehors à crier, Peanut, Peanut, pis j'avais jamais entendu personne s'appeler Peanut. Je sais que George Costanza voulait appeler son kid Seven… »
« Gahhllee, y t'a eu. Faut pas que tu laisses Rusty partir une histoire. Y en finissent pu. »
« Mange d'la marde, Cody. »
« Je l'entendais partir pendant que chu dans le skid, pis je savais qu'y fallait que je vienne vous sauver. »
« T'es Cody. Moé, c'est Bill. »
« Heya, Bill. On parlait de toé toute la semaine passée. Fouette le monde pour que la place soye prête, que son chum peut venir. »
« Merci, Bill. »
« Bienvenue, Tanner. À la défense de Michael, le shed a besoin d'être étanche pour l'équipement. »
« Chum venir. »
« Cute, Cody. Bon – as-tu laissé le skid rouler avant de monter? »
« Oui. On a-tu fini avec? »
« T'as fait une bonne job sur la neige. Si c'était moé, y aurait de la gravelle dans tous les bancs de neige pis des trous nus dans l'entrée. »
« C'est pour ça qu'on garde les propriétaires loin des machines. »
« Bonne chance avec ça. Une job qui a une machine pis une pelle dedans, sois sûr que c'est moé qui ai le temps de siège, pis toé tu gagnes les ampoules. »
« Ouain, Cody a déjà des ampoules – sur sa graaaine. »
« Mange d'la marde, Rusty… »
« Attends. Est-ce qu'on vient de dé-évoluer? J'ai senti de quoi, là. Bill, tu l'as-tu senti? »
« Je fais juste dire, chu icitte pour travailler. Pis chercher mon Amazon. »
« OK, Cody va graisser pis nettoyer la machine. Rusty, aide Tanner cinq minutes. Tanner, j'ai remarqué que les panneaux sont pas dans la même orientation. Arrache-moé ces deux-là vite pis remets-les avec les collants de plaque signalétique vers le bas, vers la terre. Bill, ouvre le tailgate. »
« C'est l'heure de l'Amazon! »
« Vas-y, mon petit chum. Ouvre-la. »
« Est grosse. Qu'est-ce que tu m'as acheté? »
« Envoye. »
« --- Des caméras- Ring? »
« Regarde comme faut. J'ai acheté les attaches pour panneaux solaires aussi, mon chum. »
« Mais. T'as acheté un cadeau à Fifi. »
« J'ai rien acheté à Fifi. C'est Stefanie qui s'est fait un cadeau à elle-même quand a t'a monté le même chaudron de sorcière à bouillir pis à brasser que tu brasses chaque fois que tu l'écœures. »
« Ouch. »
« C'est ça. Je te l'avais dit qu'a l'a des crocs. Pis tu peux gager ton cul que je vais rapporter l'air de ta face quand je vais arriver à maison pis qu'a va vouloir un replay au complet du punch. Bouge pas. Faut que je prenne une photo pour le dossier. »
« Ouain, ça, c'est froid en tabarnak. »
« Pas tout froid. Ton cadeau est en arrière du siège du passager, mon chum. Emballé par Stef pis toute. »
« C'est-tu au moins de l'Amazon? »
« C'est dix caméras, Bill. C'est ça, le prix icitte. Cinq de prévues pour aujourd'hui, trois obligatoires. J'ai mis un ruban sur l'arbre en bas, à la ligne de terrain, là où a rejoint le chemin. Cherche le piquet d'arpentage du voisin. C'est drette là. J'ai pris son ruban pour marquer l'arbre, le ruban est attaché drette où je le veux, pis le nœud pointe où je veux que ça pointe. »
« En bas là? »
« Oui, Bill. C'est de la peinture à numéros. Ça, c'est le numéro un. Le numéro deux est sur le shed au-dessus de la porte. La logique te dit où ça pointe. Le troisième est drette icitte en arrière de ces panneaux-là. Sur c't'arbre-là. Rusty est dans ton équipe. Moé pis Tanner, on rush pour rentrer le solaire. »
« Rush, qu'y dit. Dîner de deux heures. »
« Bonyenne, bossman, rien de ça arrive si on a pas d'Internet. J'espère que je vous ai pas retardés. »
« Yup, Dan deux point zéro. »
« Non, Dan saurait mieux que de planter une épée dans la terre pour me défier de m'obstiner. »
« Nope, pas s'obstiner, juste revenir de ta pause. »
« J'ai dû oublier que j'avais puncher. Désolé. Fait que t'as viré les panneaux. Va chercher la boîte blanche dans le shed. »
« Le Disconnect? »
« - ouain, ça. Double vitesse. »
« J'ai ouvert une canne de marde, là, hein? »
« Nah, juste une démo en double vitesse au cas où t'oublierais ta place encore. »
« Ouch. »
« Ta yeule, Bill. Je t'avais dit que la caméra de la ligne de terrain, c'est la première, pas celle-là. »
« Je pensais juste, vu que chu déjà icitte. »
« Toé tu penses, moé je souffre. »
« Toé tu souffres, c'est de même que ça a l'air (d'icitte). »
« Tout est une question de point de vue, mon chum. Sérieusement, par exemple. Celle en bas, c'est l'alerte précoce. Celle-là, c'est plus une caméra à bibittes. Celle sur le shed, c'est defcon 5. Dans c't'ordre-là. Je vais te supplier si t'en as besoin. »
« Alerte précoce, silo de lancement, caméra à bibittes. Compris, bossman. »
« Pas moyen que je survive à ça. Pas moyen. »
« OK, Tanner. Ceux-là, c'est du courant DC, pis le DC dépend d'une polarité stable pour que le courant voyage entre le positif pis le négatif. Normalement, y se mettraient à la terre par des cadres de métal enterrés. »
« Fait que tu les mets pas à la terre, ceux-là? »
« Pas de la façon traditionnelle. Pour aujourd'hui, on installe pis on espère pour le mieux. »
« Ouain, tu m'niaises-tu? »
« Non, Rusty, je te niaise pas. En fait, je les mets presque au défi de se bâtir une charge dans le cadre pis de jouer la clôture électrique pour le maudit fou qui va essayer de les voler sur le chantier. »
« T'es-tu sérieux? »
« Ha! Je pense qu'on le saura jamais, mais c'est une connexion en série, qui multiplie le voltage. Quatre panneaux, 200 volts. Essaye-le pis dis-moé si ça te pogne demain quand le soleil va frapper. »
:« T'es-tu sérieux? Tu te fais une clôture électrique avec tes panneaux solaires? »
« OK, OK. Tu m'as dit que tu connais pas pire le courant AC, fait que j'ai fait un petit test. T'as les bases. Astheure, laisse-moé t'expliquer. Chacun de ceux-là, c'est deux panneaux solaires, pis chacun va avoir son propre Disconnect. Y vont arriver au bout de ce forage directionnel de deux cent trente-cinq pieds-là que Chris a poussé pour nous autres pour pas avoir à rentrer chez eux les mains vides. Y vont atterrir sur le shed dans une boîte de métal avant de rentrer dans l'onduleur hybride, qui va partager une mise à la terre avec c'te boîte de combinaison-là. Le panneau de distribution AC va être mis à la terre de la façon traditionnelle, ben entendu. »
« Euh, fait que, je vois ce que tu fais là. »
« Ouain, regarde ben ça d'abord --- Wô, Rusty, faut que tu fasses attention là. Une fois qu'on connecte ceux-là, c'est deux cents volts de potentiel, comme une plogue de sécheuse de deux-quarante. La meilleure pratique, c'est de jamais pogner l'électricité à pleine main. Tu touches avec le dos de ta main. T'accrocher après c'te cadre-là pour reprendre ton souffle, c'est pas exactement safe. »
« OK, fait que, il est trois heures. Il nous reste une heure et demie. »
« Oui, Tanner. Pressés par le temps. Connecte les panneaux, négatif au positif, pis quand tu vas avoir fini, tu vas avoir deux fils – surprise, négatif pis positif. Visse les boîtes de disconnect sur le cadre pis branche le câble négatif sur la borne négative, pis le positif après. Rusty pis moé, on va aller au shed déballer l'onduleur pis le panneau de distribution. »
« Pas de problème. »
« Euh, fait que c'est fait. »
« Bonne job, Tanner. Trois heures dix-huit, c'est correct. Va en arrière de mon truck. Prends les deux bobines de fil de deux cent cinquante pieds, tape les bouts sur la corde de tirage, mets les bobines sur un bâton, demande à Cody de tirer la corde de ce bord-icitte, pis on a du fil des arrays – si on peut appeler ça de même – jusqu'au shed. »
« Compris. »
« Pendant ce temps-là, moé pis Rusty, on a déballé c't'onduleur-là pis on l'a accroché sur le taquet. Le chum est une bête! Je vais visser le panneau de distribution sur les montants pendant qu'y déballe les batteries pis qu'y les empile. Une fois que vous deux vous avez passé le fil, mettez des marettes sur ce bout-icitte pis gardez-les hors de la neige. Retournez aux disconnects, branchez le nouveau fil sur les cosses du bas, pis revenez icitte. En revenant, y a une slap de fil d'entrée électrique de remorque toute en tapon dans le Hummer. Apportez ça avec vous autres. »
« Ça marche. »
« Un million d'années, rien que des animaux sauvages pis des feux de camp de passants, pis là on installe l'électricité à la vitesse de la lumière. »
« Ouain, c'est ça. »
« Tsé, dans le Nord, c'te combinaison de mots-là exprime un doute extrême. Icitte dans le Sud, c'est un accord profond. Les toilettes flushent-tu à l'envers aussi? »
« Quoi? »
« Rien. Continue juste à déballer ça. Empile-les une par-dessus l'autre quand t'as fini. »
« Vous avez-tu du courant? »
« Non, Bill, mais le fil est passé, Tanner fait les connexions aux disconnects, pis moé pis Rusty on a déballé le stock. »
« On a accroché l'onduleur sur le mur aussi. »
« Lieutenant Évidence. »
« C'est Capitaine. »
« Nope, pis t'es chanceux que je t'aye pas dégradé jusqu'à simple soldat évidence. Parler juste pour interrompre. »
« Rien que la business, je vois. »
« Rien que ben occupé, Bill. Il est 3 h 35, pis on a une heure pour bâtir un banc de batteries, atterrir les fils, installer une prise à partir du panneau pis installer le routeur. Je peux pas attendre à mercredi prochain que tu soyes disponible encore. »
« Je peux faire Demain après-midi, justement. Faut que j'installe des caméras pour ma cousine au Community Center, pis je peux monter après ça pour quelques heures. »
« Ta cousine est propriétaire du centre communautaire? »
« Non, est sur le conseil scolaire. C'est le district scolaire qui est propriétaire du centre communautaire. »
« Gahhllee, je connais Emma. »
« Cody, d'où c'est que tu sors? »
« J'ai tiré le fiiil, pis chu resté planté dehors icitte, tu m'as pas donné d'instructions pantoute. »
« Je savais pas que t'étais là. »
« Chu un sournois d'enfant de chienne. »
« Bill, monte-moé c'te caméra-là au-dessus de la porte pour qu'on en aye au moins deux qui roulent à soir. »
« Je vais avoir besoin de Cody encore. »
« Encore? »
« Ouain, y m'a monté dans la chaudière du skid steer pour que je puisse mettre la caméra de la ligne de terrain assez haute. »
« Pas de tours de chaudière, mais des montées de chaudière, j'ai pas dit ça, fait que c'est pas un bris de règle. Rusty, va au truck me chercher le bac bleu. Y a les busbars pis les câbles pour ces batteries-là dedans. On est live dans vingt minutes si toute va ben. »
« Ouain, C'est ça. »
« Cody, moé, je trouve que les règles générales deviennent cliché, fait que je fais des règles spécifiques. Fait que je laisse passer la montée de chaudière parce que j'ai dit, pas de tours. J'ai pas dit pas de montées. Fait que je vais y aller avec le cliché à place, c'te fois-citte. Pas de niaiseries dangereuses à moins que ce soye moé qui les fasse ou au moins qui supervise directement les niaiseries dangereuses, pas à cause de règles pour moé pis règles pour toé, mais de la responsabilité pour moé, pis c'est moé qui choisis quand ma responsabilité prend des chances. »
« C'est pas ta responsabilité. C'est le nom à Tanner. »
« Mon chum, t'as raison, mais t'as tort sur toute la ligne. Je me suis fait poursuivre cent fois pour des affaires que j'ai jamais faites. C'est moé le propriétaire du terrain, pis le locataire ou le travailleur ou le client fait ce qu'y fait, mais moé chu une des poches. Chu la seule poche dure. Le terrain, c'est le paiement. La responsabilité, c'est toujours moé. Chu le fil de mise à la terre, Cody. Pis c'est moé qui choisis quand je porte la charge. Pis Bill, ça fait douze ans qu'on travaille ensemble, pis chums tout ce temps-là, tu sais que j'aime pas la responsabilité du choix de quelqu'un d'autre. »
« OK, fait que – est-ce que je peux emprunter Cody pour qu'y me monte dans la chaudière pour que je rejoigne au-dessus de la porte? »
« Je vais superviser. »
« Tête de nœud. »
« Fait que, Toute est branché. Veux-tu venir checker? »
« Nope. La boîte a des symboles positif pis négatif, t'as assez de cellules dans le cerveau pour me battre à la course pour arriver à la job, pis ce panneau-là a besoin d'être filé. Je vais connecter les busbars. »
« Pis moé? »
« Rusty, c'est quand la dernière fois que t'as été voir le bébé? »
« Je vais descendre là, tu-suite. »
« Tanner, Tu vois que j'ai déjà le knockout. Pogne une attache à fil pis passe la slap au travers. Coupe le bout de fil plus long pour faire le pont du neutre. »
« C'est-tu pas un sous-panneau, ça, par exemple? »
« Ben, ouain, mais ça, c'est pour plus tard. Là, tu-suite, c'est le principal. »
« Personne m'a jamais dit c'te règle-là au complet. Genre, le neutre est-tu pas ponté par le boîtier d'acier où la terre pis le neutre sont vissés directement dessus? »
« Version rapide. Comme qui dirait. Mais le fil entre les cosses du bas, c'est un chemin de moins grande résistance que l'acier peinturé. C'te moindre résistance-là garantit qu'un fil sur du métal fait sauter le breaker quand y arque. En plus, ça force le système pis la tige de terre à la même référence de voltage, ce qui aide quand la foudre tombe proche. »
« Tanner, quand j'ai enseigné à ce gars-là y a douze ans, y était pas capable de filer une switch de lumière, pis regarde-le astheure. »
« Enseigné. Wow. C'est une manière de voir ça, apprendre en même temps en réparant le système de cauchemar qu'Aries avait installé. »
« Sérieux, Tanner, les installateurs solaires y ont laissé une maison de lumières qui flashent, de pompes de puits brûlées, d'unités de chauffage-clim. Tu peux scraper ton monde au complet si tu fais ça tout croche. »
« Fait que, faire attention, compris. Merci, Bill. »
« OK, fait qu'on a pas le temps de creuser, percer, mettre du conduit, connecter ça. On passe le fil par la porte d'en avant pis on l'atterrit sous tension drette icitte sur ces cosses-là. »
« Sainte-bénite! T'es-tu sérieux? »
« Ouain, Bill, chu sérieux. Le soleil est quasiment parti. On a de la lumière ambiante. Les panneaux roulent probablement à dix pour cent de la plaque signalétique. C'est genre cent soixante watts. C'est pas assez pour faire cuire un œuf. On lèche pis on colle. Je veux des lumières vertes sur les pièces dans cinq. »
« Le panneau est fait. »
« Sors le breaker, le Romex, la prise, la boîte électrique de rénovation du bac pis gréye-moé ça. Je vais atterrir le panneau de distribution de ce bout-icitte. »
« T'as pas encore installé la tige de mise à la terre. »
« Ouain, c'est la première affaire demain matin. À soir, on a besoin d'un routeur. Les panneaux produisent pas de jus la nuit. On roule sur les batteries de toute façon. »
« Euh, C'est ta responsabilité. »
« Ha! Y t'a eu là-dessus, bossman. »
« Arrête de m'appeler de même, Bill. »
« OK, Pantoufles. »
« Que le bon Dieu m'aide. Fait que, Tanner, regarde là-dedans, tu vois les cosses, c'est ben marqué, Line 1, Line 2, Common pis Earth. Je vais brancher ça. Pas de pont nécessaire. Intéressant, par exemple…. Si t'avais pas de panneau de distribution de branché, pis que t'essayais juste de charger des batteries ou de quoi de même avec les panneaux, t'aurais besoin du pont du neutre icitte. »
« Compris. Fait que c'était quoi toute l'histoire avec Rusty pis la clôture électrique. Le risque, c'est juste s'il y a un court-circuit dans le fil, non? »
« Comme qui dirait. »
« Tu dis souvent, comme qui dirait. »
« Comme qui dirait. Le monde est juste de même. C'est une place comme qui dirait genre. »
« Voltage, mortel. Comme qui dirait. Compris. »
« Le danger prioritaire dans c't'array-là tel qu'y est, c'est pas son potentiel de choc, c'est sa portabilité. Mon instinct me disait que je devrais court-circuiter l'un pis mettre l'autre à la terre. »
« Je m'en doutais. »
« Ouain, bonne job de complice, là. Merci. »
« Tout le plaisir est pour moé. »
« Bon, les cosses de batterie sont serrées au torque. Plogue les fils du solaire icitte pis icitte, le positif c'est le positif, pis tu peux deviner le négatif. »
« On lèche pis on colle. Check. »
« Je lécherais pas ça, moé, mon chum. La lumière baisse, mais y a ben plus qu'une joke de pile neuf volts là-dedans. Bill, t'as-tu mis les deux vis dans c'te caméra-là? »
« Je fais juste peler le collant QR. »
« descends pis sors Cody de la machine, pis allumons c'te bébé-là. »
« Ouain, Hey, faut que j'y aille – dans une minute, là. Je y ai acheté une collation après l'école, mais a l'a faim. »
« oh Boy, Probablement qu'a s'ennuie aussi. »
« Un petit peu. »
« OK, les enfants, il est 4 h 20 – dis-le pas, Rusty. On y va --- lumières vertes sur les batteries --- système en marche. Faut que ça se normalise. Quand les fans partent, on est en business --- Lumières vertes, entrée DC --- pis, le v'là. Tanner, on lève le breaker AC, pis la plogue est sous tension. Bill, plogue le routeur --- Le v'là. Pour la première fois de l'histoire, le holler a du courant! »
« Bon matin. »
« Bon matin. »
« T'es sûre qu'on est déjà demain? »
« Aujourd'hui, Michael. »
« Ça feel comme demain. »
« C'était une longue journée. Assis-toé. »
« Faut que je fasse le café. C'était la journée la plus incroyable de ma vie, mais je l'ai méritée chaque minute. »
« Je l'ai déjà fait. Pèse juste sur le piton. Je sais pas comment t'as fait pour dormir avec ton téléphone qui sonnait toute la nuit. »
« C'est la seule raison que chu réveillé à l'heure. J'ai demandé à Bill de mettre l'app Ring sur mon téléphone, pis je pense que j'aimerais mieux laisser les machines partir à pied. Le prêt m'oblige à avoir des assurances dessus de toute façon, fait que c'est quoi, la perte, au fond. »
« Je comprends, les prêts à tempérament gardent la cote de crédit. Ce que je comprends pas, c'est pourquoi t'empruntes l'argent pis que tu payes le stock jusqu'à presque rien le lendemain. »
« Deux affaires. Les intérêts sont chargés au début. »
« Fait que C'est les intérêts. »
« J'ai littéralement commencé la phrase avec, deux affaires. »
« Tu ferais mieux de te prendre un café. »
« Y est pas prêt encore. »
« Peut-être que tu devrais le sortir d'avance avant que je te donne une grosse lèvre pis que t'ayes besoin d'une paille pour le boire. »
« T'es petite. Pourquoi t'es violente de même? »
« T'es bête. »
« Deux raisons… »
« Deux raisons pourquoi t'es bête? »
« Les intérêts pis le ratio prêt-crédit. Achète un gros prêt, paye-le presque au complet, mais la valeur de crédit est encore là. Quand le prêt est payé, la valeur de crédit baisse de ce montant-là, fait que garde le prêt ouvert pour toute sa vie avec un pourcentage à un chiffre de ratio de dette réelle sur le crédit. »
« C'est ben de l'ouvrage. »
« En fait, c'est le contraire. Achète de l'argent, paye-le presque au complet, pis le dernier paiement à la date d'échéance. C'est facile. »
« Le comprendre étant la partie dure. »
« J'ai eu à le comprendre juste une fois. J'ai pas besoin de me le rappeler chaque fois que j'achète de quoi. »
« C'est quoi l'agenda aujourd'hui? »
« Première affaire, faut qu'on finisse l'installation solaire. »
« T'es rentré rayonnant hier… Sainte-bénite, c'te caméra-là va-tu partir de même toute la journée? »
« C'est la branche devant la caméra. Le vent souffle, la branche bouge, pis la caméra alerte. On a eu deux-trois ratons laveurs, par exemple. »
« Des ratons laveurs? »
« Tiens, tu swipes vers le bas, tu cliques sur l'appareil fautif, pis ça va jouer. »
« Oh, C'est vraiment une branche. »
« Celle-là est différente, par exemple. Je clique juste dessus? »
« Yup, profites-en. Faut que j'aille me brosser les dents pis me laver la face. »
« Pas de douche? »
« Faut que j'y aille. C'est la journée du barrage. Bill revient, pis j'emmène les kids au magasin de ponceaux avec moé, leur montrer l'approvisionnement pis voir si je peux adoucir ma position de dictateur sur la compagnie pis quand même les embarquer. »
« Sinon, Tanner va-tu les garder comme employés? »
« Je pense que oui, mais ça, c'est de la responsabilité de subordonné direct. C'est différent de la copropriété. Je veux pas m'absoudre de la responsabilité pis la mettre sur le dos d'un kid innocent. »
« Partenariat – moins de responsabilité. Compris. »
« C'est ça, l'affaire. »
« Mais Rusty embarque? »
« La dernière fois que j'en ai entendu parler, par exemple, Cody, c'était encore un non ferme. »
« Aww, y a des ratons laveurs! Je veux juste flatter leurs petites oreilles. »
« Je reviens. Choisis-en un, pis je vais avoir une jasette avec lui à propos des oreilles. »
(Raton laveur, Coyote – ça va faire un twist le fun. Stef ouvre une enquête sur les animaux sauvages.)
« Qu'est-ce qui est arrivé, Tanner? T'as juste abandonné? Il est 7 h 45. Mon café est frette en tabarnak à force de t'attendre. Pis t'as manqué le plus gros ours qu'on a jamais eu. »
« Fait que, non. J'ai pas abandonné, mais je me disais que t'arriverais encore plus de bonne heure juste pour me battre, fait que j'ai pris mon temps, pour te donner une leçon. »
« Joué. Écoute, on se promène avec deux-trois piins, pis on devrait les planter avant de descendre le chemin. »
« Qu'est-ce que… »
« Le gars d'arpentage vient demain. Je suppose… »
« T'es bizarre. »
« Différent. Écoute. Je sais que je l'ai mis dur hier à propos du partenariat… »
« Un petit peu. »
« Ouain. Mais pour une raison. Cody a besoin de savoir que le gravy train a une track en dessous. Un seul bord pour embarquer, qui s'en va dans une seule direction. »
« Y est pas convaincu. »
« On verra. Mais t'es pas convaincu, toé non plus. T'as une compagnie, une licence, un compte de banque, pis t'as ton autonomie, pis moé qui pousse contre ça, ça doit faire craquer les planches. »
« Des planches, des trains. Je te suis, mais j'ai pas besoin des nuages d'images. »
« Ouain, fait que je te vois. Je sais, je sens que t'as une affaire propre, pis d'ajouter du monde dedans, ça salit ton affaire – pis je jouerai pas le bully qui te dit, je te l'avais dit, avant que tu choisisses Cody, parce que la mécanique de Cody, c'est pas exactement choisi autant que considéré, le besoin de bras à côté du besoin d'un partenaire. »
« Ça avait l'air un peu ratoureux, appeler ça mon choix drette après que tu m'ayes laissé aucun autre choix, mais j'ai vu au travers. J'ai vu le sens plus profond aussi. »
« Plus profond? »
« Ouain, engager, c'est un équilibre. Dès que t'engages des bras, tu réalises que t'as engagé les complications de la personne aussi. »
« Certain – va un pas plus loin. Ceux que t'engages, c'est pas tes aidants, c'est tes partenaires. Y te font, ou y te défont. Mais si t'as pas de bras, t'es déjà défait. »
« Je vois ça. »
« OK, astheure, allons un pas de plus. Là, tu-suite, c'est toé le boss. Pis ça, c'est un nœud coulant réconfortant. Ça te donne l'impression que ça te supporte le cou, mais plus tes pieds bougent, plus le tabouret branle, pis t'es pas encore prêt à te tenir debout tout seul. »
« Vas-y. »
« Fait que, là, tu-suite, tu t'arranges ben, la banque fait l'ouvrage, pis Deno fait le légal. Tu travailles le téléphone pis tu magasines l'assurance, pis tu me donnes la facture. Mais là, t'as un nom de job, pas de fournisseurs, pas de clients, pas d'approvisionnement de matériaux, pas de planification, de logistique, de soumissions, de comptes à payer, de comptes à recevoir. T'es un gars avec une job qui roule sa propre paye pis deux autres gars qui ont pas encore callé malades ou, Dieu nous en garde, qui se sont pas encore blessés. T'as pas acheté ni entretenu d'équipement, pis t'as même pas encore planifié une pause dîner. T'es nouveau. »
« Nouveau. »
« Nouveau, mais pas niaiseux. Tu vois ce que t'as entre les mains, pis la partie la plus brillante, c'est que c'est toute à toé. Pis je peux pas discréditer ça. En fait, j'y avais pas pensé quand l'idée au complet m'est venue en premier. Mais là, c'est venu, pis j'y ai pensé, pis je pense que j'ai une solution. On peut en créer une nouvelle, pis vous pouvez être les trois dedans, pis tu gardes l'originale pour la remplir plus tard, ce qui fait de quoi qu'on appelle une compagnie tablette, ou ben tu pourrais laisser rentrer les kids pis commencer à faire face au vrai monde tu-suite. Salir celle-là pis la bosseler pis toute ce qui va venir avec le fait de mettre trois quasi-inconnus dans un mariage --- pis ça, c'est l'autre piin. T'es fiancé – j'ai oublié de dire à Stefanie que tu t'es fiancé avec son bonus de Noël – tu vois-tu où je m'en allais avec toute ça? »
« Oui, Cody pis Rusty ont besoin d'embarquer, pis t'as besoin que je te fasse confiance. »
« Pis tu vas jamais arriver à la job avant moé parce que j'arrête jamais d'y penser, ce qui est la fin de l'époque de la compagnie. Quand tu vas être rendu là, tu vas comprendre ce que je veux dire. Pour astheure, le soleil est pas encore levé, mais les panneaux solaires sont chauds. Sors la scie à guichet de l'arrière du truck, coupe des trous dans le plancher pour le conduit que tu vas trouver là-dedans, passe les conduits dans les trous. Prends les raccords pour remonter vers le mur d'en arrière. Apporte toute ce qu'y a dans le truck au shed. Faut que j'aille appeler Stef. Si je y dis pas ça, a va m'assassiner. »
« Hey. »
« Hey. »
« Des nouvelles déjà? »
« Des vieilles nouvelles. Astheure, écoute. Je veux pas de ta marde. C'est pas une preuve de mes échecs, c'est une preuve des autres grands moments d'hier. »
« Oh Christ! Fait que t'as… »
« Non, laisse-moé le conter. »
« Chu dans un meeting Teams. J'ai pas le temps pour ton – ta toé-itude. »
« Ma moé-itude. Pas de problème. Tanner s'est fiancé avec ton bonus de Noël. OK, byeee. »
« Qu'est-ce que c'est ça, câlisse? »
« T'as dit de sortir toute du truck pis de le mettre dans le shed. »
« Mais t'avais juste une minute pendant que j'étais au téléphone. »
« Pour une bonne cause. »
« Fallait-tu que tu prennes chaque petit bout de cochonnerie, par exemple? Je veux dire, les paquets de cigarettes, les sacs de McDonald's. C'est-tu littéralement de la terre du plancher en tas, ça? »
« Je trouvais que c'était une belle touche. Vas-tu répondre à ton téléphone? »
« Nope, c'est Stef, pis a l'a une leçon à apprendre, elle aussi. »
« Gahhllee, c'est ben des cigarettes, ça. Je peux pas croire que t'as toute fumé ça dans une nuitte. »
« Matin, Cody. »
« J'allais commencer avec les caméras, pis les paquets de cigarettes m'ont faite dérailler. »
« Ouain, comment t'as fait pour rentrer icitte sans les notifications Ring? »
« J'ai passé autour. Vas-tu répondre à ce téléphone-là? »
« Non. »
« Envoye-la sur la boîte vocale d'abord. »
« Je peux pas faire ça non plus, sinon a sera pas assise là à bouillir à chaque sonnerie. »
« J'haïs ça quand ma vieille fait ça, a continue juste d'appeler jusqu'à temps que je réponde. »
« Il est 8 h 00. Rusty souffle pis s'essouffle à monter la côte pis faut qu'on branche ces panneaux-là pour charger les batteries. Regarde icitte, y sont livrées à cinquante pour cent, pis on a fait rouler le routeur toute la nuit, fait que les quatre lumières qui clignotent veulent dire quarante pour cent. Quatre batteries, ça fait vingt kilowattheures, pis on a à peu près quatre heures de soleil sur environ seize cents watts de panneaux… »
« Bro, réponds au téléphone ou ben laisse faire le cours de maths. »
« Ou ben je peux acheter ce que je veux acheter, c'est-à-dire un bras entraîné plutôt qu'un cave que je dois surveiller à chaque minute parce qu'y m'écoute pas quand je dis des affaires que je veux qu'y sache. »
« Réponds juste au téléphone. »
« Écoute ben, Cody, ou ben reste toxique. C'est ton choix. Les batteries rapportent à peu près quarante pour cent. Ça fait environ douze kilowatts de vidé. Si on rentre quatre heures de plaque signalétique… »
« Plaque signalétique? »
« Bonne question, Tanner. Le collant que t'as orienté vers le bas hier, ça s'appelle la plaque signalétique. A contient toute l'information du panneau. Dans ce cas-citte, le wattage déclaré, la quantité d'électricité que le panneau est supposé sortir dans des conditions de test sur l'établi. Y en a plus là-dessus, pis je vais y arriver, mais pour astheure, mets-toé dans la tête que chaque panneau fait 425 watts, plaque signalétique, fait que si tu multiplies ça par les heures de soleil, t'as… »
« Dix-sept cents. »
« Pas complètement, Cody. Ça, c'est la valeur de plaque des quatre panneaux ensemble. Quand tu multiplies ça par les heures de soleil, à peu près trois heures icitte en Hiver, creux dans une vallée avec les panneaux pointés Est-Sud-Est. »
« Euh, y a raison. Ça fait ben des données. »
« Y a pas dit ça, Tanner. Y a interrompu avec une réponse à moitié fausse. Pis toé, t'interromps par impatience. »
« Je pense que c'est le téléphone. »
« Correct - - - Allô chérie, t'es sur le haut-parleur avec Cody pis Tanner… »
« Pis Rusty. Matin, Stef. J'ai hâte de le voir essayer de se sortir de ça en anguille. »
« Michael, je…. »
« Haut-parleur, chérie. »
« Je vais m'occuper de toé plus tard. Tanner, félicitations! L'avais-tu planifié, ou c'était spontané? »
« Spontané. »
« Comment t'as fait? »
« Ben, ça fait un boutte qu'on en parle, pis vous nous avez donné le bonus, pis on est allés payer le dépôt, pis c'est ça. »
« Était-tu contente? »
« Ben, ouain. »
« A l'a-tu pleuré? »
« Un peu. »
« T'as-tu pleuré, toé? »
« Moé? »
« Qu'est-ce que sa mère a dit? »
« Était sur le gros nerf, ben certain. »
« C'est quand le…. »
« Chérie, l'interrogatoire. »
« J'ai dit que j'allais m'occuper de toé plus tard. Avez-vous une date? »
« Bientôt. Ça fait un boutte qu'on en parle. »
« Chérie, on est dans un meeting d'équipe, pis on a de l'électricité à terre pis… »
« Je vais m'occuper de toé plus tard, byeee. »
« T'es fourré, bro. »
« Ouain, C'est ça. »
« OK, écoutez. Ça va me faire plaisir de vous inviter à me regarder amener toute la chicane jusqu'à un bec pis on se réconcilie demain, mais pour astheure, faut qu'on déménage ce fil-là, dans le conduit, atterri pis qu'y récolte de l'électricité. Tout le problème écrit que j'étais en train de faire… »
« Ça explique toute. C'était un problème écrit, c'est pour ça que j'étais si tanné. »
« Ouain, c'est ça. »
« Bro, j'haïs les problèmes écrits. »
« Oui, les enfants. Cody, Tanner pis Rusty font chacun vingt piasses de l'heure de Michael. Michael a passé dix minutes à essayer d'enseigner à Cody pis Rusty pis Tanner comment calculer la production solaire pis combien de temps ça prendrait pour remplir les batteries. À place, Michael a dû gaspiller un autre dix minutes à expliquer que les maths, c'est la job. Si les trois hommes arrêtent pas d'interrompre pour qu'on puisse continuer la journée, combien Michael va-tu les payer? »
« Heya Bill! »
« Salut, Mamaw Mernie. »
« Salut, Bill. »
« Salut, Emma. »
« Salut, Mon oncle Bill. »
« Salut, Bernie. »
« Astheure qu'on s'est débarrassés des Walton, tu restes drette icitte en ville, pis je te vois juste deux fois par année. »
« Je sais Emma. Je te vois plus à l'épicerie. »
« Ça en vient que je dois t'inventer de l'ouvrage juste pour t'apercevoir. »
« J'ai Pas manqué grand-chose, par exemple. T'es encore aux mêmes vieux tours. Qu'est-ce que t'as de prévu pour moé icitte au Community Center? »
« Ben, Bill. C'est à propos de ces portes-là. A me hantent. J'ai Demandé à tout le monde que je connais où c'est que sont les originales pis pourquoi celles-là sont icitte, pis pas une âme est capable de risquer une hypothèse valable. Tout l'monde s'entend, par exemple, celles-là ont pas d'affaire icitte. »
« Tu veux dire qu'a matchent pas, pis tu veux que je trouve des portes pis que je les pose. »
« Ben, Bill, c'était pas ça l'idée, mais astheure que t'en parles. Après que je t'aye fait poser des caméras, peut-être que je peux t'enjôler pour que tu donnes une couple de portes qui fittent. »
« J'étais-tu déjà en train de donner les caméras aussi? »
« T'es donc ben fin. Descendre jusqu'icitte pour donner ton temps bénévole, pis tu rajoutes les caméras dans le deal. »
« Le deal? »
« Comme tu sais combien c'est important pour moé. Ces portes-là me trottent dans la tête – la seule affaire que je peux penser, c'est qu'y les ont mises pour la sécurité. »
« Ouain, probablement. »
« Personne le sait. Y sont là, pis si je les remplace, j'ai besoin de caméras de sécurité pour faire la job que je pense qu'y ont gâché la bâtisse pour, en premier lieu. »
« Comme je sais, han? Enseigner à l'école vingt-cinq ans, Marguillière, Officière d'élections, pis encore assez popote pour sortir le charme quand l'esthétique est en jeu. »
« Ben, Bill. »
« Je devrais te faire appeler ma banque pour voir si tu peux pas les convaincre de donner une couple de mois d'hypothèque pour moé. »
« C'est-tu Tennessee Mutual? »
« Oh, misère. »
« Qu'est-ce que c'est, maman? »
« Tu m'as entendue. »
« Pis t'as même pas eu besoin d'un ours c'te fois-citte. »
« Lonnie connaît les règles. Sujet effiloche le nerf, change de sujet. L'ours, ça marche avec un homme comme Lonnie. Vous deux, une dame a besoin de moins de manières. »
« Je la connais, c'te move-là! Michael appelle ça, fais-moé pas passer pour un trou de cul. »
« Yep, c'est ça, la version avec moins de manières. C'est qui, Michael? »
« Ben, Mernie, c'est la raison pour laquelle j'ai pu rencontrer Emma icitte sur un si court préavis. Mon chum Michael vient d'acheter le vieux trou de pêche en haut du chemin, pis y a des problèmes de sécurité, pis y a besoin que je vienne y poser des caméras. »
« Attends, tu connais celui dont toute la ville parle? »
« Ben, ouain. C'est mon chum. Celui dont toute la ville parle, han? Je gage que oui. Attendez juste de le rencontrer.. »
« T'en as toute une gang mélangée, toé »
« Ouain, Maman a raison. T'en as vraiment une gang mélangée. Fait que tu connais l'homme qui a acheté Old Trail Holler. »
« Y appelle ça Cat's Ass Holler – quand Stefanie le laisse faire. »
« Oh, y a une Stefanie aussi? »
« Ohh, Y a une Stefanie. C'est une business de sécurité, mesdames, vous allez devoir aller chercher vos potins ailleurs. »
« Correct, j'aimerais des caméras en dedans, mais la Commission électorale aurait son mot à dire là-dessus, pis demander pardon de même, ça pourrait me mettre sur CNN en novembre au lieu de sécuriser le centre. »
« Fait que toutes les caméras dehors? »
« Bonne idée, Bill. Oui, dehors seulement. »
« Fait que, deux pointées sur la porte, une dans chaque coin icitte. En veux-tu de pointées vers l'extérieur? »
« On peut-tu faire ça? »
« Je pourrais en mettre une pour le stationnement, pis peut-être faire le tour en arrière pis en cacher une en haut dans c't'avant-toit-là aussi. »
« Oh, des caméras cachées? Je pensais que des grosses caméras bien voyantes disent restez dehors plus que, ha, je t'ai eu. »
« OK, quatre caméras restez-dehors. Pis la technologie? »
« Je sais que c'est des mots magiques pour toé, ça. »
« Technologie. Veux-tu de quoi que tu dois surveiller, ou ben veux-tu un compte? »
« J'y avais pas pensé? »
« T'es donc ben fin. Pauvre toé. »
« Voici la version courte. Je peux donner les caméras d'une manière ou de l'autre, mais toé faut que tu décides la technologie. Option un, faut que t'achètes un DVR de mille piasses pis que tu te fasses un compte gratis qui va t'avertir quand quelqu'un part l'alarme. Ou deux, faut que tu te fasses un compte avec genre Ring, pis ça va envoyer une alerte chaque fois que quelqu'un s'approche. »
« Bernie, Combien ça coûte, un abonnement? »
« J'suis déjà dessus, Maman. Ça dit que t'as autant de caméras que tu veux icitte à une adresse pour quatre-vingt-dix-neuf piasses par année. Le vrai avantage, c'est que Ring a la communication dans les deux sens. »
« C'est de même qu'y te pognent, Emma. Y te pognent avec c't'abonnement-là, pis t'es accrochée pour la vie. »
« Je le sais, Mamaw Mernie, pis le DVR, c'est dix ans d'abonnement d'un coup, mais t'en es propriétaire après. »
« S'il dure dix ans, » coupa Bill.
« Qu'est-ce que tu suggères, Bill? »
« C'est ton choix, Emma. Moé, tout ce que je fais, c'est les installer pis sourire quand tu choisis dans lequel de tes propres pièges tu t'es pognée. »
« Oh boy! Ça a l'air super! »
« Heya, Bill. »
« Salut, Tanner. »
« Matin, Pantoufles. »
« Salut Bill, t'arrives juste à temps. On a fini la job de fil y a cinq minutes, pis j'ai besoin de toé comme témoin. »
« Témoin? D'habitude, chu ton alibi. »
« Arrête tes niaiseries deux secondes. Tout le monde dehors. »
« Tiens, Bossman, assis-toé sur les marches. »
« Bill, arrête tes niaiseries, c'était le signal. »
« Je vois. »
« Les gars. C'est maintenant ou jamais. Tout le monde connaît ce que je pense. C'te job-là est pas normale. Je fais pas une affaire normale icitte. »
« Dis-le encore. »
« Bill. Niaiseries. Écoute. J'en ai parlé avec chacun de vous autres, mais on en a jamais discuté. Tanner sait que c'est une affaire, mais à part de ça, vous deux vous avez eu juste des mentions pis des dictées. Fait que laissez-moé l'expliquer au complet. J'ai engagé ben des gars – Bill icitte en était un. J'ai engagé ben des gars au fil des années. Y a des fois où j'ai engagé dans une hiérarchie établie, pis des fois où j'ai engagé cash, pis à peu près toute entre les deux. Faut que je bâtisse une maison à Stefanie; on va probablement prendre un entrepreneur général pour la maison. »
« Pourquoi tu la bâtis pas toi-même? »
« Bill, chut. Pour astheure, c'est un entrepreneur général. »
« Je suppose que Stef te laissera pas faire. »
« L'ingrédient spécial de brassage de marde à Bill, la supposition. »
« Bill, j'ai besoin d'un témoin, pas de questions d'interrogatoire. Même avec l'entrepreneur, faut quand même que je bâtisse les chemins, que je bâtisse l'atelier, que je bâtisse le solaire, pis astheure que Chris a trouvé du roc tout le long de la servitude, j'ai besoin d'une maudite gang de solaire. »
« Gahhllee, oublie pas le barrage. »
« Ouain, le barrage. Pis même avec un entrepreneur, faut que je sauve un peu d'argent quelque part, sinon rien de ça arrive. Fait que faut que je creuse l'assise de la maison. »
« Fait que tu mets ça sur le dos à Rusty, Tanner pis moé pis tu sauves une piasse en même temps. »
« Je doute que je sauve une piasse, mais je vais dépenser plus lentement. »
« Cheap. Veut juste pas engager pis payer. »
« Cody, j'ai-tu fait de quoi pour t'offenser? »
« Juste que tu veux t'pogner une terre, prendre des kids du coin pour faire l'ouvrage, pis pendant ce temps-là t'as tellement d'argent… »
« Ralentis… »
« Non, vous autres les gros riches, vous êtes toutes pareils… »
« Cody. Arrête! Tu-suite. T'as pas besoin de ça, mais Tanner pis moé, oui. On le veut.
« Bro, c'est une game de poissons. »
« Attendez. Vous toutes. C'est pas une game de poissons, Cody – peu importe toute la charge que ce mot-là a pour toé. C'est un jeu de contrôle. T'as raison, je pourrais engager une équipe de terrassement, pis y arrivent pis je paye la facture, pis la maison se bâtit, pis chu correct. Mais c'est pas ça. Les équipes de terrassement – toutes – travaillent de la même façon. Y arrivent, y ont un plan, pis y rasent toute place où y ont prévu d'aller. Y coupent toute, toute d'un coup, pis y décrissent. Pis ça vient avec un prix, pis t'as raison, le prix est probablement ben plus haut que toé pour le même produit, un holler en paysage lunaire où y a juste les rats qui vont continuer à vivre. Mais moé, j'achète pas ce produit-là. J'achète une chaudière à la fois, réparer un bout d'une affaire pis ensuite passer à l'affaire que le bout brisé tenait, pis je finis l'affaire brisée, pis je vais réparer la prochaine priorité. Une journée à couper des arbres pis le lendemain pas mettre le chemin que j'ai coupé pour, mais étendre le paillis de la veille ailleurs parce que là, que j'ai le paillis, je peux faire une cour de shed plus propre, moins de bouette collée sur le plancher pis gelée là, de la poussière aspirée par l'onduleur. Un jour, je vais creuser un trou pis entreposer la terre à la place temporaire pendant que je nettoie les arbres de la permanente pis que j'installe la fosse septique, pis après je vais déménager la terre - - - Tu peux pas payer une compagnie pour ça. À moins que tu crées la compagnie. Pis je vais te dire une autre affaire, mon petit crisse, une affaire qui est sûre. Personne d'autre va te choisir dans son équipe avec une attitude de même. Pis nous autres, on t'a même pas fait remplir l'application qui va sûrement être le fléau de toute ton existence fuckée parce que t'as une liste de mauvaises références d'emploi à trier, catégorie de recherche principale, laquelle risque le plus de dire le moins de marde quand y vont répondre au téléphone pour les références. Fait que la compagnie que j'aurais engagée, c'te compagnie-là t'engage pas, de toute façon, fait que tu ferais aussi ben de prendre c'te gig-là, sinon t'as zéro,. Zéro, Cody, ce qui, comme tu l'as déjà vu venir pis bloqué, est la réponse au problème écrit de ce matin. Zéro, c'est ce que Cody va avoir de ce chantier de deux ans qui vient avec des gars pour te faire confiance pis compter sur toé pis sur qui tu peux compter pour une fois. Des hommes qui ont besoin de toé au lieu de passer tout leur temps à prouver que toé t'as besoin d'eux autres. » (Même pas capable de faire le cadeau d'une vie sans – toute ça)
« Pis pour une fois, t'es assis là à la pause, la bouche fermée ben dur, pis personne d'autre a parlé non plus, fait que je vais finir ça. La business, c'est l'affaire. Mais j'ai pu la force d'en partir une nouvelle ces temps-citte. Fait que je fais la deuxième meilleure affaire. Je peux pas gérer un compte de paye, pis je peux pas gérer le téléphone. Je peux certainement pas gérer le bureau des ressources humaines. »
« Ça, c'est un fait. »
« Ta yeule, Bill… Bonne, par exemple. Je peux pu faire ces affaires-là parce que j'ai d'autres affaires en marche. Je peux engager une compagnie, par exemple, pis je peux payer une facture, pis je peux m'assurer que l'argent est correct chaque semaine. Pis vous autres, les gars, vous pouvez apprendre à faire ce que j'ai pu l'énergie de faire. »
« Fait que, si c'est une game de poissons comme Cody dit, où c'est qu'y est le poisson? »
« J'ai pas dit game de poissons de même. »
« C'étaient tes mots littéraux. »
« Je pense que je pose la question qu'y dit; comment ça pourrait mal virer? »
« C'est une bonne question, Tanner. Je pense pas que ça peut mal virer. J'ai besoin de vous autres – mais Cody, je cherchais quelqu'un quand je t'ai trouvé, pis je peux certainement en trouver un autre chez Weigles qui attend en ligne pour du tabac. Mais c't'étranger-là remplirait le besoin pis ferait rien pour l'envie. Je pourrais annoncer c'te business-là toute la journée sur Facebook, pis l'entrée serait pas assez longue pour que les candidats fassent la file un en arrière de l'autre. Le besoin, c'est facile, Cody. Je peux remplir c'te gouffre-là avec une cuillère à thé dans la main de chaque homme. Ce que je peux pas remplir, c'est l'envie. J'ai besoin d'hommes pour bâtir c'te place-là, pis je veux que ce soye vous autres. »
« Tu veux juste pu chercher. »
« Tu te laisseras pas gagner, Cody. Chu correct avec ça. Mais je vais le redire. C'te business-là, c'est la job. La soumission, c'est vingt piasses de l'heure, pis ton ventre attendra pas ta sagesse. Fait que, tu travailles, t'es payé. Câlisse, la loi dit que même si tu travailles pas, t'es payé tant que t'es employé, t'es payé. Ça, ça rend ça encore plus fort. Si t'es partenaire, pis que la compagnie reçoit l'argent de la soumission sur une facture formatée pis exécutée comme du monde, c't'argent-là est à toé, pis y a pas de congédiement possible. »
« Ouain, c'est ça. Écoute ça, Cody. Pedro t'a littéralement mis dehors pour avoir fait exactement c'que t'es en train de faire là. »
« Mange d'la marde, Bro. C'est toé qui m'as mis dehors. »
« Pis c'est toé qui m'as faite engager icitte. »
« Bon, les gars, écoutez. On peut pas faire dérailler les faits avec des vieilles… »
« J'ai rien faite dérailler. Rusty fait comme s'y avait décidé, pis l'autre jour, y était autant un non que moé. »
« Cody, t'es tellement plein de marde… »
« Arrêtez! Arrêtez tu-suite. Cody est dedans. Y se bat juste pour sauver la face astheure. On l'a gagné sur la structure de paye. »
« Où c'est que tu pognes ça? »
« Tu l'as dit toi-même. T'as défini le congédiement, pis ça a montré ta trahison, pis quand tu l'as dit, t'as montré ce que je disais, pis ça te fait dire oui. Tu peux pu te faire mettre dehors astheure, pis avouons-le, la paye est meilleure que ce que tu mérites. »
« C'est pas toé qui me dis combien je vaux. »
« Cody, t'es mieux de préférer que ce soye moé parce que je paye au-dessus du marché pour un homme que le marché a déjà rejeté une douzaine de fois. T'es pas capable de nommer une job que t'as pas lâchée ou que tu t'es pas faite mettre dehors. »
« Tu fais comme si tu savais. J'ai pas dit mon histoire de travail… »
« Cody, t'es un homme de vingt-deux ans avec un bébé à maison, t'es venu travailler huit jours avant son premier Noël avec un préavis d'une fin de semaine, tu t'es battu contre moé à chaque pas - un homme qui essaye de rien faire de plus que de te payer pour de l'ouvrage que l'homme a besoin de faire faire. »
« Toé, le riche qui regarde de haut le pauvre. Je me bats pas contre toé. Je me bats contre toé qui me mets des mots dans la bouche, qui me dis que je dis que chu dedans. J'ai pas dit ça, mais là t'es là à supposer – je pensais que supposer, c'était la game à Bill. »
« T'entends deux messages, Cody. J'ai dit les deux, c'est vrai, mais tu fais semblant que le seul que j'ai dit, c'est que t'es bas, pis tu rajoutes que je dis que moé chu haut. Pis, si j'avais vraiment dit que chu haut, t'aurais raison de le pointer. Mais je l'ai pas dit. J'ai dit que t'es bas, pis que ta valeur est haute, pis que tu te coupes toi-même avec tes propres niaiseries, comme je le dis depuis le début. »
« Tordre les mots. »
« Non, Cody, tordre l'horloge. T'es dedans, pis t'as sauvé la face. T'es correct. Personne icitte pense que t'as reculé facilement devant le Yankee. Tu y as montré. Astheure, s'il te plaît, laisse-moé parler à tout le monde – parce que même si tu ôtes quarante mille piasses par année de la bouche ouverte de ton propre enfant en fermant pas la tienne, ces hommes-là ont de l'épicerie à acheter pis y ont les mêmes trente prochaines années de travail qui les regardent dans la face que toé, pis y sont pas moins inquiets que toé de la stabilité de l'idée. »
« Ouain, C'est ça. »
« Euh, j'en rajouterai pas, Cody, mais y a raison. Je veux ça. Pis je vais le dire plus précisément que lui. Toé aussi, c'est prouvé par le fait que t'es pas parti. T'es planté là pis tu sauves la face, mais t'es pas parti. Ton doute a gagné des réponses que je voulais entendre, mais j'ai encore des questions. Genre, c'est un partenariat, correct, mais qui c'est qui fait tout l'ouvrage? »
« Ça, c'est une question que je peux répondre drette. C'est vous autres qui faites l'ouvrage. Vous êtes une équipe de trois, pis vous pourriez penser diviser le travail selon les forces, pis le sceptique, le pragmatique pis le rêveur ont chacun un chemin séparé, mais aucun de vous autres est juste un de ceux-là. Vous êtes toutes l'officier exécutif, le vice pis le trésorier. Vous êtes trop nouveaux pour pas l'être. »
« Belle parabole, mais là, tu-suite, c'est moé qui fais les heures pis la facturation pis les taxes pis la paye pis les assurances pis toute ça à côté. Pis ça, c'est toute après que j'aye déjà fait le même ouvrage toute la journée que tout le monde a fait avant de rentrer chez eux. »
« C'est pas le Magicien d'Oz, Tanner. Chaque Homme de fer-blanc a la paille, pis vous avez toutes besoin d'avoir les neuf noms, tête d'épingle. »
« Oh boy! De la parabole au conte de fées. Y me faisait c'te marde-là tout le temps à moé aussi. »
« Bill ta yeule. »
« Non. Le jeune le voit pas, pis toé tu veux pas répondre straight. Fait que j'vas le faire. Chu planté là pis j'me dis, s'il avait trouvé ce plan-là à trois gars y a dix ans, quand c'était moé qui étais dans tes bottes, ça aurait été parfait. À place, Pantoufles icitte a marché sur la pointe des pieds partout dans mon apprentissage à coups de trips pis de dangers. C'te fois-citte, j'vois qu'y a toute compris. J'aurais aimé ça avoir c'te version-là. Pis pour finir, j'me remettrais en ligne dans c'te driveway-là n'importe quand, même sans ça, mais avec ce plan-là, j'ai quasiment le goût de recommencer à zéro. »
« Ça, c'est une review Google. Pis merci, Bill. Pis merci de m'avoir remis sur les rails. Tanner demande qui fait la job. La réponse, c'est vous autres. Vous faites des tours. Tanner s'est occupé des livres pis de toute la bullshit les deux dernières semaines avec vous autres, pis pendant trois semaines avec sa propre paperasse en plus. Une fois que vous êtes toutes enregistrés comme un seul, vous vous passez les livres, pis vous montrez les affaires au prochain gars. Y s'en occupe quelques semaines, pis après c'est le suivant. Pis comme ça vous avez toutes une connaissance de base dans la fonction la plus de base d'une business, payer les comptes. »
« Ouais, j'ai une question. J'ai déjà trois bouches ouvertes dans mon nid, pis une fois réglé qui fait les livres, ce que j'ai besoin de savoir, c'est d'où vient l'argent des livres? »
« C'est ça la beauté de l'affaire. Ma façon prend du temps, ben du temps. J'ai une job de deux ans icitte si on se grouille le cul. Les factures sont accrochées aux heures sur le site. La facture passe le jour de la paye de la compagnie aux membres, pis vous séparez ça comme vous décidez. Vous pouvez garder ça aux heures, ou ben séparer égal, mais ça, c'est une décision pour les officiers. »
« J'imagine qu'on va voter là-dessus. » (Réplique laissée sans attribution exprès).
« Okay, mes p'tits crisses, c'est là que ça se passe. Si vous restez, prenez la main de vos partenaires - - - prenez-vous la main. Est-ce que toé, Rusty , tu prends Tanner pis Cody pour être tes partenaires légitimes? »
« Oui, je le veux. »
« Est-ce que toé, Tanner, tu prends Rusty pis Cody pour être tes partenaires légitimes? »
« Oui, je le veux. »
« Est-ce que toé, Cody, tu prends Tanner pis Rusty pour être tes partenaires légitimes? »
« Oui, je le veux. »
« J'te l'avais dit. Astheure, Tanner, appelle Deno. Y s'attend à une invitation à dîner pour rencontrer tout le monde pis faire les amendements pis toute. Amène-le dans une belle place. Stock and Barrel. Tiens, ma carte. »
« Le Cody, y va être du trouble. »
« Y est smatte. Genre vraiment smatte. J'essaye de le devancer, mais y a ses bottes de danse dans les pieds, pis j'arrive pas à y pogner la main pour toutes les pas pis les tours. »
« Faut pas le laisser mener. »
« Essaye donc de l'arrêter, toé. »
« Tu t'en sors pas pire. J'étais sûr qu'y sacrait son camp, pis tout d'un coup tu l'as qui tient la main à des gars dans la bouette. »
« Épiphanie. »
« Plus comme t'es pas diagnostiqué, mais y a de quoi qui tourne pas rond. »
« Man, t'as pogné ça direct, Bill. »
« Oh, allô Stef. Comment t'es rentrée? »
« Mon balai m'a montée, pis là j'vous trouve, vous deux, assis sur votre cul dans le shed, toute mon équipe s'est pas présentée. Le quarante-deuxième anniversaire, c'était ça le but. »
« C'est dans quatre mois, chérie. »
« T'es supposé être au magasin de tuyaux de ponceau avec les gars. »
« Changement de plan. »
« C'est ça la saveur, les changements de plan. »
« Fait que t'arrêtes en passant pour aller magasiner avec la famille, deuxième jour de congé, trois à faire, pis mon éthique de travail pour bâtir ta maison, c'est le sujet que t'ouvres avec? »
« Correct, travailler – à partir de ton cul. »
« Planifier. »
« Où y sont, les gars? »
« Y s'en vont chez Deno pour faire amender la compagnie. »
« Essayons ça en français; t'es parti de la maison y a trois heures. Le plan, c'était finir le solaire, les tuyaux de ponceau, pis du team building, transition vers la réparation du barrage. Imagine ma surprise quand j'te trouve à place assis les jambes croisées sur une table, pis Bill dans une chaise de parterre – pis pas de raton laveur sur l'onduleur comme t'avais promis. »
« On a fini le solaire, pis… »
« Commence par le changement de plan. Ça m'a l'air d'être le gros titre icitte. Deno. Go. »
« T'aurais dû voir ça, Stef. Lui y est assis sur la marche du haut du shed. Moé chu icitte dans le shed, par-dessus son épaule. Les gars, les trois, en ligne dans la cour. Michael dit, prenez-vous la main, pis comme s'y étaient hypnotisés, y le font. »
« Comme un cercle, en tenant la main à Michael? »
« Non, comme des enfants au bureau du directeur. Y vient de passer trente minutes à les remettre à leur place, y leur donne la vision, Cody qui pousse contre comme s'y avait dealé avec Michael toute sa vie, Michael qui parle à sa propre personnalité en bottes pleines de bouette. C'est une fusion de cerveaux. »
« Se tenir la main, Bill. »
« Écoute pas ce gars-là, chérie. Tu sais qu'y a sorti le chaudron, pis là t'arrives, l'image du balai, pis là y a pas sorti la louche à soupe, y a sorti la rame de chaloupe, pis y brasse. »
« Mais c'est toé qui te fais brasser, pis j'aime ça épicé. Envoye, Bill. »
« Fait que là, t'as trois hommes faites, des gars de campagne, des gars de construction, sûr, fait qu'une joke a un peu de piste sur la confiance, mais y se tiennent la main, pis tu peux le voir – y sentent chaque corne. La patte en sueur à Rusty, Tanner avec son dans-quoi-calvaire-chu-allé-me-mettre, les gosses de holler à Cody. C'est malade. Tu pouvais toute voir. »
« Okay, là tu déborde. Michael, de quoi y parle? »
« Y s'en sort ben. Fais attention à ce que tu demandes, tu pourrais l'avoir. Vas-y, Bill. »
« Fait que Michael les tient, pis y le sait. Y les a qui se tiennent la main, mais tu vois le lien qui flanche, pis le gars, y fait, Est-ce que toé Rusty tu prends Cody pis Tanner… »
« Non, arrête! Arrête drette là. Tu veux me dire qu'y a eu un mariage, pis que j'étais pas invitée? Attends, dis-moé que Cody a dit, Oui, je le veux. »
« Oh, chérie, y l'a dit. »
« Pis là y s'en vont chez Deno pour rendre ça officiel? »
« Yup. »
« Pis toute ça, pis chu pas sur la liste d'invités? »
« Stef, c'était une épiphanie emballée dans de la sérendipité emballée dans une opportunité… »
« Ouais, la zone, je sais. »
« Mais j'entendais la caméra cliquer on pis off au-dessus de ma tête tout le long, fait que c'est sur le Ring, garanti. Regarde. »
« Non, pas ton téléphone. J'veux ma propre copie de ça. Personne va me croire quand j'vas conter c't'histoire-là. J'ai besoin de la version Reelz. Comment ça s'appelle, l'app, Bill? »
« App Store, cherche Ring. Pendant ce temps-là, qu'est-ce qui se passe icitte? T'as dit cinq caméras. »
« Ouais, Envoye. J'en veux une là-bas proche de l'étang pis une icitte proche du pont. »
« Bougez pus, arrêtez drette là, vous deux. Revenez icitte. »
« J'la connais, c'te voix-là, Bill. Qu'est-ce qu'on a faite? »
« Tu vas voir. »
« Michael, j'vois ce qui s'est passé icitte… »
« De quoi tu parles? »
« Bill, j'vois ce qui s'est passé icitte. Michael, dans toute sa sagesse pis son charme, s'est assuré de faire remarquer que j'aime pas le nom Cat's Ass Holler, mais y le fait en montrant qu'y a un contrôle qu'y s'imagine juste qu'y a; y l'appelle Cat's Ass Holler devant moé, pis tu vois que ça m'irrite. Pis d'une manière ou d'une autre tu penses que t'arrives préchargé avec la grâce que j'y donne à lui en étant son amie, pis tu te dis que tu vas avoir un peu de fun, style Michael… »
« Qu'est-ce que t'as faite, Bill? »
« P'tite Morgane la fée icitte, y a appelé le wifi Cat's Ass Holler. »
« Oh, shit Bill, a l'est bonne celle-là. Astheure enlève ça de là. T'es un enfant. »
« Vous êtes deux enfants. »
« Chu un adulte. »
« Techniquement, comme c'te chaise de parterre-là c'est un meuble, mais c'est pas stable. »
« Fait que, t'as installé l'app, ou t'as besoin que Bill le fasse pour toé? »
« Ça prend les deux téléphones. Faut que t'envoyes une invitation à partir de celui à Michael… »
« Tiens, fais-le, toé. Michael donne-y le tien, pis j'vas le surveiller comme un hibou. »
« Cligne pas des yeux, ce gars-là a des jokes. »
« Allô les jeunes. Comment ça s'est passé, Rusty? »
« Les frites au canard, c'est malade! »
« Euh, mortel, ça serait plus le mot. Y a pas arrêté de péter depuis qu'on est sortis du restaurant. »
« J'ai été obligé de retenir pendant toute la paperasse. J'en ai laissé échapper un p'tit quand y m'a demandé mon permis. »
« Gahhllee, j'le savais-tu. T'aurais dû voir le pauvre Deno, pas habitué à ça, pis y dit, chu content d'avoir pas pris les crevettes, la waitress passe juste au moment où la puanteur frappe. »
« J'pensais pas que ça puerait. »
« Donne à un gars la job de Président, pis y s'imagine que sa marde pue pas. »
« Ayoye. »
« Qu'est-ce que t'as eu, toé, Tanner? »
« Trésorier. »
« Imagine-toé, Cody Norman, Vice-Président. »
« Fait que vous êtes toutes fourrés astheure. Vous êtes pognés ensemble avec la douleur d'une séparation commanditée par l'État qui pend au-dessus de vos têtes. Si vous pensez qu'un divorce c'est un mal de cul, attendez d'essayer de dissoudre c'te patente-là. »
« On se tient pus la main, bossman. »
« Non, ce gars-là s'est gratté les gosses toute la journée, pis chu pas sûr que j'aie pas besoin de shots après à matin. »
« C'est ça qu'on a sauté, les shots. Pourquoi j'y ai pas pensé quand on était au dîner. Le bar était drette là. »
« T'y as probablement pensé, mais mon plan marche. Un gars a des responsabilités, un gars vieillit pis réalise qu'y peut pas opérer c'te pépine-là après de la boisson au dîner. »
« Qu'est-ce que j'fais sur la pépine? »
« T'es assis sur les chenilles pour la fin du discours. »
« Fait que, euh, pus de problèmes de maths. »
« Pas de promesses. La principale affaire que j'veux que vous compreniez, c'est que faut que vous travailliez anyway dans la vie. Pis vous pouvez soit vous trouver une job pis payer les comptes, pis si vous avez une meilleure job, avoir des plus gros comptes pis surfer la vague pour toujours et à jamais, amen, ou ben vous pouvez vous bâtir une job. Pis c'est ça le calcul qu'a eu devant lui chaque gars qui a jamais eu son nom sur une business. Grosse, petite, ça change rien. Ça a commencé avec un gars qui voulait faire sa propre job. Pis ce choix-là a toujours frappé le même mur. D'où vient ma paye? Pis vous autres, les gars, vous partez avec celle-là réglée. Votre paye pour la prochaine année au moins vient d'icitte. »
« Ouais, c'est ça. »
« Vous êtes pas mes employés, vous êtes la compagnie que j'engage pour faire c'te job-là, pis j'vas accrocher votre paye aux vingt piasses convenues par heure-homme plus toutes les dépenses de base d'une business, assurance accidents de travail, téléphone, frais de banque pour gérer la paye pis les taxes, toute ça. Vous vous payez ce que vous voulez, mais j'vous suggère fortement de vous payer moins. »
« Wo, bossman, j'ai signé à vingt, pis j'prends pas moins. »
« Chu pas ton bossman, c'est toé. J'te donne juste des conseils. Votre compagnie va vivre dans un incubateur pendant au moins un an, pis à la fin vous allez avoir eu des expériences que vous auriez jamais pu espérer avoir. Vous allez bâtir avec un gros budget, pis vous allez vivre des affaires que juste être propriétaire d'une business peut montrer. Pis vous allez faire toute ça sans l'apprendre au bout du canon du désespoir que ben des gars avant vous ont eu en pleine face comme cible de peloton d'exécution. »
« Fait que, euh, on pourra parler de ça plus tard. »
« C'est ça l'idée. J'ai juste une règle. Pis j'niaise pas non plus. Pis j'ai oublié plus sur comment faire pis backer pis payer pour mes menaces que vous autres toutes ensemble en savez à date dans la vie. J'vas payer n'importe quoi pour backer ces mots-là, fait qu'écoutez-moé ben. Y a une affaire que vous savez pas encore, mais que vous allez découvrir assez vite. La paye que vous vous devez, c'est pas la seule somme que vous avez accès. N'importe lequel de vous autres, n'importe quand, peut rentrer dans c'te banque-là pis vider chaque compte avec rien de plus qu'un sourire pis un NIP, mais j'vous promets avec toute l'intention méchante que j'ai jamais ramassée dans ma vie que vous allez payer jusqu'au jour de votre mort si vous le faites. J'vous ai mis sur le cou des uns des autres, pis ça fait de moé le responsable – pas responsable de l'argent, mais responsable de la vie que le maudit fou d'escroc a blessée avec son vol. Non seulement vous allez aller en prison pour détournement, mais moé j'vas… Écoutez, faites-le pas. Jouez pas avec moé là-dessus. J'ai jamais rien dit d'aussi sérieux. Peu importe ce que vous vous faites entre vous autres, c'est de ma faute. Pis j'vas dédommager la victime avec votre cul. »
« Tu dis les menaces gros. »
« Je sais, Cody. Faut que tu sauves la face, mais assurons-nous que tu m'entendes. T'as pas besoin de voler ces gars-là. Personne de vous autres. Vous êtes partenaires astheure. Si vous économisez pis vous préparez pis vous vous apprêtez pour la vie en équipe, y aura pas de besoin, pis même si le besoin arrive, pis que la compagnie est pas prête à supporter la charge, j'gage que les membres de l'équipe vont l'être. Pis encore plus, si ça arrive plus vite que même ce groupe de soutien-là peut fournir, j'vas embarquer pis aider. C'est moé qui vous ai mis là. J'vas vous aider à vous aider entre vous autres. C'est à ça que ça sert, les amis. »
(trente pieds de bouette de moins entre le truck pis la tâche)
« Allô Amz, quoi de neuf? »
« L'annonce est en ligne depuis dix jours, pis pas un appel encore. J'pense qu'on va devoir baisser le prix un p'tit peu. »
« J'baisse pas mon prix, ma belle. »
« Dix jours, pis j'ai même pas eu un appel encore. »
« Okay, regarde. Ta logique est solide, à peu près. L'élan de la nouvelle annonce est retombé, pis tu baisses le prix, ça envoye le courriel automatique, pis tous les agents d'immeuble y jettent un œil neuf. Le problème, c'est que j'baisse pas mes culottes un poil de craque à la fois – surtout pas avec tous les agents qui jouent la même vieille game usée. J'monte mon prix, pis j'ai le même courriel automatique, sauf que c'te fois-là le titre c'est hausse de prix, pis tous les requins, qui ont ce genre de client-là sur le bout de la langue, qui auraient ignoré la première baisse de prix, y sont curieux, faut qu'y voient ce que j'ai ajouté pour justifier la bosse. Même courriel, pis ça fait de quoi pour vrai. »
« T'es-tu fou? »
« Stef m'a-tu stoolé? »
« Non. Monter le prix, c'était l'indice. »
« Yep, monte-le de cinq pour cent. »
« Michael, j'monte pas le prix pour faire peur à tous les acheteurs. »
« Quels acheteurs? Tu viens de dire que t'as pas eu le premier appel - dix jours. »
« Tu montes le prix pis le téléphone va se mettre à sonner avec mon courtier pis mes amis, inquiets pour ma nouvelle annonce. »
« Ton courtier, c'est pas mon problème. La rareté, pis la sainte peur de manquer quelque chose, bébé. Pis la semaine prochaine, quand tu vas m'appeler pour que j'baisse mes culottes encore, le prix monte d'un autre cinq pour cent. »
« J'fais pas ça. »
« En fait, oui tu le fais. C'est ma maison, pis j'justifie le saut aussi. J'viens de commander quatre-vingt-dix-huit fenêtres neuves pour toute la maison. Y viennent avec le deal. »
« Ça. J'. Tu peux pas me tordre le bras de même. »
« Fais pas ta moumoune. Ça a toujours été une annonce d'intro. On l'a mise là pour prendre le pouls de la salle. »
« Ouais, la salle de l'immobilier, pas la salle commune à l'asile de fous. »
« Ayoye. Mais attends, y en a plus. J'ai monté un p'tit script pour le pitch. J'viens de t'envoyer un courriel, On veut un financement par le propriétaire. »
« Câlisse! »
« Écoute-moé. Là on est dans un club complètement nouveau. Pis on justifie le prix parce que c'est nous autres qui tient le papier, pis en plus de ça j'pogne des points sur le back. »
« Pas de chance que Stef embarque là-dedans. »
« Tu veux gager? Toute notre vie, c'est de l'argent patient. »
« Salut, moé c'est Michael. »
« Roy. »
« On a fermé le chauffage pour toé pour que tu sues pas ton cul à monter pis descendre ces côtes-là avec le récepteur GPS. »
« T'as-tu oublié que tu l'avais fermé? T'as gelé l'étang. »
« Ça fait ben des côtes, pis j'veux pas un arpentage paresseux. »
« Tu veux pas non plus que les gars restent gelés après la Total Station. »
« C'est correct --- Tanner, oublie la serrure de porte pour astheure pis tire ces nuages-là en bas pis laisse rentrer le soleil. »
« Beau shed. Où c'est que t'as trouvé ces gars-là? »
« C'est eux autres qui m'ont trouvé. J'ai mis un peu de bait sur Facebook, pis y sont rentrés direct dans le piège. »
« Oh, c'est pas une compagnie de sheds? »
« Non, mais ça en a ben l'air, hein? Juste deux-trois jeunes smattes. »
« T'as faite ben de l'ouvrage icitte. J'ai regardé c'te place-là y a deux ans quand le terrain en bas de la côte a été mis en vente. Chu monté pis j'ai vu l'étang, pis j'voulais les deux, mais j'trouvais pas à qui ça appartenait. »
« Un arpenteur qui trouve pas un propriétaire. Prometteur. »
« Cute, j'ai trouvé le propriétaire, mais j'ai pas réussi à l'avoir au téléphone, pis après ça une madame a acheté le morceau en bas de la côte avant que j'aie pu rejoindre le propriétaire d'icitte. »
« Moé j'ai le problème inverse. J'arrive pas à avoir le propriétaire de la servitude au téléphone. Chu proche de la madame qui possède celui-citte. »
« J'achèterais jamais un morceau avec une servitude de même. J'voulais celui-citte pis le morceau de la servitude. »
« J'essaye d'avoir les six acres, mais j'imagine que la madame est morte. C'est le fils qui l'a astheure. On l'a trouvé au palais de justice, mais le numéro de téléphone est pus bon. »
« Ben, t'as faite ben de l'ouvrage icitte, j'vas te dire ça. »
« Tu me l'as dit. »
À Tanner, « Y est tout le temps de même? »
« Y est différent. »
« Quand chu monté icitte dans le temps, j'ai été obligé de marcher. Toé t'as une entrée de faite. Mon café a renversé un peu, mais chu là. »
« Travail d'amour. »
« J'vois ça. Des racks en deux par quatre pour les panneaux solaires; c'est un move audacieux. »
« Preuve de concept. »
« Faire la preuve? »
« Yup. »
« Fait que quatre panneaux solaires, seize cents watts, ça fait décoller toute la place? »
« C'est l'espoir. Tester le soleil, planter le Unistrut, pis on est une équipe moderne. »
« L'onduleur dans le shed? »
« Yup, les batteries aussi. »
« Ben voyons donc! C'est-tu un pont en voo-swarz que tu bâtis en arrière? »
« Ouais. »
« Y est quasiment fini. Quand c'est que t'enlèves le coffrage? »
« Y est barré. Les débris aujourd'hui, les bordures, la gravelle. Y va être fini c'te semaine. Ça a pris un mois. »
« Y est différent, ça c'est sûr. Y achète une terre oubliée depuis longtemps, pis la première affaire qu'y fait, y creuse dans la terre gelée, y gruge une douzaine de roches de deux cents livres, y les place pis y bâtit une arche de dix mille ans qui commence un million d'années dans l'histoire du holler. »
« J'essaye de m'intégrer. »
« Fait que qu'est-ce qu'on fait icitte? »
« Ben, faut que j'aie un arpentage complet pour moé avec les limites piquetées à chaque cent pieds, pis j'ai besoin de permis de fosse septique, fait que j'ai besoin aussi d'un plan d'implantation pour les champs d'épuration. »
« Au pluriel? »
« Oui. J'bâtis un atelier là-bas, pis j'ai besoin d'une salle de bain dedans. »
« Fait que le pont, c'est pour se rendre à la salle de bain? »
« Le pont, c'est – juste en premier. On a même pas encore de plans de maison, mais tant qu'à être là, on peut faire le plan d'implantation pour la septique de la maison aussi. »
« K, fait qu'un arpentage marqué pis deux plans d'implantation. »
« Pis j'vas te payer un p'tit extra pour que tu puisses t'acheter les gyrophares pis les sirènes pour le truck si tu fais de ma mauvaise planification ton urgence sur la partie des plans d'implantation. »
« Tu parles de combien de temps? »
« J'ai besoin des plans d'implantation la semaine passée, évidemment. J'peux pas avoir les permis de septique sans ça »
« J'ai vu les bornes de la servitude en montant, pis y étaient pas là quand je magasinais, fait que ça va aider. Les marques évidentes sur les arbres me placent aussi. »
« Pis voici le dernier arpentage que j'ai. Le gars qui avait le terrain au nord, c'était un arpenteur, Rusk. »
« Y a pas faite la servitude, par exemple. Les servitudes sont enregistrées au Registrar of Deeds. J'ai regardé dans le truck; a l'a été enregistrée l'année passée. »
« T'as-tu vu le titre? »
« Yup, ça vient juste de changer de mains c't'année. Boyd, comme la bataille. »
« C'est ça que j'ai. Le terrain est vacant, le téléphone tombe sur la boîte vocale… »
« Les appels spam. Personne répond pus. J't'ai envoyé sur la boîte vocale quand c'est sorti Athens. J'fais pas McMinn County. »
« Quand chu déménagé au Tennessee en 2006 pour le collège, chu déménagé à Athens. »
« T'as l'air un peu vieux pour la vie de fraternité. »
« Ha! Ouais. Bucket list, avoir un diplôme. Check. »
« Pis astheure Seymour. Qu'est-ce que tu faisais comme grand? »
« Développement commercial. »
« Ben c'est ça. Personne qui appelle pour un arpentage a déjà un arpentage dans les mains quand t'arrives. »
« Risque du métier. Trop d'information, dix pour cent vrai. »
« C'est ça ma job. Démêler la vérité. On commence. »
« J'vas te donner le numéro à Tanner au cas où t'aurais besoin de quelque chose. J'ai une affaire aux poumons, j'peux pas monter ces côtes-là à vitesse de jeune. »
(Sûr, une Tour c'est bon, mais faut aimer un Cavalier.)
« J'ai-tu pas dit qu'y ont la semelle slick pis toute? »
« T'es tellement plein de marde! »
« Ben, c'pas ça. J'dis semelle slick, sûr, mais tout l'monde sait que slick ça veut pas dire lisse. »
« Ha, t'as dit lisse aussi, pap. »
« Regarde, j'reste pas planté là à t'laisser m'accuser que j'invente une pelote de laine au complet sans avoir de coton pour la filer. »
« Filer quoi?? Tu veux dire coton? La laine, c'est faite en laine, Deddy. »
« Pis j'ai pas dit que ces souliers-là faisaient pas de trace non plus. J'dis qu'y font une trace comme juste un soulier de bureau fait. »
« Non, t'as dit slick. T'as dit lisse. Tu l'as dit, Deddy. Tu l'as dit clair comme c'te gravelle qui craque en d'sous du pied, clair comme c't'ombre-là c'est le soleil pis l'arbre en même temps, clair comme le hou-hou, wou, hou qui appelle des renforts sur le rat qu'y doit avoir pogné là-haut dans le champ. T'appelles le mensonge en renfort du mensonge. »
« Mon gars, t'as l'esprit étroit. »
« Étroit? T'es-tu sérieux? C'est qui qu'a vu le chemin qui nous rentre dans l'holler? C'est qui qu'a vu le chemin pour sauver le trou? C'est qui qui voit c'qui s'en vient pis qui planifie d'avance? »
« Ouais, c'est ça. » Planifier d'avance, qu'y dit. Lui qui dit ça, y a jamais planifié une maudite affaire de toute sa sainte vie. Y tombe à r'culons dans toute c'qu'y a, pis y vient m'voir, un plan sur la table pour nous pogner une pile de cash, s'débarrasser de c'Yankee-là, pis r'avoir l'holler d'un coup sec. « Comment ça s'fait que c'est toé qui vois ça? Comment ça s'fait que c'est toé qui planifies toute ça? »
« C'est qui qu'a eu la job, Deddy? Hein, ça? »
« C'est lui. C'est Cody. »
« Y t'a regardé poser la caméra. Personne est aussi niaiseux. »
« Surtout pas ce gars-là. »
« C'est-tu le gars des batteries de la trail cam? »
« Yup. Le père, j'pense. »
« Ouais, y arrête pas de l'appeler Deddy. »
« Oh, j'pensais que c'était un nom de même. »
« Deddy. C'est daddy. Comme dans Smokey and the Bandit. »
« Oh shit, j'pensais qu'y disait Daddy toutes ces années-là. »
« J'essaye d'te l'dire, mon gars. T'as pas l'oreille pour ça. »
« Ah Christ. Ça m'a suivie jusqu'à maison. »
« Ça a toujours été icitte, bébé. Née pis élevée dans ces montagnes-là. »
« Ayoye. »
« Pourquoi tu dis ça tout d'un coup, toé? »
« Tourne à gauche icitte. On est à dix-huit minutes. Y pourraient peut-être sortir le skid de là pis le ramener chez eux pis le cacher en d'sous des vidanges avant qu'on arrive, mais y sont pas venus les deux juste pour une machine. »
« On pourrait arrêter dîner pis y pourraient pas ramener c'te pépine-là chez eux avant nous autres. »
« C'est ça qui fait pas de sens. J'te le dis, ce gars-là est vif d'une certaine manière. Y pourrait runner Colgate s'y haïssait pas autant le produit. »
« Tu vois? Deddy? On a arrangé l'évacuateur. Pis r'garde-moé ces traces de souliers lisses-là qu'ont les p'tits ronds d'dans, que t'as pas mentionnés quand tu savais tant d'affaires. Tu peux voir qu'y est partout. »
Pis toé aussi, r'garde-moé ces bottes de flag-là. T'es partout icitte, sauf que t'as d'autres bottes, hein? J'te vois, mon gars, t'as des bottes de travail, mais tu peux pas t'cacher de moé. J'l'ai reconnue c'te démarche-là dès que j'l'ai vue. C'est la démarche à Cody. Pis j'le savais aussi quand y est rentré à maison, les poches pleines de cash. Y a pas un homme qui paye le jour un pour que tu r'viennes le jour deux, pis lui dans ses bottes de flag. Y sont trop propres pour passer la journée dans d'la terre fraîche coupée. Moé qui pensais que l'jeune mentait sur le fait qu'y travaillait pantoute, pis le v'là, qui travaille en bottes de travail avec des semelles neuves. Où c'est que t'as pogné ces bottes-là, mon gars? Pis pourquoi tu les caches?
« Deddy? »
« Quoi. Mon gars? »
« J'disais que t'as tort, pis t'as l'air de planifier m'garrocher dans l'étang. »
« C'est d'même que tu fais. Tu prends une affaire pis tu la changes en une autre affaire, pis t'as tort dans la première, croche dans la suivante. Te v'là, à traiter ton Pappy comme si j'inventais des signes… »
« Deddy, tu l'fais. Tu devrais v'nir avec un d'ces avertissements-là, chaque mot pis chaque idée qui sort d'ta bouche devrait commencer par Il était une fois. »
« C'est la caméra de l'étang. »
« J'peux pas regarder ça. Chu en train de conduire. »
« Non, chérie, t'es en train de faire du hors-route. Pis si tu t'approches d'un pouce de plus du gars en avant, j'vas signer son bumper avec un Sharpie. »
« T'es ben mal placé pour parler, Michael. J'ai conduit parce qu'hier soir j'ai fait un mauvais rêve avec tous les noms de boîtes aux lettres en forme de pierres tombales qui passaient à des millimètres de ma face. »
« Une police, a fait son check de statut radio, a lit l'écran du MDT, a crie dans le haut-parleur au trafic, la sirène à fond, pis pendant tout ce temps-là a regarde une reel de Golden Doodle, pis a peut pas regarder une caméra Ring qui a deux rats de holler sur notre barrage en train de regarder le tuyau d'évacuation. »
« Pis ça montre c'que tu connais, ces hiboux-là sonnent pas la cloche du souper, y marquent leur territoire, y avertissent un autre hibou, c'est mes rats à moé. Y partage pas »
« Il était une fois, Deddy. T'as oublié Il était une fois. »
C'jeune-là a pas de racines. Tout l'monde sait que l'appel d'annonce à quatre hou pis l'appel d'accouplement à quatre hou, c'est différent.
« Deddy, boude pas astheure, Pis après, tu parles pas Hibou. »
« Cody, t'es mieux d'faire attention en tirant c'tuyau de drain-là comme tu dis »
« Chu l'seul qui peut, Deddy. Tanner connaît pas c'te machine-là. Y la conduit d'une place à l'autre pis y met du gaz dedans, mais c'pas un opérateur. »
« T'es mieux d'faire attention, c'est toute c'que j'dis. Tirer c'tuyau-là, c'est comme laisser partir tout l'barrage. L'homme le sait-tu, ça? »
« C'est ma job, Deddy. C'est moé qui doit connaître le danger dans la terre. Viens on va r'garder c'pont-là. »
« J'veux voir les machines. »
« Deddy, par icitte. »
Y voit que j'm'en vas par là, pis y monte plus creux dans l'holler, pis y est mieux d'me rattraper, sinon j'pogne c'te machine-là pis j'décrisse.
« Deddy. »
Peut-être que j'vas pogner un d'ces billots de peuplier en sortant, garder Layla au chaud avec du bois qui brûle propre. Maudit jeune qui vend tout mon bois de poêle, faut que j'aille payer pour du propane. C'est pas donné non plus.
« Deddy. »
Tout c'qui y restait de c'te pile de cash qu'y a ramenée, un vingt dans l'paquet, pis faut que j'achète du propane avec, pis c'est sûr qu'y va remarquer que j'l'ai pogné aussi. Mais c'bébé-là a besoin de chaleur, pis c'bon à rien-là achète pas de propane, y vend une corde complète de mon bois de poêle pis y achète pas de propane pour l'bébé.
« Deddy, tu t'en vas d'travers comme si t'avais l'Alzheimer. L'pont, c'est par là. »
« Le gars se parle-tu tout seul? »
« Ça en a l'air. »
« Qu'est-ce qu'y dit? »
« Y pense que je lis dans les pensées – j'peux pas bâtir une maison, mais j'peux lire dans les pensées. »
« Le volume, niaiseux. Pèse sur le haut-parleur sur l'écran pis écoute. »
« J'vois pas l'écran, mais le bouton fantôme dans l'image, a le spotte comme Smith and Gomez. »
« Pèse sur le bouton. »
« C'est pesé. Regarde la route. »
« Pourquoi y a pas de son? »
« Y parle pus. Six minutes. Tourne à droite icitte. »
« Cody, tu t'es-tu déjà d'mandé pourquoi toute ta vie en piasses pis en cennes arrive même pas à c'que valent ces deux machines-là icitte? »
« Qu'est-ce qu'y dit? »
« C'est dur de voir un homme payer tout c't'argent-là pour une machine pis payer un homme une fraction de ça. »
« Qu'est-ce que ça veut dire? »
« Payer plus la machine neuve. Même homme neuf, y payent moins. »
« Ça enregistre juste trente secondes à peu près. »
« L'vieux Teague, y a un bulldozer en avant. J'le vois tous les jours. J'le connais c'bulldozer-là. Blalock a payé deux millions de piasses pour c'te machine-là l'jour qu'y m'a mis dans la cabine pour gagner dix piasses de l'heure à brasser d'la terre pour faire de lui un millionnaire aujourd'hui. Me v'là. Le v'là c'bulldozer-là. Icitte, trente ans plus tard, tous mes revenus mis ensemble, j'ai toujours pas gagné c'que c'bulldozer-là a gagné l'jour un d'un coup. »
« Deddy, c'bulldozer-là a pas juste poppé dans la cour au vieux Blalock c'te journée-là à deux millions. Y a ramassé c'te valeur-là tout l'long du chemin. Un homme achète une terre. Un homme creuse du minerai. Un homme dessine une machine. Un homme achète l'dessin. Y a ben d'autres pièces Dans c'bulldozer-là aussi. J'ai sorti l'filage y a des années. Pis y a des hoses pis du fluide pis… »
« J'le sais, Cody. Mais des étapes, ça fait un homme aussi. Des processus. Des systèmes. C'te machine-là existe pas s'y a pas d'homme dedans. Pis qu'est-ce que ça fait toute la valeur d'un homme si on donne une valeur à l'homme qui fait la machine assez haute que la patente gagne d'la valeur, l'homme fait pas pareil, gagne pas d'valeur en chemin? »
« Ben, Deddy, toé t'es encore là, c'bulldozer-là l'est pus. »
« L'bulldozer est drette là dans la cour. »
« Mais c'est pus un bulldozer, ça. Pis toé t'es encore un homme. »
« C'est quoi le plan? J'rentre drette dedans, ou j'installe un LP/OP? »
« J'veux dire, j'ai le contexte. J'vois même les - ralentis, c'est drette icitte - j'vois même les lettres, poste d'écoute. Mais on prend pas la place d'assaut. »
« Du monde vole tes affaires, pis tu veux négocier. »
« Pas négocier, comploter, planifier. Réagir intelligemment. »
« Michael, y savent que les caméras sont là. La seule raison qu'on est là avant qu'y partent, c'est parce qu'on était déjà en chemin quand y sont arrivés. »
« De la chance niaiseuse. Ça obvie pas à un vrai plan. »
« Obvie? Qu'est-ce que. »
« LP/OP icitte va me casser les gosses pour obvie. Fait que, y entendent déjà les pneus sur la gravelle à c't'heure-citte. »
« Comment tu sais ça? »
« Chu icitte toute la journée tous les jours. Les trucks arrivent, les trucks repartent. J'les entends sur la gravelle ben avant qu'y arrivent. »
« Fait que qu'est-ce que je fais. »
« Y savent qu'on est là. »
« On monte, on matche l'énergie pis on voit où ça s'en va. »
« Y envoye-tu la main? T'es-tu sérieux, là? »
« Salut, »
« Salut. »
« Quoi de neuf, Cody? On est samedi. T'es pas un charpentier – surtout pas les samedis. »
« On. J'. Meghan travaille pas avant quatre heures. »
« Fait que t'as ramassé ton chum, pis t'es venu voler mes cochonneries en attendant? »
« Là, tu vas m'écouter, chu pas un câlisse de voleur! »
« Mollo, Crumb Bum. Pis j'commencerais pas avec ça non plus, Monsieur Norman. Les batteries de caméra disent le contraire. J'imagine que c'est ta chance de colorier les blancs. »
« Cody, chu monté icitte voir mon fils travailler. Chu pas monté icitte pour m'faire parler d'même par un Yankee qui saute aux conclusions comme un cheval d'échecs. »
« J'arrive straight – un peu plus comme une Tour. »
« Attention, Deddy, y est différent. »
« Y est différent, c'est ben sûr. Écoute-moé ben… »
« Regardez, Monsieur Norman. On est partis du mauvais pied. On est pognés sur le pied qui s'est mal placé quand y a marché sur ma place en reluquant les affaires, tout ce temps-là juste inquiet que c't'holler-là soit perdu pour lui. J'vous ai vu là, à l'étang. Vous avez vu la caméra sur l'arbre, en pleine vue, mais vous avez manqué la caméra dans le gazon. J'vous ai vu, pis j'ai gardé ça dans ma poche. J'vous ai regardé là, pis j'ai vu votre ennui. Pis si on veut recommencer, ça va me faire plaisir de vous rejoindre pour une jasette de gentleman à propos de votre gars icitte pis de tout le temps que vous avez peur de perdre dans c'te place incroyable-là. »
« Bullshit, Michael! Ce gars-là vole, pis c'est mon cul aussi. Pas question. Tu donnes une job à c'te trou de cul-là. Tu y donnes une chance. Tu risques pas juste ton cul, mais le mien aussi. Tu regardes son deddy monter icitte la nuit comme le prédateur que son casier dit qu'y est, pis… Tu connais son dossier aussi ben que moé. C'est un voleur, lui pis son gars, pis tu y laisses pas de lousse – j'aimerais mieux être morte. J'appelle… » Le téléphone de Stef a sonné juste à peine plus fort que la rage qui sonnait dans ses oreilles, « C'est Amy. J'l'ai envoyée sur la boîte vocale »
« Exactement comme j'avais dit, samedi. Y font toujours leur bullshit de visite à la dernière minute. Baissons ça d'un cran… »
« Non, pas de crans, Machiavel… »
« Machiavel, ayoye. »
« C'est quoi ça, ce ayoye-là..? »
« Évaluer, planifier, réagir. Tu te rappelles? Prendre le pouls de la salle. »
« Toé, tu restes drette là, le vieux, pis tu me trouves une raison pour que je fasse pas ce qu'on me dit pis que je la laisse pas te faire enfermer le cul. »
- Stef, écoute, va rappeler Amy pis on recommence? T'es pas obligée, mais j'pense que tu voudrais si t'avais une seconde pour y penser comme du monde. »
« Toé, Cody. C'est pas une p'tite visite tranquille avec Daddy, t'es en train de reluquer la place. Pis Stef pense peut-être à appeler ses amis pour inventer des accusations pour aller avec tes deux délits mineurs, le dernier plaidé à la baisse à partir d'une accusation criminelle, mais tu vas souhaiter que le système te broye si tu me fourres encore.
« Michael! As-tu dit à Amy de mettre la maison en vente avec financement par le propriétaire? »
« Oh, shit! »
(La colère commence toujours par la peur.)
(Un type proportionnel dans la masse)
« Frôle-les un peu avec le miroir. Fais-les tasser. »
« Ben voyons, ça arrête-tu jamais? »
« Quoi, arrêter? »
« Penses-tu des fois, dans ta tête, c'est assez? J'veux dire, jamais? Tu joues ta game, pis t'es chanceux, tu les as pognés. Mais faut que tu leur sacres un coup de pied en sortant pour qu'y reviennent casser les fenêtres. »
« Qu'est-ce que tu veux dire, les fenêtres? »
« T'es-tu malade? Tu pognes le gars sur ton terrain, pis c'est clair qu'y vole l'équipement, pis tu me laisses même pas appeler la police. »
« Te laisser? J'savais pas que j'avais ce genre de pouvoir-là. J'ai-tu une manette ou quelque chose? »
« Joue pas les angles avec moé, Michael. »
« Les angles? J'dis juste que j'savais pas que je pouvais pas te laisser faire des affaires. J'pensais… »
« J'vas arrêter le char sur le bord pis j'vas te battre avec n'importe quoi que j'trouve. J'vas te réduire en bouillie, en bouillie littérale, Michael. »
« Y a-tu un bouton de menu pour la bouillie? J'peux-tu commander de la bouillie sur demande? »
« Michael. »
« Tu peux pas arrêter au milieu du chemin, Stef. »
« T'es mieux de te trouver une place. Sur le siège d'en arrière. Embarque en arrière. »
« La manette marche-tu à partir de là? Où c'est qu'y est le bouton arrête-d'être-fâchée-pis-écoute? »
« T'as une chance. J'vas écouter, mais si tu pars de travers, pis que tu commences pas par c'est quoi le calvaire qu'on fait avec Amy, qui s'en vient à notre maison pour recommencer à garrocher nos cochonneries dans les armoires pis les garde-robes, j'vas… »
« A l'est mieux de pas toucher à mon sac d'outils… »
« J'vas – Tu le fais-tu? J'aime cet homme-là. J'aime cet homme-là. J'aime cet homme-là. J' … »
« Fait que, une affaire à la fois. Amy. T'as dit deux heures, mais quelle heure exactement? »
« 4:00 ou 4:15. »
« Oh, shit! Ça veut dire que les fenêtres d'en avant vont être en plein coucher de soleil pis que la saleté va avoir l'air… »
« Les fenêtres? T'as-tu arrêté tes pilules? »
« Les seules pilules que j'ai besoin, c'est une diète steady de marde à gérer pis un ruban à mesurer pour la grosseur du sac. Pis c'te manette-là. C'est pratique, c't'affaire-là. »
« On a besoin de lingettes humides Swiffer. »
« Sors au Publix, pis j'vas courir en dedans. »
« Prends des fleurs pour la table. Pis pour moé, parce que c'est ça que les trous de cul font quand y oublient qu'y sont pas la seule personne au monde avec des sentiments. »
« Swiffers, fleurs, batteries. »
« Batteries? »
« Ben oui, faut que j'garde un set de rechange. Si c't'affaire-là meurt, chu fini. »
« Ça arrête jamais. »
« Fait que, ce qui est arrivé, c'est que j'étais dans la zone. A m'a appelé exactement comme on avait dit qu'a le ferait, Dix jours pile, pis toé t'avais gagé en dessous sur celle-là. Avec Noël dans le mix, j'étais sûr qu'a étirerait. A appelle, pis chu dans la machine, le broyeur rugit, chu rendu à l'étape quinze d'un fantasme d'atelier, pis la v'là, dix jours, bla bla bla, pis moé je fais, t'es une moumoune… »
« Tu l'as traitée de moumoune? Genre, de biais? »
« Nenon. Pince-sans-rire, moumoune. »
« T'es pas correct. »
« C'est pas elle. C'est l'industrie. Y sont toutes psychos comme si la caméra était toujours allumée. Vivre par le réseau, mourir par le réseau. La maison avait besoin de flair, pas d'une baisse de prix. »
« Oh, a l'a du flair. Quand est-ce que t'allais parler des quatre-vingt-dix mille piasses de fenêtres pour sucrer le pot? »
« J'étais dans la zone. La zone, bébé. »
« La zone. »
« En plus, t'avais déjà dit oui à ça quand on a rencontré le gars de Marvin Window. »
« C'était avant que tu fasses trouver une terre à Patrick pis qu'après ça tu m'embarques à faire l'appel au gars parce qu'y a quatre-vingt-un ans, pis que toé t'as l'air d'une arnaque au téléphone. »
« Fait que tu le vois. On a acheté la terre. J'avais pas le choix de faire vendre c'te place-là. Pis même si on a un contrat, l'inspection va aller drette sur ces fenêtres-là, pis bang, j'ai la réponse. »
« Ça arrête jamais. »
« Fait que, tu vois ce qui est arrivé. J'suis arrivé là honnêtement. Hein? »
« Jamais. »
« J'vas aller chercher les fleurs. Deux bouquets »
« Allô, Amz. »
« Pis, comment ça a été? Ça a-tu marché? »
« Oh, ça a tué! Moé je fais, je fesse les freins au milieu du chemin, pis lui y chie une hache à viande. »
« Quoi? »
« Le trou de cul là-bas, j'ai c'te manette-là, pis le bouton sois-fine-avec-moé. J'sentais les circuits brûler, pis le mieux qu'y a pu faire, c'est, j'ai oublié. J'ai eu ces fleurs-là dans le deal. »
« C'est toé la moumoune. Pensais-tu que j'vérifierais pas avec Stef avant de vendre une hypothèque - dans un contrat? C'est un contrat, Monsieur Je-sais-tout. C'était une bonne idée, j'te donne ça; le téléphone a pas arrêté de sonner, mais pas question que j'écrive du financement par le propriétaire sans parler à Stef avant. »
« Oh, shit! »
« Oh shit, en effet. Pis bonne chance pour trouver ton sac d'outils, Sac-à-outils. »
« Bonne job, Amz. Ça, c'est pour toé. Le niaiseux pensait que je voulais des fleurs pour la table. Y s'excuse de t'avoir traitée de Moumoune. »
« Ayoye. »
« Y sont là. Agissez normal. »
« Qu'est-ce qu'y disent? »
« J'sais pas, Stef; c'te salle à manger-là a pas de son. Amz les amène vers l'avant, par exemple. A leur montre où la porte va aller pour la chambre des maîtres au rez-de-chaussée. »
« Juste toé. Sérieux. Juste toé tu mets en vente une maison qui a un chantier de construction au complet pis tu enlèves les moulures des fenêtres de la cuisine au milieu d'une visite pour que ça ait l'air en cours. »
« Stef, j'ai acheté quatre-vingt-dix-huit fenêtres. Comment d'autre j'en parle naturel? Y sont dans le deal. »
« Qu'est-ce que ça a à voir avec les moulures? »
« Okay, écoutez ben. J'l'ai expliqué quand vous étiez occupées à vous péter les bretelles. »
« J'pensais que tu faisais une crise de vandalisme, à arracher les moulures de fenêtres juste parce que deux filles t'ont planté. »
« Y avait ça aussi, mais ça, c'était un vrai placebo qui runne l'asile. J'enlève les moulures. J'parle des fenêtres. J'montre que chu dessus comme un gars avec un plan. On pose les fenêtres, le prix monte. FOMO, bébé. »
« Les v'là. »
« Okay, sortez. Soyez fins. »
« Salut, la gang. »
« C'te place-là est malade, man. »
« Merci, C'est un travail d'amour. »
« J'ai adoré le H man, mais c'était-tu un contour à la craie? »
« A pratiquait au cas où j'commencerais pis je finirais pas c'te chambre-là c't'année. »
« J'peux-tu emprunter ta craie? Ce gars-là a une douzaine de jobs commencées chez nous aussi. Moé c'est Anna, Amy a dit que vous avez acheté une place à Seymour. C'est de là que tu viens, hein Stefanie, C'est Stefanie, hein? »
« Yup, Stef c'est correct. Astheure tout ce qu'on a à faire, c'est finir c'te place-là, pis j'ai la chance de vivre dans un chantier de construction tout neuf. »
« C'est toute l'idée. On l'a mise en vente en Hiver avec le prix bas pendant que je travaille, en pensant qu'on testerait le marché pour la saison du Printemps. Le maudit téléphone a pas arrêté de sonner, par exemple. Tous les jours Amy appelle pour une visite, pis faut que je serre tous mes outils pis que je cache les matériaux. »
« Tu le fais toé-même? »
« Non, j'ai une équipe de cinq gars, pis on raye la liste jour après jour. »
« Anna, faut que tu voies le she-shed qu'y a bâti pour Stef. J'en ai besoin d'un de même. »
« J'rentre dans la maison, Michael. Ça a été une longue journée, pis faut que je ramasse la poussière de gypse qu'y ont laissée partout dans la cuisine. Samedi. Y travaillent les samedis! »
« Stresse pas avec ça, bébé. J'vas m'en occuper. Ça fait ben des fenêtres, pis on a juste trois semaines pour se préparer. Pis on commence la chambre c'te semaine. Profitez du quai, mais allez voir l'atelier en descendant. C'est mon rêve le plus fou. »
« J'ai hâte de voir ça. »
(Les Swiffers, c'était les frais de cour).
« T'as vu ça, mon gars? Des peureux, esclaves de leur argent, toute la gang. Y nous pognent là. Y arrivent en tirant, mais la minute que tu t'tiens d'bout pour toé-même, les semelles slick partent à courir parce que son argent est en danger. »
« Deddy, j'devrais t'écouter plus que j'le fais. T'avais raison su'l Yankee. Toute c'qu'y fait, c'est croche, pis y m'a menacé plus qu'une fois, pis nous v'là nez à nez, pis y part en courant vers sa vieille qui l'appelle. »
« J'te l'avais dit, mon gars. C'est pour ça que j'm'en suis chargé moé-même de monter dans c't'holler-là l'premier jour. T'avais raison toé aussi, mon gars. Assez d'jugeote pour rentrer dans son équipe, astheure on l'tient. »
« Meilleur cadeau de Noël de toute, Deddy. Pas cinq cents piasses, mais c't'homme-là a besoin d'Rusty, pis Rusty dit qu'le ten-ninety-nine m'fait penser. Évasion fiscale, pis sa femme c't'une police des taxes. »
« Ça aurait été l'fun si l'scooter avait marché, par exemple. »
« Y partait collant mais correct dans l'garage au gars. »
« C'te manivelle-là veut pas bouger. Gelée ben dur. »
« C'est d'même qu'y ont pogné Pedro, c'ten-ninety-nine-là. »
« C'pas toute c'qu'y ont pogné su'Pedro. Y l'ont pogné pour du trafic pis des filles pis d'la drogue. »
« Ben ouais, Deddy, mais y ont commencé avec c'ten-ninety-nine-là. »
« C't'homme-là c'pas un ninety-nine par exemple. Fait que comment ça aide? »
« Ben, Deddy, l'ten-ninety-nine c't'un piège, mais l'piège c'pas l'formulaire, c'est la raison pourquoi l'formulaire a été choisi. »
« Y a choisi d'donner une compagnie pour éviter une taxe. C'est toute. Tu l'vois-tu, mon gars? Y fait pas comme toutes eux autres qui l'font normal, faire l'ignorant, payer l'amende, prochaine job. Y l'fait parce qu'y veut même pas remplir l'formulaire. Y vous fait remplir la paperasse à vous autres, les jeunes. »
« Pis astheure chu en d'dans. »
« Astheure tu pognes la marchandise, pis tu l'pognes comme du monde. Y va en prison, sa femme peut pas garder l'château pis a déménage, pis on r'pogne notre holler. Tu m'écoutes-tu, mon gars? »
« Deddy, c'te driveway-là, ça t'a pas faite différent? »
« Ça fait envahi. Ça fait comme si c't'homme-là avait faite fuir toutes les signes. Ça fait comme si les bibittes étaient éclaircies. Ça fait comme monter c'te driveway-là, jusqu'en haut, pis y a pas un signe que t'as jamais été là. Ça fait vide. »
« Icitte ça va faire vide, quand Jed va partir. T'es sûr qu'y part? »
« Y dit qu'y déménage la première semaine d'mars. »
« Y prend-tu son truck? »
« Y dit d'y faire un prix. »
« T'es mieux d'faire un bon prix. »
« J'ai l'Social Security qui commence en mars. Peut-être qu'y prendrait un livret d'paiements. »
« Toutes ces années-là au cash, t'as pas grand-chose. »
« La madame dit que j'vas avoir genre quatre-cent-cinquante. »
« Plus que c'que t'as astheure. »
« On r'pogne c't'holler-là, ça va être plus que c'que j'ai besoin. »
« Les chevreuils vont r'venir quand on va l'avoir sorti. »
« Les mûres à Wiggin vont r'venir. Tu m'as pas dit qu'y a mis d'la gravelle par-dessus l'carré. T'as vu l'enseigne en bas accotée sur la maison? C'est triste, mon gars. C'vieux-là a tenu c'marché-là vingt ans pis plus astheure, y a des réguliers. (Pas le kiosque de légumes sur le système d'honneur) Les gens du coin ont leur propre carré d'mûres, mais y arrêtent pis y achètent un plateau, une minute de fraternité. C'est ça, mon gars. C'est ça qu'y font, ces Yankees-là. Y mettent d'la gravelle par-dessus les signes pis y t'alignent un compte de taxes après l'autre, pis y te sacrent dehors d'la seule terre que t'as jamais connue, pis y te mettent sur le BS. Tu m'écoutes-tu, mon gars? »
« J't'écoute, Deddy. Y descend icitte, pis y fait semblant d'planter des racines, pis pendant tout c'temps-là y fait juste arracher les racines qu'étaient là avant qu'y nous voye. L'homme m'dit qu'y m'donne un avenir. J'en avais déjà un. Y vient icitte m'dire que l'mien est pas bon, prends ma main, j'vas t'montrer l'chemin, pis si t'écoutes pas, y t'casse les dents. Tu mets un pied d'travers, y t'en casse une autre. Pis moé icitte, j'mets mes deux pieds, pleins d'bouette, sur son terrain, en route vers l'siège d'c'te machine-là qu'y convoite tellement, pis qu'est-ce qu'y fait? Y casse rien pantoute. Y part en courant parce que sa vieille l'appelle par son nom. »
« Exactement comme j'ai dit, a l'appelle par son nom. »
« Exactement comme t'as dit. » (T'as pensé à rien d'ça. Tu penses que oui, mais t'es perdu sans moé qui pense la moitié du chemin pis qui t'dis quoi dire).
« Exactement comme j'ai dit. »
« Combien d'temps tu penses que ça va prendre pour les sortir pis r'pogner l'holler? »
« La loi est lente, mon gars. »
« T'as vu toute c'te Rose Pink-là là-haut? »
« J'l'ai vue. J'la vois à chaque année. »
« Non, Deddy, tu la vois à chaque deux ans. Tu vois les squelettes astheure, c'est les fleurs d'il y a deux ans. Y sont comme les Mûres, Deddy. Y sont bisannuelles. Les Rose Pinks, y sont là en bas astheure, gratte en d'sous d'la neige, la boule de feuilles là, verte, résiliente, prête pour l'prochain juillet, pis peut-être qu'on va r'pogner l'holler d'ici là, mais ça va prob'ablement prendre un tour de plus, l'squelette que tu vois aujourd'hui, qui fait pousser sa boule de feuilles pour l'gel du prochain hiver, pis l'juillet d'après a pousse, l'holler est à nous autres. »
« La Rose Pink vient à chaque année, mais t'as raison mon gars, l'squelette d'aujourd'hui fleurira pas la prochaine saison, c'est l'squelette de l'Hiver passé qui fleurit c't'année qui s'en vient. Y font des tours. Mon tour c't'année, ton tour l'année prochaine. Pis pendant tout c'temps-là, toute c'que j'vois, c'est ta mère qui pendait les pinks à sécher à chaque année, parce que ces amers-là m'calmaient l'estomac mieux que n'importe quel breuvage rose, pis c'est une bonne affaire qu'a l'a faite aussi, t'étais un bébé fiévreux, pis les Pinks marchaient à chaque fois pour te faire descendre d'ses peurs. L'docteur m'a donné chaque pilule pis potion du Walgreens après qu'a l'est partie, pis aucune marchait la moitié aussi ben que la Rose Pink à ta mère. »
« Deddy, tu vois l'tas de bouts coupés du shed là-haut? »
« Y en a qu'ont l'air de bois empilé tellement y sont gros. »
« C'est ça que j'pensais. Pourquoi on remonte pas là-haut, c'te fois-citte on rentre par en arrière, on passe en arrière des caméras en rentrant par l'Y du driveway. On s'pogne assez de c'te scrap de moulure-là que j'ai faite quand j'ai coupé les planches de fenêtre juste assez croche qu'on peut pas s'en servir pour la job, pis on les pose icitte par-dessus c'trou-là dans la porte. Qu'est-ce t'en penses, on va faire ça? »
« Allô, Amz, Quoi de neuf? »
« J'viens d'avoir un appel, pis les Fatah ont fait une offre. »
« Chéri! Viens icitte. Amy est sur le haut-parleur. »
« Dis-le pas. Amy . »
« Allô, ma belle. T'es sans-abri. »
« J'te l'avais dit que ça marcherait. »
« T'es-tu sérieux, là? Tu viens de vendre notre maison, pis tu te pètes les bretelles? »
« Juste un p'tit tour d'honneur. »
« Stef, ignore-le. C'est une offre. T'es pas obligée de l'accepter. Pis on en a parlé. Vous pouvez rester dans ma location à court terme pour un p'tit bout… »
« Attends, chu-tu marié à deux femmes astheure? Quand est-ce que c'te court ter… »
« Non, non. Non, Michael. Ose pas. C'est le temps que tu te fermes pis que tu laisses les adultes discuter de ça. Amz, c'est quoi l'offre? »
« J'vas te l'envoyer par courriel. »
« Dis-le-moé, c'est tout. »
« Michael, j't'ai dit de te fermer. »
« Pète-toé pas les bretelles, Michael – l'offre, c'est le prix demandé du départ. »
« Haaa! J'te l'avais dit. Monte-le de cinq pour cent, pis regarde-moé ça, on vient de se faire offrir le prix demandé du départ. »
« Michael. Sérieux. Faut que tu te fermes. J'travaille sur d'autre chose avec Amy. »
« Mais regarde. On l'a mise en vente pour exactement ce qu'on a dedans. La hausse, c'était pour un p'tit profit dans un marché où tout le monde double pis même triple, pis l'offre finale est pour deux-trois mille de moins que ce qu'on l'a payée, le prix je-te-mets-au-défi.
« Quand est-ce qu'on doit être sortis, Amy? »
« L'offre a une fermeture à trente jours. »
« Fait qu'on a trente jours pour paqueter les onze années qu'on a vécues dans c'te maison-là dans des sacs pis des boîtes pis les mettre quelque part? »
« Pis j'ai pus besoin de continuer à bâtir c'te place-là. »
« Michael, je sais que t'as mille pas d'avance dans ta tête libérée, mais moé chu encore prise dans le, pis là quoi. »
« Chu dans le pis-là-quoi moé aussi. J'suis juste pas bloqué par les affaires faciles, où rester, comment paqueter, où vont les affaires? J'ai déjà réglé toutes celles-là pis chu passé à sortir mon ordi pour commander le plan de maison en ligne. »
« C'est pas décidé. »
« Décidé. »
« Amy, j'vas peut-être avoir besoin d'un alibi. Les affaires faciles, qu'y dit. »
« C'est les affaires faciles. Toé pis Clover, vous allez à l'idée d'appartement, peu importe la forme que ça prend, pis moé pis Kitty on va au shed à The Drip. Moé je travaille la construction sur le site, pis toé tu travailles les criminels à partir d'un bureau. »
« Pis le paquetage, Monsieur le smatte? J'paquette pas toute c'te maison-là toute seule. »
« En fait, Stef. Ça fait partie de l'offre. Y veulent savoir pour les biens meubles. A l'a dit qu'y espèrent avoir les meubles pis les télévisions pis n'importe quoi d'autre que vous voulez vendre. Y ont dit, faites une liste avec des prix, pis on va faire un chèque séparé. »
« Okay, fait que des meubles de réglés, mais as-tu vu les cochonneries à ce gars-là? Y a 3 paires de jeans, cent paires de bas pis de bobettes pis dix chemises, pis le reste c'est une remorque de dix-huit roues pleine à ras bord, des outils, des vis, de l'électronique, des livres – mon Dieu, les livres. »
« C'est pas juste. T'en as ton propre mille pis plus, toé. »
« Okay, on a des livres. Amy, y a une vie au complet de cochonneries icitte. J'pense pas que je peux paqueter ça en un mois. »
« Pas de problème, Mon Amour, on fait venir les gars icitte, pis on commence à sortir ça un gars de vingt ans à la fois. »
« Parfait! J'y demande, s'il te plaît ramène pas celui-là à maison avec toé, pis les v'là qui arrivent. Y peuvent poser la drill pis transférer leurs gosses de holler sur la porcelaine à ma Mamaw. »
« Fait que, pendant que vous deux vous paquetez vos affaires, j'vas juste lire les détails pour moé-même. Y veulent dix pour cent de mise de fonds pis quatre pour cent d'intérêt. »
« T'es une moumoune! Comment ça se fait que t'as pas commencé avec ça? Deal cassé. Dix pour cent. Es-tu folle? Pas question. Aucune chance. Non. Prends même pas la peine de répondre. »
« Mollo, Magilla. C'est une offre ouverte. Tu fais une contre-offre. »
« Je sais comment ça marche, Amy. »
« Je le sais que tu le sais. Pis astheure que t'es calmé, dis-le. »
« Offre au prix complet, fermeture rapide. Attends, t'as pas dit inspection. »
« Pas d'inspection. Chantier de construction. »
« Oh shit. Ce gars-là est bon. »
« Le v'là. Dis le reste. »
« Enterrer l'essentiel dans des cocos de Pâques pis lâcher la bombe sur la vraie demande, la mise de fonds pis le taux. Cute. Quand même, Y la veut, sinon y aurait mis ben moins de réflexion dedans. Okay. Contre-offre. J'veux vingt-cinq pour cent de mise de fonds, pis j'voulais six point cinq pour cent, mais j'vas prendre cinq. On va avoir ses états financiers pis on va voir de quoi y a l'air. J'vas faire miroiter le cinq pis atterrir à six pile s'y se tient sur la ligne du huit cinquante. »
« Six, c'est raide – son agent dit qu'y est vif, qu'y a l'argent. Y veut juste préserver le capital pour finir les rénos. »
« Ça règle la question pour moé. Y achète mon papier, pis y améliore ma garantie? Ça peut pas être mieux que ça. Y fait faillite, pis j'vends son équité en gros pis je garde la mienne intacte. »
« Hey, J.P. Morgan. Redescends sur terre. T'as même pas encore vu l'offre, pis t'es sur les marches du palais de justice à crier les mises. »
« Chérie, on a vendu la maison. »
« Est pas encore vendue. »
« On s'est-tu déjà rencontrés? »
« Okay, vous deux. J'vas envoyer l'offre. Lisez-la. Rappelez-moé. »
« Bye Amy. »
« Bye, Amz. Regarde, Stefanie, avant que tu partes après moé, sache que j'ai c'te manette-là icitte, pis j'vas m'en servir. »
« J'vas te la rentrer dans le… »
« Pause Rage TV. »
« Où-c'est-qu'on-va-rester? »
« Salut. »
« Quoi --- Comment tu fais ça? »
« J'pensais pas que tu reviendrais, Cody, de la manière qu'on s'est laissés. »
« Moé non plus. Comment tu fais pour que ça sonne comme si tu criais de là-bas, pis t'es icitte de c'bord-citte? »
« Chu un enfant de chienne sournois moé aussi, Cody. »
« Où c'est qu'y est ton truck? »
« J'me suis parké en haut de la côte au shed, pis chu descendu à pied pour savoir pourquoi c'te caméra-là pingue pas. T'es passé l'autre jour, pis Stef est passée hier. »
« A sonne astheure. »
« On est drette devant. Stef a passé l'autre jour sur la gravelle, pis pas de notification. La sensibilité était trop basse. »
« Quand Bill a cassé c'te branche-là, y s'est connecté. Peut-être qu'y a ajusté la sensibilité aussi. »
« Yep, fait que dis-moé, qu'est-ce que ton père a pensé de l'holler? »
« Y est encore fâché que tu l'aies traité de voleur. »
« C'est un voleur. Vous l'êtes les deux. C'est le dossier officiel. »
« Tu dis juste des affaires de même. Pas de réchauffement. »
« Pas besoin de two-step, Cody. Le plus gros mensonge de toute, c'est que le Sud a des manières. Le Sud est plein d'euphémismes pis de bullshit, personne arrive jamais de front sur une affaire avant que la bataille soit pognée. »
« Ben, t'es mieux d'apprendre à mettre un peu moins d'accusation d'avance. »
« C'est pas une accusation, Cody. T'es un voleur, condamné deux fois. J'vois juste un Cody, pis tu veux que je parle à deux de toé, le Cody que tu penses que t'es à partir de ce que tu voudrais que personne sache pis le Cody qui est planté devant moé en portant le dossier. »
« J'ai un dossier. Ça fait pas d'un homme toute c'qu'y est la seule affaire qu'y a faite la seule fois. »
« Non, Cody, ça serait vrai si le monde savait pas que t'as pas eu de trace de papier sans avoir un avertissement en chemin, pis sinon un avertissement, quasiment te faire pogner avant de te faire pogner pour vrai. Personne se fait pogner les deux seules fois qu'y font jamais une affaire. »
« Tu sais pas ça. »
« Tu vois? C'est ça l'affaire. Je le sais, pis je le vois en temps profond aussi. J'te dis toé parce que j'étais toé. »
« Vous êtes toutes pareils. Y pense qu'y sait. »
« Fait que, t'es littéralement en train d'utiliser exactement la même logique sur moé que moé j'utilise sur toé. Vous toutes, que tu dis, exactement comme je dis vous toutes. Pis tu vois la faute dans la mienne, tu vois la tienne comme du bon sens. »
« Toutes pareils. »
« J'vas pas faire semblant de connaître les faits, mais j'ai vécu la formule, pis j'ai passé devant c'garage-là cent fois. Live Bait peinturé au pochoir à la main en lettres rouges de deux pieds au-dessus de la porte évidente d'une ancienne station-service. T'es dans c'garage-là à dénuder le filage dans les chevrons, des tubes de guêpes maçonnes te tombent en douche dans les yeux pendant que le fil lâche. C'est là que tu te fais pogner. Tu le connais, c'garage-là. T'es déjà allé là avant. Peut-être que t'as travaillé là une fois pour une compagnie, ou ben c'est l'ancienne place d'un de tes chums. Peut-être que c'est de la parenté. Tu connais c'te place-là, ça veut dire que t'as pas volé une place au hasard que t'as passée une fois en marchant à frette pour aller chercher une nouvelle roche. Ça, ça serait correct, mais t'as fait mal à quelqu'un que tu connais. T'étais peut-être même proche. »
« Tu sais pas ça. »
« Je le sais, Cody. Pis tu sais que je le sais. J'ai pas les détails parce que j'ai pas parlé au policier qui t'a arrêté, mais j'peux y parler, pis j'peux y demander c'est quoi les faits de la cause. J'peux appeler le procureur qui a négocié l'entente de plaidoyer de Criminel à Délit mineur. Y vont me parler, Cody. Chu en dedans astheure. Mais sache ça. J'l'ai pas toujours été. J'suis rentré par effraction chez mon cousin en foxant l'école une douzaine de fois parce qu'y barrait pas sa porte d'en arrière, pis je le savais parce qu'y me donnait des jobs à la journée quand j'étais p'tit gars. J'volais le p'tit change dans la canne à change sur sa table de chevet pour m'acheter des cigarettes. J'suis rentré dans c'te maison-là une douzaine de fois, pis j'ai pris c'te change-là à chaque fois. J'suis rentré par effraction chez mon meilleur chum un jour parce que c'est juste ça que je faisais c'te journée-là. J'suis allé là en bicycle, j'peux juste pas me rappeler où c'est que je l'ai eu, mais je l'ai probablement volé. Tout ce que je sais aujourd'hui, c'est qu'y était mauve, pis que c'était pas le trésor de quelqu'un ou quelque chose. C'était un bazou. La chaîne marchait, les pneus avaient de l'air, pis y marchait, mais c'était pas une affaire spéciale pour quelqu'un. C'est l'impression que j'ai icitte en le contant aujourd'hui. J'suis allé en bicycle chez mon chum en plein milieu de la journée. Mon chum restait loin, genre dix milles ou plus. J'suis allé là, pis chu rentré dans le garage parce que je savais qu'y gardaient une clé là, pis chu rentré en dedans. J'ai rien pris, mais j'ai mangé pendant que j'étais là. Je me suis assis dans leur maison pis j'ai mangé leur manger. Pis chu parti, Cody. J'suis rentré par effraction dans une gang de places pendant mon enfance solitaire, pis c'est ça que je vois en toé. Par-dessus toute, je vois de la solitude. »
« Non, c'est toé le solitaire. T'es seul astheure, t'engages des gars, tu les payes pour être tes amis. »
« Là, c'est qui qui saute le two-step? C'est ça que tu vois? Tu me vois comme un homme seul? »
« Ben, ouais. T'arrives icitte avec une liste de monde que t'aides, pis la plupart ça marche pas, pis tu continues à donner. Pis tu ramasses ceux qui veulent pas de toé, mais tu payes tellement ben qu'y sont obligés de t'endurer. Tu trouves du monde vulnérable, pis t'en profites. Tu laisses la canne à change parce que t'en as pus besoin, mais tu voles encore. Tu donnes de l'argent pour de l'ouvrage pis tu voles du monde qui te doivent pareil. »
« Fait que, astheure vous arrivez encore les deux icitte avant moé. C'est-tu une affaire astheure? »
« Bon matin Tanner. »
« Salut, Tanner. »
« Qu'est-ce que vous faites là-bas, vous deux? Aux dernières nouvelles, c'est la journée des tuyaux de ponceau. »
« On fait juste s'acheter des amis, hein, bossman? »
« S'acheter… Ça me manque vraiment, toute la folie. J'ai vu Rusty au Wye, y va être là dans une minute. On est-tu sur le barrage? »
« Aujourd'hui, c'est la journée du barrage. Montons à pied jusqu'au pont. La journée du barrage commence là. »
« C'est le Jour de l'An. Nouvelle année, nouveau délai sur le barrage, en quelque sorte. »
« Gahhllee, On tire pas le tuyau aujourd'hui? »
« Non, mon ami, on peut pas commencer là. On a besoin de cinquante voyages de dump de terre en arrière d'abord pour le stabiliser. »
« Fait que, on appelle Claiborne pis on commande du remplissage? »
« Oh, shit, non! On commence le creusage pour l'atelier qui va de l'autre bord de c'pont-là. Faut creuser tout le maudit pied de c'te montagne-là pis avoir un pad au niveau de quarante pieds par soixante. »
« Tu vas avoir besoin d'un dump. »
« Non. Drette après qu'on t'a parti, moé pis Tanner on s'en va chez Smokey Mountain Trailers, pis on achète une remorque à bascule pis une remorque fermée à la vente du Jour de l'An. Le temps qu'on revienne, tu vas avoir poussé la terre de déblai dans c'te ravine-là icitte, pis on va avoir un pont de terre temporaire du site de creusage jusqu'à c'bout-citte de c'bord-citte. On va descendre le déblai le long de l'étang, tourner sur le dessus du barrage pis le vider par-dessus en arrière. »
« Euh, fait que, la remorque fermée, c'est pour quoi? »
« La remorque fermée a deux usages. On a eu une offre sur la maison à Hardin Valley c'te fin de semaine, pis faut qu'on déménage dans les trente prochains jours. On va commencer avec mes outils pis laisser la remorque servir de shed à outils parce que je m'en vas déménager dans c'shed-là là-bas. »
« Comment t'as faite pour que ta vieille déménage dans c'shed-là? »
« Non, pas Stefanie. On l'a pas encore convaincue, mais mon sort a été décidé la minute que le téléphone a sonné hier. »
« Ouais, C'est ça. »
« Tu peux le dire, Rusty. J'vois que t'es dernier encore. »
« C't'une grosse côte. »
« J'te niaise, mon chum. »
« Comment t'as faite pour vendre ta maison un dimanche? »
« J' --- On a accepté l'offre. Ensuite vient le contrat. Après, c'est le déménagement. On a pas le temps pour toute la leçon sur comment vendre une maison drette là. Voici le plan. Cody, va chercher la pépine. J'ai mesuré ça à peu près dans ma tête. Faut que tu montes c'te côte-là avec le godet vers le bas qui te tient à la terre jusqu'à temps que t'arrives icitte. Creuse une ligne droite, Large comme le tracteur. Creuse ton chemin jusqu'au terrain plat. Laisse tomber la terre en bas de la côte. Rusty va placer les deux morceaux de ponceau qu'on a de la construction du chemin – les bouts de scrap dans la cour à équipement. »
« Tu veux dire le trou de bouette, bossman? »
« Oui, Cody, le trou de bouette. On va s'y rendre. »
« Je faisais juste me demander. »
« Tu faisais juste te demander, hein? Bon, Rusty, une fois que t'as placé les deux sections de ponceau dans le cours d'eau, tu vas commencer à ramasser les déblais à Cody… »
« Moé, j'touche pas aux déblais à Cody. »
« Christ, j'viens de dire à ces gars-là que j'm'en vas rester dans un shed, pis y sont sur le bord de me creuser ma tombe au complet, pis y me sortent des jokes de parties génitales. »
« Y'a dit génitales. »
« Que le bon Dieu m'aide. Rusty va ramasser les déblais avec la chaudière, virer pis les échapper par-dessus les tuyaux de ponceau. J'aime pas ben ben fendre le milieu d'un ponceau de même, mais on va creuser vite pis sacrer notre camp avant que le joint puisse laver le milieu de la fondation. Les premiers déblais font la base de l'affaire, de même la terre de surface est en dessous… ça veut dire que la terre de surface va être la scrap qui reste quand on va ramasser le pont une fois qu'on en aura pu besoin. Des questions? »
« Gahhllee, j'ai une douzaine de questions, mais pour astheure, je prends la pelle, je la monte en grindant dans c'te côte-là, je rentre ma lame d'auger à fond pis je me creuse un shelf de niveau. J'échappe les déblais par-dessus le bord? »
« Euh, pis moé là-dedans? »
« Toé, t'es avec moé. Faut aller chercher les remorques. J'ai déjà toute arrangé. Tu rentres, tu leur donnes le chèque, pis tu me rejoins à Hardin Valley. J'vas te texter l'adresse. »
« Smokey Mountain Trailers à Lenoir City? »
« C'est ça la place. Y t'attendent. »
« Mon amour. »
« Mon amour. »
« Cody s'est-tu montré la face? »
« Y s'est montré. »
« Pis, c'est comment? »
« Juge par toi-même. Amy appelle à quelle heure? »
« A'l'a dit dix heures et demie. »
« Chu arrivé juste à temps. Fait que, je me pousse d'icitte en cachette, pis je sens le char électrique tranquille. Le seul bruit qui fesse, c'est la porte de garage qui ferraille en place au-dessus de ma tête. Y fait noir comme à la campagne, que je me dis, pis je prends le chemin de campagne, une seule autoroute entre moé pis le fond des bois, pis mes phares c'est toute ce que je vois. Quand le premier char me croise, c'est quasiment comme s'il envahissait mon espace. Pis je monte jusqu'en haut pis je me parke à côté du shed. Pas de signal sur le téléphone au yard d'équipement, c'est de même qu'on l'appelle astheure. Mais y'a sonné en passant à côté des panneaux solaires pis quand je me suis parké au shed. »
« Le mien aussi. »
« Fait que, je marche le long de l'étang en descendant, pis les phares s'éteignent, pis je m'étais trompé : c'est clair comme en plein midi icitte à côté de la Drip. Noir. Chu comme à cent pieds du truck pis du shed, pis mon téléphone est dans le truck, pis je sais que c'est par là, mais je le vois pas, ni ça ni rien d'autre, pis le hibou se met à crier. Pis c'te bête-là me parle direct à moé, à-moé-à-moé, à moé, à moé. On va partager, que ma tête y répond. Je marche vers le truck, pis je peux m'imaginer où c'est qu'y est, mais chu sûr que j'vas y rentrer dedans avant de le voir. Pis chu quasiment penché dans ma marche, quasiment les mains en avant de moé, pis une branche casse en haut sur la côte à ma gauche. Pis chu de retour dans c'te tente-là à Albany, sans-abri encore, pis c'est pas juste une sensation. Chu transmogrifié. Chu couché dans la tente, pis la forêt est vivante tout autour de moé. La place au complet c'est un seul organisme, pis je marche à travers ses cellules. Mon soulier écrase un grain de sable, pis je l'entends. De l'écholocation absolue, pis je sens le truck dans l'air, pis je tends la main, pis au lieu de me péter un doigt, je flatte la courbe sèche du capot, pis je sens l'humidité dans l'air, pis tout le calcul du moment me tombe dessus. Le truck est sec. L'air est mouillé. L'aérodynamisme a séché le char. Pis chu de retour dans le moment, pis je sais où sont les marches du shed. Pis je m'assis, pis j'essaye de le ravoir, mais le moment est passé. Chu à la Drip, pis chu sur les marches, pis j'ai besoin de mon téléphone dans le char pour voir mon chemin jusqu'au yard d'équipement pour me connecter sur l'app Ring pis arranger c'te caméra-là. »
« T'as-tu pris de l'acide à matin? »
« Fait que, je m'assis pis je ferme les yeux, pis j'écoute, pis je peux pas le ravoir, mais chu comme rassuré que le moment roule en arrière-plan, un étage plus bas, pis qu'y fait un avec c'te place-là. Y'a des ours sur les côtes collées, pis j'ai vu mille pistes de Bobcat pis de Coyotes pis de Ratons laveurs pis toutes sortes de bibittes depuis un mois là-haut, pis je sais qu'une d'elles, que quelques-unes me regardent. Pis je regarde le ciel, pis je vois. Les cimes des arbres sont tout autour de moé, mais y'a un tunnel vers le ciel, notre ciel, chérie. On est aveugles au monde, là-haut dans c'te holler-là, entourés de tous bords de côtes pis d'arbres, pis le quart de mille de chemin de gravelle en lacets en bas de l'étang, c'est un système d'alarme qu'aucune compagnie pourrait jamais nous donner. Le son monte, pogné par les côtes, pis j'entends toute avant même que ça s'approche. »
« Y'a juste toi pour rendre l'épeurant rêveur à mes yeux. »
« C'est rêveur. En regardant le ciel, tu peux sentir c'te histoire-là, pis quand le bleu commence à rentrer tu sens le temps passer, pis tu sais tout d'un coup que chaque homme pis chaque chose qui s'est jamais assis à c'te place-là à travers tous les temps, y l'ont senti eux autres aussi. Pis j'ai descendu dans l'aube qui cassait de bonne heure. Je vois les arbres astheure. Je vois le sol. Pis toute change au bord de la digue quand mes pieds passent du sol de la forêt au chemin de gravelle. C'est toute parti. Tout ce que j'entends c'est mes pas pis mon souffle. Je sais que ça roule toute là en arrière-plan, un étage plus bas, pis je sais que ça connaît mon état conscient aussi. L'accompagnement que je sentais en arrière est encore avec moé, mais y fait juste son affaire, y enregistre la gravelle, y transcrit mon souffle, y met toute ça dans le registre pour la prochaine fois. Pis ma liste me rentre dedans. Caméra, remorques, outils, contrats, excavations, d'avant, et si, pis la suite. Pis c'te maudite bulle-là. »
« C'est pas une affaire à niaiser avec. Si c'te bébelle-là pète pendant que t'es là-haut dans le fond des bois comme un innocent tout seul. Peux-tu au moins laisser les gars arriver en premier au lieu de te faufiler en dehors de la maison en pleine nuit noire… »
« Y faisait noir, c'était pas la pleine nuit noire. Pis j'étais au beau milieu de mon histoire du matin. »
« Détourne-moi pas, Michael. C'est toi qui en as parlé. »
« Encore un temps là-dessus, Stef. Faut sortir de Hardin Valley, pis faut que je la bâtisse, c'te maison-là. Chu assis sur mon cul tout le long, promis. Je lève rien. Je cogne rien. L'affaire la plus dure que je fais, c'est de monter pis descendre c'te côte-là cent fois par jour. »
« Six fois. »
« Caméra, compris. Tu comptes toi aussi. Je te promets que j'vas retourner voir le docteur quand on aura fini la maison. Fait que, j'arrange la caméra… »
« J'ai vu ça. T'as l'air un peu creepy à gosser avec c'te bébelle-là, à moitié dans le noir en arrière de toi. La main qui cache l'écran, pis l'image qui revient, mais déplacée astheure. Ta face déterminée. »
« Je savais que quelqu'un me guettait. Fait que, ça prend quelques minutes, mais je fais marcher la caméra, pis là j'entends les Chevylegs à Cody qui montent l'entrée, pis je me cache vite en arrière du Peuplier. Tu sais, le gros juste quand tu montes la côte. »
« Celui qu'y a fessé avec la pelle? »
« Ouais, c'est celui-là. Chu en arrière, pis je l'entends astheure à côté du yard d'équipement, pis je dis sec, Hey, pis y'a quasiment sauté en dehors de son propre fantôme. »
« C'est méchant. »
« Parce que c'est moé le boss icitte, c'est pour ça. »
« Ouais, le monde aime ben ça. »
« Fait qu'y est revenu. Pis y'est pile à l'heure pour la course d'arrivée. On a repris où c'est qu'on avait laissé, y veut un décompte de dix secondes, pis moé j'arrive direct avec le scalpel. T'es un voleur, c'est ça la vie d'un voleur, je vois que t'es un voleur, pis je te donne une chance d'être d'autre chose. Pis comme d'habitude, on s'entend pour pas s'entendre, pis on se remet à l'ouvrage. Y m'a traité de solitaire. Y dit que je paye pour avoir des amis. »
« Je peux voir ça. »
« C'est-tu vrai? »
« C'est pas faux. »
« Je veux pas être ça. »
« C'est pas toute, mais y'a du vrai. Regarde nos soupers, Fifi, Bill, Deno. Toute du monde que t'as rencontré en les payant pour quelque chose. »
« Deno, c'est l'oncle de mon ex-blonde. C'est sûr qu'on a fait des jobs ensemble, mais je le connaissais depuis dix ans avant qu'on fasse notre première business ensemble. »
« Je connaissais pas Deno dans ce temps-là. »
« James pis moé, on a été pauvres ensemble. Le secondaire, ça fait quasiment quarante ans, pis jamais une année de perdue entre nous autres. Gervie, c'est mon chum depuis cinquante ans. »
« Pis t'es entré par effraction chez eux quand t'étais petit gars. »
« Pis y m'a volé mon aquarium. La vie, c'est compliqué. »
« C'est Amy. Réponds. »
« Je viens d'envoyer le brouillon de l'offre par courriel. »
« Pas de bonjour? »
« Nope, direct dedans. Vois-tu comment ça brasse le moment? »
« Ouch. »
« Michael, arrête ça. »
« Arrêter quoi? »
« Arrête de dire ouch chaque fois que quelqu'un compte un point. Salut, Amz. Fais attention, c'te gars-là est sur la pipe à paraboles aujourd'hui, c'est certain. »
« Fait que ça va être quoi, quatre-vingts mesures de blé, ou ben on revire les tables? »
« Du blé? --- t'as-tu eu mon courriel? »
« Y'est juste là, Amz. Écoute pas c'te gars-là. Je l'ai qui charge. »
« Y'est-tu de même depuis à matin? »
« Toute sa vie, ma belle. Ça arrête jamais. »
« Pis là, c'est qui qui s'achète des amis? »
« T'as raison là-dessus. Y'était dans la pièce comme son agente, Judy, pis moé on martelait les détails, pis je l'entends en arrière, dis-y ci, dis-y ça, pis finalement y'a juste sauté par-dessus elle pis y m'a parlé direct. Y m'a demandé si on pouvait pas juste vous laisser régler ça, toi pis lui. »
« C'est pas la pire idée. »
« C'est une idée épouvantable. »
« Non. Laisse les principaux se mettre ensemble pis marteler les détails, pis après ça laisse les teneurs de livres marteler le papier. »
« Teneurs….. Écoute, si tu veux parler au gars, fais-le contre avis médical. »
« Contre avis médical? Astheure t'es docteure? Crois-moé, chu capable de vendre une maison sans – tsé quoi, ouais. Partons un appel conférence. Sauver un peu de temps. Tanner va être icitte dans quelques minutes, pis faut que j'aille droit au but. »
« C'est tes funérailles. »
« Pas aujourd'hui, en tout cas. »
« J'vas appeler Judy. Attends. »
« Michael, sois fin. »
« Chu fin. »
« T'es bête. »
« Chu envahissant, peut-être, mais a vient de me dire que le cheval est juste là… »
« On s'en fout-tu que le cheval soit là ou pas? T'as même pas encore lu le contrat. »
« J'en ai pas besoin. »
« De quoi tu parles, câlisse? »
« On est-tu toute là? »
« Oui, Amy. Chu là, pis Stef aussi. »
« Michael, c'est Emam. Je me disais qu'on pourrait aller droit au but pis mettre les détails sur papier vite. J'ai des rendez-vous aujourd'hui. »
« C'était une bonne idée. On aurait dû y penser pis planifier un dîner aujourd'hui ou de quoi. »
« Man, ça aurait été écoeurant. »
« On va s'y rendre. Tu vas avoir besoin d'un sherpa pour un bon bout avec ta nouvelle maison. Y'a ben du stock. »
« J'ai c'te feeling-là moi aussi. »
« Fait que, faut mettre la base sur la table. T'as choisi un prix, pis c'est correct. Le dépôt est super bas par exemple, pis j'ai vraiment besoin de voir une table d'amortissement avant de choisir un taux d'intérêt. Le calcul dans ma tête dit dans le milieu des six. »
« Six et demi, c'est trop haut. Ça fait juste un peu plus que huit mille par mois d'intérêt au début. »
« Huit-un. Ce serait sur un et demi, fait que t'as déjà calculé le dépôt plus haut. »
« Oui. J'étais bas là-dessus. Chu désolé, man. J'ai ben de l'ouvrage à faire là. La chambre des maîtres sur l'étage principal, c'est une affaire, mais je veux des planchers neufs, pis j'vas arracher la galerie au complet pis la rallonger de six cents pieds. Faut que j'ajoute deux pièces en bas, une pour mon gym pis l'autre pour fermer le porche en dessous de la galerie. Je préservais mon capital. C'est une grosse job, pis je peux pas mettre plus que vingt pour cent de dépôt, pis faut que je garde l'intérêt en bas de cinq pour cent. »
« Quatre virgule quatre-vingt-dix-neuf d'abord. Je sais que faut que tu payes ton agente, mais vingt pour cent c'est bas. Faut que je paye Amy moi aussi. »
« Attends, le vendeur paye toutes les commissions des agents. C'est sur la deuxième page. »
« J'ai pas lu ça, pis tant mieux. Je t'aurais pas pris au sérieux. Je vas pas chez le tailleur pour payer des frais de transaction à son vendeur de laine. »
« C'est standard. »
« C'est pas vrai. Tu l'as engagée. Tu la payes. Moé, j'ai engagé Amy. J'vas la payer. »
« Attends. »
« J'ai pesé sur le mute. Y demande à l'agente c'est quoi le move, garanti. »
« Tu le sais pas. »
« Oh, je le sais. »
« Fais pas tout foirer, Michael. »
« C'est un gros point. Je paye pas le gars qui nettoie le stationnement au Walmart pour pouvoir rentrer dans le magasin. C'est la responsabilité à Walmart. »
« Hey, man. Chu revenu. »
« Hey. »
« Fait que, on va monter le prix de l'offre à un, neuf, soixante-quinze pour que tu puisses payer les frais à Judy aussi. »
« O-kay. Sûr, ça marche ben correct. »
« C'est toute ce qu'on a besoin pour une offre signée, right? J'ai choisi la compagnie de Title aujourd'hui, fait que… »
« Oui, c'est toute ce que j'ai besoin. Stef, as-tu des questions? »
« On a-tu encore trente jours pour paqueter pis déménager? »
« Oui. Rien de ça a changé. »
« Malade! On a un deal, Emam! Un virgule neuf sept cinq, quatre cents de dépôt pis quatre virgule quatre-vingt-dix-neuf, ça marche. »
« Parfait, man. »
« Amy t'a-tu donné mon numéro? Appelle-moé quand tu veux. »
« J'vas le donner à Judy. »
« C'est le 423-435-2241. »
« Merci, man. »
« Okay, Amy, envoie ça par courriel aussitôt que Judy l'envoie, pis Stef va le signer, pis c'est parti. »
« Toute est beau? »
« Toute est beau. »
« Une affaire certaine, c'est moi qui prends le bureau dans la nouvelle maison. T'as mis de la bouette de holler partout sur le plancher de la chambre. »
« Six chambres, pis a choisit la vraie chambre pour son bureau. »
« Je l'ai déjà choisie. As-tu vu la petite pièce en recoin dans le coin d'en avant à côté de la cuisine? »
« Décidé. »
« C'est-tu Tanner qui rentre dans la cour? Pourquoi y'a une remorque? »
« Je l'ai achetée au téléphone. Y'est allé la chercher. »
« Mais pourquoi? »
« J'ai besoin d'une place pour serrer mes outils si j'vas rester dans c'te shed-là. »
« Pis pourquoi aujourd'hui? »
« Si on déménage, j'ai pu besoin de faire de construction icitte, pis je peux amener mon stock à la Drip pis travailler pour vrai. »
« T'as acheté une remorque pour le déménagement parce que l'ouvrage était fini icitte, mais t'avais même pas encore d'offre signée? »
« On se connaît-tu? »
« Hey, Tanner. »
« Hey, Stef. »
« Tanner, recule-moé c'te bébelle-là au sous-sol en premier. Tous mes outils en double pis la moitié de la cochonnerie qu'on a besoin sont là-dedans. Après ça c'est l'atelier pis le cabanon du jardin. Prends toutes les échelles, les pelles, le râteau pis le pic. Oublie pas le pic. Pu de levées à la chaudière pour ces deux tabarnaks-là. Remplis la remorque à craquer. Si tu le vois, pis qu'on pourrait en avoir besoin, garroche-le dedans. »
« Pas de trouble. »
« Mon amour, ça va être une longue journée, mais j'ai Cody dans la pelle pis Rusty qui échappe de la terre à travers le cours d'eau, pis Tanner pis moé on va chercher les outils astheure. J'vas être un peu en retard, mais on pourra fêter plus tard. »
« C'est prématuré. »
« Inquiète-toi pas. Signe l'offre quand a rentre, pis pars-moé c'te calendrier-là. »
« Faut que tu la signes toi aussi. »
« Nah, y veulent juste une confirmation par écrit. L'offre, c'est rien qu'une formalité. Faut qu'on soit là les deux au notaire, mais t'as le crayon pour celle-là. »
« J'vas t'appeler s'y veulent les deux. »
« S'y veulent les deux, signe mon nom de la main droite avec un Crayola. Y poseront jamais de questions. »
« T'es pas ben. »
« Aux oreilles du bon Dieu. »
« Ben voyons, les jeunes, vous avez fait de l'ouvrage! Cody, le banc au complet est faite. C'est ben haut là-haut, hein? »
« Ouais, pourquoi tu veux que je coupe si haut pis si loin en arrière? C'est ben plus que cinquante pieds de large, ça. »
« Faut couper le banc du haut en premier. Au moins quatre pieds de large par quatre pieds de haut, on descend une marche, on coupe un autre banc, on descend une marche, on coupe un autre banc, pis je dépasse jamais la limite d'ingénierie pour les murs de soutènement. Plus haut que quatre pieds, ça prend un plan étampé par un ingénieur pis un permis. »
« Fait que tu bâtis une maison sans permis? »
« Non. Je bâtis un mur de soutènement légal avant d'avoir à quêter le pardon, pour que mes travailleurs puissent travailler pendant que je choisis la maman canard. »
« Maman canard, de quoi tu parles, câlisse? »
« C'est les canards en rang, Cody. Dans le désordre. »
« C'est toé qui es en désordre, Rusty. »
« Sérieux? Tu viens-tu de faire un c'est-celui-qui-le-dit-qui-l'est à une montagne? Écoutez-moé ben… »
« Où c'est qu'y est, Tanner? »
« Le mot clé là-dedans, Cody, c'était écoutez-moé ben. Si tu cherches le département des questions, y'est là-bas au shed avec la boîte à suggestions. »
« Bro, t'arrêtes jamais. »
« C'est mon POV à moé aussi. »
« Y'a dit POV. »
« Tabarnak, Rusty! Tu viens-tu de virer sur une catégorie de porno en plein milieu d'un portez-attention? »
« Le bro vit dans le caniveau. Je peux même pas l'amener chez ma Granny »
« Les jeunes --- Y'a juste trop d'affaires là-dedans pour que je déballe toute. Mais ça, mon ami, ça c'est un nuage d'images. Rusty, tellement cochon que tu peux pas l'amener chez la Granny que t'as volé un char. »
« Ya, c'est grave. »
« T'as un banc du haut de faite. Y'est-tu stable? »
« La machine est là-haut, non? »
« Une autre fois. Y'est-tu stable? »
« Y'est stable. »
« De la roche, encore? »
« Y'en a un peu au bout est, tu peux voir l'affleurement juste à cent pieds passé le bout. »
« Mais rien en dedans du banc? T'as-tu frappé du dessus de schiste encore? »
« Nope, rien que de la terre de surface. »
« Fait que, si je te fais rester sur la tablette que tu viens de faire, le terrain est-tu assez stable pour que tu descendes en bas couper le banc qui va être en dessous de toé – sans que tu te tires toi-même par-dessus le bord? »
« Pas de trouble. »
« On vient-tu d'avoir une vraie conversation de sécurité complète pis sérieuse? »
« On dirait. Wow! En v'là un. »
« Un ours? Où ça? »
« Sur la crête. Le v'là. »
« On dirait un dessin animé, lui qui se promène tranquillement vers le bon Dieu sait quoi. »
« Y s'en va vers la clairière là-haut. »
« Comment t'as fait pour fesser c't'arbre-là icitte? Y'a comme deux cent cinquante ans, pis tu l'as magané en tabarnak. »
« J'ai glissé. »
« Trois fois que je te mets dans la machine, pis les trois fois t'as tué un arbre. C'te fois-citte un Hêtre. Faut-tu que je te fasse passer un test de drogue? »
« Tu peux pas me crisser dehors… »
« Hey. »
« Hey, Tanner. »
« Tu réponds pas à tes textos? Où c'est que tu veux que je parke la remorque? »
« Oublie ça pour astheure pis viens icitte. »
« Hey, Tanner. »
« Quoi de neuf, Rus. »
« Fait que Cody icitte vient de prouver ce qu'y vaut en une seule affirmation de grande gueule. Y m'a rappelé le vieux dicton de camp d'entraînement que je voulais mentionner l'autre jour. Y m'a dit que je pouvais pu le crisser dehors parce qu'y travaille à son compte astheure. Pis ça m'a rappelé, j'ai jamais fini c'te phrase-là --- t'es prêt, grande gueule? T'es prêt à entendre l'envers de tes idées de petit punk? Je peux pu te crisser dehors – pas sans crisser dehors ta maudite gang au complet. Fait que vas-y, fais le petit trou de cul tant que tu veux, mais sache que peu importe ce que tu fais, tes partenaires l'ont fait aussi, pis y vont payer en même temps que toé. »
« C'est pas correct, ça. »
« C'est exactement correct, Rusty. C'te job-là est à toé, mais ça veut dire à vous autres au complet. Si je crisse Servepro dehors, tous les trucks de la compagnie s'en vont comme si c'était jamais arrivé – pas comme c't'arbre-là. Y'a monté la garde icitte depuis au moins deux cent cinquante ans. Génération après génération d'écureuils pis de ratons laveurs pis de toutes sortes d'affaires qui volent ont travaillé main dans la main avec lui, des quantités de vivants qu'y a juste les étoiles dans le ciel pour égaler, pis un bon jour Cody a glissé. »
« Qu'est-ce tu veux que je fasse avec la remorque? »
« Pas tout de suite, Tanner. C'est important. L'interruption aide par exemple, parce que ça me laisse repartir à zéro, de l'agressivité qui monte au ton que je veux vraiment. Je veux que tu m'entendes, Cody. C't'arbre-là était icitte à la Bataille de Boyd's Creek, Dumplin Creek, le Traité de Holston, l'Indian Removal Act. C't'arbre-là, c'est notre histoire icitte. Y'a toute enduré, pis un bon jour t'as glissé. »
« C'était un accident. »
« Les accidents viennent avec des leçons, fait qu'écoute-moé ben. Regarde autour de toé. Qu'est-ce tu vois icitte, dans c'te terre où la neige a fondu? »
« C'est le bois. »
« Tu vois plus que ça. Vois-tu une affaire à la fois, ou ben toute comme une seule? »
« Écoute, c'est un arbre. Je l'ai scalpé un peu. »
« Non, Cody, c't'arbre-là est mort aussi sûr que t'es debout icitte. Tu l'as gratté creux pis long à travers le tronc. Tu l'as à moitié annelé, le pauvre. »
« Le pauvre? C'est un arbre. »
« Non, Cody, c'est un organisme. Regarde autour de toé. Vois-tu toutes ces feuilles brunes-là qui flottent partout? »
« De quoi tu parles, câlisse? »
« Les petits arbres, les seuls arbres avec des feuilles encore accrochées aux branches. Les vois-tu? Les entends-tu ferlocher dans la brise? »
« Ouais, c'est des Hêtres, comme celui-là, pis c't'arbre-là est pas mort, mais même s'y l'était, eux autres vont pousser à sa place. »
« C'est des Hêtres, ça c'est sûr, Cody, mais tu sais pas que ça s'appelle des drageons racinaires clonaux. C'est les enfants de c't'arbre-là, en même temps une partie de lui pis à part, pis ben gros vont mourir s'y trouvent pas assez de nutriments dans les racines de leur mère morte. »
« C't'arbre-là est pas mort. »
« L'arbre le sait qu'y est mort. C'te printemps, y va faire pousser mille gourmands sur son tronc, pis c't'été y va fleurir plus que jamais, pis en septembre y va laisser tomber la plus grosse récolte de faînes qu'y a jamais laissé tomber. Y va dépenser tout son amidon dans c'te seule année-là, pis y va commencer à mourir l'hiver prochain. Y va souffrir. Y va se débattre. Y va dépérir en essayant de se guérir, mais y'est mort aussi sûr que t'es debout icitte. »
« Pis tous ces arbres-là – celui-là icitte – avec des cicatrices dedans, des broussins, toutes les branches cassées là-haut dans le Peuplier..? »
« Manque pas celui-là, Cody, icitte de l'autre bord du pont, Un autre Hêtre, pas si vieux, mais tu peux voir les griffes d'ours le long du tronc. Ou hey, regarde ce peuplier-là avec la ligne propre pis de niveau de trous de pic, espacés égal tout le tour du tronc. Ou celui-là, un Marronnier. Y'a clairement survécu au Caryer qui y est tombé dessus pis qui y a arraché la peau – dix pieds d'écorce déchirée quand y'est tombé contre le tronc. T'as raison, les arbres survivent à des affaires. Mais y survivent pas à être annelés par de la machinerie lourde, pis y survivent pas toutes aux dommages. Regarde autour de toé. Y'a des douzaines, sinon une centaine de troncs à terre sur c'te côte-là. Pis ce Hêtre-là irait les rejoindre dans les cinq ou dix prochaines années si notre prochaine affaire à faire était pas ce qu'elle est. »
« C'est quoi? »
« On va couper c't'arbre-là, l'achever pour me sortir de ma misère. »
« Pourquoi pas le laisser debout pis voir si… »
« Ma misère, Rusty. Bonne question par exemple. »
« Fait que, veux-tu que j'aille chercher la scie à chaîne dans la remorque? »
« Pas tout de suite, Tanner, c't'arbre-là protège l'Érable des accidents à Cody. Y reste debout jusqu'à temps qu'on ait fini de creuser par icitte. »
« Où c'est que tu veux la remorque? »
« Laisse-moé installer ces gars-là, pis j'vas descendre dans une minute. »
« Okay. On se rejoint en bas. »
« Cody. C'est pas la fin du monde. Comme t'as dit, c'est juste un arbre. Le banc a l'air bon. Commence le prochain banc. Rusty, une fois que t'as un bon deux pieds de terre sur le tuyau de ponceau, pis que tu peux rouler dessus avec le skid, viens me rejoindre à la digue. »
« Ouais, tu veux juste que le cours d'eau soit couvert? Je pensais qu'on bâtissait un pont de terre de niveau. »
« On en bâtit un, mais Cody creuse vers le bas, pis c'est dangereux, fait que mon idée, c'est que c'te creusage-là part, pis ça y donne un tas de déblais icitte en bas qu'y peut monter assez pour mettre la machine sur le tas pis creuser vers le haut au lieu de vers le bas. Le vois-tu? »
« Ouais, j'aime ça. »
« D'abord, c'est ça le plan. Go. »
« Allô. »
« Michael, Brotha-man. Ton argent est arrivé icitte vendredi, pis ton paquet de formulaires est arrivé aujourd'hui. J'appelle pour toute remplir pis soumettre ça. »
« Duran Bunch. C'est le Jour de l'An, pourquoi tu travailles? »
« Tu travailles, toi, non? »
« C'est vrai. »
« Comment je peux te demander de gérer ton argent si je travaille pas au moins aussi fort que toi? »
« Quétaine, bro, mais c'est pas de la bullshit. Même si t'as mis une genre d'alarme sur ton téléphone pour te réveiller entre deux shots de poudre Goody's pour le lendemain de veille, c'est toé qui m'as appelé, pas moé qui t'ai appelé. Ça, ça va dans ton dossier. »
« Chut, le dis pas. »
« Okay, on le passe. J'ai soixante pour cent, pis t'as quarante. Je gère le mien pis tu gères le tien. J'ai besoin de huit mille par mois net de ta part, pis je veux de la croissance. Tu fais ce que tu veux, sauf perdre. »
« Brotha, savoure ben le goût de c'te split-là. Soixante, quarante, ça va se revirer avant la fin de l'année. »
« Duran, je te gage des piastres contre des verrues de graine que je finis l'année avec le double de ton rendement. »
« Je la prends, la gageure, compte Street-Smart-Edge contre la maison, pis t'as choisi les pourcentages. Peut-être que si t'avais pris la moyenne pondérée en cash, t'aurais une chance, mais sur un terrain égal, aussi ben acheter ton acide salicylique tout de suite. »
« Ça me surprend pas que tu connaisses le traitement des verrues de graine. »
« Pis le traitement pour le cassé qui a besoin de m'emprunter de l'argent pour se bâtir une maison, c'est trois formulaires, CRA, Entente d'Options, pis Avis de Marge. Je te les ai envoyés dans ta boîte de réception. »
« Ouch. Fait que t'as cent cinquante tickers en lot balancé de lignés, faits pour me payer quatre-vingt-seize mille par année pis faire grossir le compte. C'est de l'ambitieux en tabarnak, Duran. T'es capable? »
« Ben, je veux pas de verrues de graine, fait que signe les formulaires pis renvoie-les-moi par courriel. J'vas commencer à trader là-dedans demain à première heure. »
« Verrues de graine à part, le plafond du prêt c'est comme un virgule trois sur les deux que je viens de déposer de la vente. Mais ça c'est le montant maximum. Toute l'idée, c'est d'emprunter pas plus que cinquante pour cent de la valeur pour me protéger des appels de marge dans un marché qui baisse. Faire travailler l'argent, pas la maison, mais le terrassement icitte va coûter un virgule trois à lui tout seul. J'ai déjà acheté les machines, ça c'est deux cent cinquante sortis de ma poche… »
« Pas encore, bro. T'es capable. Six cent cinquante pour commencer…. Six cent cinquante de marge de manœuvre… ça c'est ton un virgule trois. Tu grignotes ça avec l'érosion du salaire, Si jamais tu vends la maison, t'es correct… »
« On a écrit un deal en fin de semaine, mais j'ai un peu fucké ça aussi. J'ai pris un billet du vendeur. »
« Shit, man. C'est un bon instrument, ça. »
« J'aimerais ça pouvoir le compter dans mon année contre toi. »
« T'as eu quoi, sept, huit points? »
« Cinq. »
« Bro! Voyons, câlisse? »
« Ouais. J'avais un gars. Je me suis couvert. »
« Tu t'es couvert? »
« Faut que je la vende, c'te maison-là, Duran. J'ai besoin qu'a soit plus proche de la famille. »
« Ouais, je comprends ça. »
« Fait que, vous prenez-tu une location court terme ou un VR ou de quoi? »
« Nope. Je déménage dans le shed qu'on a bâti la semaine passée »
« T'as déjà un shed là-haut? »
« Ça fait un mois et demi, fait que ouais. Entrée, shed. On a commencé à travailler sur l'atelier aujourd'hui, pis la digue est prête à remplir avec les déblais. »
« Pourquoi bâtir l'atelier avec l'argent si serré? »
« J'ai pas acheté le matériel du shed, Duran. J'ai besoin de comme deux cents triples essieux de terre pour la digue, pis j'vas avoir ça avec l'excavation de l'atelier. »
« Faut que je vienne voir c'te place-là… »
« Attends, Stef m'appelle. --- Hey, Amour de Ma Vie. Attends une seconde, chu au téléphone avec Duran. J'vas fusionner l'appel --- Tout le monde est là? »
« Hey, Stef. Comment tu vas? J'ai entendu dire que vous avez vendu la maison. »
« Pas encore, Duran. On a accepté une offre. »
« As-tu déjà rencontré c'te gars-là? »
« Oh, je l'ai rencontré. J'ai entendu dire que vous avez une petite gageure dans les livres, vous deux. T'es mieux de faire attention. Tu l'as jamais rencontré, ce gars-là? Y vient de signer un contrat de deux millions de piastres de la main gauche avec un crayon de cire. »
« Fait que, je signe où tous ces formulaires-là, Duran? »
« C'est de la signature électronique, Sépia, mais je pense que tu peux changer la couleur dans un menu déroulant à la ligne de signature. »
« Cute, vous deux. Dommage qu'on puisse pas acheter des actions de Crayola. J'appelais juste pour prendre de tes nouvelles, mais je vois que t'es ben diverti. On se voit à la maison. Je t'aime. »
« Mon amour. »
« Tellement cute. »
« Ta yeule, Duran. »
« J'aurais jamais pensé que ça arriverait. Pourquoi t'es si en retard? »
« Ya, bossman. »
« Ouais, c'est ça. »
« Je suis arrivé à l'ouvrage avant toi. J'étais à la caisse chez Lowes quand vous deux êtes arrivés ensemble comme si vous aviez couché dans la même maison, pis Tanner, je t'ai battu par comme trente minutes, si tu comptes l'attente pour que le gars du stock me descende mon refroidisseur d'eau. »
« Refroidisseur d'eau? »
« Ouais, refroidisseur d'eau. On a pas encore de puits, pis j'ai trois semaines pis cinq jours pour équiper c'te shed-là, sinon j'vas être en ville au Marriott. »
« On dirait un peu plus qu'un refroidisseur d'eau. »
« C'est un début. Rentre-moé toute ça dans le shed, s'il te plaît --- Cody, je vois que t'es déjà sur la job pis que t'es dedans. T'as entendu mes instructions hier, pis t'es placé parfait. Assez frette pour toé? »
« Ouais, c'est ça. Je me gèle le cul, mais Cody grelottait comme un chien mouillé jusqu'à temps que la chaufferette parte. J'ai été obligé d'y empiler la terre un peu, mais y'a échappé de la terre en bas pendant quelques minutes, pis on s'est installés pour creuser d'en dessous. »
« Ya, c'est ben plus safe. J'ai quasiment basculé par-dessus quand j'ai ramassé une grosse roche. »
« Je vois ça. A'l'est grosse comme un quatre-roues. Bonne décision là. Débarque de la tablette pis coupe d'en dessous. »
« C'est chiant parce que la terre me pleut dessus, pis chu en train de me faire enterrer avec les déblais. »
« Ouais, je savais pas où les domper. »
« C'est correct. Cody t'a donné un peu d'avance pour que tu restes pas assis à attendre qu'y ait assez de tas pour charrier. C'te tas-là va te tenir jusqu'au dîner. »
« Ça s'en va où – la digue ou le pont de terre? »
« Faut remplir la digue en arrière, pis on peut pas être sûrs que c'est assez, fait qu'on va le charrier là-bas jusqu'à temps que c'te stock mou-là se tasse jusqu'au ponceau. Après ça, on remet un pied de nouveau là-dessus, pis on recommence à traverser pour le domper par-dessus l'arrière de la digue. »
« Je le dompe juste par-dessus le bord n'importe où? »
« Non. Direct par-dessus le côté sortie du tuyau du déversoir. Je veux au moins dix camions à benne là-dessus pour le garder bouché quand on va remonter la section icitte. Si l'eau tombe dans le tuyau, je veux que ça soit bouché de l'autre bord. »
« Compris. Direct dans le milieu. Remplir le trou. Veux-tu que je le tasse un peu une fois que ça commence à se remplir? »
« C'est dur à tasser là-bas. Ce trou-là est féroce. Dix camions à benne, c'est quelque chose comme trois cents chaudières de skidsteer pleines. À quatre minutes l'aller-retour, ça fait quelques jours de va-et-vient. Ça va prendre du temps. Mais oui, tasse-le à mesure que l'arrière de la digue s'allonge pis que tu peux descendre ou au moins monter dans le dos. Ça va être long. Lâche pas. Faut que j'aille aider Tanner icitte à partir. »
« C'est beau. »
« Fait que, mets les nattes d'isolant dehors une minute. Faut installer des prises pis de l'éclairage. »
« J'ai vu ça. Deux rouleaux de Romex? Cinq cents pieds? »
« Yup. C'te place-là va pas toute utiliser ça, mais le Romex, ça part vite. »
« Ouais, pourquoi planifier les runs pis faire le calcul? Ça serait niaiseux. Mieux vaut acheter la rangée au complet pis faire des réserves. »
« Je vois, c'est sarcastique la saveur du jour. »
« T'as pogné ça, hein? Tu déménages pour vrai dans c'te shed-là. Je pense que je savais que c'était vrai, mais - - - un air climatisé portatif – avec du chauffage. Comment y font ça, même? »
« C'est magique, mon chum. Une valve d'inversion. »
« Tout d'un coup, déménager dans un shed le trente janvier, ça a pas l'air si dérangé. »
« Oh, c'est dérangeant. Laisse pas le mini-frigo te tromper. Faut que je commande au moins huit autres batteries pis qu'a rentrent icitte pis soient balancées. Faut que j'installe trois fois plus de solaire, pis faut que j'isole c'te place-là, sinon y'a pas de quantité d'électricité qui pourrait la garder assez chaude. »
« Ça va être cozy. »
« Y'a dix ans, ça aurait pas été possible. Aujourd'hui j'vas le faire avec du chauffage pis de l'air pis un frigidaire. »
« Tu vas aller aux toilettes où? »
« Ça, c'est l'autre affaire d'aujourd'hui. Le permis de septique est rentré, pis Robby Giles s'en vient voir l'emplacement. On pourrait avoir un système septique d'une chambre installé d'ici quelques jours. »
« La toilette va pas geler? »
« C'est ça l'affaire. On a pas d'eau, fait que chaque flush va être versée d'une chaudière. Pas d'eau qui reste pour geler. »
« Pas convaincu, mais j'vas regarder. »
« Pour astheure, surveille c'te pile d'électrique-là. J'aime comment t'as empilé les catégories de cossins. »
« Grosse journée de dépenses. »
« Pas une cenne de gaspillée. »
« T'avais-tu vraiment besoin d'une plante? »
« Yup, j'en avais besoin. C'est comme mon canari dans la mine de charbon. Si c'te bébelle-là meurt avant que je rentre, c'est le Marriott pour moé, pis une genre de famille d'accueil pour Kitty. »
« On a un pitbull. »
« T'as vu ça, hein? »
« Une affiche au néon. »
« Ouch. »
« As-tu vu la face à Stef l'autre jour quand t'as dit ouch? »
« C'est de ta faute, mon petit tabarnak. C'est toé qui as commencé. »
« Hey, me blâme pas, t'es facile à programmer. Fait que c'est, Back to the howling old owl in the woods… Goodbye yellow brick road »
« Câlisse, le jeune. T'as même fait un thème. »
« C'est le fil jaune qui m'a inspiré. »
« Fait que, pour revenir au fil jaune dans la pièce, y va icitte sur ces muuuuuuuurs-là. »
« T'as pas de job de jour, mais laisse pas ça te tromper, chanter c'est pas ton fort. »
« Nope. Dire aux petits comiques où c'est que le fil va, ça c'est mon affaire. C'est deux circuits séparés qui arrivent sur ce mur-là. Un dédié au cas où je veux le café pis le micro-ondes en même temps, pis que le frigidaire part son compresseur juste à ce moment-là. De ce bord-citte, deux circuits encore, un dédié à la climatisation. J'ai besoin d'un plafonnier pis d'un ventilateur avec un interrupteur à deux voies à la porte pis icitte sur ce mur-là pour que je puisse avoir la lumière du lit. »
« Le lit? »
« Un futon. Mais on va pas le mettre avant un jour ou deux avant. »
« T'as d'autres prises en tête? »
« J'ai besoin de ces deux prises combo USB-là pour pouvoir charger le téléphone pis toute ça. Fait que deux prises de chaque bord en plus de celles qui sont déjà mappées. Pis un circuit dédié icitte dans le milieu de ce mur-là. C'est là que j'vas mettre la TV. Y'a un bout de coax icitte quelque part. Faut le passer en bas à travers la lisse du mur de colombages jusqu'en dessous du shed. J'vas faire transférer Directv à c'te adresse-là pis le faire installer icitte quelque part juste avant le déménagement. »
« Attends. Tu vas avoir du HVAC, un frigidaire, un micro-ondes, une TV, DirecTV, Internet, un cellulaire. Va-tu y avoir d'autres luxes dans ton voyage de glamping? »
« J'vas avoir un majordome. »
« C'est quoi c'te câlisse-là. »
« Tu penses que je fais des farces. Ben, Jeeves, Tu vas remplir mes chaudières de toilette pour la toilette dans la bouette qui s'en vient bientôt. Tu vas aller me chercher mes bouteilles d'eau de remplacement quand tu vas au Lowes, pis vous allez toute nettoyer mon plancher tous les jours parce que c'est facile pour moé de faire de la bouette sur le plancher par votre faute. En plus, j'ai pas de manière de cuisiner, fait que comme tu nous ramasses le déjeuner les jours de déjeuner, tu vas passer ta dernière heure d'ouvrage à aller chercher la bouffe que je commande. »
« Juste si j'en ai moi aussi, de la bouffe. »
« Deal. »
« Tu pourrais juste t'acheter un BBQ par exemple. »
« Ben non, câlisse! T'as-tu pas regardé les mêmes ours qui traversent le site quasiment tous les jours? Je resterai pas dans un shed avec un BBQ juste à côté de la porte. Pis ça c'est une autre affaire, Jeeves. J'vas avoir besoin que mes vidanges soient amenées au dépotoir assez régulièrement aussi. »
« Cody pis Rusty, y vont-tu avoir des corvées, eux autres, Pa? »
« Cody serait trop vite tenté de cracher dans mon jus d'orange, pis Rusty a une famille au complet à la maison. Chu pas sûr d'avoir les moyens de nourrir cinq faces par soir sur le menu du Ruth's Chris. »
« En ville? Si je vais en ville à Knoxville pour de la bouffe, je prends un plat pour Emily aussi. »
« T'es dans l'immobilier astheure, à renégocier après que le deal est conclu? »
« Non, pis tu peux pas parler de petits caractères quand ta tête était la seule page. J'oserais pas lire c'te bébelle-là de serpent. »
« Une fois que t'auras passé toutes ces fils-là pis posé les prises, commence à poser l'isolant. »
« Génial, de l'isolant. »
« c'est avec un pare-vapeur kraft au moins. »
« Qu'est-ce que ça change? »
« Un bord en papier. Si tu te mouches pas avec le bord rose, tu devrais être correct. »
« J'ai besoin de c'te job-là. J'ai besoin de c'te job-là. J'ai besoin de c'te job-là. »
« Cute. Une fois que les murs sont faites pis que les bords kraft sont brochés sur les colombages, prends c'te tape-là pis scelle les joints. »
« Prises, isolant, tape. Compris. »
« Okay, deux autres affaires. T'as besoin d'un trou dans le mur icitte de la grosseur pis de la forme de ce boyau d'évacuation-là pis de c'te clapet antiretour-là. »
« Malade! Je me demandais dans quelle pile mettre ça. Astheure je le vois. Quand la machine est fermée, y'a pas de circulation d'air, le clapet se ferme. »
« Le dehors reste dehors. Pis le clapet, c'est ça le truc. Ce Midea Duo-là fait le chauffage pis l'air, pis y'a l'évacuation pis l'entrée d'air toute dans un seul tuyau. Le secret, c'est le clapet à ressort. Y ferme dans un sens comme dans l'autre. L'air arrête de circuler, pis les lattes du clapet reviennent en place d'un coup. »
« Le sans-abri le plus au chaud en dessous du pont. Majordome, HVAC avec clapet. Le prix du shed a monté de combien avec toute ça? »
« Ben, le prix du shed a pas monté. Le Shed était fini. Ça, c'est la rénovation. Pas gratis par exemple. »
« C'est qui ça? »
« Mon chum, je le vois pas encore moi non plus. Ça sonne comme un gros truck par exemple. Probablement Robly. »
« Peux pas chanter, peux pas rimer. Une chance que tu sais te servir d'un ruban à mesurer. »
« Robby Giles. Septique. »
« C'est toé Michael? Moé c'est Robby Giles. Marshall m'a dit que t'avais besoin d'un champ d'épuration installé. »
« Yup, pis toé, t'es exactement ce que j'attendais d'une référence de Marshall Grays. Regarde-toé, man. T'es trop gros pour rentrer dans ma machine, pis c'te face-là. »
« Ma face? »
« Y t'ont-tu pris comme modèle pour tous ces t-shirts-là? J'ai jamais vu une face d'homme gelée en place de même par son sourire heureux comme je vois icitte devant moé. »
« On est toute les deux garantis par Marshall. Chaque gars qu'y recommande, c'est un gars avec qui y veut pu travailler. »
« Je l'aime, c't'homme-là. »
« Pis y pense ben du bien de toé aussi. C'est un vrai projet que t'as là. »
« Rien qu'un vrai gars de terre peut pas arranger. »
« J'ai vu le chemin que t'as faite. Ça peut pas être de l'ouvrage de pied-de-céleri, deux mille pieds de gravelle coincée entre une côte pis un ruisseau. »
« Laisse pas le chèque sur le dash en sortant, y va rebondir dehors avec toutes les bosses dans ces deux mille pieds-là. »
« Combien de pointes de flèche t'as trouvées? »
« Des pointes de flèche? »
« Ben oui. Ces côtes-là tout le tour faisaient un terrain de chasse de première quand les Cherokee avaient c'te terre-là. »
« On a trouvé un vieil alambic. Le réservoir était pourri, mais le serpentin de cuivre se voyait clair comme le jour. Quasiment vert néon qui brillait en dessous des broussailles. »
« Probablement qu'y en a ben gros de même par icitte, si tu regardes autour. »
« J'vas garder l'œil ouvert pour les pointes de flèche. »
« Voyons la job. »
« Ce pont-là nous place du bord du septique. Comme tu peux voir, les gars remplissent la ravine pour traverser le ruisseau. On va avoir un pont de terre de niveau là d'ici demain. »
« Chu resté assis à regarder le jeune dans le skidsteer tasser la terre autour du ponceau, là où la digue a lavé. T'as-tu assez de terre dans c'te coupe-là pour remplir le pont de terre pis le trou dans la digue? »
« C'est la beauté d'avoir ses propres machines. On creuse l'assise de l'atelier par étapes, on dompe les déblais par-dessus l'arrière de la digue, pis quand on a fini icitte, on ramasse le pont de terre pis on le dompe par-dessus aussi. Ça va nous prendre quelques semaines. »
« Ça coûterait une fortune si tu me le faisais faire. »
« Ça sera pas gratis de même non plus, trois semaines d'une gang de trois gars, le gaz – sans parler que j'ai été obligé d'acheter les machines. »
« Quand même, c'te chemin d'un quart de mille-là paye les machines pis plus. »
« Pas tout à fait, mais proche. Si j'ajoute le reste du chemin, la digue, pis deux assises de fondation différentes – icitte pis la maison qui s'en vient – y se payent toutes seules. »
« C'est quoi l'autre assise? »
« La maison. »
« Oh, d'abord tu vas en avoir assez pour remplir l'arrière de la digue, c'est certain. »
« C'est ça l'idée. »
« Fait que, j'ai appelé le comté, pis j'ai eu ton permis pis le plan qu'y ont dessiné. Où c'est que tu vois ça aller? »
« Juste icitte. J'ai mesuré cent trente pieds, pis je l'ai tracé entre les arbres. »
« Je le vois. C'est-tu une vieille botte de caoutchouc qui a poussé dans le pied de c't'arbre-là? »
« On dirait. Je l'avais jamais vue là. »
« T'as dû passer juste à côté en posant c'te ruban-là pour la ligne de remplissage. »
« J'imagine que oui – la concentration, je suppose. »
« Fait que, t'as besoin de moé pour quoi à c'te point-citte? Tu sais comment creuser. »
« Ben, Robby. Je sais comment creuser, mais je connais pas le septique. Je connais pas les inspecteurs, pis je sais vraiment pas ce que je sais pas. J'ai besoin d'un professionnel, pis c'est toé. »
« Ben, je vois que t'es prêt. Quand c'est que tu vas avoir le pont de terre de fait? »
« Y va être monté pis de niveau dans quelques heures. »
« Ben, Michael, je peux monter icitte demain avec le matériel pis la machine. Ça te va-tu? »
« Marshall m'a dit que j'allais t'aimer. »
« Y m'a dit la même affaire. »
« On se voit demain matin d'abord. »
« J'vas ramasser le réservoir pis la ligne de champ aujourd'hui, huit heures du matin c'est-tu trop de bonne heure? »
« C'est parfait. »
« Ben, on se voit là. »
« Mon amour, t'es-tu là? »
« Hey, chu au sous-sol. »
« Qu'est-ce tu fais en bas icitte? »
« Je prends ces vieux bacs-là pour commencer à paqueter mon she-shed demain. »
« Fait que, décidé. »
« Cute, même si l'offre tombe à l'eau, chu pas allée là-bas pour une journée d'ouvrage depuis le Printemps, pis aussi ben commencer quelque part – en plus, j'ai oublié ma bible dans le banc à l'église, pis je veux aller à c'te Dupont Baptist-là dimanche, pis mon autre Bible est dans le she-shed. »
« Y'a ben de l'ouvrage d'ici là. Les gars ont fait un progrès énorme avec le creusage de l'atelier, mon shedgri la a des prises pis du chauffage pis de l'air. J'ai commandé plus de solaire parce que j'ai besoin de plus de batterie si j'vas me servir du chauffage, pis le gars du septique commence demain. »
« Y'est comment? »
« C'est le jarret de jambon de ses propres feuilles de navet. »
« De la campagne, lu par le Yankee. »
« Nope, c'te gars-là est tellement de la campagne qu'y a un passeport spécial. »
« Y commence demain? »
« Y dit qu'y va chercher le réservoir pis les lignes de champ aujourd'hui pis qu'y va être là-haut pour huit heures. »
« Ça prend combien de temps? »
« Ça devrait être vite. Ça va probablement être creusé avant la collation, pis s'y font venir un inspecteur, on va avoir un système en début d'après-midi. »
« Voyons donc. »
« Yup, j'ai acheté la toilette en revenant aujourd'hui. J'ai acheté une dalle de pavé pour l'asseoir dessus. »
« Attends. Tu mets une toilette dehors? »
« Ben, ouais. »
« Ben, ouais, qu'y dit. Michael, on est en plein milieu de l'hiver. »
« J'ai trois semaines pour que c'te place-là soit prête pour rentrer. »
« Tu déménages pas dans un shed, Michael. »
« Faut ben. C'est de la propriété partagée. Tout le comté a de la proche parenté qui allait dans une bécosse. Je vas jamais m'intégrer si je le fais pas. »
« Tout le comté a pas c'te bombe à retardement en sac d'air-là sur le poumon. »
« On s'était entendus pour mettre ça de côté jusqu'après la construction. »
« Non, c'est toi qui t'étais entendu. »
« Même différence. »
« Différente différence. Différent monde, différent temps. Différente place. »
« Peut-être, mais le septique arrive demain, pis j'vas avoir la toilette installée d'ici samedi. »
« Tu vas pas vivre dans un shed, Michael. »
« Fait que, euh, c'est un mille de Romex de trop pis des restants d'isolant pour finir le shed dans les petits trous? »
« Ben, ouais. Le Romex, c'est facile à serrer. »
« Fait que t'appelles ça de la bonne planification? »
« C'est ça. Planifié jusqu'au dernier restant. On va acheter les nattes du plafond aujourd'hui. »
« Cody a dit que le frère à Meghan veut des heures. »
« Ouais? On aurait besoin d'un quatrième gars. Le dépôt est-tu passé aujourd'hui? »
« Y'est passé hier, juste après que tu l'as transféré. »
« J'aime ce système-là. Si tu me donnes la facture le lundi encore la semaine prochaine, j'vas payer le compte la même journée, pis on va avoir une routine. J'aurais jamais imaginé que ça marcherait si ben quand j'ai ouvert mon propre compte là. »
« C'est pas pour ça que tu l'as fait? »
« Ben, oui, mais j'imaginais pas transférer de ma propre banque si vite à Truist pis après ça à ton compte de paye toute dans la même heure. »
« C'est un monde numérique. J'ai commencé à montrer le système de factures à Cody. Ça l'intéresse pas. »
« Donne-y une journée ou deux. C'est pas un gars de paperasse. »
« Y prend des notes sur son téléphone. Y les texte, en fait. Des notes de journée. Regarde, Cody, creusé côte. 8. Rusty Creusé côte. 8rh. Tanner, téteux, 8. »
« Y'est drôle au moins. J'avais pas pensé à ça par exemple. On a besoin d'un ordi pis d'une imprimante pour que vous puissiez vous passer ça entre vous autres. Ajoute ça à la liste d'épicerie de l'isolant du plafond. »
« Ajouté. »
« Pis drôle c'est ben beau, mais c'est des documents corporatifs. J'vas texter la liste de matériel, pis tu peux aller chercher le stock. L'ordi, c'est ton premier actif de compagnie. Achète-le cash avec l'argent dans l'accoudoir de mon truck. Y'a cinq cents piasses là. Achète un laptop pas cher pis une imprimante portative. Garde la facture. Robby rentre dans la cour, là, fait qu'on va revenir là-dessus plus tard. »
« 'Jour, Michael. »
« Salut, Robbie. Tu sens-tu toujours de même? »
« Je pue-tu? »
« Non, man, t'arrives avec c'te sourire-là qui fait descendre toutes les bibittes du bois pour t'entendre parler, tu sens comme si tu sortais du panier de linge propre, pis un gars va le remarquer. »
« Avec toute c'te fumée de cigarette-là, chu surpris que tu sentes de quoi pantoute. »
« C'est un remède. »
« Je viens de faire partir mes gars, pis y s'entendent ben avec tes gars. Cody nous a passé ton laser rotatif. Les gars ont laissé le nôtre sur l'autre chantier. »
« Tu peux gratter une ligne de coupe avec une roche, mais tu peux pas tracer un égout inspecté avec un fil à plomb. »
« C'est une remorque pleine, ça, en bas. T'as-tu pas peur que quelqu'un monte la nuit pis te la vole? »
« Pas peur, mais y'a des affaires qui te forcent à gager. »
« Pourquoi tu te mets pas une caméra Ring comme les autres? »
« J'en ai une boîte pleine, vois-tu? J'aimerais juste ça que chaque besoin vienne avec son heure dans la boîte. »
« Chaque journée de ta vie a exactement vingt-quatre heures dedans, sauf deux; le jour où tu nais pis le jour où tu meurs. »
« Marshall m'a dit que t'étais prêcheur. »
« C'est un beau shed – de l'isolant dans un shed à outils. »
« Ça s'en vient, des lumières de galerie pis une chaise de parterre. »
« Tu déménages icitte? »
« En fait, on a vendu la maison en haut, proche de chez Marshall. pis j'vas rester icitte un bout jusqu'à temps qu'on ait bâti l'atelier. J'vas monter des murs temporaires dans l'atelier quand j'vas rentrer là. J'vas bâtir une salle de bain, pis chu caché dans le coton de luxe. D'ici là, c'est un bol dans la bouette, accroché à ton réservoir pis à ton champ. »
« Hein? »
« Chu pas prêcheur pantoute. La minute que ton égout est faite, j'installe c'te toilette-là dehors. »
« Dans la cour? A va geler. »
« On a pas encore de puits. C'est la flush à la chaudière de l'étang. »
« Tu me niaises-tu? »
« Non, man. J'ai trois semaines pis quatre jours pour rendre c'te shed-là vivable, pis ça c'est la toilette. Cinq cent quatre-vingt-douze heures à faire. »
« Ben, j'imagine que si c'te cactus-là a pas encore gelé, tu peux survivre toi aussi. »
« Je l'ai eu hier. »
« Achète-toi peut-être un thermomètre aujourd'hui. »
« J'vas texter Tanner. Y'est au Home Depot là. »
« Où c'est que t'as trouvé ces gars-là? »
« J'étendais de la gravelle dans le skid steer, cinquième jour, tout seul, gelé, à planifier, à manigancer, de la brume tellement épaisse que j'avais besoin de l'essuie-glace… »
« Toutes les meilleures affaires arrivent dans une machine. »
« Amen. Je travaille. Les petites étapes font les objectifs, pis la liste était plus longue que la tâche, pis si j'avais juste quelqu'un pour ôter les broussailles de mon chemin pendant que je gravelais vers elles, je pourrais continuer sans arrêter. »
« La machine, c'est de même. »
« J'allume une cigarette, pis l'habitude Facebook à Stefanie me revient en tête, pis je gratte mon écran avec une annonce pour y envoyer. C'est elle le shill pour ça. On a rencontré toutes les sortes de trous de cul en bas à Hardin Valley avec moé en avant. C'te fois-citte, c'est Stef la façade. »
« Tu suintes le Yankee, c'est vrai. »
« Un bon Yankee, qu'a dit. »
« Yankee. »
« Fait que je y envoie le texte de l'annonce, pis trois heures plus tard, l'essuie-glace est fermé, le soleil est levé. J'ai même l'air climatisé parti en décembre. C'est comme s'y avait sorti direct de derrière le vieux Chêne là-bas »
« C'te place-là a l'air spéciale de même, c'est vrai. »
« Pis là, me v'là à essayer de trouver une planche ou un madrier pour faire un bureau par-dessus la barre de sécurité pour faire les heures pis les taxes sur la paye pis les W2 pis l'assurance accidents de travail, pis l'idée m'a fessé dans la face, épiphanie. L'envoyer au comté. Avoir une licence de rénovateur, limite de vingt-cinq mille, charte corporative, compte de banque, mon avocat Deno peut toute y arranger ça, pis le laisser gérer ses propres heures, ôter les broussailles de mon chemin. Je y montre la base, pis chu libre de graveler le prochain bout d'entrée. »
« Pourquoi pas juste partir ta propre compagnie? »
« Même problème de bureau. J'ai ben des piles pis pas assez de place. J'ai des propriétés à gérer, une maison à vendre, une maison à bâtir, de l'ouvrage financier… »
« Des cigarettes à fumer. Les overalls sentiront pas le linge propre si je reste assis icitte toute la journée. »
« Bonne idée. Assure-toé que ma marde roule en descendant. »
« Hey. »
« Hey. »
« Comment ça va là-haut? »
« Chu content que tu le demandes. »
« Si pire que ça? »
« Pas pantoute. Je vibre quasiment tellement c'est bon. Cody a faite les bancs du mur, du haut jusqu'en bas – les quatre bancs. »
« Bon début. »
« Y'a frappé du dessus de schiste, pis deux, trois tout petits affleurements sur la tablette du bas, pis y'a frappé de la roche bleue dans le fond. Y'a des sources qui suintent partout. On va avoir besoin de louer un marteau à roche, défoncer une tranchée dans le fond de l'atelier pour égoutter l'eau, mais pas avant de creuser trois pieds de creux à travers toute la plateforme, la descendre au niveau du dessus du pont. »
« Je comprends pas un mot de ça. »
« Ça veut dire que c'te place-là arrête pas de donner. Première journée sur la terre neuve, pis chu assis sur un billot à l'étang, ça m'a pris quarante-cinq minutes pour marcher jusque-là tellement c'était épais. Chu allé acheter deux machines pour me battre un chemin. J'avais une heure de lousse, pis j'ai trouvé un maçon de pierre pour m'aider avec le pont que juste ma tête pouvait voir. Cinq jours plus tard, chu assis dans le skid steer, pis Tanner se matérialise. C'te fin de semaine-là je me sentais coupable d'avoir du temps de lousse, pis une remorque pleine de bois se pointe. Cody arrive. Le shed se bâtit. Après ça le solaire. Pis astheure c'est une face de t-shirt life's-good qui se pointe sortie du seul bon coup de chance qu'on a eu à Hardin Valley, vingt-quatre heures après que j'ai frotté la lampe, pis en dedans d'une journée le gars a un égout de creusé pis un réservoir de mille gallons déjà dans la terre. On fait les connexions, pis on a un trône dans notre royaume. »
« Royaume, hein? »
« Je contextualise. »
« Fait que, bonne journée. »
« Quarante-deux et demi, peut-être. »
« C'est mieux que quarante-trois. Ben sûr, tu vas être en prison. »
« Voyons, câlisse? »
« Le relevé de banque montre un retrait de cinq cents piasses après l'autre. T'es un rapport SARS sur deux pattes. »
« C'est pour ça que j'ai fait toute l'affaire de licence, de corporation, de compagnie avec eux autres. »
« L'apparence, c'est la réalité. »
« Pis la réalité, c'est que rien est ce que ça a l'air. »
« Fait que, où c'est que tu veux tout ce bois-là? »
« Chérie, Tanner est revenu. J'vas te parler du laptop qu'on vient d'acheter plus tard. »
« Un laptop? Laisse faire. Tu y as acheté un laptop. Probablement cash, right? »
« Man, t'es ben plus le fun les jours d'ouvrage. »
« Va me bâtir ma maudite maison. »
« Mon amour. »
« Mon amour. »
« Tellement cute. »
« Ta yeule, Tanner. »
« L'écoute pas, mon chum. A'l'est juste aigrie, a peut pas me pogner dans ses petits classeurs. »
« Ce stock-là s'en va où, man? »
« Oh, les tâches arrivent pas assez vite pour toé? Ben, tiens. Mets le R19 icitte dans le shed. Prends tout le bois de charpente pis le contreplaqué en bas à la remorque – c'est pour des tablettes dans la remorque, pour que mon laser rotatif pis mes autres fra-gi-lé se fassent pas détruire par vous autres, les singes, qui garrochez toute partout… »
« C'est pas moé… »
« Un pour tous, tous pour un. »
« Doucement, d'Ar-tag-c'est-toé… »
« c'est vous autres toute, Tanner. C'est pas ma règle à moé. C'est la réalité d'un partenariat. »
« Fait qu'eux autres jouent avec leurs joysticks, pis moé je décharge quarante-huit blocs de ciment, trente deux-par-six, dix morceaux de contreplaqué, pis toute le reste - pis c'est pour quoi le thermomètre? Y fait frette. C'est toute. »
« Mets-les dans la chaudière du skid. Rusty va les monter là-haut pis ces deux-là peuvent se servir des crics bouteille pour lever chaque coin du shed pis placer les blocs en dessous – pendant que toé tu frottes ton fil à travers les chevrons pour me poser un ventilateur de plafond. Le thermomètre va en dedans de la porte. Visse-le. Quand t'as fini, monte le support du ventilateur, passe le fil, pis isole le plafond. Ça devrait être le fun avec le plancher qui penche partout pour les gars des blocs. Moé je sacre mon camp. Faut que j'aille chez Cherokee Group voir s'y vont me bâtir une maison. »
« Bonjour. Moi c'est Emma. Pourquoi t'es assise toute seule dans le milieu? »
« Moi c'est Stefanie. C'est ma première fois icitte pis je savais pas qui s'assoit où. »
« Oh, on est pas si formels que ça. Quelle belle robe! »
« Merci, Ces cartes de recettes écrites à la main icitte disent que je me suis assise à la place d'une bonne cuisinière. »
« Oh, ma chouette. C'est les choix de repas du milieu de la semaine. On fait des tours, pis c'est pas tout le monde qui connaît les recettes. »
« C'te église-là est magnifique. Le poêle à bois en fonte a l'air d'avoir été installé en même temps que la bâtisse. »
« On l'a restauré l'année d'avant l'année passée. Comment vous nous avez trouvés? »
« On a acheté une terre juste en haut de la rue, pis j'ai été attirée icitte à la seconde où je l'ai vue. »
« Pis t'es descendue aussitôt que t'as eu une place pour rester là-haut? »
« Non, ça fait tout le mois que je prévois venir, mais on reste encore à Hardin Valley. »
« Fait que t'as fait une heure de route juste pour venir nous rencontrer, t'as pas de plans après? »
« On fait chez Mamaw un dimanche sur deux, mais c'est la semaine off – c'est qui, tout ce monde-là? »
« Ça, c'est Mamaw Mernie pis ma petite fille Bernice pis ça c'est Larry – Arrêtez de fixer, vous autres, pis venez icitte. C'est Stefanie. A vient d'acheter Trail Holler, pis a se bâtit sa maison là-haut. »
« Bienvenue, madame, moi c'est Bernice. »
« T'es une femme faite, Bernice, pis j'ai plus de chances d'aller magasiner des robes avec toé que de mériter un madame. »
« Bienvenue, Stefanie. »
« Ben voyons, colle-la, Bernice. Fais pas ta formelle. »
« Moi chu le chef de chant, Larry. Bienvenue. »
« Ça c'est un câlin écoeurant, Larry. Pas de madame là-dedans. »
« Non, madame. »
« La tranquille en arrière, là, c'est Mamaw Mernie. »
« Ma Mamaw aussi s'appelle Mernie, Myrtle! »
« Bienvenue, Stefanie. On va être ben fiers d'être avec toé - pis ta Myrtle - quand tu voudras. »
« Mamaw est icitte astheure. Elle est partie l'année passée. »
« Pis vous vous réunissez encore toute la gang un dimanche sur deux chez elle pour le souper? »
« Oui, madame. »
« Tout le monde - mon doux que vous êtes bruyants à matin - tout le monde, j'aimerais commencer le service d'aujourd'hui avec une présentation. Souhaitons la bienvenue à Stefanie, Bernie me dit que son nom veut dire les murs autour d'une ville pour protéger la congrégation. Bienvenue, Stefanie. »
« Mon chum, t'es pas juste arrivé le premier, la machine est chaude, t'as tout le coin d'en arrière descendu au niveau, pis la terre est empilée tout le tour de toé comme un p'tit gars à Noël. »
« Ouais, le bébé m'a réveillé, pis chu juste descendu, pis j'me suis mis à travailler »
« Toute une marche dans le noir pour monter, hein? »
« On venait chasser icitte pis pêcher. Ça fait souvent noir, mais c'te gravelle-là, ça te mêle les sens. »
« C'est tout? »
« Un peu. »
« Salut, Tanner. Des heures de banquier? »
« Y'est 7 h 30. »
« On est des Schtroumpfs. »
« Fait que, euh, t'as poinçonné à 6 h 15 »
« Ouais, j'ai commencé à travailler, pis j'ai réalisé que j'avais oublié. »
« Faut que tu fasses attention – le temps supplémentaire. »
« En fait, les gars. Vous êtes pas des employés à l'heure. C'te horodateur-là, c'est juste pour que vous sachiez comment me facturer. »
« On paye à l'heure par exemple. »
« Comme j'ai dit, ça c'est à vous autres, mais les propriétaires ont pas de temps supplémentaire. »
« Pas de temps supplémentaire, bossman? »
« Ça c'est à vous autres. Tanner, on va s'y mettre sur c'te shed-là, Cody a la fenêtre ouverte en haut pis y laisse sortir tout l'air chaud. »
« L'air chaud rentre très ben, lui. »
« Ouch. »
« Fait que c'est l'isolation du plafond aujourd'hui. »
« Ça pique. »
« Envoye, à l'ouvrage, piquant. »
« Cody, oublie pas de graisser la machine quand Rusty va arriver. Le godet grince. »
« On a-tu de la graisse? »
« Fait que, euh, je l'ai ramassée hier. Est sur le côté droit de la remorque. »
« Attention. Celle-là a l'air en tabarnak. »
« Wow, c'est vrai, Tanner. »
« C'est le temps de l'année. »
« Quel temps? »
« Y se préparent à mettre bas leurs oursons. Grasses, fatiguées, bougonneuses. »
« Bon oeil. Garde-la à l'oeil. Let's go, mon frère. On a de la marde à faire. »
« Hé. Devin a texté. Y dit qu'y va être là à neuf heures. »
« J'ai hâte de le rencontrer. Envoye, Tanner. »
« Fait que, le ventilateur de plafond est énorme, soixante-douze pouces dans une pièce de douze pieds de large. »
« Ça a l'air d'une question. La maison a besoin de ventilateurs, pis j'vas en avoir besoin d'un dans c'te shed-là quand l'été va arriver – doctrine de la pierre unique. »
« Faire d'une pierre deux coups. Dis-le donc. »
« Nope. »
« Tu tords pis tu revires chaque mot. Ça te tanne pas? »
« Nope. »
« On va-tu finir par revenir sur c'te poignée de porte-là? »
« J'vas la laisser là un boutte. Une chance pour moé de faire un bon sermon quand j'vas la trouver défectueuse. »
« Réparer la serrure avant que tu la remarques languir, check. Pis deux, retirer le pied de dans la bouche. »
« Languir, hein? »
« Souffrir par négligence, à. »
« Compris, Larousse. Y'a un plus gros point icitte en fait. Remarquez qu'on a sacré là l'architecture des 1099. Savez-vous pourquoi? »
« C'est un piège. »
« Bien essayé, Tusty, mais c'est le mot, piège, qui compte icitte. C'est pas un piège pantoute, en vrai. Le piège, c'est les épais qui abusent de la pratique sans même savoir ce que ça veut dire, pis leur 1099 se blesse sur la job. La poursuite va te montrer tes erreurs pas mal vite. »
« C'est à ça que sert le workman's comp. »
« Une claque icitte servirait pas la cause, mais s'il vous plaît, mettez-en une dans votre dialogue intérieur, j'ai de la vraie ouvrage à faire. Écoutez ben. Le Workman's Comp vous couvre pas pour la fraude, pis y vont vous tester si vous faites une réclamation. Ça c'est la version courte. L'État, pis donc le gouvernement fédéral, ont des règles pour ça. Une liste simple. Ton 1099 a-tu ses propres outils? Ton 1099 fait-tu son propre horaire? Ton 1099 soumissionne-tu ses propres jobs? Tu dis-tu à ton 1099 où être pis quand être là pis comment faire l'ouvrage quand y arrive? Pis là, le gros morceau : Ton 1099 peut-tu perdre de l'argent?
« Je le vois. »
« Toute? »
« Si un 1099 peut pas perdre d'argent sur ce projet-là, ben le 1099 est un employé. »
« C'est ça, Tanner. »
« Whoa, salut Robby. Je t'ai même pas entendu rentrer. »
« Chu monté à pied avec Rusty. »
« Lui, je l'ai entendu. C'est ça le trou dans le filet. Comme la chatière qui laisse rentrer le suisse dans la gueule du chat. »
« Ouais, c'est ça. »
« Sapristi, toute la gang est là dehors. Qui c'est qui a l'encens? »
« J'espère que vous écoutiez, les gars. Ce bon monsieur-là a de la sagesse. »
« Ouais, je t'ai entendu, bossman. Compte là-dessus. »
« Cet homme-là a déjà été dans le noir, éprouvé pis instruit, fait que quand y l'envoient vous chercher, y connaît le chemin pour sortir. »
« Qui c'est qui paye qui icitte, Robby. Tu montes icitte pour m'apporter une facture, pis tu me lâches ça sur les genoux à la place. »
C'te Yankee-là pense y va me prendre mon gars, y donner plus que moé j'ai à donner, pis tout d'un coup y'est le Deddy du p'tit? Pas mon gars. Mon gars y'est loyal. « T'entends ça, mon gars, t'es loyal. »
Toute ma vie j'reste dans c'te vallée-là, pis j'le mérite aussi. J'le mérite en montant comme on a toute monté – jamais vivre plus haut que d'où j'viens, jamais faire mon frais, j'paye mon dû. C'te Yankee-là monte icitte, y pose une toilette dans la bouette, y baisse ses culottes pis y pense qu'y fitte astheure. Lui y lit le Wall Street Journal par exemple, peut pas rester vrai pis lire le Sears Robuck. « Mon gars, tu m'niaises pas, hein? C't'homme-là a une bécosse au soleil? »
« Non, Deddy. Je niaise pas. Y dit qu'y faut qu'y le fasse. Faut qu'y fitte. »
Y'a pas de gars à lui, y pense y va prendre le mien. Pas Cody. Cody y'est loyal comme j'dis. Cody y r'garde pis y écoute, pis c'te p'tit-là y revient à maison m'dire toute c'qu'y voit. Menacer mon gars. Tu t'prends pour qui? Astheure tu vas payer, on va r'prendre le creux, pis toé tu vas aller rester avec Pedro, un autre gros boss qui pense y vient icitte pis y prend, prend, prend, faut faire toutes les accommodations juste pour que tu t'sentes chez vous. « Mon gars, viens su'a galerie pis dis-moé c'qu'y a dit. »
« Deddy, chu en train de finir c'te cordon de calfeutrant-là, c'est pas facile. C't'homme-là a raison. Ça a resté dehors dans l'gel trop longtemps. »
« Ça aide pas que t'as pas de fusil, pousse-le avec un bâton. C't'homme-là y'est paresseux. Des semelles lisses, ça dit toute. Y te dit de jeter ça, que c'est pas bon. » Y montent icitte avec leurs chars de magie noire pis leurs manières de gros cash, y disent à un homme de gaspiller c'qui fait qu'y manque de rien drette là, drette astheure. »
« J'pense que c'est correct, Deddy. »
« C'est correct. Redis-moé c'qu'y a dit, pourquoi y t'a mis ces papiers-là su'l dos. Y dit qu'y veut pas s'asseoir dans l'skid steer faire des chèques de paye, fait qu'y te force à faire les tiens. Dis-moé comment y'a dit ça pour le temps supplémentaire. Y peut pas refuser de te payer ton temps supplémentaire. C'est un nouveau crime drette là. »
« Bill. »
« Qu'est-ce que le câlisse? »
« J'm'en allais au Exxon pour des cigarettes, pis j'ai vu ton van. Fait que c'est ça, le centre communautaire. »
« Yup. C'est icitte que tu vas venir voter c't'automne. »
« J'ai vu la place mon premier jour icitte. Tu peux me montrer l'intérieur? »
« J'ai pas de clé, mais plus important, si ma cousine Emma revient pis que t'es encore là, a va te mettre sur la liste des dons avant que j'aie le temps de dire, bless your heart. »
« C'est Stef - - - Allô. »
« Allô. Qu'est-ce que tu fais? »
« Oh, mon chum. »
« Tant que ça, hein? »
« Pis plus. Chu debout dans le stationnement du centre communautaire avec Bill Thompson. Pis une avalanche vient de me tomber dessus. »
« Y neige là-haut? »
« Oh, non. C'est des plages de sable blanc pis de l'eau tellement claire que je peux voir toute ton aria du dimanche. La madame que t'as rencontrée à l'église dimanche, c'est la cousine à Bill. »
« Oh boy! Pis astheure que j'y pense, tu devrais rester pour la visite. Stef, tu viens? »
« Pas question, Michael. Sacre ton camp de là. T'es pas prêt pour Emma encore. Ça va prendre pas mal plus qu'une bécosse au bord de l'étang pour mériter ce genre de références-là. »
« Bill, tu textes qui? »
« Sacre ton camp de là, Michael. C'est-tu pas ta mère que j'entends t'appeler? »
« Sa mère est morte. »
« Justement. »
« Bien essayé, Bill - - - Chu dans le truck. Mode lancement activé »
« Est écoeurante. Je te le dis. Mais est pas prête pour toé encore, pis multiplie-la par Bill, pis ça fait des grosses maths. »
« Sainte marde. A l'était dans l'église. A sort par la porte d'en avant, le téléphone à la main. »
« Oh boy. C'était moins une. »
« Je veux dire, ça serait pas la fin du monde. »
« Non, pas ça. Je veux juste te présenter – dans un environnement contrôlé. T'es sauvage. Tu serais six piastres creux dans ton gag d'insulte caricature, pis tout d'un coup, dimanche, je laisse mon plat pas touché. »
« 7 h 45, pis les quatre icitte avant moé. Y nous manque juste le baril à brûler pis trois pouces d'accotement de plus. Quatre chars stationnés dans l'entrée, pis j'ai à peine réussi à passer c'te bête-là. »
« Salut, bossman. »
« Bon matin, Cody. »
« C'est Devin. »
« Salut, Devin. Bienvenue à bord. Rusty, tu veux un lift en haut de la côte pendant que je m'en vas par là? »
« Ouais, c'est ça. »
« Euh, pis nous autres? »
« Vous êtes toute correct. C'est juste qu'y s'en allait par là, pis je voulais l'arrêter. »
« Ouais, chu partant. »
« Fait que, tout le monde, qu'est-ce qu'y a à l'agenda aujourd'hui? »
« C'est toé le boss. »
« Nope, moé chu le propriétaire. Vous autres, vous êtes les boss. »
« Correct, ben, moé pis Cody on a ben parti le pad hier, pis le pont de terre est au niveau d'un bord à l'autre du ravin. Ça a l'air un peu bas, mais quand le pad va être coupé juste au-dessus de l'élévation de la fosse septique, ça va être au niveau des deux bords. »
« Presque fini? »
« On va probablement sortir toute la terre pis la mettre par-dessus l'arrière du barrage aujourd'hui. »
« Les bras pis les mains en dedans du manège pour les six cents pieds au complet. Tanner, le shed est-tu isolé? »
« Euh, Devin a aidé avec ça après que t'es parti super de bonne heure hier. »
« Oh, j'ai dû oublier de poinçonner ma sortie ou quelque chose. »
« Signe ta sortie au moins. Je t'attendais tout l'après-midi. »
« Okay, bon point. Au moins dire à mon p'tit chou icitte que je m'en vas. Si quelqu'un d'autre a senti mon absence, y'a besoin d'excuses. »
« Nope. »
« Nope. »
« Pas moé. »
« Ben, mon chou. J'imagine que c'est à toé de montrer ton ouvrage – plutôt que mon manque d'ouvrage. Devin a aidé. Continue de là. »
« Devin a aidé avec l'isolation du plafond, pis on a tapé chaque joint. Le ventilateur de plafond est installé, pis y va te sortir de la pièce si tu le mets à high. »
« Mon genre de ventilateur de plafond. Bon ben, les gars, le manège est fini. À vos postes de combat, pis moé j'vas faire le tour du chantier. Rusty. Ce barrage-là a l'air écoeurant! T'as nettoyé ma place de parking un peu aussi, à ce que je vois. »
« Ouais, fallait le niveler en arrière pour que j'aie pas à faire le tour du Hummer avec chaque voyage. »
« Une fois qu'on va avoir fini les allers-retours, j'vas me stationner proche du shed de toute façon. On peut se gratter une place en arrière de l'affaire, pis je serai pas dans le chemin de l'ouvrage. »
« Fait que, euh, Tanner. Le shed est à jour? Je vois d'icitte qu'y l'ont levé sur les blocs hier. »
« Toute ce qu'y avait sur ta liste est fait. »
« Vous avez été productifs hier, les gars. Descendons toute la gang à la remorque. Un dernier petit bout de logistique de chantier avant qu'on passe au shed étape trois. »
« J'ai-tu besoin d'outils? »
« Non, Devin, ce gars-là est assez outil de même. »
« Ouch. »
« Fait que, questionne pas où est-ce qu'y est. »
« C'est ça, Tanner, ni mes qu'est-ce-tu-fais non plus. Dit simplement, t'es son boss à lui, pas le mien. »
« Je le referai pas. »
« On verra. J'ai une autre ronde de rappels en file quand t'auras besoin d'un neuf. Fait que, ce qu'on fait avec la remorque, c'est qu'on tasse toutes les outils d'un bord ou dehors, dépendant de l'espace qu'y faut. Le beau de l'affaire, c'est que vous allez jouer avec toutes les bebelles. Tout le monde travaille sur la remorque pour que tout le monde sache avec quoi on a à travailler. »
« Ouais, c'est ça. »
« Ça amène la leçon corporative du matin. »
« Le ménage du printemps en langage de bureau corporatif. »
« Le v'là, Devin. Y fitte drette dedans. Le plan de cours, c'est le légal. Le sujet, c'est la liste du test des 1099. Titre : ton 1099 a-tu ses propres outils? »
« Bossman, t'as pas donné toutes ces outils-là… »
« Ralentis ton roll. Ces outils-là font partie du sujet, mais… au travail les gars. C'est pas un amphithéâtre. J'ai pas besoin de huit globes collants qui me fixent. Prenez les affaires pis mettez-les aux places. On a besoin d'un mur de remorque au complet libre pis dégagé pour qu'on puisse bâtir des tablettes. Chaîne de chaudières. Moé j'vas chanter pendant que vous travaillez. »
« Passe-moé mes sets de ratchet en premier. »
« Cody a mangé des oeufs pis du bacon à matin, a nourri le cynique pis l'a fait marcher à plein sur tous les sens, avec un petit brassage de dernier nerf pour sucrer le pot »
« Christ, Rusty! Sors dehors avec c'te marde-là! »
« J'vous l'avais dit que c'te gars-là pouvait lâcher un pet. »
« Pas moyen que je survive à ça. Pas moyen. Écoutez ben, ou ben je vous enferme là-dedans avec ça. Y'est 7 h 53 pile. Faut sortir le stock. Rusty pis Cody vont retourner dans leurs machines respectives – changez de siège aujourd'hui. Je veux voir Rusty creuser. Tanner pis Devin vont bâtir des tablettes, pis tout le monde va se retrouver icitte pour remettre les outils. »
« Ouais, c'est ça. J'étais tanné de tourner en rond de toute façon. »
« J'ai peur d'embarquer dans c'te machine-là, de la manière qu'y pète. J'aimerais quasiment mieux être pogné dans la remorque avec un frais que dans c'te skid-là avec cent vieux. »
« Fait que le papier tournesol demande, ton 1099 a-tu ses propres outils. La réponse drette là, c'est non. Mais, Tanner, aujourd'hui l'affirmatif commence. Quand tu vas aller au Home Depot pour la run du matin, je veux que t'achètes un set de ratchet à Cody icitte. Pis chaque jour quand on va aller chercher le maudit kossé qu'on a oublié la dernière fois, je veux que t'achètes un outil neuf pour la compagnie. Pas long qu'on va arrêter d'être pleins de marde. »
« Fait que, pis la question de l'autonomie? »
« Un frais, c'est ça la demande. J'vas vous les accumuler. Répétez après moé, les gars. Je surfacturerai pas le bon monsieur en niaisant avec ce projet jetable-là. Je vais travailler avec diligence pis professionnalisme, l'oeil sur apprendre mon outilventaire, pis revenir à l'ouvrage prioritaire aussi vite que raisonnablement possible. »
« Le chat s'en va. Soyez pas des souris. »
« Devin. Vif comme une punaise. Le reste d'entre vous avez de quoi? »
« Désolé, bossman. Je travaillais pis j'ai manqué le dernier bout. »
« Ouais, c'est ça. »
« On a une semaine pour faire ça. Après, c'est tout le monde à Hardin Valley pour deux semaines à paqueter. Moé j'm'en vas aux toilettes. Le back-office m'appelle. »
« Allô. »
« Allô. »
« T'appelles de plus en plus de bonne heure chaque jour. »
« Les gars sont en ligne, pis y sont dedans. Je m'en vas visiter le trône pour les runs inaugurales… »
« T'es tellement dégueu. »
« Sainte Christ! Les ratons laveurs m'ont battu. Attends, faut que je prenne une photo de ça. »
« Les ratons laveurs ont chié dans ta toilette? »
« Attends. »
« Si tu m'envoies une photo de marde de raton laveur, j'appelle quelqu'un. »
« Envoyé. Fait que, les gars sont partis. J'ai des affaires de côté icitte, pis après au shed pour mon premier matin de bureau depuis novembre. J'ai une place pour travailler, Stefanie. C'est pus un hôpital de campagne à ciel ouvert. »
« Awww, regarde leurs petites traces de pattes pleines de bouette. Je les vois d'icitte, "qu'est-ce que c'est c'te patente-là, Lenny?" "Le gars nous a bâti une station pour laver notre manger, George." »
« Je le vois. Mais j'ai besoin d'essuie-tout sur la liste, c'est sûr. »
« Ouais, t'en as besoin. Y ont monté une pièce de théâtre au complet là-dedans hier soir. »
« Fait que, le tube est arrivé à matin. »
« Le tube? »
« Yup, les plans de la maison qu'on a commandés sont arrivés par la malle, garrochés dans l'entrée parce qu'y rentraient pas dans la boîte aux lettres, pis j'ai hâte de les dérouler. Prochain point à l'ordre du jour pour moé, c'est plaquer du contreplaqué pis me garrocher une table. Après, faut que je passe la liste d'appels à froid des entrepreneurs. »
« C'est-tu le temps pour ça? »
« J'ai des plans. J'ai des permis de septique. Tu veux pas supplier Mike Maddron, fait que faut que je bouge. Faut aussi que je trouve quelqu'un pour faire le shotcrete du mur-banc au siège de l'atelier. »
« C'est-tu fait, ça? »
« Presque. Après, j'ai besoin de tuyaux de ponceau pour le déversoir. Le barrage a l'air écoeurant réparé. Je réalisais pas à quel point c'te ravinement-là était gros pis creux. Ça avait littéralement creusé un trou dans le bord d'en arrière jusqu'au pied de l'affaire. »
« Y va-tu s'écrouler? »
« Y l'aurait fait d'icitte quelques années, c'est sûr. On a mis des camions-bennes pleins de déblais là-dedans jusqu'astheure. Quand on va déplacer le tuyau du déversoir, ça va être réglé. »
« Pourquoi t'as sorti un autre cinq cents à matin? »
« Tu m'audites-tu? »
« Non, Michael. Les déclarations SAR, c'est une vraie affaire. Si tu sors dans nos dossiers, j'ai des réponses à donner. »
« T'es une enquêteuse fiscale de l'État, Stef. »
« Le bureau à Phil, Michael. »
« Y'a des affaires qui prennent juste du cash. »
« Correct, prends des notes. »
« J'ai pas besoin. Les factures me disent ce qui s'est passé chaque jour. Si quelqu'un demande un jour, je fais les références croisées entre les retraits pis les tâches de la journée, pis j'ai la réponse. »
« C'est quoi la saveur du jour? »
« J'ai sorti du cash pour que Tanner puisse acheter un outil chaque fois qu'y va chez Lowes. »
« C'est quoi l'affaire? »
« Y peut pas le mettre comme actif de leur compagnie s'y l'ont acheté sur ma carte de crédit. »
« Ça, c'est de l'évasion fiscale, c'est sûr. »
« Non, Stef. Les outils sont pas déductibles. C'est de l'échelonnage. Littéralement. J'vas y faire acheter une échelle. »
« T'es pas drôle. »
« Tout est prêt, bossman. »
« Salut, Cody. Je t'ai pas vu monter. Graisse les machines. J'arrive dans une minute. »
« Faut que j'y aille de toute façon. Prends des notes, Michael. »
« Je t'aime. »
« T'es mieux. »
« Tellement cute. »
« Ta yeule, Rusty. Cody, t'es-tu installé avec c't'ordi-là hier soir? »
« Tanner l'a laissé, mais Lonnie l'a eu en premier, pis y l'a échappé, drette de même. L'écran est cassé. »
« Câlisse. On est mardi, mon chum. Faut que tu me donnes les factures pour que je fasse le dépôt, pis que la banque puisse te payer vendredi. »
« Tu peux juste payer cash. Chu sûr que ça dérangerait personne. »
« C'est pas si simple, Cody. Si on saute une semaine de paye à la banque, toute l'affaire est encore décalée, pis faut se remettre sur la track. »
« Désolé. »
« Ouais, désolé, ça compte. Des accidents, ça arrive par exemple. Faut que tu me dises ces affaires-là par exemple pour que je puisse m'en occuper. »
« C'est pas ta responsabilité. La compagnie est à nous autres. »
« Okay, l'as-tu dit à Tanner? »
« J'ai oublié. »
« Fait que pas d'appel hier soir pour avertir quelqu'un. Oublié à matin. Une chance que j'étais en train de jaser avec toé, sinon j'aurais pas le temps de tout lâcher sur mon horaire pour une run au Walmart pis passer ce qui reste de ma journée avec Tanner à tout réinstaller sur l'ordi neuf. »
« Tu pourrais juste payer cash c'te semaine. »
« Cody --- Embarque juste dans la machine. »
« Allô. »
« Allô. »
« Encore toé? Je pensais que j'avais bloqué ton numéro. »
« C'est le seul compte à mon nom. T'as besoin de ma permission pour bloquer mon numéro. »
« C'est pas de même que ça marche. »
« Ouais, chu distrait. »
« C'est-tu le Hummer que j'entends en arrière? »
« Y'est silencieux, chérie. »
« Pas quand la fenêtre à fumer est ouverte. »
« Tu manques-tu de quelque chose? »
« Nope. Pis le plus récent retrait de cinq cents piastres, c'te fois-là au Region's sur Chapman Highway, avec ta voix, pis ma confusion parce que je m'attendais à ce que t'appelles pour réclamer mon espace de bureau astheure que tu le vois sur les plans, pis je me dis qu'y a de quoi qui se passe. »
« Lonnie a échappé l'ordi hier soir. Y'a cassé l'écran. Fallait que j'aille en chercher un neuf vite pour qu'y puissent soumettre la paye pis être payés vendredi. »
« Michael. T'as payé cash pour l'ordi d'hier. Y ont un reçu pour un ordi. Qui s'en sacre si t'as à en remplacer cent, t'as pas besoin de payer cash à chaque fois. »
« Oh, Christ! Celle-là m'a pogné dans le rush. Je pétillais sur toutes les anodes, des gros plans pour essayer la toilette, pis c'te marde-là est arrivée à la place. »
« As-tu au moins pris l'essuie-tout? »
« Marde! »
« Tanner. J'ai oublié de signer ma sortie, mais chu pas le seul coupable dans ta pédagogie de journée-pleine-de-pépins. »
« Quoi - - - pédagogie. Un nouveau. Envoye, vas-y. »
« La science de l'enseignement. »
« Ça serait pas ton mot à toé, d'abord, pis le mien ça serait cours ou leçon? »
« Chu out icitte. Trois conversations, pis je me fais planter en vagues de plus en plus grosses. »
« C'est-tu un nouveau laptop? »
« Ben, c'est ma bouée de sauvetage pis ton ancre. T'as laissé l'ordi hier soir, right? »
« Yup, Cody pis Meghan étaient au Seymour Grill avec le bébé, fait que je l'ai donné à Lonnie. »
« Ben, la chaîne de possession a échappé la puck. Lonnie a cassé l'écran je sais pas comment avant même que Cody l'aie. »
« Pis y te l'a dit à toé, pas à moé? »
« Y l'a dit à personne en fait. J'étais pour lui montrer comment faire des factures avec des détails pour que je puisse retrouver les faits plus tard, pis le gars me dit ça, quasiment comme un raté synaptique. Comme s'y voulait dire de quoi de complètement différent – pis je soupçonne que c'est qu'y veut être payé cash parce que je me rappelle d'avoir parlé de tout ce système-là devant lui, pis y'a dit deux fois que je pouvais juste payer cash vendredi. »
« Fait qu'installe l'ordi pour être payé vendredi. »
« Pis une limite max de trois plaintes en tout. Chu plein, pis une plainte de trop fait péter le barrage. »
« C'est correct. »
« Commence avec les heures de c'te semaine. Y'a une règle en business; brise-la jamais. Un homme se fait payer le jour de paye. Je m'en sacre si t'as à mettre ton C-Pap au pawn, tu t'en vas au pawn pis tu payes le jour de paye. »
« Mon ancien boss… »
« Mon frère. J'ai toute entendu. Une règle. Sans exception. Un homme travaille, un homme se fait payer. Point. Ancien boss, nouveau boss, pareil comme l'ancien boss, ça me fait rien. Toé, boss, tu payes le jour de paye. Astheure, qu'est-ce que t'allais dire? »
« Je pourrais pas être plus d'accord. »
« Qu'est-ce que je peux faire pour gagner c't'argent-là? »
« Hé, Devin, tu sors d'où, toé? »
« J'aidais les gars – y m'ont fait tenir la patente de bâton à mesurer. »
« Y prenaient le niveau? »
« Ouais, c'est ça. »
« Y l'ont-tu dans la mire? »
« Ça a l'air. Y ont dit de quoi à propos de sept pouces pis y m'ont dit de venir icitte. »
« Un demi-pied du niveau. Ça a été vite. Tanner. Prends ce numéro de téléphone-là. C'est un gars de shotcrete que j'ai trouvé sur Facebook. Laisse-moé pas oublier de faire appeler Stef aujourd'hui - - après réflexion, donne-moé ça tout de suite. J'appelle. Installe Devin où est-ce que t'étais rendu icitte. »
« Tu veux-tu que la paye soit finie? »
« J'vas avoir les deux. C'est de même que ça marche. Moé je jappe, toé tu livres le paquet. »
« Joyeux lundi, messieurs. Presque toute la gang vous connaissez Stefanie. Stefanie, c'est le bon p'tit, Devin. »
« Allô, Devin. »
« Moé pis Tanner, on va aller chercher une remorque. Vous autres les jeunes, suivez Stefanie. Pis traînez pas. Le barrage est bouché pis y vous attend. À plus. »
« Je t'aime. »
« Moé aussi je t'aime. »
« Okay, les gars. Quelqu'un veut des crêpes? »
« Ben, ouais. »
« Ouais, c'est ça. »
« Avec des bleuets? »
« Ben voyons, Devin, c'est pas des crêpes sans bleuets. »
« Moé j'vas prendre les miennes sans. »
« Ouais. »
« Okay, deux avec, deux sans. Pendant que je fais ça, allez dans le shed là-bas pis commencez à sortir toutes les boîtes que j'ai paquetées. »
« Comme, icitte? »
« Non, mettez-les sur la galerie dehors. J'vas vous crier quand ça va être prêt. Devin, t'es avec moé. Dans le salon, faut que tu finisses d'emballer pis de paqueter la vaisselle pis de la mettre dans des boîtes. »
« Bro, j't'avais dit qu'y'est riche. »
« Les filles adoreraient ça icitte. C'te quai-là est malade! »
« Moé j'veux juste aller pêcher. »
« J'gage qu'y'a même pas une canne. »
« Y'en a probablement dix. »
« J'vas en apporter une demain. »
« Cody, c't'homme-là va pas te laisser pêcher, pis on est en plein milieu de janvier. »
« Pis, qu'est-ce que ça veut dire? Le poisson c'est encore du poisson. Y faut qu'y mangent, juste comme nous autres. »
« Comment a l'a rentré toutes ces boîtes-là icitte? »
« Bro, r'garde dans celle-là. C'est toute des boucles d'oreilles encore sur la carte du magasin. Deer-View Design Company. Pis y m'traite de voleur. Sa bonne femme a des boîtes de stock volé. »
« Sors de leurs affaires, Cody. C'est pas de tes affaires ce qu'y a dans ces boîtes-là. »
« Celle-là a des colliers de billes. »
« Cody! »
« Non, man. C't'homme-là m'traite de voleur, pis le v'là qu'y'a un shed au complet plein de marchandise volée. »
« Cody, arrête d'ouvrir ces boîtes-là. J'en ai déjà quatre sur la galerie, pis toé t'es assis sur ton cul à magasiner. »
« Ben, pourquoi pas? A les a volées, pourquoi moé j'pourrais pas prendre une affaire brillante ou deux pour les filles? »
« Cinq boîtes, Cody. Le shed au complet plein. Envoye. »
« Ouais, vas-y dehors une seconde. J'suis drette derrière toé. »
« Les gars! Les crêpes. »
« Sont écoeurantes, Stef. Merci ben gros. Les bleuets sont parfaits. »
« Ouais, tellement croustillantes. »
« Comment tu les fais moelleuses de même pis croustillantes en même temps. »
« Tu fais-tu à manger, Cody? »
« Ben, non. Mais j'peux le dire à Meghan. »
« C'est juste du Bisquick. Tu le squeezes dans la poêle pis tu fais cuire. Quand on va avoir fini, j'vas aller au shed avant que les boîtes soient paquetées. J'ai une gang de boucles d'oreilles pis de colliers pis d'affaires de même que je fais pis que je vends dans les salons d'artisanat. Chu super occupée dernièrement, pis j'ai pas --- en tout cas, y'a six madames là-dehors qui vont recevoir quelques sacs de butin. »
« T'as pas besoin de faire ça. »
« Je le fais. Pis Michael est pas d'icitte, mais moé oui, pis je sais comment monter le ton moé aussi. Y'en a pas un maudit de vous autres qui sait comment tasser sa fierté de son propre chemin, fait que le plan c'est que Rusty choisit le butin de Cody, pis Cody choisit le butin de Rusty – Devin, as-tu une blonde? »
« Oui. »
« Sept filles! C'est un party d'abord. »
« C'est une belle maison, Stefanie. »
« Chu juste contente qu'on déménage. »
« Gahhllee, pourquoi? Doit y avoir cent pièces icitte. »
« Pis c'te quai-là. Mes filles se feraient pousser des ouïes là-dedans. »
« C'est ça le problème, pas le quai, les pièces. On en utilise trois, pis chu pas mal sûre qu'y en a pas cent. »
« Y pourrait en avoir une couple de cachées que t'as pas trouvées encore. »
« Ça se pourrait. Ce gars-là a bâti un bunker en bas. »
« Ben non. Y'a pas fait ça. »
« Oui. Y dit qu'y en bâtit un dans la maison neuve aussi. »
« Où ça? »
« Venez, j'vas vous montrer. »
« Tu mens »
« Une dame ment jamais, Cody. On taquine. On tourmente. Mais on ment jamais. »
« Ma bonne femme, a ment. »
« Okay, on ment. Les humains mentent. Beaucoup. C'est la plus humaine des conditions humaines. Mais un gentleman la dénonce jamais – pas devant des étrangers. »
« Sauf la police. Le voisin appelle pour une chicane, pis si tu dis pas qu'a ment, t'es en dedans avant d'avoir eu le temps de sortir le numéro du bondsman de ton téléphone. »
« Ça s'est dégradé vite. »
« Ouais, c'est ça. »
« C'est ma soeur. Cody a raison. A ment. »
« Jamais une descente d'escalier a été mieux accordée au ton d'une conversation. »
« Hein? »
« Ça, c'est la salle média. »
« J'le savais. Vous autres vous êtes du monde célèbre, juste que j'vous connais pas. Une pièce au complet juste pour rencontrer les journalistes. »
« T'es un épais, Cody. Ça veut dire la salle de TV. »
« J'niaisais, Rusty. »
« Est-ce que je peux juste dire, c'te bar-là est plus gros que le Chatterbox sur Chapman. Sérieux. »
« Ça venait avec la maison quand on l'a achetée. Mon plan, c'était de l'arracher, pis Michael voulait que ça soit un coin bar à déjeuner multigénérationnel. Y'a mis c'te plaque de cuisson-là, pis y'a jamais enlevé le back-bar. »
« Vaut mieux pas laisser la gang de Dupont voir ce bar-là, y te diraient pus jamais bonjour dans l'allée de la bière. »
« Comment tu sais que chu allée à Dupont? »
« Les collines ont de l'écho. »
« Les oreilles du Bon Dieu. »
« Y'a des chambres en bas icitte aussi? »
« Yep. Passez drette à travers celle-là. C'était l'ancien mur de fondation. On l'a coupé pis on a fait tout ce deuxième sous-sol-là --- envoyez. Trouvez le bunker. »
« Ben, c'est ça. »
« Non. Ça c'est la partie normale. La patente bizarre est cachée. »
« C'est toujours de même. »
« Les oreilles… »
« T'oses pas. Pas question. Tu vas pas faire ouch aux oreilles du Bon Dieu. »
« Man, a les a dans le sous-sol annexe astheure. »
« Annexe? »
« Peu importe. A les fait chercher la porte du bunker. »
« C'était pas mal fou. Je l'ai jamais trouvée, pis j'ai passé des heures là-dedans à sortir les outils. »
« C'est une bonne cachette. La tablette en plein sous le nez, ça marche. »
« C'est ça, mais c'est toute la pièce qui fait le déguisement. Si c'était pas une pièce pleine de tablettes même dans le milieu, les tablettes le long du mur – je l'aurais trouvée. »
« C'était une cachette le fun. Cody est dehors astheure à r'garder en dedans. »
« Y la trouveront pas. »
« Devin y a touché. Y'a tiré sur la tablette. Chu content d'avoir mis la goupille. D'habitude je la laisse pas là. »
« Une vraie plaie de monter le bras pis la sortir à chaque fois – faut déjà que tu l'ouvres, mais après c'est le lecteur d'empreintes. J'aimerais être là pour voir leur face quand y vont voir ça. »
« T'es sérieux? Une porte cachée pis un bunker? »
« Je te le dirais, mais faudrait que j'aie un rabais. »
« Je perds déjà de l'argent de même. »
« Tanner, si j'avais un cinq cennes pour chaque piastre que c't'homme-là dit qu'y perd, j'aurais le truck pis la remorque gratis. »
« Je prendrais ben un truck neuf. »
« Ben, trouve le cousin à ce gars-là. Une affaire de famille, perdre de l'argent sur ce qu'y vendent. »
« Chu sérieux. J'peux te montrer la facture. »
« Non, montre-moé pas ta passe d'impôt, ma femme travaille au Revenu, pis j'ai assez de troubles sans être ton complice après coup. »
« Y t'a eu là-dessus, Tom. »
« Hé, baisse le ton là-bas. C'est moé qui a amené un complice. Tom icitte est tout seul. Danse, Tom. »
« Le gars est différent, Tom. Fais attention. »
« Y le voit, Tom. Tanner le voit. Envoye. Sors le crayon aiguisé. Les prix au crayon de cire, ça marche pas avec moé. »
« HAAAA! Y l'a trouvée! »
« T'as entendu ça? Y l'ont trouvée. »
« Attends --- Chérie – tu m'entends? »
« Je t'entends. Tu m'entends-tu? »
« C'est un peu brouillé, mais pas pire. Cody, bonne job de l'avoir trouvée. »
« Ouais, était ben cachée. C'est malade que t'as un lecteur d'empreintes là-dessus. »
« T'entends ça, Tom. Le gars a un lecteur d'empreintes sur son bunker. Probablement le temps d'abandonner. »
« Chérie, dis à Tom icitte de prendre le chèque. Je l'ai fait de six mille, pis ce gars-là pense qu'y va me soutirer sept cent cinquante avec le gag de la facture. »
« Pas la meilleure joke, Tom. Y mange ça pour le fun. Y'a déjà acheté quatre chars c't'année. »
« Pis c'est ma troisième remorque icitte ce mois-citte. »
« Le Hummer, c'en est un, hein? »
« Oui. »
« J'vas y aller pour le six. »
« J'ai besoin d'un attelage abaissé pis d'une boule en prime aussi. Le Hummer est à seize pouces du sol. »
« En prime? »
« Yup. »
« Correct. »
« Voici le chèque, Jeeves. Je m'en vas à maison. Attache-la à ton truck pis suis-moé. »
« Tu viens-tu de te faire donner un attelage en prime, pis tu la remorques même pas? »
« Oui, Tom. C'est ça. Merci pour le rappel, man. --- à maison dans dix, chérie. Love. »
« Love. »
« Bon, Tanner, recule ça entre les deux sheds. Faut charger les boîtes en premier pour que les meubles aillent par-dessus, comme ça quand on arrive à l'entrepôt, les meubles sortent en premier pis les boîtes vont par-dessus. »
« Bon oeil, Stef. »
« Facile. Je me dis que ça va rester là un an, pis que j'vas avoir besoin d'affaires. Aussi ben le planifier d'avance. »
« Des crêpes, hein? »
« Yep. Pis t'en auras pas. Tanner, attends avec c'te boîte-là. J'ai donné des affaires aux gars pour leurs blondes. J'en ai mis de côté pour toé, pis j'y ai choisi de quoi de spécial comme cadeau de fiançailles. »
« T'as ça sous contrôle. Je descends en bas organiser les affaires pour l'étape deux. Fais-moé amener la remorque quand vous aurez fini. »
« Pas question. Y restera pas un pouce de libre quand j'vas avoir fini avec. On va aller décharger à l'entrepôt, pis après tu pourras l'avoir. »
« Le gars achète une remorque, pis a y'a pique drette en dessous du nez. »
« Jour deux, les gars. »
« Des crêpes? »
« Pas aujourd'hui. Chef Chowder est partie saisir le tiroir-caisse de la compétition pendant qu'on se parle. La conformité au bout du badge. »
« Peut-être qu'a pourrait nous saisir des oeufs pis du bacon. »
« Devin frappe encore. T'es sur de quoi par exemple. J'ai pas acheté de déjeuner depuis quasiment une semaine. J'vas commander de l'Uber Eats. »
« Moé j'vas prendre…. »
« Icare, je m'en occupe. »
« Stefanie est plus fine. »
« Va à l'académie de police, travaille dans la rue, gagne ta plaque de détective après des années de cours optionnels pis une rafale de cours intentionnels. Interroge cent mille menteurs, pis après tu pourras aller déjeuner avec elle. »
« J'vas prendre n'importe quoi. »
« Pis ces crêpes-là, c'était ta mise en garde Miranda, le jeune. J'espère que t'as eu assez de jugement pour l'invoquer comme du monde. A passe drette par-dessus le je pense que je veux un avocat. Pauvre Cody icitte, mobile, moyens pis occasion, pis y'a prouvé qu'y'a appris. C'te fois-là, y'a eu assez de jugement pour remettre les bijoux en plastique dans la boîte, mais y peut pas s'empêcher de trouver la goupille dans la porte. »
« --- »
« Tout le monde a des oeufs pis du bacon avec du pain doré. Fait que v'là la journée. Remplissez c'te remorque-là avec les boîtes d'hier. Rusty pis Cody vont la conduire à l'entrepôt, pis Tanner pis Devin continuent de paqueter l'atelier. »
« Pis crachez pus votre chique par ma fenêtre. Je veux pas que c'te marde-là coule le long de ma porte. »
« Bon ben. Amenez des verres à cracher, d'abord. »
« Pis laissez-les pas dans le porte-verre. »
« Okay, Tanner. Merci de laisser les gars prendre ton truck. Les gars, soyez pas des trous de cul irrespectueux. Pas de chaudière qui se promène avec la saveur. »
« Compris, bossman. »
« Tanner, amène Devin à l'atelier. Tu vas trouver trente bacs rouges en plastique prêts. Je veux que vous deux, vous paquetiez chaque dernier outil à main de c't'atelier-là. Faites attention de pas mettre trop de poids dans un même bac pour qu'y s'écrase pas dans la remorque. »
« Fait que, tu veux-tu que je garde les regroupements? »
« Ça va se faire tout seul. Tu vas voir. Identifie les bacs avec le Sharpie que je t'ai laissé là-bas. Quand les jeunes vont revenir, toé pis moé on va aller acheter une autre remorque. »
« Tu me niaises-tu? »
« Non, on en a besoin pour le chantier. J'peux pas t'expliquer astheure. J'ai appelé le gars de shotcrete, pis y m'a répondu par texto. Y dit de le rappeler à dix heures. Faut que je fasse ça, pis faut que je commande le déjeuner. Commencez. »
« Y'est pas mal intense, hein? »
« Ça prend du temps à s'habituer. »
« C'est pas de même que Cody le décrit par exemple. »
« Cody l'aime pas ben ben. »
« Répète-le deux fois. »
« Le gars agit vite. Astheure y te fait tordre les mots. T'aimes-tu Elton John par hasard? »
« Country Comfort? J'en reviens pas que tu leur fasses confiance pour emprunter ton truck. »
« J'ai choisi de le faire dès qu'y m'a laissé aucun autre choix. »
« Je vois ça. Intense. »
« Tu restes avec ta mère, right? »
« Yup. »
« Pourquoi Cody pis Meghan restent avec Lonnie? »
« Je sais pas. C'te place-là est un taudis. Pis je me rappelle qu'au fil des années, Lonnie était toujours sur le bord de se faire évincer. C'est comme si maman faisait vivre toute c'te famille-là. »
« T'aimes pas Cody? »
« Oui. Y mérite sa mauvaise réputation, mais y'est smatte. Y m'a aidé à passer à travers ben des affaires en grandissant. Y comprend des affaires, comme des affaires pas mal décentrées. Mais y oriente ça vers la provocation. »
« Y'en a gros de paqueté là-dedans. »
« Cody, c'est beaucoup. Te rappelles-tu de la dernière année du secondaire? »
« Pas de la manière que t'as l'air de vouloir dire. J'ai rencontré Emily en dernière année, fait que j'étais – dans un autre monde. »
« Vous venez de vous fiancer, vous deux, hein? »
« Yup. »
« C'te job-là est bonne pour toé. A pourrait être bonne pour Cody aussi, mais c'est comme la dernière année. Wiggins était toujours sur son dos. On aurait dit que chaque jour a l'avait accoté contre un mur ou dans son bureau, lui qui se tortillait. J'ai entendu ben des affaires, pis a demandait tout le temps pourquoi y'avait fait ci ou pourquoi y'avait pas fait ça, toute basé sur lui comme s'y sabotait sa propre graduation. »
« Tu penses qu'y a pas gradué pour faire suer Wiggins? »
« Pas que je le pense, mais comme, c'est plausible. Y'est rancunier – mais sans raison. Juste parce que la rancune existe, c'est pour ça. C'est ça que je voulais dire pour le truck. »
« Man, je t'entends, rancunier. »
« Shit, ça a été vite. »
« C'était facile, comme toute à The Drip. J'appelle un gars, pis un gars se pointe. Ma seule peur, c'est de savoir si les souhaits s'arrêtent après trois. »
« Fait que, y vient la semaine prochaine? »
« Non, man. Y vient demain pour r'garder le mur. Y dit qu'y peut couler lundi si on est prêts. »
« Wow, c'est vite en effet. »
« Y dit qu'on a besoin d'au moins deux camions et demi pleins de béton. Faut monter ça par le chemin passé la réparation sur l'entrée. Pis là on a une quête secondaire. Trouver des roches. Renforcer la dénivellation du bord haut pis durcir la patch du ravinement. »
« Des roches, de la gravelle, check. »
« Mon truck est fait pour ce genre de chemin-là, fait que j'peux pas le dire. C'est comment dans le Reading? »
« C'est rough, mais je passe assez facilement. »
« Genre, ça brasse-tu? »
« Euh, j'ai jamais vraiment remarqué. »
« On pourra le tester si les gars ramènent le truck icitte pis pas au garage de pièces volées. »
« Mon char rebondit en tabarnak. Y'a même arraché le flare en dessous du bumper – si c'est là qu'est le ravinement. »
« Fais réparer ça pis donne-moé la facture, Devin. Tu peux pas venir à une job pour payer les réparations causées par la job. »
« Je l'ai déjà jeté. J'étais tanné qu'y frotte sur les bordures de stationnement de toute façon. »
« Pas de trouble. Dernière chance pour le déjeuner. Des oeufs easy, c'est-tu correct? »
« J'espérais. »
« Tanner? »
« Correct pour moé. »
« Inquiète-toé pas pour ton truck, mon chum. Y'est rancunier, pis y vit sur le déni plausible, mais je pense qu'y a besoin de motivation pour penser aussi fort que ça, pis y t'haït pas. »
« On dirait que Stef est revenue de sa descente. »
« C'est pas une descente. C'est un rappel du pied de l'impôt sur la nuque. Payez, sinon on va vous voler chaque jour. »
« J'étais dans un restaurant mexicain une fois quand y sont rentrés faire ça à l'heure du dîner. C'est creepy. »
« C'est pas vraiment son département. Ça c'est la Conformité, mais y y vont en force, fait que c'est quelques agences sur le pont, ce qui fait de toute l'affaire du théâtre de mon point de vue. »
« Y ont barré la place. Une madame mangeait avec sa famille, pis a refusait de partir. C'était toute une scène. »
« Allô. »
« Allô. »
« Merci pour le texto. »
« Pas de problème. »
« Fait que j'ai emprunté tes gars icitte dans l'atelier. Les deux autres sont partis avec le premier voyage. J'en reviens pas de tout l'ouvrage que t'as sorti de ces gars-là hier. La remorque est partie paquetée pis la boîte du truck pleine, pis t'as encore un rig au complet prêt qui attend. »
« Bien essayé. Non. »
« On peut rien te passer. »
« Euh, fait que, vous deux vous parlez en poignées de main secrètes. Des textos, des non.
« A me fait savoir quand a rentre dans une affaire pis quand a sort. Pis non, c'était pour savoir si je peux vous garder icitte, les gars. »
« Fait que c'est un oui pour travailler pour la fine encore aujourd'hui? »
« C'est un oui, pis a va probablement prendre le crédit pour mes oeufs aussi. »
« Matt Ayers. »
« Salut, Matt. Enchanté. »
« c'est pas mal plus petit que ça avait l'air sur la photo »
« Tu l'as minimisé. Ça c'est une nouvelle approche. J'aime ça. »
« Tu t'attendais à un essuyage de front? »
« Au moins. »
« On va d'une job à l'autre avec ce rig-là. »
« Quand j'ai vu la grille sortir en haut de la côte, j'ai été sous le choc. Après j'ai vu la remorque à pompe, les boyaux rangés sur les racks de côté. Juste pour ça, t'es mon gars. Essaye de pas être poche sur le prix, pis on a un deal. »
« Nah, c'est pas un truck avec un wrap de vinyle brillant. Laisse le gars aux souliers lisses pis aux chemises repassées jouer la game du prix. Je le dis. Je le pense. Pis j'vas le faire pour ça. »
« Dis-le. »
« Quatorze mille piastres. »
« Deal. »
« Tu vas l'avoir prête lundi? »
« Absolument garanti. »
« Qu'est-ce que t'as pour le boutte rough dans le chemin? »
« On va chercher des roches pour mettre le long du bord haut pour retenir du rip rap pis de la grosse gravelle qu'on va rentrer. »
« Vous avez-tu eu des bétonnières icitte encore? »
« T'es le premier. Pas de pénurie de camions de roche à trois essieux, mais des bétonnières, c'est un ordre de grandeur de plus – je pense que t'as besoin d'une chute à l'avant. »
« Ouais, je pensais la même affaire. »
« Quoique, tu vas t'installer où est-ce que t'es stationné drette là, right? T'as assez de ligne pour ça? »
« J'ai trois cents pieds. J'ai mesuré deux cent cinquante au pas jusqu'en arrière icitte. C'est un bon coussin. »
« S'y viennent avec la chute en arrière, y peuvent reculer dans la côte, pis ça stabilise la charge pour la poussée. »
« C'est un bon point. USA Concrete a les meilleurs chauffeurs dans le coin. Les moins chialeux »
« J'gage que ça compte de ton bout du boyau. Moé, je paye, y partent. On avait une compagnie qui s'appelait Sequatchie en bas dans la vallée, pis je me suis pogné nez à nez avec un de leurs chauffeurs une fois. »
« Surprenant qu'y aient fait faillite – fermé boutique, en tout cas. »
« Fait que, lundi. J'vas m'y remettre. »
« La prochaine job. »
« Allô. »
« Love. »
« T'es-tu en train de faire des mauvais coups? »
« Toujours, mais pas c'te fois-citte. J'appelle juste – le gars de shotcrete s'est pointé. »
« Des sens d'araignée? »
« Nenon. Pas besoin de complice. Six tours de joués, pis le deal est à quatorze mille. Ça commence lundi. »
« C'est-tu bon? »
« Deux camions et demi, ça se vend autour de sept mille au détail, fait que c'est sept pis sept. »
« Des drinks mélangés. »
« Ha, ouais. J'vas le dire à Emma. »
« A te mangerait tout rond. »
« J'peux être pas mal charmeur. »
« A te ferait décapiter en quelques minutes. »
« Pis l'équipe de ballon-chasseur que tu loues? »
« Ben, chu tellement contente que tu me le demandes. »
« Si pire que ça? »
« Pas pantoute. Sont toute des parfaits gentlemen. J'ai pas la moindre idée d'oeil de poisson brouillé mince comme une pellicule de c'que t'as à être si brûlé dans une journée. Y sont arrivés trente minutes d'avance. Y m'ont acheté un biscuit au poulet chez Chik Fil a pis y sifflent en travaillant. Tanner est allé chercher la remorque que t'as commandée – trois remorques fermées dans une semaine, j'peux pas parler aussi gentiment de toé que d'eux autres – Les gars ont paqueté une boîte après l'autre. On dirait les remparts du château dans le garage. Ça c'est une autre affaire, ton canot de trou de cul se stationne dehors à soir. La place est pleine. »
« Pis ta place à toé? »
« La mienne est correcte. Merci. »
« Les gars sont juste sur leur meilleur comportement, c'est tout. »
« Nope. Changement de leadership. »
« Comment ça va, le paquetage? »
« Y font toute. »
« T'as l'air pas mal en forme pour quelqu'un qui hurlait à pleins poumons sur la vaisselle à Mamaw y'a trois jours. »
« Y se lavent les mains pour le déjeuner, pis moé je les fais pas geler à moitié à mort comme toé, tyran. »
« Savoure la saveur. J'en ai besoin pour la vraie ouvrage. »
« Y ont quasiment toute la maison de paquetée. Trois voyages sont allés à l'entrepôt aujourd'hui, pis y ont paqueté ton atelier au complet dans la remorque que Tanner ramène chez eux à soir pour pouvoir la livrer à The Drip demain matin. »
« Fait que encore une journée? »
« Deux pour être sûr. »
« On a des problèmes de sécurité icitte aussi. J'ai promis lundi. On a besoin d'une journée pour arranger le chemin pis probablement une journée pour nettoyer pis se préparer sur le site du mur. Le barrage bave plus qu'un Saint-Bernard. »
« Bonne chance avec ça. C'est les miens. J'ai décidé l'autre affaire aussi. »
« L'appartement? »
« Ouais, je me sens pas en sécurité là. Chez Amy, ça aurait été parfait, mais c'est trop loin du bureau, pis c't'appartement-là – c'est pas un bon quartier, mais Karen arrête pas de me dire de revenir à maison. »
« Oh, boy. »
« Ose pas. Ose pas me faire un full Bill brasse-marde avec son Oh boy en tête de parade. »
« C'est juste – c'est un j'te l'avais dit, chérie, un j'te l'avais dit. J'en ai pas souvent, des comme ça. »
« Nenon. »
« Bon matin, les gars! Bienvenue chez vous. »
« Ouais. »
« Fait que. »
« C'est poche. »
« Nenon. »
« Nenon, tu dis? »
« Chez nous, c'est un lit chaud – ou au moins une crêpe aux bleuets chaude. »
« Ouais. On veut ravoir Stef. »
« C'est pire que ça parce que vous avez même pas droit au Michael calme pis patient pour boucher le trou. On rentre direct dedans. Rusty, Cody. Graissez les machines, faites le plein pis nettoyez-moé le site du pad. Assurez-vous que les bancs égouttent l'eau – ça veut dire des pelles, Cody. Comme promis. »
« Tanner pis Devin, prenez le ruban à mesurer pis descendez au boutte magané pour qu'on mesure pour les matériaux. »
« Il est 7 h 57. On a trois minutes. »
« Voulez-vous un prêtre? Des dernières volontés? »
« Non. La paix, ça va faire. »
« Une minute de silence. »
« --- »
« C'est fini. Ça a peut-être marché, en fait. Chu vraiment fier de vous autres. Stefanie a dit que vous avez été écoeurants pis super fins avec elle. Envoye, on attaque la journée. »
« Tu veux le ruban rétractable ou ben le laser? »
« J'avais pas pensé au laser. Prends les deux. »
« J'm'en occupe. »
« À mesure qu'on avance, j'vas vous nommer des affaires. Devin, prends des notes. C'est des détails qu'il faut qu'on règle. Comme ces arbrisseaux penchés-là pis ces arbres moyens. Y sont toute emmêlés pis en bordel, faut les nettoyer. Le talle de ronces où on a passé le chemin drette au milieu – ce bord-icitte, à la cour d'équipement, faut le raser au coupe-herbe, pis l'autre bord du chemin, faut le cultiver. »
« Comment tu cultives un talle de ronces? »
« Tu fesses toutes les brunes à terre. »
« Tu veux dire de rentrer là-dedans pis de choisir toutes les brunes pis de les tuer? »
« Ben, ouais, comme. Tu vas en fesser des vertes aussi tant qu'à y être, mais l'idée, c'est de sortir les brunes. »
« Pis faut faire tout ça d'ici lundi? »
« Non. L'ouvrage d'aujourd'hui, c'est de renforcer le boutte magané dans le haut du chemin. Lundi, y va avoir des camions de béton pis des travailleurs pis le premier contrat commercial du site. »
« Euh, fait que, où c'est que tous ces véhicules-là vont se parker? »
« C'est l'autre affaire sur ma liste. Ça nous prend des places pour parker qui sont pas dans le chemin pour que les équipes engagées puissent passer. »
« On est une équipe engagée, nous autres aussi, tsé? »
« Vous êtes de la famille. »
« J'te tiens pas la main encore, Michael. »
« Oui tu me la tiens, mon chum. Envoye, donne-moé ta main. »
« Vous êtes bizarres, vous deux. »
« Tanner, ta main est tellement douce. T'es sûr que t'es dans la construction? »
« M'en va avoir besoin de plus de crêpes. »
« J'vas le dire à ta femme. »
« Correct. Par icitte, toute cette côte-là était lavée quand chu arrivé – parlez pas trop fort au cas où les voisins dorment. »
« On dort pas. »
« Oh, allô! »
« Excusez-moi de vous avoir fait peur. C'était un moment tellement tendre que je voulais pas vous déranger. »
« Lâche ma main, Tanner. »
« Nenon. »
« On dirait qu'y vous a mis dans un beau pétrin, Michael. »
« Comment ça se fait que vous connaissez mon nom? »
« Chu Betty. J'imagine que c'était un peu effronté – chaque fois que vous autres, les hommes, vous êtes en bas icitte au chemin à travailler - »
« On est-tu ben bruyants? »
« Non, pas pantoute. C'est juste que toutes ces années-là, y avait juste Charlie pis Bobbie qui montaient voir leur place, Bobbie peint, tsé, C'est une peintre adorable. A peint toutes les fleurs sauvages là-haut. Ses toiles sont accrochées partout à l'école de sciences infirmières à UT… J'radote. »
« Pas pantoute --- Lâche ma main, Tanner. »
« Pas question. »
« Tanner Haggard, tu lâches c't'homme-là. »
« Oui, Madame. J'veux pas, par exemple. »
« T'as pas changé une miette. Encore un de mes gars préférés. Ben sûr, j'ai pris ma retraite c'te année-là, fait que vous êtes toutes mes préférés. Je savais que tu ferais de quoi de toé. T'as ta propre business. »
« Comment? »
« Toé pis Cody Norman, vous étiez au bord du chemin à poser la boîte à malle, pis j'ai toute entendu de ma galerie icitte. »
« Le moustiquaire vous cache pas mal ben. »
« À la vue de tout le monde, Tanner. Politique de la porte ouverte, comme toujours. »
« Bon, j'pourrais vous laisser retourner travailler, mais un moment donné bientôt, Michael. Toé pis Stefanie, vous me devez une visite de nouveaux voisins. »
« Oui, Madame. J'vas lui dire tout de suite, pis on va descendre se présenter comme du monde. »
« On aimerait ben ça. »
« Nous autres aussi. »
« Tanner, grouille. »
« Oui, Miss Betty. »
« Correct – faut mesurer ça pis le planifier, pis après ça nous prend des grosses roches. »
« Genre, des grosses roches? »
« Ouais, faut renforcer c'te dénivelé-là, pis on peut pas faire une grosse masse de béton laitte – pas le temps pour ça, pis Madame…. »
« Wiggins. Elle aime mieux Miss Betty. »
« Miss Betty mérite une vue plus naturelle de sa galerie. »
« C'tu son terrain, c'te servitude-là – t'as dit que c'était à ce weirdo-là. »
« C'est à lui. Pourquoi tu l'appelles un weirdo? »
« Longue histoire. »
« Tu le connais? »
« Non. Je l'ai jamais rencontré. C'est une longue histoire. »
« Correct. Fait que ça nous prend des grosses, grosses roches de paysagement. On va creuser le bord de c'te butte-là, l'adoucir un peu, pis on va la blinder avec les roches. Pis on va prendre la terre pour remonter le chemin vers ce bord-icitte, enrocher la terre, étager la pierre – deux pouces, un pouce, pis finalement le trois quarts. Les grosses roches retiennent la soupe. Les couches de pierre drainent l'eau qui descend de la butte, pis on a un chemin que des camions de béton de soixante mille livres peuvent passer. »
« Fait que, où c'est qu'on trouve des grosses roches? »
« J'aimerais mieux aller direct à la source à Newport, où Peter pis moé on a pris les palettes de pierre pour le pont, mais c'est deux heures aller-retour minimum. »
« Y a la cour à roches à Alcoa, proche de l'aéroport. »
« Bon œil, Devin. »
« C'est pour ça que chu là. »
« Fait que, tu parles de grosses roches, genre, grosseur d'homme? »
« Un homme ou plus gros. »
« T'es sûr? Ces affaires-là coûtent des centaines de piasses chaque. »
« Je l'sais, Tannner, mais c'est pas mon terrain. Chu arrivé icitte un bon matin avec un acte de vente dans les mains, pour ainsi dire, pis j'ai jamais dit bonjour à personne. J'ai commencé à tailler un chemin aussi vite que j'pouvais parce que je voulais pas demander la permission de me rendre à mon terrain. »
« La doctrine du pardon. »
« Doctrine, hein? J'pourrais m'en servir. »
« Cinquante cennes de redevance. »
« J'pourrai pas me payer les roches, à force de quêter pardon de même. »
« Fait que, les roches. Comment on les amène icitte? Veux-tu que j'aille chercher la remorque à bascule qui traîne dans le lot de vente depuis le jour de l'An? »
« Ben, ouais, j'veux aller la chercher, mais on a juste pas eu le temps. Pis on a pas le temps aujourd'hui. On va prendre la remorque de jardin que j'ai achetée le jour que j'ai pris le bois pour le shed. »
« Ça te prend une tonne de roches icitte. C't'affaire-là peut pas en charrier plus qu'une dizaine, j'imagine pas. »
« On peut faire deux voyages – ou même trois en moins de temps que ça prendrait pour aller à Lenoir City chercher la remorque. »
« C'est toé le boss. »
« En plus, faut excaver ça, pis on peut faire l'affaire des draps de la garde-malade. »
« Tu veux dire l'affaire de Michael qui double l'ouvrage. »
« Voyons donc, je pensais qu'on était de la famille. »
« Si tu trouves que celle-là brûle, tu devrais passer du temps avec ma sœur. »
« Correct. Devin, descends au bord du ruisseau pis mesure la longueur de c'te courbe-là. Tanner, mesure la hauteur. Moé, je monte à la cour d'équipement voir où c'est qu'on va parker ces maudites remorques à outils-là. »
« Sérieux, t'as-tu vraiment acheté trois remorques fermées à six mille piasses chaque – Genre, je l'sais que tu l'as fait, mais c'est pas normal icitte. »
« Ben, ouais. Regarde autour. La pauvreté partout parce qu'y gaspillent pis y planifient pas. »
« C'est un peu dur. »
« Ouais, c'tait, gros cave. »
« Cave drette. »
« Cave tout croche. »
« Gros cave. Je voulais pas dire ça de même. Je voulais dire que faut que je déménage la maison. Je m'attendais pas à la vendre, mais là est vendue, pis faut que je déménage. Ça me prend une bâtisse de mille pieds carrés au complet pour ranger mes deux mille pieds carrés d'outils pis de cochonneries pis de fournitures pis de matériaux. Ça me prend de l'espace, là, tusuite. Ces remorques-là font à peine cent soixante pieds carrés chaque, pis y sont pleines jusqu'aux toits ouvrants de cochonneries, pas une affaire de gaspillée. Quand j'ai fini avec, je les revends, pis ça me coûte quelques milliers de piasses. Probablement moins que ce qu'on paye pour les unités d'entreposage, pis on a nos outils sur le site. »
« J'sais pas, un bac au complet plein d'outils de tour à bois pis de masques. J'vois pas de tour à bois icitte. »
« D'où c'est que tu veux que je mesure? »
« Excuse, Devin, drette là, c'est le mieux. Accroche-le sur c'te bâton-là pis va par là. Tanner, tire le laser jusqu'à l'eau. C'est quelle hauteur, ce mur-là? C'est ça, Devin. Encore deux trois pas. Là. Ça donne quoi? »
« Cinquante et un pieds. »
« Correct, remonte. Tanner, c'est quoi ta mesure? »
« Dix-huit pieds. »
« Voyons donc. T'as-tu parti d'icitte, au sol? »
« Oh, non. J'y avais pas pensé. « Treize pieds, neuf pouces. »
« Correct, ça c'est le pied linéaire. »
« Ça fait une tonne de roches. »
« Des grosses roches. On monte pis on part la journée. Fait que, les remorques. »
« Où c'est que tu veux celle qui est sur mon hitch? »
« Même place, juste à côté des deux autres – drette là au pied de la butte avant que tu montes. »
« Fait que je parke la remorque, j'accroche l'autre, pis je vas à la cour à roches? »
« Oui. Tiens, la carte de crédit. Amène Devin. »
« Hey. »
« Hey. »
« Comment ça va là-haut? »
« Ça commence à être familier. »
« Ouais, là tu vas me dire de quoi de nouveau pis d'absurde, pis j'vas être sincèrement sous le choc ou ben excitée. »
« Jalouse. »
« Jalouse, hein? Ça va être bon. »
« Fait que, chu… »
« Sérieux? Là t'es rendu Tanner, tu commences avec fait que? »
« Ironique, j'ai rencontré leur prof aujourd'hui. »
« La prof à qui? »
« La coach de ballon-chasseur. C'est notre voisine. »
« Leur prof d'éduc est notre voisine? »
« J'jetais l'ancre. »
« Coule avec le bateau. Recommence. »
« Encore plus ironique. Je pense que c'était leur prof d'anglais ou de quoi de même, pis a l'a été ben plus fine avec eux autres que tu me notes en ce moment. »
« Faut que tu fasses mieux. Va chercher l'information pis arrête de massacrer le livrage. »
« Des arrêts pis des interruptions. »
« Des paraboles. »
« Fait que, notre voisine au bout de l'entrée, à gauche quand tu rentres, c'était leur prof. »
« J'avais déjà compris ça. »
« Tu me niaises-tu? Tu l'as rencontrée pis tu me l'as jamais dit? »
« Ah mon Dieu! Comment c'est possible que tu soyes bouché de même? »
« J'vas t'en montrer, du bouché. A nous a pognés, moé pis Tanner, à se tenir la main, pis est fâchée contre toé parce que t'es jamais descendue te présenter. »
« --- »
« Oh, le chat t'a… »
« C'est pas ton tour. Vole pas mon tour. Je réfléchissais. »
« J'vas attendre. »
« Pourquoi tu tenais la main de Tanner? Non, pas celle-là. Comment a vous a pognés à tenir la main de Tanner? »
« Chu tellement content que tu me le demandes. T'as pulvérisé mon autorité avec tes crêpes – aux bleuets, c'est ridicule – pis y me l'ont fait savoir. Y t'ont appelée la fine. Y m'ont demandé si y pouvaient te ravoir. Fallait que je fasse de quoi. »
« Fait que tu l'as obligé à te tenir la main? »
« Ouaip. »
« Faut que tu fasses mieux. T'es insupportable. »
« Attends, y en a d'autres. J'avais raison à propos de la pancarte de mûres le premier jour. Y a comme un moustiquaire autour de la galerie… »
« Je l'ai vu, le moustiquaire. »
« Tu peux pas voir dedans. Faut croire qu'a s'assoit là pis a regarde le monde passer. S'appelle Betty. Y a un Monsieur Betty… »
« Leur nom de famille, c'est Betty, ou ben son prénom c'est Betty, pis tu refais ton affaire de massacre? »
« Les interruptions. Y ont dit le nom de famille, mais je l'ai pas métabolisé. »
« Pas encore ça. »
« Pas besoin de la passer au cash, celle-là – le pire qu'a l'a jamais fait, c'est de tremper deux fois sa chip dans la trempette à réunion de parents. »
« C'est de l'agression. »
« C'te madame-là est tellement fine que j'peux pas l'imaginer se friser les cheveux, de peur de leur faire de la peine. »
« C'est nous autres, ça. C'est de même qu'on vous pogne. »
« Nous autres? »
« Quoi? »
« Laisse faire. Fait qu'on est en bas à mesurer pour les roches, pis je dis aux gars de pas faire de bruit pour les voisins, pis y a une belle voix qui crie : “On dort pas.” comme si ça sortait de la cabane à merle bleu sur la rampe de la galerie. A l'était juste là, à nous parler en plein milieu de moé qui leur parlais. Comme si a l'avait été là depuis le début, pis que ma surprise était sans fondement. »
« Whitman, ta main dans la main. »
« C'est un poème de ville, ça, chérie. »
« Grep rapide. »
« Fait que, t'as mis mes gars toute “Il est 7 h 57,” pis c'est la première fois qu'on a une compagnie professionnelle qui dépend de notre ouvrage pas fini entre eux autres pis leur paye, pis j'veux pas avoir l'air fou. »
« Laisse-moé comprendre. Tu voulais pas avoir l'air fou, fait que tu descends du fin fond du bois un quart de mille jusqu'au chemin public en tenant la main d'un autre homme à cause des bleuets? »
« C'est pas mal ça. Le choc, c'est que d'une manière ou d'une autre, j'ai perdu mon power play. »
« Ah ben, dis-moé pas. »
« On parle à la gentille petite vieille, pis y veut pas lâcher ma main. Une prise de la mort, les doigts entrelacés. Y la connaît. Y se parlent, pis je lui dis de lâcher, pis y dit, nenon. »
« Jésus! »
« Le gars a rien à voir avec ce démon-là. Fait que, comme je disais, a l'était comme une de ses profs ou de quoi de même au secondaire. Fait qu'est habituée à ses niaiseries, pis y est pas gêné pantoute, c'est juste un fuck all entre deux cours pour ce kid-là. »
« Donne une augmentation à c'te gars-là. C'est un ordre. »
« Pis y sont en train de rentrer dans l'entrée drette là avec le premier voyage de roches. »
« Le premier voyage? Y ont chargé genre deux mille deux cents piasses. Y en a combien, des voyages? »
« Tu regardes..? Faut que j'y aille. On se reparle tantôt. »
« Rus, descends l'excavatrice jusqu'à la partie lavée du chemin. Tu devrais pouvoir contourner toutes les livraisons de pierre. L'enrochement est là dans le milieu du chemin plus que les deux autres – fais attention de pas te mettre de travers sur ces roches-là, tu vas perdre une chenille, certain. »
« Ouais, c'est ça. »
« Cody, t'as quasiment fini icitte. Nettoie-moé ça comme du monde, pis quand t'as fini, étends deux trois chaudières de gravier pour garder la bouette tranquille. »
« Ça marche. »
« Correct, les jeunes, c'est ça qui est ça. On rentre pis on sort. T'as juste deux palettes là, genre dix roches. »
Peux pas en prendre plus que ça d'un coup. Ça va écraser la remorque. C'était déjà trop pesant. »
« C'est ça qui est ça. J'vas travailler le mur. Toé, retourne en chercher d'autres. As-tu besoin de Devin? »
« Pas vraiment. Moé je paye, eux autres y chargent. »
« Bon. Envoye. Devin, monte aux remorques pis va chercher toutes les sangles DOT. On va en avoir besoin pour placer ces roches-là. Rusty, sors de là. C'est ma job, ça. »
« T'es sûr? »
« C'est ma job. J'vas te montrer la coupe du fond. On peut pas bloquer ce cours d'eau-là, sinon l'eau va refouler pis inonder la cour à Betty. »
« Ouais, on est mieux de retourner sur le tuyau du barrage, sinon la cour à Betty sera le moindre de nos problèmes. »
« Un peu. Le barrage est quasiment un quart de mille en amont. Même si y pétait d'un coup sec, le temps que toute c't'eau-là s'étende sur c'te distance-là, ça ferait pas plus que deux, peut-être trois pieds de creux. »
« Ça inonderait la cour pareil. »
« Ouais, mais pas ben plus. Fait que, tu coupes en arrière au bord du fond, icitte. »
« Je le vois. Je descends, je ramasse le fond à côté du ruisseau pis je place des pierres de fondation sur la longueur où c'était lavé. »
« Exactement. Une fois qu'y sont en place, tu creuses des poches le long de la pente pour placer les roches une après l'autre. »
« Une grosse accumulation dans les rangs du bas, pis on les décale en montant la face de la butte. »
« C'est ça. T'as l'œil pour ça. As-tu la main? »
« Absolument. »
« Correct, on change. Vas-y, toé, d'abord. Une fois que t'as mis ces dix-là, creuse-moé c'te patch-là dans le chemin. Empile toute ça icitte. Dis à Cody de commencer par vider l'enrochement, après un peu de ce matériel de patch-là, après du deux pouces, pis la couche du dessus. »
« Creuser côté ruisseau. Placer les roches. Creuser le matériel de patch. L'empiler icitte. Enrochement, matériel de patch, deux pouces, dessus du chemin. »
« Plus ou moins. On dirait que Tanner va être sur la route aller-retour toute la journée. Ça va être dix fois ce qu'y a acheté au premier voyage. »
« C'est une grosse job. On aurait dû commencer ça lundi. »
« Les camions de béton auraient pu passer le patch avec un spotteur. Ma seule peur, c'était le bord du côté haut. On va aussi loin qu'on peut, du mieux qu'on peut, pis si on peut pas finir, on rebouche ce qu'on a pas réussi à faire comme du monde, pis on fait du spotting lundi. Qui peut travailler demain? »
« --- »
« Personne? Je mets du beurre dans le pot. J'vas payer cash pis quarante de l'heure. »
« Moé. »
« Moé. »
« Ça en fait deux. »
« J'vas aller demander à Cody. »
« Ouais, c'est ça. Ce gars-là travaille pas les fins de semaine. »
« Ouais, Meghan. Je l'sais. Mais a commence pas avant quatre heures. »
« Bonne chance avec ça. Je l'ai jamais vu travailler une fin de semaine, pis depuis qu'y a une job, y a de l'argent pour faire des affaires les fins de semaine, astheure. »
« Bon matin, mon amour. »
« Mon amour. »
« Moé, je sais pourquoi chu debout si de bonne heure. C'est quoi ton excuse?
« Phil pis moé on s'en va à Chattanooga pour un de ses dossiers. »
« Y passe te chercher? »
« Ouais, dans quinze minutes. »
« Qui c'est qui va sortir Clover pendant la journée? »
« On va être revenus pour dîner ou juste après. »
« Faire l'aller-retour jusqu'à Chattanooga d'ici midi. C'est poche. »
« Les hommes, une sortie de classe. »
« Aujourd'hui, c'est le gros test pour la réparation de l'entrée. »
« C'est excitant. »
« Ça devrait être bon. On a mis quasiment cent roches grosseur d'homme, un camion au complet de pierre étagée, pis on a fini en pente pour envoyer l'eau vers le chemin. Si ça tient les camions de béton, on a un chantier. »
« Ça a coûté cher, toutes les deux premières semaines de gravier mises ensemble avec ça. »
« C'te fin de semaine-là, c'était malade! Les cent roches ont coûté en moyenne cent soixante-cinq chaque, toute compris, Trois camions de roche, c'était genre deux mille cinq cents, pis les gars. »
« J'ai pas vu toutes ces charges-là, mais j'ai eu les alertes que t'as fait trois autres retraits. Faut que tu m'écoutes. Tu peux pas continuer à faire des retraits de cinq cents piasses de même. Les Suspicious Activity Reports, ça existe pour vrai, pis toé tu t'en sers pour vrai pour payer cash. C'est pas légal. »
« Ouais, le crime du siècle. »
« Michael. C'est pas la valeur du crime. C'est juste que c'est un crime. »
« C'est pas correct. Toute l'économie là-haut, c'est du cash. »
« Les communautés pauvres, c'est les seules places qui restent en Amérique où le cash bouge encore. »
« Ouais, pis des avions pleins de c't'affaire-là vers les pays étrangers. »
« Michael. Si tu veux changer les lois, présente-toé au Congrès. Pour l'instant, c'est toé l'enfant d'affiche. Mets-moé ces retraits-là dans la facture, sinon tu vas avoir des troubles. »
« Correct. »
« T'as-tu dit que t'avais acheté cent soixante roches? »
« Cent roches. Cent soixante piasses en moyenne chaque. »
« Ça fait genre seize mille piasses… »
« Plus que ça avec la pierre DOT pis la paye. En plus, le dernier voyage, c'était trois palettes, pis ça a plié l'essieu de la remorque qu'on avait achetée pour le bois du shed. »
« Fait que la remorque est finie? »
« Non, mais ça va nous prendre un essieu neuf. »
« Fait que t'as dépensé vingt mille piasses sur le terrain du voisin pour faire une belle vue de la galerie de l'autre voisin? »
« Plus ou moins. Chu dans la terre, Stef, pis j'arrête pas pour demander la permission. »
« Je pense que t'aurais pu juste leur donner dix mille pis sauver l'argent. »
« C'est pas juste ça. Si on met du gravier de construction, toute c'te section-là a l'air – humanisée. »
« On est des humains. »
« Ben, la responsabilité qui vient avec le fait d'être humain, c'est de faire les affaires du mieux que tu peux, pas juste de mettre la cochonnerie la moins chère pis la plus facile que tu peux trouver pour boucher le trou de la nature pour que tu… »
« Greenpeace, calme-toé. »
« C'est pas des idées progressistes. C'est des idées de continuité. Si on arrête de réduire les demi-mesures à des fractions de plus en plus petites… »
« Je l'ai entendu, le discours du bon intendant. »
« Ben, c'est vrai. Y a pas d'idée plus conservatrice que de prendre soin de ce que t'as pis de prendre la responsabilité de tes propres actions. »
« Correct, mais c'est toé qui dis que ça nous prend plus d'argent. Dépense-le pas toute en espérant que j'vas te laisser bâtir la maison parce qu'on a pas l'argent pour un entrepreneur. »
« Ça, ce serait de la marde de long game, drette là. J'vas le jouer aujourd'hui pendant que je dépense une autre pile de budget sur le mur de soutènement. »
« Michael! »
« C'est correct. On l'a. J'entends des camions. Faut que j'y aille. »
« Hey, Matt. »
« C't'entrée-là a l'air écoeurante! »
« J'étais sûr que j'aurais un autre contrat de projection par là. »
« Aucune chance. J'ai pris la réparation naturelle. »
« C'était pas gratis, par exemple, hein? »
« Non, t'aurais été plus raisonnable, c'est sûr. As-tu fait le spotting pour le camion de béton? »
« Non, c'est ton homme qui l'a fait. Y m'a dit que c'était parfait, par exemple – pis ces chauffeurs-là vont te le faire savoir si ça les dérange. »
« Cool, j'vas me tasser. Le gars qui rentre en arrière de toé avec le camion wrappé en vinyle susmentionné, c'est un entrepreneur qui monte essayer de me convaincre de prendre la bâtisse clé en main avec la station de lavage pour chien pis la machine à barbe à papa intégrée. »
« Bonne chance. »
« Chu Michael. »
« Chu Michael moé avec. Tiens, je t'ai apporté une carte d'affaires. »
« Merci. »
« Tout un site. C'tu le mur de soutènement pour la maison, ça? »
« Non. C'est juste un atelier. »
« Correct. Nos sous-traitants aimeront pas ça rentrer dans le trou de quelqu'un d'autre. »
« Ça a pas d'allure. Faut que tu engages un arpenteur pour poser les points de la semelle de toute façon. Le trou est assez grand, ou ben y l'est pas. Qu'est-ce que ça a à voir avec tes sous-traitants? »
« Hey, bossman, les camions sont montés correct. Vous avez fait une bonne job là. »
« Merci, Cody. Dans une minute, va entretenir les machines, graissage pis nettoyage. J'vas aller te rejoindre dans cinq. Ça devrait pas être long pantoute. »
« Fait que vous allez creuser l'assise? »
« Ouaip. »
« On peut pas garantir l'écoulement de l'eau si on la creuse pas. »
« C'était facile. Désolé de t'avoir pris ton temps. »
« Si tu décides que t'es mieux de même, appelle-moé. »
« J'vas faire ça. »
« Hey, Matt. Ça a l'air bon. J'ai regardé les gars poser les tiges pis le treillis, pis y sont impressionnants. »
« Les tiens ont l'air bons aussi. Veux-tu que je fasse un biseau pis une rigole dans le bas? »
« C'est une couple d'heures d'ouvrage de plus, mais faut que ce soye fait. »
« Ouais, on a une job qui nous attend, mais on va l'avoir. »
« On a fait la pente pour que tu puisses amener la rigole jusqu'icitte. Tu le vois? »
« Ça, c'est trente pieds. On avait pas prévu ça. Le camion est quasiment vide. »
« Commande un voyage de finition. »
« Un voyage de finition, ça prendrait une heure juste pour se rendre icitte. Y en a peut-être assez. »
« Y a klaxonné. C'est pour ça que chu venu. »
« Je pense qu'y voulait juste dire qu'y est bas, pas vide. »
« D'habitude… »
« On va en avoir assez. »
« On avait mesuré à vingt-cinq verges. Y sont arrivés légers, plus proche de huit verges, pour pouvoir monter la côte – pis y avaient prévu un troisième camion. »
« Ouais, ça arrive. Des fois je me trompe dans mes calculs. »
« Trente-trois pour cent, ça ressemble plus à de la renégociation. »
« Pardon? »
« T'as pas fini, Matt. Je jugerai pas de l'ouvrage pas fini, mais tu viens d'insinuer que tu coupes à deux camions, pis du mélange à pompe sur une ligne de deux pouces, ça veut dire que les camions arrivent légers à huit. Ça fait seize verges, pis ça commence à ressembler à un deal en dessous de la table. »
« Es-tu en train de me traiter de… »
« Finis pas c'te phrase-là, Matt. C't'équation-là a une ligne en dessous que tu peux pas effacer avec l'autre boutte du crayon. Tu sais ce que t'as fait, pis je sais ce que t'as fait. Pis le mieux que tu peux faire astheure, c'est de finir. Tiens, ton chèque. Finis la job pis décrisse. »
« Qu'est-ce qui vient de se passer? »
« Comment ça? T'étais drette là. »
« Ça a été vite. »
« Pas besoin de two-step, Cody. C't'homme-là savait ce qu'y faisait, »
« Fait que, euh, qu'est-ce qu'y faisait? »
« Tu le vois pas non plus, Tanner? »
« Non. »
« Y a soumissionné pour vingt-cinq verges. Le calcul, c'est treize cents pieds carrés à six pouces – un vrai mur. »
« Ouais, c'est ça, je le vois. »
« Rusty l'a. Deux camions, ça fait quatre pouces d'épais, pas six. En plus, regarde la séquence – y me demande si je veux qu'y fasse la rigole dans le bas jusqu'au drain qu'on a bâti pour lui. »
« Pis? »
« C'est l'étape un du two-step; demander si je veux qu'y fasse sa vraie job, ou ben si c'est ma décision qu'y la saute. »
« Moé, j'ai vu une affaire différente. »
« Je l'sais, Cody. Tu m'as vu aller drette au but, pis tu t'es vu à l'autre boutte. Pis au moins astheure tu sais que chu constant. Tu m'arrives avec de la bullshit, la seule combinaison, c'est que j'avale, ou ben que je me l'étends sur mes lèvres serrées ben dur, pis je prends l'option B, pis je la prends à partir de l'espace Z. »
« Ouais, mais pourquoi tu l'as payé? »
« C'est ça, l'affaire de l'option B. C'est ça, la marde sur mes lèvres. Amène celle-là jusqu'au boutte, pis tu vois que j'ai pas le choix. Ben sûr, je gagne en cour ou peu importe, mais toute ce que j'aurais fait, c'est perdre. Ayers se promène pareil dans la communauté avec mon bec de marde sur la bouche, on a encore un mur de quatre pouces d'épais, mais y peut pas parler en mal de moé, pis là j'ai des troubles avec la communauté des métiers. Y mange de la marde lui aussi, de c'te façon-là. De c'te façon-là, j'ai pas besoin de quitter le chantier pour me présenter au palais de justice pour poursuivre ni pour me battre. J'ai pas besoin de courir après le tricheur à travers trois comtés pour faire saisir ses comptes de banque pour les dommages. J'ai pas besoin de perdre les deux affaires, le bénéfice d'un mur bâti comme du monde pis mon précieux temps. Je m'en suis débarrassé pas cher. »
« Tu payes pas pour le service. Tu la payes pour qu'a s'en aille. »
« Exactement, Rusty. Pis au bout du compte, le banquetage, c'était la job. Le béton projeté, c'était juste la finition. On l'a banqueté, pis c'était un mur légal sans rien dessus. En dessous de toute la terre noire que vous avez déplacée, les gars, c'est du shale, ça c'est du sol de classe A, pis une coupe cinquante en haut cinquante en arrière, ça compte comme supporté, pas besoin de mur mécanique. »
« Comment ça se fait que tu sais toute c'te marde-là? »
« Des années, Cody. Je l'ai appris pas mal de la même manière que toé tu l'as appris pis pas mal au même âge. Un jour, c'est toé qui vas être le vieux de la vieille. »
« Fait qu'y est payé, pis y revient pas casser les vitres. »
« Pis si tu le joues jusqu'au boutte – c'est pas arrivé c'te fois-citte – mais ça arrive souvent; des gars font la gag, y te demandent si tu veux qu'y te remettent les roues sur le char après la rotation – tu sais ce qui s'en vient. Si tu le payes au complet, des fois y voient l'erreur de leurs façons, pis y enfoncent les clous dans les moulures au lieu de laisser les têtes brillantes dépasser. »
« C'est des nuages d'images, ça. »
« Ça s'appelle des métaphores mélangées, pis des fois a montrent que l'orage se prépare. »
« Fait que, euh. V'là un orage, Le couvercle de la toilette est pogné fermé avec du béton. »
« C'est les vitres, d'abord. Devin, enlève-moé c't'affaire-là. Tanner, va à la remorque pis va chercher un de ces sièges de toilette-là. Pose-le. »
« Bossman, t'es malade. Je savais ben qu'y avait une raison que t'achètes des sièges de toilette. »
« Ça a commencé honnête. Faire des provisions de bonne heure, prendre les serrures, le solaire, pis les sièges de toilette, prendre de l'avance même un peu. Astheure par exemple, ça ressemble plus à du gaspillage tellement que je me prends une toilette neuve chaque fois que faut que je chie. »
« Sept sièges de toilette, par exemple. Le plan dit quatre toilettes, c'te bécosse-là, pis l'atelier qui s'en vient. Ça fait six. »
« Le monde m'a obligé à en acheter sept. Quand y en a un qui va casser, l'argent va avoir discontinué celui que j'aime, pis j'vas avoir une vie dépareillée. »
« Toute pareil. »
« Quoi, Cody? »
« Là tu fais comme si t'avais pas les moyens de te payer des oreilles? »
« J'ai pas les moyens de manquer une bonne joke. »
« C'tait pas une joke. »
« Fait que, toute pareil, ça c'est moé, riche pis gaspilleux, incapable d'accepter le changement ou le moins, c'est-tu ça? »
« Ces sièges-là, y sont chers. C'est déjà assez pire que tu peux pas baisser ton siège doucement toé-même, faut que tu te prennes un couvercle à fermeture douce qui fait la job à ta place. Pis là, pas juste un siège en plastique à fermeture douce à neuf piasses, faut que tu te prennes un de ces sièges-là en bois pesant en dessous de la peinture pour pas qu'y reste dans les airs. »
« Pis, Cody, pourquoi tu penses que c'est pas correct? »
« Tu jettes un siège de toilette qui coûte deux heures de mon ouvrage, tu fais creuser à travers c'te banc-là que t'avais pas besoin de faire projeter en premier lieu, mais là te v'là à garrocher quatorze mille piasses sur c'te job-là, pis tu fais regarder tout le monde te voir gaspiller de l'argent qu'on a pas. »
« Cody, mon ami, acheté pis payé, t'as pas tort, mais t'es même pas proche d'avoir raison. »
« Ouais, Cody. C't'homme-là dépense son argent à sa manière, toé tu dépenses le tien à ta manière. »
« Chu pas ton ami, payé ou pas. Chu icitte pour travailler… »
« Pis pourquoi tu travailles, Cody? T'as trente ans de c'te marde-là qui s'en viennent, pourquoi tu le fais? »
« Je le fais pour nourrir ma famille. »
« Je veux dire, tu pourrais nourrir ta famille avec des petits fruits pis des racines. Pourquoi travailler avec quelqu'un qui te donne autant de bile? »
« Je sais pas c'est quoi la bile, mais j'ai mes raisons de t'endurer. J'ai pas à m'expliquer non plus. Tu veux quoi, après? Tu veux que je te bâtisse un autre shed, ou ben peut-être que je te fasse ton petit nid là-bas avec un autre luxe que tu fais comme si c'tait une misère. »
« Chu pas sûr que je peux répondre à toute ça. T'as peut-être raison. C'est pas moé qui peux juger de ça. »
« C'est ça. Tu juges tant que tu veux. C't'homme-là y fait juste travailler, pis tu lui dis de décrisser. Y a rien fait de mal. Y fait juste projeter un mur, y se mêle de ses affaires pis tu le chasses, mais pas avant qu'y finisse. Non, tu le laisses finir avant de le descendre, de c'te façon-là t'as ton mur, pis t'as ton air supérieur aussi. »
« Jésus, Cody. C'est à propos de quoi, ça? »
« Devin, mêle-toé de tes affaires. »
« Arrêtez! Tout le monde. Cody, si tu veux me dire comment tu me vois dans ton monde, c'est correct. J'vas écouter. C'est pas moé qui vas te punir pour tes sentiments – ça, j'te le laisse. Mais faut que tu comprennes que je le pensais quand j'ai dit que j'allais protéger ces hommes-là. C'te tirade-là a une date de péremption, pis t'es rendu passé date. J'vas m'en aller pis remettre le chantier au travail. Tu devrais faire pareil. »
« Peureux. »
« Repasse-toé celle-là, Cody. Regarde ce que ça te donne. Fais-la rejouer avec ton enregistrement du grill. Dis-moé ce que ça te dit. En attendant, prends la scie à chaîne, prends Rusty pis Devin, pis monte sur la trail de chevreuil pis commence à couper des arbres pour le chemin qui s'en vient. »
« Ouais, c'est ça. Retournons travailler. »
« Fait que, euh, moé je fais quoi? »
« Tu descends aux remorques. Tu vas trier pis organiser. Aligne-moé les trois propres pis ben rangées pour que je puisse installer une caméra qui pogne les trois portes. »
« Quelle belle journée! »
« C'est vrai. Qu'est-ce qui se passe là-haut? »
« Ça fait juste quelques minutes que chu là. On monte. J'vas te montrer la semaine.
« Ça nous prend une voiturette de golf. »
« J'ai passé devant ton église juste quand y vous laissaient sortir. Y avait-tu de quoi de spécial aujourd'hui? Y avait comme trois tas de monde différents qui prenaient toute des photos. »
« Rien de spécial. Y font ça souvent. Juste prendre des photos de la famille dans leur linge du dimanche. »
« J'ai pas souvent la chance d'être icitte quand y a pas une machine qui roule ou une scie ou un boutte de progrès qui fait du vacarme. J'adore les fins de semaine. »
« C'est tellement paisible. »
« Là. Entends-tu le hibou? Y l'appellent un quatre-hou. »
« Y est tellement proche, où c'est qu'y est? »
« Y est là-haut quèque part. Y fait genre trente pouces de haut, mais tu le verras pas. »
« Lui y nous voit, par exemple. Sa-cre-ton-camp-de-mon-terrain, sacre-ton-camp-de-mon-terrain. »
« Nenon, on a un deal. On va partager. Bien-ve-nue-chez-vous-les-gars. »
« Pauvre lui, huit syllabes de voix pognées par la machine, pis là on lui fait dire n'importe quoi. »
« Huit syllabes pis on vient de lui prendre son terrain. »
« On va partager. »
« C'est ça que je lui ai dit. »
« On va le faire. »
« Tsé, Fish and Wildlife va payer trois mille piasses par tête pour ces oiseaux-là, morts-pas-vivants, dans l'Ouest. Faut croire que les humains ont envahi leurs territoires icitte dans l'Est, pis y ont migré vers l'Ouest où y ont trouvé pas grand compétition, pis y se sont multipliés, pis là y menacent un autre hibou. Y enregistrent les voix pis y les font jouer dans des porte-voix, pis y les tirent quand y viennent à l'appel. Y appellent ça hou pis pow. »
« Voyons donc. »
« Pour vrai. Le spam call ultime. Enregistrer ta voix, jouer sur ton besoin le plus profond, pis pas juste prendre tes rats, mais prendre ta vie. »
« C'tu vrai, ça? »
« Mon téléphone est icitte avec moé depuis deux mois astheure. Google a entendu les hiboux, pis y m'a envoyé l'article – naturel comme toute. »
« C'est tellement triste. J'veux pas entendre parler de ça »
« C'est triste. Chu d'accord. Mais y a un autre côté. Y a une madame en Oregon qui s'ennuie de sa chouette tachetée du Nord, pis qui voit les cousins éloignés de c'te gars rayé-là, pis non seulement est pas triste, mais est dehors dans sa cour avec une installation d'enregistrement d'Amazon à essayer d'avoir l'enregistrement parfait pis d'attirer le plus de hiboux. »
« C'est correct. Ce monde-là a pas le droit d'avoir le fusil qui fait le tirage, fait que comme n'importe quel programme du gouvernement, celui-là est destiné à gaspiller de l'argent pis personne à part les politiciens pis les avocats va avoir le vrai trois mille. »
« Dit par la madame qui vit sur le BS du gouvernement. »
« Une paye, Michael. »
« T'es encore un peu à bout de souffle. »
« Je sais pas comment tu fais toute la journée, à monter pis descendre c'te butte-là. »
« M'en va m'acheter une de ces voiturettes de golf électriques-là c'te semaine, celles qu'on a vues chez Lowes. »
« Tu devrais probablement pas monter ça autant. »
« J'peux pas imaginer qu'un peu d'exercice soye mauvais pour moé, pis c'est la seule affaire que j'ai le droit de faire. »
« Wow. C'est pas mal brillant. »
« C'est un mot pour le dire. »
« On dirait qu'un camion de béton s'est planté pis a beurré du béton sur la face de la butte. »
« Deux camions de béton, en fait. »
« T'avais dit qu'y en aurait trois. »
« En fait, la malédiction est enfin arrivée. Le gars a commencé c'te marde-là qu'y font, où y s'arrangent pour que ce soye de ma faute qu'y ont pas fait leur job comme du monde. »
« Fait que, pas magique? »
« Soit ça, soit la lampe a manqué de souhaits. »
« Frotte plus fort. Le problème avec la chicane par icitte, c'est que tu vas tomber sur lui à l'épicerie. »
« J'vas le regarder dans les yeux pis faire un signe de tête. »
« Si pire que ça? »
« C'était pas mal pire. J'ai sauté drette dedans. Tout le monde était là. Je lui ai donné le chèque pis je lui ai dit de décrisser. »
« Payé pis laitte. »
« Ouaip, des deux bords. Quand l'atelier va arriver, par exemple, y va couvrir quasiment toute le mur, pis on va avoir une petite remise à bois, pis ça va déguiser le reste. »
« C'est brillant. »
« Tu l'as dit. »
« C'est brillant. »
« J'ai pas dit, dis-le encore. »
« Ça se répète tout seul. »
« Vois-tu pourquoi j'ai fait des grosses roches sur la servitude? »
« Je le vois. Tu peux pas faire briller ça dans la face de la galerie du voisin. »
« C'est pire de proche. Les deux murs de la même grandeur pis de la même forme,
pis tu sais même pas que la patch de la partie lavée est là.
« Ça, par exemple, pas moyen de le cacher. »
« Ben, ça va se patiner avec le temps, pour une affaire, pis une fois que l'atelier va être bâti, ça va le cacher pas mal. »
« C'est quand, ça? »
« Grosse question. C'est une affaire de budget. Une bâtisse de mille pieds carrés, même sur le cheap, ça va coûter au moins cinquante piasses du pied, du toit jusqu'au pad. Mais on peut pas bâtir une horreur pour cacher l'horreur. Ça prend des fenêtres pis des portes – des portes de garage comme l'atelier à Hardin Valley. Du bardeau de cèdre, de la plomberie, des fenêtres – attention, c'est boueux là. »
« Voyons, c'est à propos de quoi, ça? »
« Quand on a bouché le tuyau du déversoir - l'eau. Y a mouillé un demi-pouce trois fois c'te semaine, pis ça a débordé. »
« C'est pas dangereux, ça? »
« Ça l'était pas au début. Les sources remplissaient l'étang, mais y avait des pieds de revanche, après la pluie a jamais arrêté pis ça a débordé. »
« Toute la semaine? »
« Plus ou moins. Vois-tu les traces du skid steer? C'était ma soupape de sûreté. Y amenaient l'eau par icitte – mais le barrage est vieux. Vieux en maudit. »
« Le jury est encore en délibération sur ta théorie du glissement de terrain. »
« C'est pas une théorie. »
« Une théorie. »
« Ce ruissellement-là appuie ma thèse. Vois-tu comment l'humidité est uniforme? Quand la pluie était forte, c'était une nappe d'eau égale pis régulière par-dessus, comme n'importe lequel de ces vieux barrages en escalier que tu vois au bord des chemins le dimanche. »
« Un weir. »
« Quoi? »
« Mon prof d'anglais, c'était Alan Weir. Le barrage en escalier. Ça s'appelle un weir. »
« Ben, ce barrage-là laisse couler l'eau par-dessus comme un weir. C'est parfaitement égal, comme si y avait eu des millions d'orages pour s'obstiner dessus. »
« Le pont, par exemple, y fitte. C'est comme s'y avait jamais pas été là. »
« Pour vrai. Y ont nettoyé tous les débris de pierre c'te semaine, pis ça s'est fondu dans le terrain, comme si c'était tombé là avec le barrage. »
« Je vois que Cody est passé par icitte. »
« Ouais, va falloir l'abattre, celui-là. Deux cent cinquante ans, pis Cody Norman est le dernier anneau de son histoire. »
« Cody a probablement une couple d'anneaux là-dedans avec toutes ses années icitte. »
« Amen. Y a probablement tiré son souper dedans une douzaine de fois, qui sait. Je l'ai laissé debout pour l'instant pour protéger l'érable. »
« Dommage que ce soye pas l'inverse. »
« Les souhaits dans une chaudière, ça se remplirait jamais assez pour une chasse de toilette. »
« C't'affaire-là, c'est – spécial. »
« Absolument spécial. Un creux de montagne, ça prend une toilette dans la cour, Stef. Tu connais donc rien. »
« C'est supposé avoir des fleurs dedans. »
« Ben, celle-là, c'est un bain de ratons laveurs. Y reviennent à tous les soirs. »
« Pas si boueux c'te fois-citte. »
« Regarde de plus proche. Y viennent à tous les soirs, mais ça mouille depuis une semaine, pis ça les nettoie. »
« J'appellerais pas ça propre. »
« Pas propre, mais nettoyé. »
« Pourquoi tu te rappelles pas juste les essuie-tout? »
« Pis toé, pourquoi tu t'en rappelles pas? »
« Chu dans le déni. »
« Faut l'avoir. J'vas finir par mettre une petite bécosse autour. »
« Je veux dire, c'est une horreur. »
« Une brillante. Mais quand on va avoir l'atelier qui roule, on va pouvoir juste la débrancher – a sera pas là pour toujours. »
« Karen est pas mal excitée que moé pis Clover on s'en vienne rester chez elle. »
« Je te gage qu'est excitée. Moé aussi. »
« Ben sûr que t'es excité. Tu vas pouvoir rejouer au petit gars itinérant qui fait du camping dans le bois. »
« Je jouais pas dans ce temps-là, pis chu pas sûr d'avoir la jeunesse pour jouer ben ben c'te fois-citte non plus. »
« Je sais pas comment je t'ai laissé me convaincre de faire ça. Je veux dire, tu vas prendre ta douche où? »
« J'imagine que j'vas monter chez Karen à tous les deux trois jours. »
« Qu'est-ce qu'y ont fait d'autre c'te semaine?
« Surtout, on a regardé, pis on s'est rongé les sangs avec le barrage. Avec le déversoir bouché, ça déborde en nappe toute la semaine, pis c'est terrifiant, mais y a rien qu'on peut faire. Y a mouillé. On a manqué de terre pour, pis astheure c'est juste un jeu d'attente. Mon gros plan, c'était d'ajouter un autre samedi, payer ce que ça coûte, poser le tuyau du déversoir. Après ça, y a mouillé. »
« Y ont travaillé toute la semaine sous la pluie. »
« Ouais, mais pour poser le tuyau du déversoir, faut baisser l'eau d'à peu près un pied et demi. On peut pas faire ça sous la pluie. »
« Fait que, lundi, d'abord? »
« C'est ça, le plan. »
« As-tu fait d'autre chose? »
« Je les ai partis sur l'entrée d'en arrière. »
« C'est quoi, une entrée d'en arrière? »
« Ben, si on met la maison par là, pis que le garage est au niveau du sous-sol en arrière, ça va falloir rouler le long de la face de la butte là-haut, passer par icitte pis faire un lacet pour revirer vers la maison. »
« Je le vois pas. »
« Correct, viens icitte. »
« On dirait qu'y va mouiller toute la semaine. »
« Pas de surprise là. Mes jambes ont doublé icitte avec toute la bouette collée après mes pieds à longueur de journée. C'est pour ça que t'es si à bout de souffle, pis moé chu habitué. »
« On dirait que Cody a signé celui-là aussi. »
« Christ, ce kid-là est une calamité. »
« Ah mon Dieu. »
« Quoi, y a eu l'autre bord aussi? »
« Non, regarde ça. »
« Charlie loves Bobbie, 8/11/89. »
« C'est le jour qu'y ont acheté c'te terre-là. C'est dans les papiers du titre. »
« Es-tu sérieux? »
« Oui. »
« Je veux dire, t'es-tu certain? »
« Ouais, c'est dans le dossier dans mon bureau. »
« Fait qu'y sont montés icitte après leur closing, comme nous autres, pis y ont signé un arbre pour marquer l'occasion. »
« Tu devrais m'aimer de même. »
« Pis c'est un hêtre en plus, comme le Beechnut. J'ai des visions de The Jerk, y haït ces cannes-là. »
« De quoi tu parles..? »
« Faut réparer c't'arbre-là pendant qu'y est encore mouillé. Monte à la Farmer's Co-op pis va chercher une canne de Tanglefoot. J'vas couper des branches sur ces repousses-là pis préparer ça. »
« Genre, là, tusuite? »
« Oui. C't'arbre-là est aussi ben dire mort si on y met pas une patch. »
« Ça s'appelle comment? »
« Mastic à greffer Tanglefoot. C'est une canne blanche avec des lettres rouges. »
« Pourquoi tu reviens les mains vides, mon gars? »
« Sa bonne femme est là-haut avec lui. »
« T'as pas pu l'avoir? »
« Nan, y étaient là-haut quand chu arrivé su'a crête. »
« Pourquoi y sont là un dimanche? »
« J'sais pas. J'écoute d'en haut d'la crête, j'les entends ben, y parlent d'avoir une voiturette de golf, mais Tanner va arriver tantôt, pis faut que j'revienne. »
« Ça, faut qu'ça reste proche comme une poche de chemise. On a besoin d'la scie pour couper c't'arbre-là, mais faut que tu restes dans l'équipe aussi. »
« Y é juste midi. On a l'temps. »
« C'est vrai, mon gars. On s'met drette dessus. »
« Laisse Tanner déposer l'ordi, pis j'vas r'monter là-haut, voir si y sont partis. »
« C't'un bon deal, Mrs. King nous donne trois mois d'loyer si on va couper c't'arbre-là aujourd'hui. »
« Ça donne rien. C'est la mère à Meghan qui paye le loyer. »
« A l'a besoin d'notre aide. »
« Moé j'vois pas en quoi ça m'aide, on coupe c't'arbre-là pis on s'fait payer en crédit sur l'loyer. »
« Ça t'aide, peut-être que Mrs. King met c't'argent-là sur l'loyer à Jed. Peut-être qu'on coupe c't'arbre-là, on finit d'payer l'truck, pis moé j'paye l'reste su'l'livre. »
« Tanner est là. »
« Farme-toé. Laisse-moé parler. »
Y m'dit d'me farmer su'ma propre galerie. J'me farme pas si j'veux parler. C'est l'Amérique, han? Pays libre su'a propre galerie libre d'un homme. »
« Hey Cody. »
« Tanner. »
« Fait que, v'là l'ordi. Je l'ai configuré, pis faut que je te montre des affaires. »
« Tu m'as déjà montré. »
« Pas ça. Tes notes. »
« J'épelle pas bon. »
« T'es pas un charpentier non plus, mais c'est pas ça. Tiens, regarde la dernière facture que j'ai faite. »
« J'ai vu ça, téteux. »
« C'est pas du tétage, Cody. C'est le registre. C'est la référence.
« C'est son registre, sa référence. C'est sa job, qu'y nous met su'l'dos. »
« Cody, c'te marde-là, ça marche peut-être là-haut avec Lonnie, mais j'te laisserai pas me passer dessus avec ta machine à rancune. »
« Pareil comme lui. »
« Cody, j'vas te dire ce qu'y faut faire. Tu peux le faire ou pas le faire, mais t'as eu quarante heures par semaine depuis cinq semaines, pis l'argent est bon. L'ouvrage est facile. Le gars est dur, mais y est honnête – trop honnête. »
« C't'homme-là est pas honnête, Tanner. Chu assis icitte, pis j't'écoute parler à mon gars de même, pis j'me farme, mais tu viendras pas icitte dire qu'y est honnête su'ma galerie. »
« Salut à toé aussi, Lonnie. Ça fait longtemps que je t'ai pas vu. »
« Là y a l'two-step, Deddy. »
« Cody. Ça fait cinq semaines que tu travailles, du bon argent. C'est le meilleur argent qu'un de nous deux a jamais eu, pis j'te laisserai pas toute gâcher ça. »
« Tu m'laisseras pas? Qu'est-ce que tu vas faire, toé? »
« J'espère te faire entendre raison. T'as pris la job, Cody. Tu l'as prise. Le gars t'a dit les conditions, pis t'as dit, je le veux. Y t'a mis dans une machine pis y t'a fait confiance avec son excavation, pis y endure ta grande gueule tout le temps. »
« T'as une grande gueule, c'est vrai, Cody. »
« Deddy, j't'ai dit d'me laisser parler. »
« Christ, des fois c'est comme un autre monde. Je monte icitte te donner l'ordi pour que tu puisses faire ta part avec la compagnie – j'ai déjà fait la moitié de l'ouvrage. Toute ce que t'as à faire, c'est de rentrer les projets du jour pis d'uploader les heures quand t'as fini – imprimer la facture, pis la donner. »
« Toute ce que c't'homme-là veut, c'est du cheap labor, bâtir un palace pis m'garder en dehors d'ma terre. »
« De quoi tu parles, câlisse, Lonnie? C'est pas ta terre. Ça l'a jamais été. »
« Ça a été not' terre toute ma vie. Deddy a raison. On chasse pis on pêche là-haut, quasiment chaque repas qu'on mange la moitié d'l'hiver vient des chevreuils qu'on met dans l'congélateur là-dedans. »
« Écoute, c'est pas mon – ça me regarde pas. Mais je veux pas de trouble là-haut. Moé pis Rusty on veut ça, pis toé aussi, Cody, sinon t'aurais pas pris la job. »
« C'est pas toé qui m'dis pourquoi j'prends c'te job-là, pis c't'homme-là dit que c'est même pas une job anyway. Y dit qu'on est propriétaires. Pourquoi on peut pas amener not' business ailleurs? »
« --- Je vois ça, Cody. Pour vrai. On pourrait soumissionner sur des jobs ailleurs, comme les fins de semaine. »
« C'est toute ce que j'dis. »
« Dur de soumissionner sur des jobs quand on a pas d'outils, par exemple. »
« On y emprunte ses machines la fin de semaine quand y est pas là. »
« On dirait que t'es tombé sur c't'idée-là en plein milieu de la conversation. Premièrement, c'est pas correct, pis y déménage dans le shed mardi. Sans compter que chaque fois qu'on arrive le lundi, y a toujours un tas de terre ou un trou, ou un bout de chemin de monté. Y travaille avec les machines toute la fin de semaine. »
« C'te Yankee mou-là restera pas dans un shed en plein milieu de l'hiver. »
« Lonnie, tu connais pas c'te gars-là. Dis-y, Cody. »
« Y est mou. »
« Vous êtes dans le champ tous les deux. Y est malade. Ça, c'est clair, mais j'dirais pas qu'y est mou. Y s'en laisse pas imposer par personne, surtout pas par toé, pis y est tête de cochon. Y va rester dans son shed, pis si quèque chose devient dur, y va juste s'acheter la solution. »
« C'est lui, ça. Y pense que son argent y donne toute c'qu'y veut. »
« Peut-être qu'y nous prêterait les machines la fin de semaine. »
« Chu pas pour devoir de quoi à c'te Yankee-là. »
« T'as un non pour chaque peut-être, Cody. »
« J'en ai pas. »
« C'est un non, ça, drette là. Tu te battrais contre le boyau d'arrosage si t'étais en feu. »
« J'emprunte rien à c't'homme-là. »
« Lonnie, qui c'est qui parle, icitte? »
« Viens pas me dire de me mêler de mes affaires su' mon propre perron. »
« Correct, correct. T'as raison. Un peu. C'est juste que chu tout mêlé, là. Chu monté pour montrer à Cody comment faire les factures pour qu'on se fasse payer, pis on est passé de lécher des culs à bonne idée à on peut pas faire ça avec plus de bosses pis de courbes que la servitude là-haut. »
« Tu tords les mots. »
« C'est ça que j'dis. Écoute. V'là les quatre dernières factures. Sers-toé de ça pour faire la facture de c'te semaine. Chaque journée de la semaine a besoin de détails. Lundi, Tanner – a faite telle affaire = heures – prix. Devin pis c'que Devin a faite, prix. Cody. Rusty. Mardi, même affaire. En bas, c'est un sous-total. J'vas t'envoyer les frais de banque pour la paye de la semaine d'avant avant les autres dépenses. Tu mets ça là, pis le total se remplit tu-seul icitte en bas. »
« Se remplir tu-seul, c'est pas un mot. »
« Ouais, c'est mon résumé aussi – pas v'là comment, mais v'là c'qu'est pas bon. C'est de même que ça marche, Cody. C'est ton tour pour les deux prochaines semaines. Fais la facture pour qu'on se fasse payer. »
« Si je la fais pas, y va juste payer cash. »
« Cody, tu peux pas saboter pour du cash. C't'homme-là tombera pas dans le panneau. »
« J'veux pas de retenues. »
« C'est pas lui qui choisit. C'est l'IRS qui dit que tu paies des taxes, pas lui. »
« Mon gars, c'est pas correct. C'est lui. C'est toute eux autres qui descendent icitte nous dire comment on est supposé vivre notre propre vie. C'te vallée-là s'est ben débrouillée pendant cent ans sans qu'y descendent icitte avec leurs ordinateurs laptop pis leurs p'tits programmes de génie dedans pour qu'un homme peut même pus faire un p'tit troc pis faire une couple de piasses pour joindre les deux bouts. »
« T'as pas tort, Lonnie. Mais c'est pas du troc dans une boîte de pick-up. Cody, c't'homme-là a dit qu'y se bâtit une place, pis que ça va prendre deux ans, pis que la paye est déclarée. Pis ça, ça changera pas. Pis oublie pas, y paye plus. Tu travaillais pour moé chez ma grand-mère à quinze de l'heure. Icitte, c'est vingt. Tu ramenais autour de six cents avec moé pis Grand-maman, pis tu ramènes six-cent-cinquante icitte – pis en plus t'as l'assurance accidents du travail pis l'assurance invalidité. Icitte, t'as une compagnie qui peut faire plus d'argent une fois qu'on aura gagné les références de faire ce projet-là. Icitte, la paye est pareille, mais ce que ça rapporte, c'est énorme. »
« La paye est pas pareille. Y ont saisi mon compte de banque, pis c'te semaine j'ai juste cent-cinquante. »
« Qui c'est qui a saisi ton compte? »
« J'dois de l'argent su' les amendes, pis ben vite le jugement va commencer à collecter aussi. J'peux pas sortir l'argent assez vite, la banque est dans le coup. »
« Là, j'comprends. Ça fait que tu dois encore des frais de cour, pis t'as un jugement en plus. C'est pas de mes affaires tant que t'en fais pas mes affaires. L'homme paye su' un W2. Tu peux prendre ça ou le laisser, mais tu reçois un chèque de paye. J'laisserai pas tes dettes pas payées gâcher ma vie à moé aussi. Ça fait que travaille ou travaille pas. J'm'en câlisse, mais viens pas fucker ma job. »
« Viens pas fucker ma vie. »
« Cody, c'est toé qui dois de l'argent, pis faut que tu grandisses pis que tu le payes. C'est-tu pour ça que t'as pas encore eu ton permis? Tu fais exprès de pas le passer pour que les agences de recouvrement te trouvent pas? »
« Tout ça, c'est pas de tes affaires. »
« Une dernière affaire là-dessus, Cody. Ci, ça, peu importe c'que c'est. Si tu mets ça derrière toé, tu vas pus être prisonnier de ça. »
« C'est pas de tes affaires. »
« Super, y en avaient. »
« J'ai jamais entendu parler de Tanglefoot de ma vie. »
« Ben, le v'là. J'espère que ça marche, par exemple. »
« La fille au magasin en avait jamais entendu parler non plus. »
« On va ben voir. J'ai déjà coupé les bords ben net. Au printemps, j'vas faire une greffe en pont, mais faut attendre que les bourgeons sortent pour ça. »
« Comment tu sais ces affaires-là? »
« Les bords nets pis le Tanglefoot, je l'sais de la vie. L'info su' la greffe en pont, c'est du Google. C'est pas notre arbre, pis faut le sauver, ça fait que j'ai regardé s'il y avait d'autre chose que je pouvais faire pour améliorer ses chances. »
« Faut le sauver, c'est vrai. »
« Ben, ce qu'on fait, c'est qu'on étend c't'affaire-là mince su' la surface écorchée. C'est tout ce que je savais faire. Mais j'ai trouvé c'te site web de verger de pommes-là, pis y montrent comment tu coupes ces branches minces d'un an de l'arbre – j'vas prendre ces rejets-là icitte – pis tu les coupes juste un peu plus grandes que le trou dans l'écorce, pis tu les enveloppes dans des essuie-tout mouillés pis tordus secs pis un sac, pis tu les mets dans le frigidaire jusqu'à autour de mars quand l'arbre commence à bourgeonner, pis y a tout un processus pour faire le pont par-dessus le trou. »
« Pis ça va sauver l'arbre? »
« Celui-là pourrait être correct sans ça, en fait. L'arbre là-bas a une méchante déchirure dans l'écorce. Celui-là, ça fait juste à peu près le tiers du tour. Y aimera pas ça, mais y pourrait survivre. Y a pas de traces de chenilles su' les racines icitte, ça fait que j'pense qu'y l'a frappé de loin en virant la plateforme ou de quoi de même. »
« Le gars est une menace. »
« J'essaye de croire qu'y est juste un humain comme nous autres, pis qu'y va se montrer à la hauteur si y a juste un autre point de vue pour regarder son avenir. Mais j'ai jamais eu un gars qui a essayé aussi fort de me prouver que j'ai tort. »
« Menace. »
« Je l'ai mis dans la compagnie, par exemple, Stef. Y en est propriétaire astheure. J'ai choisi d'avoir trois membres pour que si une personne devient un problème, les deux autres peuvent le voter hors de l'île, mais j'veux pas introduire c'te technologie-là aux gars si tôt. »
« Y a ben travaillé pour moé, mais je le sentais. Tu m'as rendue biaisée, mais j'ai vécu icitte toute ma vie, pis les Cody de ce monde, c'est pas dur à trouver. »
« T'aimes juste pas son historique de drogue. »
« C'est pas juste ça. J'en ai enfermé, du monde, pour la drogue. Y en a qui sont de même, mais lui, y est différent. C'est comme s'y regardait de derrière les barreaux en notant l'horaire des gardiens. »
« Mais la cellule est forgée dans la tête. »
« C'est ça. Y est comme un junkie de la prison, mais la prison, c'est lui qui l'a faite. »
« Le résultat du format est pas mal cool. J'peux pas vraiment mettre le kid dehors, ça fait que chu obligé de trouver des façons de contourner pis de bâtir ma tolérance. »
« Tombe pas trop de l'autre bord, par exemple. »
« Non, mais j'peux pas faire de tout le monde le gars de l'arbre non plus. »
« Non, t'as pété ta coche, là. »
« C'était y a dix ans, chérie. J'ai littéralement engagé l'homme pour couper l'arbre pour que l'autre arbre soit pas blessé. J'aurais pu le faire tomber su' l'autre pour rien. »
« T'es une tête chaude des fois. »
« Ça dépend des situations. »
« Tête chaude. »
« T'as-tu entendu ça? »
« Quoi? »
« C'te branche-là. La v'là. »
« Quoi? Qui? »
« C'est un ours. Regarde la crête, là où la lumière… »
« Je le vois. »
« J'pense que c'est celle qu'on voit le plus – j'peux pas dire de si loin. »
« A s'en vient par icitte. »
« C'est correct. A fait juste ajuster son chemin, c'est à pic là-haut. »
« Je me demande si a nous voit. »
« A nous a vus y a ben longtemps, a nous sent. A nous entend. »
« J'espère qu'a parle anglais, d'abord. Reste là-haut. »
« Ha! A descendra pas icitte. »
« Tu parles-tu ours, toé? »
« Y nous achalent jamais. C'est comme s'y étaient curieux. Y nous regardent. »
« Comme un public? »
« Non, plus comme s'y jetaient un œil entre deux pas. »
« Je vois ça. Est – Est-tu en train de se coucher? »
« Yup. A doit t'aimer. »
« Je pourrais y flatter ses p'tites oreilles. »
« J'ai demandé aux ratons laveurs. Y se sont battus pour un morceau de bouffe, pis y ont jamais répondu. Elle, tu peux y demander toé-même. »
« J'veux pas être effrontée. »
« Bon instinct. J'pense que c'est celle qui est enceinte, mais est trop loin pour être sûr. A l'air différente. »
« Donnons-y de l'espace. »
« Bon matin, les enfants. »
« C'est une longue marche à partir du Y. »
« Mille trois cents pieds, Cody. »
« On pourrait se parker le long de l'étang. »
« Devin, ton char pourrait pas monter icitte. »
« Ouais, le mien, c'est sûr que non. »
« C'est à peu près six cents pas. »
« Tu comptes pour vrai? »
« Ben, ouais. Par exemple, vous vous êtes parkés y a huit minutes, pis chu sûr que vous avez punché dans vos p'tites applis. Ça fait que ça m'a coûté deux piasses et soixante-sept cennes pour monter chacun de vous autres en haut de la côte. Ça fait dix piasses et soixante-huit cennes pour amener toute ma gang de leurs places de parking jusqu'au chantier. »
« Bossman, moé je punche quand je pars de chez nous. »
« Ça fait que c'est du vol, Cody. »
« Comment c'est du vol, Tanner? Toutes les compagnies de service font ça. Y chargent le temps à partir du moment que le truck sort de la cour, pis la plupart de ces gars-là partent de chez eux. »
« Tanner, y pense qu'y m'a eu, là. C'est une affaire de divulgation, par exemple, Cody. C'est des exigences de prix affichés d'avance. T'as pas négocié ça dans ma facturation au moment de fixer le prix, ça fait que tu peux pas puncher pis charger pour traverser les trois quarts de mille de chez vous à chez nous. Astheure, si tu veux poursuivre ta propre compagnie pour ce temps de transport-là, gêne-toé pas, mais y a une caméra drette à la ligne de terrain, pis le cloud de Ring enregistre ton heure d'arrivée; aujourd'hui, sept heures cinquante-trois. T'as monté la côte à pied, pis t'étais en retard d'une minute pour avoir tes tâches. »
« Les tâches, ça fait partie du test 1099. »
« Regarde l'arc de la conversation, Cody. Ça a commencé avec tu te fais payer à partir du parking. Je t'ai dit combien ça me coûtait de te monter la côte à pied. Tu me dis que tu punches de chez vous depuis cinq semaines. Je t'ai dit qu'on a pas négocié de prix de répartition parce que vous êtes pas une compagnie répartie, vous êtes une compagnie à contrat. Chu prêt à vous payer dix piasses pour venir travailler. J'm'en fous comment vous les séparez. C'est pas mon problème. Dix piasses. Facture-les. »
« Ça a commencé parce que t'es cheap. »
« L'ironie, c'est que mon plan était de vous donner une leçon de facturation avec votre journée d'ouvrage parce que dans ma tête, je donne pas juste une compagnie, je donne le savoir pour mener une compagnie – pis ça, plus que n'importe quelle autre affaire su' toute la verte Terre, c'est un point de vue. Mon intention, c'était de montrer la différence entre le point de vue d'un propriétaire pis le point de vue d'un employé – remarque que j'ai pas dit POV, Rusty. »
« J'aurais pas pu monter une meilleure leçon avec un paquet complet de formation des ressources humaines. »
« Ça fait que, euh. J'pense pas que j'ai appris de quoi, là. »
« Commandez le déjeuner. Allez le chercher. Ce soir, c'est ma dernière nuit à dormir dans une maison, pis on a ben des affaires à finir. »
« Hey. »
« Hey. »
« Comment va le Département du Revenu aujourd'hui? »
« J'emballe les dernières p'tites affaires à amener chez Karen demain matin. Je prends la journée pour m'installer là-bas. »
« J'aimerais ça pouvoir t'aider. »
« C'est juste une couple de boîtes. »
« Tes batteries sont-tu arrivées? »
« Non, mais y sont en livraison. La compagnie de transport a appelé pour confirmer qu'on a un quai de chargement. »
« Y est où, ça? »
« Le siège d'en avant de c'te skid steer-là. »
« Pourquoi y les envoient pas juste dans un truck qui peut monter l'entrée? »
« C'est pas qu'y peuvent pas monter. Regarde l'entrée. La même affaire qui nous protège des yeux indiscrets pis des curieux, c'est l'affaire qui fait qu'un chauffeur de truck pense que c'est impassable. Tout ce que tu vois, c'est une entrée de gravelle en côte avec une courbe aveugle. Y sont comme des coyotes, s'y voient pas de sortie, y ont peur d'entrer. »
« Les coyotes s'en tirent pas pire avec un AR, par exemple. »
« Toutes les conversations que j'ai aujourd'hui partent en couille vite. »
« C'est de ta faute, Parables. »
« Mon nom, c'est Slippers. »
« Mikey Slippas. »
« Christ. Ça va être une année de c'te marde d'amour au téléphone, pis elle, a l'a un bureau confortable avec un rolodex de casseuse de couilles. »
« C'est toé qui l'as choisi. T'aurais pu prendre un appartement. »
« Continue avec le redout. J'vas me reposer un peu plus tranquille en sachant que ma femme de quarante-deux ans dort dans son lit simple d'enfance avec son love-doodle de soixante-dix livres. »
« J'ai quel âge? »
« 27 avril 1982, Madame. T'es dans ta quarante-deuxième année. »
« Quarante et un. »
« Quarante et un ans pis deux cent soixante-dix-sept jours. »
« Quarante et un. »
« Oh, journée mémorable. FedEx vient de passer le haut de la digue. Y monte l'entrée. »
« Voyons donc. Qu'est-ce qu'y a? »
« J'pense qu'y a mon futon d'Amazon. Devin est revenu avec la bouffe aussi. On se jase plus tard. »
« Love. »
« Love. »
« C'est ben pesant, c't'affaire-là, bossman. »
« La livraison est gratis, par exemple. »
« Non, ça nous a coûté à peu près trois piasses pour la porter à partir de la digue. »
« Ouais, c'est ça. T'as eu. »
« Laissez ça là. On va le monter après le déjeuner. »
« J'adore ce steak frit à la country. »
« Ça, c'est une affaire qu'on s'entend, Cody. Bon, aujourd'hui on a ben des affaires à faire. J'emménage icitte demain après le closing, pis on est pas prêts encore. Le cactus a survécu, c'est déjà ça, mais la météo annonce un minimum de vingt-sept demain soir. »
« Tu vas te geler les bégonias. »
« J'vas être correct. On reçoit douze batteries aujourd'hui. C'est la grandeur maximum que Pytes décrit comme une pile de batteries dans le hub. La chaufferette a marché toute la nuit passée au plus bas, soixante degrés. Pis ça a vidé les batteries à vingt pour cent. »
« T'avais pas commandé plus de batteries? »
« Oui. J'ai commandé un lot le jour qu'on a installé c't'unité-là. La compagnie de transport a appelé, pis y vont être icitte à matin. Le problème, c'est que si on installe seize batteries, on a quatre-vingts kilowatts, mais on peut pas charger autant que ça. »
« On a un numéro de jonglerie à faire aujourd'hui, pis devine qui passe en arrière. »
« Pas encore la digue. »
« C'est ça, Cody. La digue passe encore su' le rond d'en arrière pendant qu'on prend le reste des panneaux solaires de la première commande pis qu'on les installe le plus vite possible. En gros, faut installer les batteries - pis ça va être pas mal plus compliqué que le premier rack – pis faut bâtir trois racks de huit panneaux solaires chaque. »
« Quoi, pas de leçon de maths c'te fois-citte, bossman? »
« Non, c'est une leçon de triage. On a vingt-quatre heures pour installer ces batteries-là, pis on peut pas désinstaller ces quatre-là parce qu'y sont pas pantoute balancées avec les douze qui arrivent aujourd'hui, qui arrivent à quelque part autour de cinquante pour cent. Ça fait qu'on doit charger au moins six kilowatts dans ces batteries-là pendant tout le temps qu'on monte ces batteries-là. »
« Ça fait que, euh. On bâtit-tu ces racks-là en bois encore? » « Non. En Unistrut. »
« Y a-tu un tas caché d'Unistrut pis de boulons quelque part par icitte? »
« Non. Y sont su' la liste d'achats de la journée. Prends une chaufferette Dr. Infrared DR-968. V'là le lien. C'te Duo-là est quasiment inutile en bas de quarante degrés, pis une chaufferette d'appoint donne l'impression qu'y fait chaud même quand la pièce l'est pas. On pourrait même probablement patenter un p'tit boîtier autour pour que quand est réglée à cinquante degrés, a chauffe pis s'arrête plus souvent. »
« T'es dans les détails, bossman. »
« Désolé. Je pense à voix haute. Bon, ça nous prend trois racks pour les panneaux. Le circuit ouvert su' ces panneaux-là met la longueur de la string à huit. Trois racks de huit, c'est juste un peu plus que dix kW de plaque. Mettons trente kilowatts de récolte. Ça va être serré avec la chaleur. »
« Tu penses encore à voix haute? »
« Oui. »
« Pense à voix haute à combien d'Unistrut ça nous prend. »
« Cute. Prends la carte pis prends Devin. Allez de ce bord-là, pis j'vas texter la liste d'achats. On a une grosse journée. Faut recevoir tout le stock solaire, le monter icitte, installer les batteries, monter ce futon-là, pis commencer les racks solaires. Grouille »
« Pas de trouble. »
« Rusty, monte ce futon-là. Cody, suis-moé. Faut mesurer des affaires pis se préparer. »
Liste d'achats :
Superstrut 1-5/8 x 10 pi, calibre 12, demi-fente – 60 longueurs
– prends le galvanisé argent, 34 $ chaque quand t'en achètes 10+
– ça fait deux paniers. Prends un chariot plateau.
Écrous à ressort, 3/8-16, pour rail 1-5/8 – 192
– y viennent en paquets de 5. Ça fait 40 paquets. Achète le crochet au complet.
– s'y en manque, les paquets de 5 de marque NEWHOUSE marchent pareil
Boulons hexagonaux, 3/8-16 x 1 po – 192 – achète la boîte, pas le bac
Rondelles plates, 3/8 – 200
Rondelles de blocage, 3/8 – 200
Raccords d'angle plats à 90 Superstrut – 24
Bases de poteau Superstrut – 12
Vis autoperceuses, no 12 x 1 po – 1 boîte
Fil THHN 8 AWG, noir – 500 pi 2 bobines
Fil THHN 8 AWG, rouge – 500 pi 2 bobines
Tie-wraps noirs anti-UV, 11 po – 1 sac
Chaufferette Dr. Infrared DR-968 – 1 – allée des chaufferettes, ~126 $
– PAS celle avec l'humidificateur
2 tubes de silicone clair
Pis un Post Hammer pour enfoncer les rails
« Hey. »
« Hey. »
« Sur quoi tu viens de dépenser trente-trois cents piasses au Home depot? »
« Ça me prend une place pour la coke pis les putes. Faut ben que je fasse des provisions. »
« La coke pis les putes, hein? Prends donc du meth à la place. On a pas les moyens du bon stock. »
« Ça double la valeur du coupon. Les putes au meth sont ben moins chères que les putes à la coke. »
« J'vas te retirer ton passe-droit. »
« Ça fitte pas avec la métaphore. »
« Qu'est-ce-que-t'as-acheté? »
« Ben, j'ai commandé ces panneaux solaires-là l'année passée… »
« Arrête. Aujourd'hui, Michael. »
« Ça nous prend des racks pour les panneaux solaires. »
« Home depot vend du stock solaire? »
« Non, y vendent de l'Unistrut. »
« C'est quoi l'enfer, de l'Unistrut? »
« Me blâme pas. J'ai essayé d'expliquer, mais tu voulais aujourd'hui. Faut que je monte les panneaux solaires que j'ai achetés l'année passée, pis l'Unistrut, c'est comme du Erector Set pour les grands. »
« On était juste des filles dans ma famille, Michael. »
« Ouais, mais tu savais c'que c'était, sinon tu l'aurais pas mis su' le dos des gars. »
« Tsé. J'pense que le temps chacun de notre bord va nous faire du bien. »
« Chu déjà plus en amour. »
« C'est quoi, c'te liste-là? »
« T'as demandé c'que j'avais acheté. Je t'ai envoyé la liste d'achats de Tanner »
« J'aime c't'homme-là, j'aime c't'homme-là, j'aime c't'homme-là. »
« Je t'aime aussi. À dans une couple d'heures. »
« Love. »
« Love. »
« Les gars étaient dans le jus jusqu'aux genoux, ça fait que j'ai sacré mon camp de bonne heure pour notre dernière soirée. »
« Uber eats? »
« Ce que tu veux. »
« Pizza Hut, d'abord. »
« La dernière cène au Pizza Hut. Ça a ben de l'allure. »
« Ça va faire un boutte avant qu'on soupe à la maison encore. »
« On a-tu toute paqueté? »
« Jusqu'au dernier bout. »
« C'est malade qu'y ont voulu toutes ces TV-là pis ces lits-là pis toute. »
« Quand même, deux unités d'entreposage de dix par dix pleines jusqu'aux chevrons, pis une troisième à moitié. »
« Pis trois remorques. J'peux pas imaginer s'y avaient pas acheté tous les meubles. »
« Pis la table de pool. »
« Ça, c'était parfait. Tu vois-tu mes gars démonter c't'affaire-là? »
« C'étaient mes gars quand y ont paqueté. »
« T'as vérifié toutes les armoires pis toute? »
« Yup. J'ai fait vérifier toute par les femmes de ménage aujourd'hui quand y ont faite le grand ménage. »
« Revérifié? »
« J'ai revérifié. Tout ce qu'on a à faire, c'est de rouler la literie dans le drap contour comme le bout d'un baluchon demain matin quand on part, pis on sacre notre camp d'icitte. »
« M'as-tu paqueté de la literie pour le shed? »
« C'est dans les sacs de vidanges dans le garage. »
« J'essayais de comprendre ça. J'pensais que t'avais faite un gros party pour le Département du Revenu ou de quoi de même avant le closing. »
« J'ai commandé la pizza ben cuite. »
« Y a pas de liqueurs. »
« J'aime l'eau. Allume les lumières de l'entrée; Eats dit que c'est une fille qui livre. »
« Qui c'est que tu vas faire passer pour les livraisons de filles au shed? »
« Les putes, voyons. »
« Pourquoi tu leur fais pas juste amener le souper avec la coke? »
« La coke coupe l'appétit. Tanner, c'est mon nouveau Uber Eats. »
« Y le sait-tu? »
« Y a négocié comme un champion. Y s'est eu un plat gratis avec chaque livraison pis un repas bonus s'y ramasse à Knoxville. »
« T'es complètement malade. »
« Que Dieu t'entende. »
« T'es mieux de checker le Ring. »
« C'est juste les gars. »
« Y fait noir dehors, Michael. En plus, j'ai regardé celle où y descendaient à leurs chars. »
« Sainte marde. Y a un gars, deux gars en motocross. »
« Où ça? »
« À la critter cam. »
« Peut-être que genre, y sont habitués de faire du motocross là-haut. Tu les as-tu déjà vus avant? »
« Non. Faut que je monte là-bas. Toé, regarde les caméras pis appelle-moé s'y rentrent dans les remorques ou dans le shed. »
« Tu vas pas… »
« Oui, Stefanie. »
« Tu vas pas être là avant une heure. Tu vas pas être revenu avant huit heures. »
« J'vas juste rester là. Faut que j'y aille. »
« Tu peux pas faire ça. »
« Ouvre juste le Ring pis surveille-les. Faut que j'aille chercher Kitty. »
« Y sont-tu encore là-haut? »
« J'entends les moteurs des bécyks, mais je les vois pas. »
« Genre, y sont-tu passés le shed pis… »
« Oui, The Equipment Yard les a jamais vus. T'as vu celle de la Critter Cam. Y se sont arrêtés au shed, mais y sont pas débarqués. T'es où? »
« Je viens d'embarquer su' Pellissippi. Mon téléphone a sonné quelques fois. »
« Y sont retournés jusqu'à l'étang deux fois pis y sont remontés par le sentier avec l'arbre. »
« Le Charlie tree? »
« Oui, le Bobbie tree. J'entends encore leurs moteurs, mais y sont nulle part en vue. »
« Correct, ferme l'appli. Laisse-la t'avertir, ménage les batteries. J'arrive à fond la caisse. »
« J'ai jamais entendu une bête haïr le char de même. »
« C'est comme ma propre sirène. Faut que je me concentre pour les chiens. Appelle-moé si tu les vois, pis j'vas t'appeler quand j'vas arriver. »
« Hey. »
« Y s'en vont. »
« Chu su' Ellijoy. »
« Peut-être que tu vas les croiser. »
« Peut-être. J'vas être su' Dripping Springs dans une minute ou deux. »
« C'était vite. »
« J'ai pogné cent su' Pellissippi. »
« Quand même. »
« J'ai dépassé deux chars su' la 411 aussi. Y en a un qui a faite son affaire. »
« Quoi. »
« L'affaire. Quand y essayent d'accélérer quand tu les dépasses raide. J'aime ça en maudit, l'électrique. Leur moteur qui rugit, pis le mien qui laisse un feu du vent su' leur porte de chauffeur. »
« Un feu du vent, hein? »
« J'pense que j'vas juste monter pis aller jusqu'au boutte. Kitty est dans le char, cinq minutes de souffrance pis c'est fini. »
« Ben, t'es parti avec c't'intention-là. »
« Ouais, mais c'était su' le coup. J'avais pas pensé à c'te moment-là. Si a l'était pas là, je virerais de bord pis je reviendrais. »
« Tu peux encore. »
« Là, a souffrirait l'aller-retour, ben plus long c'te fois-citte, pis faudrait toute recommencer demain. »
« La pizza est bonne. »
« Ouch. »
« J'espère qu'y a un vétérinaire qui fait des visites à domicile là-haut. Pas de saprée chance que le Dr Barry aille aussi loin. »
« Chu sûr qu'y en a. Tu paquetes pas juste le cheval dans une cage de transport pour le traîner chez le vétérinaire. Pis ces vétérinaires-là soignent d'habitude toute la ferme quand y arrivent. »
« Ça me prend un vétérinaire pour Clover. »
« Même vétérinaire. »
« Pas encore de vétérinaire. »
« Logistique. »
« T'as-tu toute ce qu'y te faut là-haut? »
« J'pense que oui. Je le vis pis je le note si j'en ai pas »
« T'as pas d'assiettes ni de verres ni rien. »
« J'ai une couple de verres de liqueur de McDonald's su' le siège d'en arrière . »
« J'aurais ben aimé penser à ça avec la pizza. J'ai faite une coupe avec mes mains en dessous du robinet. »
« Tout le monde fait du camping à soir. J'arrive, là. Pas de trace des motocross. »
« Pauvres voisins. Toutes ces années-là, pis rien que des passants, pis là du trafic de nuit en masse. »
« Faudrait que j'arrête en bas demain pour échanger nos numéros de téléphone pis toute. »
« C'est une bonne idée. »
« Y fait tellement noir icitte. Laisse-moé y aller que je rentre Kitty pis que je démêle ma marde. »
« Je t'aime, Michael. »
« Je t'aime aussi. On va passer à travers. »
« Voyons, t'as pas d'autres amis? »
« J'appelle juste pour un p'tit dernier. »
« T'as-tu vu le lynx su' la Critter cam? »
« J'ai vu le Lynx su' la caméra-œil. »
« A connaît-tu l'entente de partage? »
« Comité d'accueil. »
« Kitty se sent-tu la bienvenue? »
« Est dans le coin, les pattes rentrées en dessous. Les yeux grands ouverts. Entends-tu le hibou? »
« J'ai entendu de quoi. J'pensais que c'était la TV. »
« Pas de TV encore. On les a toutes vendues. »
« C'est fort. »
« Vrai. »
« Vraiment fort. Ça donne des frissons. »
« L'appli dit un minimum de vingt-sept à soir. Le thermomètre dit qu'y fait quarante-deux icitte astheure. Quarante et un quand chu arrivé. »
« Y avait une chaufferette dans ta liste aujourd'hui. »
« Ouais. On a pas eu le temps de monter pis de balancer les nouvelles batteries en pack aujourd'hui. On les a déballées pis empilées, pis on les a montées su' un chariot avec des roues de diable, mais on les a pas encore branchées. »
« Ça veut dire quoi? »
« Ça veut dire pas de chaleur. »
« Tu vas te geler le cul. »
« Ben non. Kitty va finir par venir. J'vas faire le lit, pis la minute que j'vas m'asseoir, a va être là pour se faire flatter. »
« Y a jamais eu deux animaux plus différents. Si j'avais à faire le lit, Clover serait partout pour être sûre que je peux pas. »
« Celle-là va être su' mes genoux la seconde que je m'assis, pis a va être revenue dans le creux de mon bras à baver en dedans de quelques jours. »
« Ça va te prendre de la chaleur. »
« C'est pas un pique-nique, mais la couette en duvet devrait faire l'affaire, pis si a le fait pas, j'peux embarquer dans le truck pis partir le chauffage. »
« Ça fait que t'es juste assis là su' le lit enroulé dans une couette? »
« Non, chu en train de m'organiser. Les gars ont rentré le La-Z-Boy rouge de mes années en Floride icitte. Le futon est monté, mais fallait que je mette le drap contour dessus. Fallait que je sorte toutes les affaires du truck. »
« T'as été occupé. »
« Faut ben. Faut qu'on installe la place comme projet à côté. On a rempli tout l'arrière de la digue avec de la terre. On a bloqué le tuyau du déversoir exprès avec une chaudière après l'autre. L'étang est plein comme une tique drette là, pis faut qu'on installe les affaires icitte en plus de glisser un déversoir d'urgence, sinon ça va déborder par-dessus. »
« Ça veut dire quoi, déborder par-dessus? »
« Ça veut dire une équipe su' le solaire pis une équipe su' le déversoir d'urgence demain. »
« Tu dis tout le temps urgence. »
« L'étang est plein. Drette là, ça fait juste baver par-dessus, diffus – de la bave. Si on a une goutte de pluie de plus, ça va trouver le point le plus bas, pis ça va commencer à creuser une tranchée dans le haut. Astheure, on a arrangé c'te place-là pour être là où la montagne rencontre la digue, mais ça va juste nous donner quelques heures s'y mouille comme c'te semaine. »
« C'est quoi l'urgence, par exemple? »
« Si l'eau commence à creuser une tranchée, la tranchée augmente le débit d'eau, pis ça s'alimente tu-seul, tranchée plus creuse, plus d'eau, tranchée plus creuse, pis ça se vide au complet. »
« Correct, ça fait que y fait vingt-sept à soir. Pas de chauffage. Une digue su' le bord de lâcher, pis un Lynx qui fait des tournées du périmètre. Ça a l'air d'une belle petite marche de l'autre bord du pont pour aller pisser. »
« Oh, pantoute, câlisse. J'ouvre c'te porte-là, pis Kitty sacre son camp. J'avais trois verres dans le char. J'ai dégagé une place su' la tablette, pis j'vas jeter l'eau demain matin. »
« T'es dégueu. »
« T'irais pas là non plus. »
« Je me serais pas mise à la porte d'une maison morceau par morceau comme un casse-tête. »
« Là, t'aurais pas les fonds pour bâtir celle-là. En parlant de ça, ajoute des lumières de soffite à l'horaire de construction du shed. »
« Ben, Davey, je sors Clover, pis on s'en va se coucher. »
« Davey – »
« Ouais, c'est… »
« Crocket. Je t'ai battue. C'est pas le Kentucky icitte, par exemple. »
« L'État le plus vert du pays du Tennessee, la p'tite comique. »
« Je t'aime. »
« Je t'aime aussi. Appelle-moé quand tu te réveilles pour que je sache que t'as survécu. »
« C'est comme si y savait que j'm'en venais, Deddy. »
« Pourquoi t'as ramené c'te scie-là, voyons? »
« Deddy, y va remarquer que c'te scie-là manque la minute qu'y va commander de couper un arbre. »
« Pis après? Y sait pas que c'était toé. »
« C'est pas ça, le point. »
« Comment ça, c'est pas le point, Cody? On aurait eu un gros troc avec c'te scie-là. »
« J'la ramène. »
« Comment tu fais ça? »
« J'fais un Z. J'rentre d'un bord au Y, pis je r'viens su' mes pas jusqu'au X. »
« De quoi tu parles, câlisse, le X? »
« J'traverse la coulée en angle, pis j'arrive aux remorques en dehors de la nouvelle cam qu'y a mis là. J'mets la scie dans la porte de côté. »
« Pourquoi tu l'as pas juste faite quand t'étais là? »
« J'étais rentré par l'autre bord, pas besoin du Z, mais là y a monté l'entrée à toute vitesse. »
« Pourquoi tu penses qu'y est venu une journée d'avance? »
« Y s'est prob'ablement chicané avec sa bonne femme. Tout ce qu'y font au téléphone, c'est s'astiner. »
« Ça fait que tu t'es posté su' la haute crête, pis tu l'as surveillé d'en haut? »
« Ouais, y se parke à côté du shed, pis y rentre son chat, pis y fait quelques voyages aller-retour. Le peureux pisse dans un verre, y le met su' la tablette, y a tellement peur de sortir dans le noir. »
« Toute la gang, des peureux. Pourquoi t'es revenu? »
« La lune était grosse, sud-est. A me flashait dessus comme un spotlight. A l'était pleine y a juste une couple de jours. Y a fermé sa lumière, chu revenu. »
« Mais pourquoi t'as pas juste refaite tes pas pis fini? »
« J'l'ai faite, mais ça m'a mis plus proche de la maison. J'ai laissé la scie dans le vieux chêne creux juste à côté du stand. »
« Faut s'occuper de ça; astheure qu'y reste là, c'est notre seul stand. »
« Les marches de c'te stand-là sont pourries. »
« Ramasse-toé du bois de scrap su' le chantier, pis on va faire des marches neuves. »
« J'remonte, j'rentre par le bon bord, j'dépose la scie, pis j'reviens à maison. »
« Bon matin, les gars. »
« T'as couché icitte la nuit passée. »
« Yup. »
« T'es revenu quand? »
« On a vu des gars en motocross su' la caméra, pis chu reparti au cas où y auraient eu besoin d'emprunter de quoi. »
« Assez frette pour toé, bossman? »
« C'est pas un pique-nique. »
« T'as-tu faite ta réservation au Marriott? »
« Non. Un p'tit peu de frette a jamais tué personne. »
« Ouais, c'est ça. C'est quoi la chicane d'aujourd'hui? »
« La chicane? Tu veux dire l'ouvrage? »
« T'as pas le closing? »
« Oui. 10:30 en ville. On a trois équipes aujourd'hui. J'ai appelé Southeast Drainage, pis y livrent sept longueurs de ponceau de quinze pouces. Ça fait cent quarante pieds. En attendant, je veux que Tanner pis Devin clampent des panneaux su' le cadre qu'on a commencé hier. Toé pis Cody, commencez à enfoncer au post hammer les poteaux de base qu'on a ramassés dans les coupes. Mêmes mesures que le premier rack. »
« Je rejoins Stef pour déjeuner en ville. »
« A fait toute la route jusqu'en ville à partir de Wear's Valley? »
« Wears? Non. Chu monté tu-seul hier soir. A l'est restée à Hardin Valley, pis a monte ses affaires chez Karen à Wear's Valley après le closing. »
« Ça fait que, euh, moé pis Devin su' les panneaux solaires, pis ces gars-là commencent les deux autres racks. Veux-tu que je travaille su' la batterie? »
« Non. Faut que je sois là pour ça. C'est pas exactement la même architecture que le banc de quatre batteries. Ça nous prend une barre de combinaison pis d'autres affaires. J'vas être revenu vers midi à peu près, pis on pourra s'y mettre à ce moment-là. »
« Si on finit ça avant que tu reviennes, veux-tu qu'on passe le fil? » C'est correct. Prends tout le fil. Coupe chaque rouleau en deux. Ça va faire quatre passes. »
« On en prend juste trois, par exemple, hein? » Oui, mais si c'est pas assez, on veut pas recommencer. Ça va devenir de plus en plus dur de passer du fil neuf dans c'te conduit-là, ça fait qu'on le rend à l'épreuve du futur tout de suite. »
« À l'épreuve du futur, mon œil, du fil gaspillé. »
« Tu comptes encore mon argent? »
« Nan, j'dis juste que t'as déjà dit que t'allais déménager c'te shed-là, ça fait que ça veut dire que c'te fil-là sera pas assez long quand tu vas le faire. Faudra que tu le scrappes, d'abord, prévois perdre de l'argent. »
« Correct, Cody. J'vas jouer le jeu, mais faut que tu fasses pareil. Tu peux pas continuer à m'arriver dessus comme si toute ma vie était une insulte personnelle pour toé. »
« Moé… »
« Non. C'est encore mon tour. Home Depot a du fil calibre huit en spécial c'te semaine, deux cents si t'achètes au moins deux rouleaux. J'ai acheté quatre rouleaux. Oui, ça va finir su' un tas de scrap quand j'vas déménager le shed, mais chu un gars qui joue à long terme, pis je connais une affaire par-dessus toutes les autres, les marchés. Je sais que la doctrine du meilleur usage s'applique à toute. Le temps que je scrappe ce cuivre-là, qui pèse aujourd'hui cent vingt livres, le Cuivre va être ben haut. J'vas en avoir au moins sept cent vingt piasses au scrap quand le prix du scrap va être à six piasses. »
« Le scrap a jamais été à six piasses. »
« Ben, Cody, encore une fois. Je connais les marchés. Pis je sais que les moteurs du marché disent que le cuivre est su' le bord de décoller. »
« Quels moteurs du marché? »
« Y a pas eu de nouvelle mine de cuivre depuis des années parce que miner du cuivre, c'est pas rentable, ça veut dire que plus de soixante-dix pour cent du cuivre miné aujourd'hui, c'est un produit secondaire de minerais qui valent plus cher. C'est du déchet. Pis ben des mines primaires de nos jours se spécialisent à l'os pour maximiser la rentabilité, ça fait que les compagnies qui reçoivent pas de subventions pour mettre le cuivre de côté exprès le font pas. En plus, ben des mines sont en train de s'épuiser. Pis ça, c'est le côté de l'offre. Le meilleur, c'est que les projections du côté de la demande crèvent le plafond. Tout ce qu'on entend parler de nos jours, c'est des data centers. Ça fait que l'offre est su' le bord de baisser de moitié, pis la demande va monter en flèche. Six piasses, c'est conservateur. Je pourrais même faire de l'argent su' c'te fil-là que j'ai acheté à rabais hier. »
« Tu sais rien de tout ça. »
« Cody, je le sais. Pis j'vas te sucrer ça avec d'autres affaires que je sais. Tu connais le prix du jour, peut-être, mais tu le connais parce que tu prends ton fil à la pointe de la pince du désespoir, pis tout le fil que j'ai faite paqueter par Tanner – pas toé – à Hardin Valley traîne depuis jusqu'à un an. Pour moé, ce fil-là, c'est comme la cour à scrap en bas du chemin. J'vas vendre le stock quand le stock va être à sa plus haute valeur. Pour l'instant, une couple de cents livres traînent dans la remorque électrique en bas, pis ceux-là vont s'ajouter, pis le temps que mon prix cible arrive, ça va être proche de mille livres, au lieu des cinquante piasses à la fois que toé t'arrives à ramasser. »
« Tu fais comme si tu me connaissais. »
« Cody. C'est public. T'as volé du fil qui pesait vingt livres, mais y t'ont chargé dix mille piasses de dommages à la propriété. C'est écrit drette là dans les documents. Ta restitution, c'est dix mille piasses. Pas payée à date, j'ajouterais. »
« Toute pareils. Y pensent qu'y savent toute. »
« Pas toute pareils, Cody. Chu le premier de mon espèce. T'as faite tout ce que tu pouvais pour me faire péter contre toé, pis contrairement à tous les autres qui t'ont mis dehors, moé je continue d'essayer de me servir de tes comportements de trou de cul comme des moments d'enseignement. T'es impoli, insubordonné, tu commets des crimes su' mon terrain, le terrain d'une police. T'as brisé l'ordinateur. Tu attaques mes arbres exprès avec la pépine. Tu me voles en punchant de chez vous. Je t'ai littéralement pogné dans la cour à équipement en train d'étudier ma réaction à ta journée amène-ton-Deddy-à-la-journée-de-congé. T'as des dettes énormes, ce qui est la menace de tous les employeurs, pis t'as un dossier de vol écrit en gras. Je t'ai donné de l'argent pour un permis de conduire y a presque quarante jours, pis un enregistrement de notre conversation personnelle que tu montres partout à tes chums, pis j'peux pas imaginer aucune bonne raison de le montrer à part comme une campagne de faits tordus parce qu'y a aucune version de c'te conversation enregistrée-là où t'as pas perdu. Ça fait que tu peux dire que je te connais pas, tu sais que je te connais. Ce qu'on connaît pas icitte, c'est que toé, tu me connais pas. Je crois que même devant tout ça, t'es une personne intelligente, pis j'ai toutes les raisons de garder espoir pour toé. Astheure, va travailler. C'est l'heure du closing. »
« Ça fait que c'est ça. On a vendu notre maison. »
« C'est-tu l'heure du tour d'honneur? »
« Tu l'as mérité, mais j'ai juste le temps pour dîner, pis faut que je retourne dans la vallée. »
« La vieille vallée. »
« La bonne vallée. »
« C'est la bonne vallée. Pis on va bâtir drette à côté. Notre propre vallée. »
« On retourne chez nous pour bâtir notre propre chez-nous. »
« On vient de vendre ma première vraie maison. »
« Pis moé, je retourne à ma deuxième vraie maison. »
« C'est des sacrés virages. »
« Des sacrés. »
« Le passé doit être un prologue, mais un prologue, c'est pas une prédiction. »
« La prédiction, c'est de la folie. »
« Je prédis des folies en avant. »
« Chaque nouveau commencement vient de la fin d'un autre commencement. »
(Des fois icitte, des fois là, pis des fois avec du monde qui pouvaient pas s'empêcher de me détester.)
« Wow! Faut que je vous laisse tu-seuls plus souvent, les enfants. »
« Ouais, bossman. J'pensais la même affaire. »
« Cody, t'es tellement plein de marde. Fais comme si t'étais productif. T'es parti dans le bois pis t'es pas revenu pendant vingt minutes. »
« Fallait que j'y aille. »
« T'as-tu chié dans mon bois? »
« Chu allé chez nous. »
« En tout cas, vous avez monté les deux cadres, pis vous avez mis tous les panneaux su' le premier, pis vous avez pris la livraison de tuyaux par-dessus le marché. »
« Euh, ben, on avait trois heures. »
« Des productives. On est encore ben en retard. J'veux presque pas interrompre pis donner des directions, mais on a des gros besoins, toute en retard, passé dû. Faut que je sépare l'ouvrage. Quelqu'un a des préférences? »
« C'est quoi l'ouvrage? »
« Ça nous prend une équipe pour continuer le solaire pendant que moé pis l'autre équipe on pousse un soulagement pour toute c't'eau-là. La météo annonce de la pluie toute la semaine prochaine, pis le tuyau du déversoir est bouché depuis trop longtemps comme c'est là. Entre les sources pis le ruissellement de la semaine passée, c'te débordement diffus-là tiendra pas plus longtemps. C'est trempé de bord en bord, pis faut drainer ça. »
« J'vas conduire la pépine. »
« Désolé, Cody. J'peux pas te laisser faire ça. Faut que ce soit moé. »
« Mon cul, oui. »
« J'imagine que tu peux repartir dans le bois, d'abord. »
« Ouais, c'est ça. Calme-toé les nerfs, Cody. »
« Tanner, toé pis Devin su' le solaire. Avez-vous coupé pis passé le fil? »
« Pas encore. »
« Correct, sortez les sectionneurs pis les autres boîtes de la palette de livraison. Mettez les sectionneurs icitte pis mettez le reste dans le shed. Sortez le dérouleur de ruban de la remorque pis étendez-le pour la mesure de deux cent cinquante. Coupez le fil. Mariez les paires, pis rentrez-les dans le conduit. »
« C'est beau. »
« Cody, t'es dans le skid pour tenir le tuyau à terre. Rusty, t'es le guide. »
« Veux-tu que le fil soit passé avec les deux bouts qui dépassent égal? »
« Non, laissez-en assez au shed pour faire les connexions pis laissez le surplus à c'te bout-citte. »
« Ça fait que j'vas creuser le côté d'en arrière jusqu'aux genoux, arrêter à peu près un pied avant l'eau. Mettre le tuyau pis ouvrir le dernier pied tranquillement. Le laisser drainer une couple de pouces à la fois. Quelqu'un a des idées plus brillantes? »
« Ça fait que tu rentres une longueur de tuyau. Tu la montes jusqu'au bord d'un p'tit boutte de terre entre le tuyau pis l'eau. Cody tient le tuyau en place avec la chaudière du skid au cas où le relâchement contrôlé devient pas contrôlé, la majorité de l'eau passe dans le tuyau. »
« Rusty l'a. Cody? »
« J'comprends. »
« Correct, j'vas creuser. Allez me chercher le tuyau. »
« Y a de la terre mouillée. »
« Bien vu, Rus. Pousse le tuyau dedans. Donne-y une autre poussée. »
« Y a de l'eau qui sort en bas icitte. »
« Prends le niveau. C't'angle-là est trop à pic. On veut quasiment à plat. C'est ça. Mets un peu de terre en dessous du bout d'en avant. »
« C'est-tu correct de même? »
« Oui. Rentre ta chaudière comme faut pis débarque. Tout le monde en dehors de la digue pendant que je grignote ça. »
« C'est correct. »
« Non. En dehors de la digue. Moé pis la machine. Ça part. Si ça va ben, ça va prendre un boutte. »
« Ça va prendre toute la nuit. »
« Non, j'vas accélérer ça quand on va être en dessous de la lèvre. »
« Ça va quand même prendre des heures. »
« Je reste icitte astheure. J'peux surveiller ça. »
« Si ça lâche, ça va aller vite. »
« Ça coule juste comme y faut drette là. Y a même un courant. »
« Attends. J'ai une idée. Ferme-moé pas, bossman. Mets la lame de l'auger su' le tuyau, pis j'peux aller chercher une pleine chaudière de terre dans le skid. Si ça part trop vite, j'peux garrocher un bouchon dedans vite pour l'arrêter. »
« Cody, c'est une excellente idée! »
« L'étang a baissé de six pouces. Viens voir le débit. L'eau creuse le bouchon exactement au rythme que ça baisse – comme si a l'était d'accord avec nous autres. »
« T'as pas creusé ça? »
« Non. C'est le courant qui le creuse. »
« C'est cool. »
« C'est sûr. La journée finit dans une heure. Quelqu'un veut rester planté là les mains su' les hanches à dire, yep, ça marche, yep, c'est sûr? »
« J'vas rester avec toé, bossman. »
« J'peux pas. »
« Pas moé. »
« C'est Rusty mon lift aujourd'hui. »
« c'est juste toé pis moé, Cody. »
« C'est plus qu'à la moitié du tuyau astheure. »
« Ça commence à prendre de la vitesse, par exemple. »
« Y est tard. »
« Frette en câlisse. »
« J'allais dire embarque dans la machine pis réchauffe-toé, mais on est passé la moitié du tuyau astheure. Si toute la patente lâche d'un coup, le tuyau peut le prendre. »
« Ouais. Le bord du déversoir est correct aussi. Ça a creusé un peu, mais y a une roche drette en dessous du débit. »
« Checke le vieux tuyau d'entrée. Y est-tu creux de combien? »
« Les quatre pouces du haut qui paraissent. »
« Ça fait qu'on a monté l'étang de quatre pouces. »
« Ça en a toujours eu besoin. Les poissons vont se cacher dans l'entaille astheure. »
« Je pensais électrocuter l'achigan pour le sortir pis passer à la Truite. »
« Assez creux. On se baignait icitte, pis j'ai jamais touché le fond avant que mes oreilles me laissent pas aller plus creux. »
« Eau frette de source assez creuse pour des poissons à manger. »
« Oh, on les mangeait, les poissons. Y a de la Barbotte icitte, pis les Crapets-soleil, y sont délicieux. On a mangé un Achigan ou deux. Le meilleur, par exemple, c'est les tortues. »
« T'en as mangé pas mal, de c't'étang-là, hein? »
« Ouais. »
« J'vas m'en servir pour la boucle géothermique. »
« C'est quoi, ça? »
« C'est une sorte de chauffage pis climatisation – genre soixante-dix pour cent plus efficace. »
« Ces affaires de cote d'efficacité-là, c'est de la marde. »
« Ouais, les cotes, oui. Mais ça, c'est différent. Pense à ton unité d'extérieur. A rentre l'air à la température qu'y est, pis a se sert d'un compresseur pour condenser c't'air-là à une température fixe pour la pousser dans tes bouches d'air. »
« C'est de même que ça marche? »
« Yup. Ben, si l'air qui rentre est à cent degrés, pis que faut que tu fasses forcer le compresseur pour en faire de l'air à cinquante-neuf degrés, c'est un delta de quarante degrés. La même machine qui fait la même job la même journée pourrait prendre de l'air à soixante-dix degrés pis en faire de l'air à cinquante-neuf degrés. C'est une charge qui change pis qui bouge tout le temps. Pis c'est pire en mode chauffage. Imagine la température dehors à vingt-cinq, pis faut que tu sortes de l'air à quatre-vingt-dix degrés. »
« Un delta de soixante-cinq degrés. »
« Exactement, Cody. Pis t'as pris le jargon en plus. V'là la finale. L'air est toujours à une température différente, une humidité différente. Une pression différente. Le fan pis le compresseur sont dans un environnement hostile. Ce que la géothermie fait, c'est qu'a change toute l'équation. Tu passes quelques milliers de pieds de tuyau de polyéthylène haute densité, pis tu le remplis d'eau, pis tu le descends dans l'étang. Tu passes ce tuyau-là jusqu'au coin de ton sous-sol… »
« Pis le compresseur est en dedans, même humidité, pas hostile. Le tuyau est dans l'eau, même température. Le delta change jamais. »
« C'est ça, mon frère. »
« Mais pas de pêche. »
« Ouais, la pêche, c'est dur. »
« Pourquoi changer pour la Truite, d'abord? »
« Ben, le tuyau HDPE est planifié, y est enroulé. C'est prévisible. Si tu sais où y est, tu peux pêcher autour. Si un poisson reste pogné, tu sais qu'y faut couper pour pas l'arracher ou y faire un trou. »
« Ça fait que la boucle est pas juste toute mêlée n'importe comment? »
« Non, on peut planifier pour pis pêcher autour. Perdre quelques poissons à cause de la patente, mais c'est encore pêchable pour le monde qui vont avoir la chance de regarder les tuyaux se faire couler. »
« J'vas être là c'te journée-là. »
« On va toute être là. Embarque dans le truck. La patente draine sans danger, pis même si ça fait sauter le bouchon, c'est moins qu'un demi-tuyau d'un coup, pis c'est correct. »
« Six heures, dix pouces de baisse. »
« Yep, Embarque dans le truck. J'vas te reconduire chez vous. »
« Hey. »
« Love. »
« Si bon que ça, hein? »
« Pas pire pantoute. »
« Raconte. T'es-tu dans le char à dix heures et demie le soir? »
« La fenêtre à cigarette. Ouais, j'ai été reconduire Cody. »
« Pas le corps, le gars, hein? »
« Ouais, le gars en personne. On surveillait le bouchon de la digue. »
« Vous avez faite la digue? Je savais qu'y avait une raison que j'ai pas eu de nouvelles de toé de la journée. »
« Veux-tu le bon stock en premier pis le mauvais à la fin comme c'est arrivé, ou ben tu veux une commande sur mesure? »
« Amène ça naturel. »
« Ben, on a faite la digue. Moé tout le long en train de recharger le compte pour voir si les fonds étaient rentrés. »
« Moé aussi. »
« Y a de quoi de bizarre avec ces virements-là. Toujours la même affaire. Je reçois le ALTA Settlement. Je le signe. Je connais le chiffre, mais ça a pas l'air d'être de l'argent tant que c'est pas dans le compte. »
« Ma première fois. »
« Ouais? »
« Quand j'ai vendu ma maison de Sevierville, j'ai eu un chèque de la compagnie de closing. »
« Nice. Ça fait que l'argent est rentré à peu près au moment où j'ai réalisé que ma démolition contrôlée su' la digue marchait pour vrai. »
« Pis Cody, c'est quoi l'histoire? »
« Cody a été utile aujourd'hui. Ça a commencé raide, mais la digue s'est vidée d'eau pis s'est remplie d'information en même temps. Y se baignait là. Y a des Barbottes, pis le gars peut penser. J'y ai rentré la géothermie dans la tête en genre cinq tours, pis y l'a eue drette. »
« Y a-tu déjà travaillé en HVAC? »
« Non, je te l'ai dit que le gars est smatte. Y a eu l'idée de se servir de la lame de la pépine comme genre une vanne d'écluse pis un stabilisateur de tuyau, pis y a ajouté une police d'assurance de vidange de chaudière de skid steer. On a eu besoin de rien de ça, mais la vanne d'écluse a probablement ben aidé. »
« Ça fait que l'étang est vide? »
« Non. on le vidait pas. On installait le tuyau du déversoir. »
« Je le sais. Je voulais dire, baissé jusqu'au tuyau astheure? »
« En masse. La partie dangereuse, c'est de l'histoire ancienne. M'as dormir tranquille à soir. »
« C'est quoi, la mauvaise partie? »
« Je l'ai ramené chez eux, pis mes phares ont passé sur le devant, pis y'a volé de notre bois pour poser des moulures autour de la porte d'en avant de sa maison. »
« T'as dit quoi? »
« Tu m'as entendu. »
« Je voulais dire qu'est-ce que tu y as dit, à lui, niaiseux. »
« Ah, j'ai rien dit. Je le savais. J'ai toute vu la maudite affaire dans un coup de phare qui tournait, pis j'ai dit, à demain matin. »
« Tu l'as laissé voler? »
« Non, monsieur l'agent. Je l'ai pas laissé voler. »
« Comment tu sais que c'est notre bois? »
« Bon, tu vois. T'es arrivée là sans moé. Le cèdre, ça a pas de numéro de série, Stef. »
« C'est-tu notre bois? »
« Pu astheure. Quand on faisait le cadrage de la fenêtre, y l'a coupé trop mince, ça fait que c'est allé dans le tas de retailles. J'allais justement m'en servir pour une couple de tablettes au-dessus de la TV dans le shed quand Amazon va livrer ça demain, mais c'était pu dans le tas de retailles. Je me suis dit que ça avait servi quèque part. »
« Ça fait qu'y a volé des retailles. »
« Si y l'a volé. C'est pas ça le fret, par exemple, si y l'a fait. »
« Ouin, comment y est rentré là pis y a sorti le bois, si y l'a volé? »
« C'est ça, l'affaire. Les tablettes, je m'en câlisse. Quand tu vas passer devant sa trailer, tu vas le voir là, sur le cadre de la porte d'en avant. Y avait sûrement de la pourriture ou de quoi. Je lui ai donné le calfeutrant – je l'avais jeté, pis y l'a ressorti pis y a dit jette pas ça, pis y l'a ramené chez eux. Sûrement pour la même job. »
« Y a un bébé dans la maison. Si y avait un trou ou de quoi, pis y l'a juste volé pour boucher le trou. »
« Pis v'là ma blonde. Peut-être pas un avertissement, mais quelqu'un a fini par avoir un peu de lousse de la police des taxes. »
« C'est quand même une invasion. Pis comment y a fait ça sans les caméras? C'est ma prochaine quête. »
« Fair enough. Pis, c'était comment la première nuit à maison? »
« C'était malade! J'avais oublié à quel point j'aime ça icitte. Toute la famille qui vit la vie qui me manquait. Jenny vient de revenir de la game. Elle pis Sydney sont allées voir FD, pis Karen m'a acheté des draps neufs pour mon vieux lit, le même lit où j'ai dormi la moitié de mon enfance, le même lit que Tommy avait quand y était p'tit gars. On a soupé. J'ai défait mes affaires de salle de bain. J'ai rempli mon garde-robe. »
« Pas de poster de Bryan Adams redécouvert, roulé dans le coin du garde-robe? »
« Nick Lachey, 98-Degrees. C't'homme-là est encore beau en tabarouette. »
« La p'tite Clover a-tu des posters d'accrochés, elle? »
« Elle a un poster de Pillsbury Grands Biscuits. Mammy y en a donné un au souper. »
« Elle l'appelle pas Karen? »
« Non, biscuits égale Mammy. »
« Allô. »
« Allô. »
« Ça fait que t'as survécu à une deuxième nuit. »
« Ça commence à ressembler à une habitude. Le barrage a survécu aussi. Chu pas allé voir, mais l'eau est montée là où a doit être. »
« Le plan a marché. »
« Jusqu'à date. Faut sortir le vieux tuyau aujourd'hui, pis ça va être du poil mouillé. »
« Poilu? »
« Bof. Y est de bonne heure. »
« Raconte-moé ça. T'as-tu une smoke? »
« Du café aussi. Va falloir que le majordome m'achète de l'épicerie aujourd'hui par exemple. Pu de lait. »
« Smoke, café, histoire, go. »
« M'as fumer deux cartons par semaine avec c't'arrangement-là. Pas de bannissement au bunker ou sur la galerie. »
« Pas encore prêt? Pis le switchback, lui? »
« Bof. »
« Tu veux entendre parler de mon matin à place? »
« C'est ça que je veux. »
« Ça fait que le matin icitte, c'est vers 5 h 30. La p'tite Clover dans la craque de la porte du corridor comme si a sniffait de la peinture. »
« Bon départ. »
« Ça fait que je la lâche sur les Cotter, pis je vas faire pipi, pis on est même pas levées depuis trois secondes, pis Clover pousse la porte de la salle de bain avec un Grand's Biscuit entre les babines, a me regarde comme, « sais-tu que c'te madame Mammy-là lit dans les pensées » »
« Oh, c'est succulent. Encore. »
« Ça fait que je sors, pis Clover est plantée devant la porte d'en avant. Biscuit disparu, contact visuel total, coup d'œil à la porte, retour à moé. Clairement prête pour le pipi-courriel, pis on sort, pis a s'accroupit à la seconde qu'a touche le gazon pis a fait demi-tour vers la porte, en tirant comme si la charrette était prise. »
« Je le vois. »
« Pis j'arrive pas à ouvrir la porte-patio assez vite. A la botte pis a souffle, a laissé une touffe de poil sur le cadre pour me traîner en dedans pis me montrer sa prochaine merveille. »
« Chu tellement penchée vers l'avant. »
« A m'amène à la table, où je trouve Tommy en train de manger des œufs tournés, du bacon, des toasts, pis un café. Y met pas de lait dans le sien. »
« Bon matin, Michael. »
« Allô, Karen. Mets-moé sur le haut-parleur. Allô Karen. »
« Tu dois être aux p'tits oiseaux, tous les canards dans la même mare encore. »
« C'est merveilleux. Tu devrais être icitte toé aussi. »
« Je sais, mais faut ben que quelqu'un bâtisse la place. Je gage que Tommy a ses œufs de même tous les matins. »
« Pas à tous les matins. »
« Hey, mon chum. Parle pas la bouche pleine, ça me rend jaloux. »
« C'pour ça que je l'ai fait. »
« Bel essai. Ça serait serré, c'est sûr. Pis Kitty endure Clover juste parce qu'est cinq fois plus grosse qu'elle. A y arracherait ses yeux de bibitte de la tête à Pooty. »
« Pooty va pas l'achaler. »
« Non, faut qu'a reste icitte, qu'a s'habitue à la nouvelle place. Même vieille Kitty, toute une nouvelle souche pour s'asseoir dessus. C'est ça le plan. M'as monter à soir après que les gars vont être partis pour la journée. »
« Bon, gang. Faut que je me prépare pour mon trajet. »
« Bye, la gang. À ce soir. »
« Bbyyee, Mmiicchhaaeell. »
« Y a-tu des pantoufles dans ton trajet? »
« La plupart. Va peut-être falloir que j'aille chercher un dossier à Audit plus tard si j'arrive pas à configurer le VPN. Tu prends quelle machine, la skid ou la pelle? »
« M'as être en train de patauger pour sortir le vieux tuyau. »
« La scène est un peu embrouillée. »
« J'ai posé le nouveau tuyau à peu près six pouces plus haut que le vieux. Ça monte l'eau pour de bon, mais pour l'instant, ça met le vieux tuyau en dessous de la ligne d'eau. »
« Ça fait que le vieux tuyau a encore de l'eau dedans? »
« À peu près six pouces. »
« C'est-tu dangereux? »
« Six pouces, c'est en masse de pression. Pi R carré dit à peu près un demi-gallon au pied. »
« Viens pas me parler en maths de bonne heure le matin, Michael. Pis en plus, tu résous pour V. »
« C'est un raccourci. Prends un gallon pis mets-le à la bouche du tuyau, pis y se remplit à moitié d'eau. »
« Là tu parles. »
« Ça fait qu'on coupe le tuyau sur cinq ou six pieds, on remplit le trou avec de la terre, on tasse ça avec les chenilles, pis on a un barrage bouché. »
« Vous laissez juste le reste du tuyau là? »
« Oh, non. On peut pas faire ça. C'est juste qu'y faut boucher l'eau en premier. Après ça, on déterre le tuyau par sections pis on remplit en tassant. »
« Ça fait que c'est pas dangereux? »
« Bof. On creuse le dessus d'un barrage qu'on a pas bâti, pis à part mon casque de chantier de première pelletée cérémonielle, y en a pas un de nous autres qui a même l'ombre d'un diplôme d'ingénieur. »
« Pis après? »
« Ben, je présume, à trois cents pieds de distance, que le déversoir temporaire a marché. Je vois que l'étang est plein, mais – ben… »
« Bon, on y est. Pourquoi tu vas pas juste voir? »
« Je veux partager ça avec les gars. »
« Awe, c'est don' cute. »
« Ferme-la, Stefanie. »
« Quoi d'autre à l'agenda? »
« J'ai une longue liste. »
« T'as besoin d'un mur de grange? »
« J'ai déjà réarrangé les lettres quand j'ai mis les draps hier soir – Kitty, captivée. J'ai à peine le drap contour en place, pis est déjà montée sur sa place. »
« L'as-tu mis comme du monde, le drap? »
« C'est un drap king, pis le futon est un double, ça fait qu'y s'est battu avec moé, mais j'ai placé l'ombre à Kitty comme y faut, pis a dormi sur la cible – la moitié de la nuit en tout cas. »
« Pis l'autre moitié? »
« Écrase-bedaine. »
« Quand est-ce qu'on s'occupe du dépôt? »
« J'ai les poches revirées à l'envers icitte. Le terrain, deux mois de paye, tout le matériel; tout ce qui rentre ressort – pis plus. M'as sûrement rembourser une partie des tracteurs pis remettre le reste tranquillement dans le marché monétaire. »
« Le nid s'est un peu dégarni. »
« C'est encore serré. On a un bon départ. Si on garde la maison elle-même en dessous de six cents, pis que ça prend toute l'année et demie à finir, le revenu fait le pont. »
« Serré comment? »
« T'as les mêmes mots de passe que moé – c'est serré. »
« Vraiment serré. »
« Je sais, bébé. Deux chambres, ça aide par exemple. »
« Si tu dépenses vraiment un-trois sur le terrain, on est faites. »
« Ben, le terrain était à cinq mille de l'acre, pis ça a aidé. Les machines, deux-cinquante. Quatre gars, une année et demie, c'est un autre deux-quarante. C'est un demi-mille de chemin, pis on est déjà rendus à cent voyages de camion là-dessus. Les trois quarts déjà réservés ou en facturation. Un-trois, c'est pas hors de question. On a encore la fosse septique de la maison, la grosse commande solaire, l'atelier, la géothermie, la maison elle-même pis au moins un-cinquante pour ton contracteur. »
« Bel essai. C'est pas toé qui bâtis la maison. »
« On l'a pas. »
« Je t'avais dit de pas dépenser de l'argent de roches pis de brailler que t'es pauvre. »
« Pourquoi c'est toé qui as toutes les beaux je-te-l'avais-dit, pis moé faut que je me cache en dessous du lit pour les miens? »
« La génétique. »
« On est vraiment juste. »
« Parce que t'as passé trop de temps dans c'te skid steer-là, comme je l'avais dit. »
« Deux? T'as droit à deux je-te-l'avais-dit dans le même paragraphe? »
« Tape sur la table tant que tu veux. Le dossier reste. »
« Si je l'avais pas fait, la maison serait pas vendue. »
« Vrai, mais là on vit dans des tentes, pis on en a assez pour commencer mais pantoute assez pour finir. »
« Des idées? »
« Nope. Ça, c'est toé. Moé chu en sécurité pis au chaud, pis Clover a un bouchon de biscuit. Prends ton temps. »
« J'ai quatre têtes qui pointent par-dessus le haut du barrage, pis trois cents pieds avant qu'y me tombent dessus. Pas de temps à perdre. »
« Love. »
« Je t'aime aussi. »
« Salut les gars! »
« Ouin, c'te côte-là. »
« Fait-tu assez frette dehors? »
« Fait pas plus chaud icitte dedans, boss. »
« Fait un peu plus chaud. »
« Pas ben ben. »
« Des mains douces, ça dit toute, Tanner. »
« Ayoye. »
« Pis c'est parti. Cody sort vite de la barrière, pour pointer la folie de mes manières, Rusty au milieu avec un grief de barrage, pis le run-in shed est pas assez chaud pour Tanner. »
« Un déjeuner pourrait le réchauffer. »
« Quelqu'un appuie? »
« Les quatre. »
« Correct, d'abord. La journée commence par une pause. Mais chu icitte depuis hier soir, pis je veux voir le déversoir. »
« Le barrage a tenu. »
« Ferme la porte derrière toé. Let's go. »
« Ça fait que, c'est quoi l'agenda? »
« On a une grosse journée, mais drette là, c'est le barrage commencé hier. Avec un peu de chance, fini aujourd'hui. »
« Cent quarante pieds dans une journée? »
« Non. C'est pas notre style. On va poser une couple de bouts pour drainer l'eau plus loin en bas, à l'arrière, l'atterrir sur le flanc de la côte pour que ça soit de la terre naturelle, pis on va aller finir le solaire. Chu pas sûr que j'en prends ben plus que deux nuits sans chauffage. »
« Attends, t'as dormi là-dedans sans chauffage? »
« Ben, ouais, Devin. On a pas les batteries d'installées, pis même si on les avait, on aurait pas assez de solaire pour les charger. »
« Gahhllee, qu'est-ce t'essaies de prouver? »
« C'est pas si pire que ça. Avez-vous déjà eu un chat, vous autres? C'te bête-là cherche la chaleur, pis à cent deux degrés, a donne de la chaleur aussi. »
« T'es plus homme que moé. Moé je prends la maison à ma mère dans un développement avec du chauffage pis de l'électricité. »
« Pis des crêpes, oui je sais, Devin. Pourquoi tu appelles pas le grill pour commander le manger? Prends-moé un Coke, un café pis un jus d'orange avec le mien. »
« Pas encore ça. C'était café, Coke, jus d'orange »
« Oh, oui, encore ça. J'ai besoin de lait aussi, Devin. Prends-moé un demi-gallon de lait au Wye en passant. »
« Où c'est qu'est la carte? »
« Est sur le mini-frigo à côté de l'ordi. Apporte-moé la clé USB-c aussi. J'ai besoin d'une copie de l'enregistrement que Cody a. »
« Ouin, c'est ça. Je peux juste te l'envoyer par texto. »
« Tu l'as déjà, Rusty? »
« Yup. C'est ma berceuse. Ça faisait longtemps que Cody avait besoin que quelqu'un y dise ses quatre vérités de même. »
« Mange de la marde, Rusty. »
« Voyons, Cody. C'est toé qui y as envoyé. Fais pas ton pissou parce qu'y s'en sert pas pour la même raison niaiseuse que t'as eue pour le faire, c'était quoi déjà. »
« Ça fait que, euh, je peux-tu en avoir une copie moé aussi? »
« Les Grands Succès de Cody Norman. Paraît que tu pourrais vendre ça. Je gage que le gars des vers à pêche aimerait ça en avoir une copie. T'achetais-tu tes vers là pour venir pêcher icitte? J'avais pas pensé à ça. »
« C'est toute pareil. »
« Aw, voyons Cody, fâche-toé pas. C'est ça la partie que tu manques tout le temps. On est ce qu'on est. T'as dit toé-même que ça fait pas de toé quelqu'un de mauvais. Ce que tu manques, c'est que t'es pas puni icitte par ça. On te demande juste de tenir des livres exacts. »
« Exacts pour qui? »
« Exacts icitte. »
« Ça veut dire quoi, ça? »
« Ça veut dire écris ce qui est arrivé. Raconte-le propre. Laisse l'équation au gars avec la craie, peu importe qui c'est dans le temps. Va un pas plus loin. Y a du monde qui vont te condamner peu importe ce que tu fais pour les auditer. Leur idée est faite. »
« Mais ça dit plus sur eux autres que sur moé. »
« Plus. Même lecture, même gars, humeur différente. Lecture complètement différente. »
« Meghan appelle ça y beurrer la face. »
« On a pas besoin de s'imaginer toé en train d'étendre du beurre partout sur Meghan. »
« Euh, merci Rus. C't'image-là aide en tabarnak. »
« La vraie image, c'est ce tuyau de déversoir-là. Regardez-moé ça. C'est comme si on l'avait planifié. »
« C'est parfait. »
« Ouin, c'est de la chance, ça. Ça a pas l'air d'être passé en dessous du tuyau pantoute. Ça arrête juste parfait au rebord. »
« Câlisse, Cody, embarque dans la pelle, pis on pousse le tuyau au travers pis on l'assoit pis on le rend pour de vrai. »
« J'm'en occupe. »
« Ouin, c'est ça. C'est tellement malade. Ça fait depuis qu'on a commencé à rentrer de la terre que je regarde c't'étang-là se remplir par-dessus. »
« La terre, c'est encore la suite. Pars la skid pis commence à charrier du pont de terre pour sceller ce tuyau-là. »
« T'en veux combien? »
« Continue d'en amener. Toé aussi, Cody. Pousse le tuyau pour qu'y dépasse au-dessus de l'eau de quatre ou cinq pieds. »
« Pour quoi faire? »
« On bâtit pas tout le cent quarante aujourd'hui. On va sûrement juste mettre deux bouts pour amener l'eau passé les fondations sur le flanc naturel de la côte. »
« Quand même, pourquoi aussi loin? »
« C'est assez pour le plier vers le haut pis fermer l'eau quand on va revenir travailler le reste. Tu lèves le bout de tuyau, pis on a une valve d'arrêt. »
« Ça marche, boss. »
« Là. C'est ça. Astheure, pousse du nez un peu du tas de mon creusage. Non, pas de même. Pousse pas le tuyau partout. Juste un petit coup de nez, un peu à la fois. »
« De même? »
« Yup, Rusty, mets ça par icitte. C'est tellement fucké. Je parle au gars, pis je sais qu'y m'entend pas. »
« Ouin, moé aussi. Les chantiers c'est toute pareil, des gars qui grouillent des mains partout en se parlant tu-seuls. »
« Là. Vide-le. Ouvre la fenêtre. Continue d'en amener. Faut que ce flanc de côte-là s'étire proprement en pente par-dessus le tuyau. Cody, va avec lui pis ameublis le pont en avant du godet. »
« Tanner, tu joues au gars qui se part tu-seul par icitte? »
« T'as ça sous contrôle. Les racks ont besoin d'être rackés. »
« Devin est revenu. »
« Parfait timing. »
« Ben voyons, y essaie de monter la côte. »
« Pas vrai. »
« On dirait ben. »
« Ouin, c'est ça. »
« Mon gars. Je veux pas que vous vous stationniez icitte en haut de toute façon. »
« Y va réussir. »
« On dirait ben. »
« Super, astheure j'ai besoin d'une tour de garde. »
« Le manger va être chaud par exemple. »
« J'étais sûr que la côte me gardait en sécurité pis tranquille icitte en haut, mais la côte a rien sur un jeune qui a de quoi à prouver pis un steak pané. »
« Froid de glace, Devin. »
« L'as-tu enregistré, Cody? Je pourrais m'en servir pour niaiser le facteur. »
« J'ai le manger, boss. »
« Y a pas renversé mes drinks, toujours? »
« Tiens, café, Coke, jus d'orange. »
« Chacun son tour, c'est ça la saveur. »
« Les œufs, c'est la seule saveur que je sens. »
« Ça sent bon en effet, les gars. Mettez ça sur le frigo. V'là le panier. Les chaises de parterre sont derrière le La-Z-Boy. »
« Trop de culs icitte pour moé. M'as manger dehors. »
« Ouais, Cody. Chu avec toé. »
« Vous pouvez pas faire ça, les gars. Faut faire le debrief du chantier pis s'organiser. »
« Donne-moé un de ces steaks-là. »
« Tiens. »
« Tout le monde a le sien? »
« Toute est beau. »
« Ya. »
« Ouais. »
« J'ai le mien. »
« Le tien, c'est un trophée, mon gars. Belle montée de la côte. Mais refaisons pas ça. Vous autres, vous vous stationnez à la fourche. »
« Tasse-toé, Cody. »
« C'est serré, mais c'est un incontournable. »
« Ça réchauffe vite par exemple. »
« Rusty, si tu pètes dans ma maison, m'as lâcher l'esprit tordu à Cody sur les représailles. »
« Chu pas assez homme pour toute ça. »
« Personne l'est. Correct, on a le plan pour le barrage. Tanner pis Devin sont sur les racks solaires. Où c'est qu'on est rendus? »
« Le premier rack est quasiment prêt. Le deuxième a besoin d'une couple de poteaux de plus, pis le troisième est à peu près à une heure. »
« Pis le fil est passé? »
« Non, parce qu'y faut démonter ce bout-là en premier, pis ça veut dire pas de charge tant qu'on a pas fini. »
« Bon œil. Correct. Ça fait que concentrez-vous sur le rack un. Prenez huit panneaux neufs. Une fois qu'y sont toutes serrés – avez-vous compris les clamps? »
« Euh, sont faciles. »
« Correct, ça fait que montez un array complet, filé côté récolte jusqu'au sectionneur. Tirez les fils côté shed pis atterrissez-les dans le nouvel array. Ça double notre PV actuel, pis ça nous achète du temps pour la job de batteries. Après, démontez la folie de rack en bois pis mettez ces panneaux-là sur le rack deux. Bâtissez le trois, pis après on ferme toute pis on atterrit les fils. Quand c'est faite, je m'en vas à Wears Valley. »
« C'est-tu une Ring, ça? »
« Yep, le diable a entendu ma prière. C'est le facteur. Y laisse des boîtes Amazon dans la cour. »
« Moumoune. »
« Y a une TV sur mon siège d'en arrière, en passant. Était dans l'entrée quand chu allé chercher le manger. »
« Faut que je fasse de quoi avec c'te entrée-là. Y vont laisser la mauvaise affaire là en bas au mauvais moment, pis ça va se faire voler. »
« Ouin, c'est ça. »
« Au moins, m'as avoir Netflix à soir, pis DirecTV arrive demain. »
« DirecTV dans un shed à outils. C'est pas correct. »
« C'est pas correct de vivre sans, Cody. »
« Moé je le fais. »
« On est différents. Ça fait que v'là le plan à long terme. Quand on finit le barrage, vous deux, vous retournez à l'entrée d'en arrière pis au switchback. Ce chemin-là a besoin de drainage vers la ravine. Les arbres abattus ont besoin d'être tronçonnés pis traînés. Mettez toutes les branches en rangée le long du bord de l'étang, pis je vas pouvoir commencer à déchiqueter ça. Faut nettoyer les trailers, trier pis organiser les trois pis amener tout le surplus pis les affaires pour plus tard – les outils du tour à bois, par exemple – à l'entreposage. En gros, les deux prochaines semaines, c'est finir le tuyau du déversoir, bâtir du chemin pis du solaire assez-bon. »
« On va-tu arranger le droit de passage aussi? »
« Ça pis plus, Rusty. Let's go, au boutte. Qui s'occupe de ces vidanges-là? On laisse pas ça icitte pour attirer les ours. »
« Ben, peut-être qu'on pourrait faire des tours chaque semaine. Stef pis c'te chatouille-moé-jaune-doodle-là peuvent aller rester au Drip, pis moé m'as descendre icitte pis apprécier les œufs du matin qu'a s'abaisse même pas à manger. »
« Je pense pas que Stef va embarquer là-dedans. »
« Nope. C'est de sa faute à lui. Financement par le propriétaire, qu'y dit - Ben certain que la maison se vend quand tu payes quelqu'un pour la prendre. »
« Pas exactement les payer. »
« Ben oui. T'as payé pour que moé je sois sans-abri pis toé dans ta vie de shed pour qu'Emam puisse vivre dans un manoir. »
« A t'a eu là-dessus. »
« Ah ouin? Regarde ben ça. T'es drette icitte où t'essayais de rentrer en premier lieu, ça fait que peut-être que c'te vie de shed-là paye des comptes doubles. »
« Attention, Stef. Y sort le rope-a-dope. »
« Y est pas beau à voir par exemple. Je voulais pas mettre la maison en vente pantoute. C'est toé qui m'as endormie avec tes p'tits bouts pis tes morceaux. »
« T'as de quoi là-dessus? »
« Rien de propre. »
« Tu peux te battre salaud. Tu vas quand même te geler le cul toute la nuit dans un shed à soir. »
« La permission pis l'exemple en une. Ça compte-tu pour deux tours, Karen? J'ai besoin d'une décision icitte. »
« Je pense que vous devriez rester icitte tous les deux. »
« Oh merci mon Dieu, Jen, t'es là. Chu en minorité, pis y m'ont acculé dans le coin. »
« Allô, Mikey. On dirait que t'es dans le trouble. Moé je me mêle pas de celle-là. »
« Tommy? »
« Tu t'arranges ben sans mon aide. »
« Pas geler. Y va faire trente-trois à soir. »
« Arrête ça pis viens manger. Jen, où c'est qu'y sont, Ethan pis Syd? »
« Y vont descendre dans une minute. Syd a dû sortir Luna, pis Ethan vient de sortir de la douche. »
« Y va pas encore descendre icitte avec les cheveux mouillés. »
« Maman, arrête de t'énerver. »
« Venez manger. »
« Une seconde, c'est Rusty. Allô. »
« Gahhllee, Rusty vient de chier dans ses culottes. »
« Quoi – t'as-tu… »
« Y a descendu le barrage… »
« Donne-moé c'te téléphone-là, Cody. Allô, Michael. Toute est correct. Personne de blessé. Mais on vient d'avoir un gros glissement de boue sur l'arrière du barrage. »
« Merci pour – par là. Ça fait que le barrage est-tu correct? »
« Ouin, rien a vraiment changé. C'est juste que toute la terre qu'on tassait sèche a bu toute l'eau qui passait par-dessus le barrage, pis j'amenais un voyage à vider, je me penche à peine au-dessus du bord, pis tout d'un coup je surfe en bas de l'autre bord, mêlé, je tire le joystick vers moé, vers l'avant ça prend de la vitesse, pis là ça ralentit comme sur un coussin, pis ça cale drette dans la bouette. »
« Première affaire. Reste en dehors de c'te barrage-là. Reste pas en dessous. Va au shed pis relaxe. T'as l'air d'avoir besoin de reprendre ton souffle. Y a des Cokes dans le frigo là-dedans. M'as être là dans vingt minutes. »
« C'était tellement hot. Je glissais en bas de la côte, je flottais dessus. C'est pour le mieux, en fait. Le vieux tuyau de drain était plein d'eau, pis ça a sorti en jet quand le remplissage a glissé. »
« M'as voir ça quand m'as arriver. La gang, l'équipe l'a échappé belle, mais faut que j'y aille. »
« Tiens, une assiette. »
« Karen! »
« Y a du goulash pis j'ai mis cinq petits pains. C'est-tu assez? »
« Pas d'œufs, par exemple? »
« Va falloir que tu te montres la face demain matin pour ça. »
« J'allais la gagner, c'te chicane-là. »
« Ben oui, mon chou. »
« M'as t'appeler quand m'as arriver. »
« Envoye des photos pis toute. »
« Promis, Tommy. Je vous aime, la gang. J'ai pas pu prendre ma douche, ça fait que m'as sûrement passer demain une fois que les gars vont être partis. »
« Ça me fait penser. Tiens, une clé au cas où y aurait personne quand tu vas arriver un moment donné. »
« Sur une corde. Je t'aime tellement, Karen! Stefanie, prends soin de ce monde-là. »
« Promis. Je t'aime. »
« Love. »
« Ça fait que, Hasselhoff, t'as été chanceux. On serait encore en train de déterrer la porte d'en avant si a s'était revirée sur la vague. »
« Du talent. »
« Clairement. C'est comme une entrée de caverne, la façon que la bouette l'a avalée. La porte tachée mais pas bloquée. »
« Je pensais qu'y était fini. »
« T'étais où, toé? »
« J'étais dans la pelle en haut en train de taper le tuyau. J'étais quasiment pour descendre la queue du dino, pis j'entends le moteur qui revire pis les chenilles qui spinnent de reculons. Je pensais qu'y était fini. »
« Ben, on laisse ça là pour à soir. On laisse l'eau se placer. Peut-être que demain on prend une couple de feuilles de contreplaqué pis on marche dessus. On verra ce qu'on verra. »
« Ouin, c'te terre-là est trempée de bord en bord. »
« Je l'ai laissé suinter trop longtemps. J'ai failli te tuer, mon homme. »
« Ben non. C'était l'horaire. Les priorités l'ont repoussé. On travaillait dessus tous les jours. »
« On est juste pas arrivés à temps. »
« Ça fait que, peut-être juste à temps. Si on avait pas passé les deux dernières semaines à arranger c'te bébelle-là, tout le barrage aurait pu s'effondrer. »
« Du bon côté, quand ça va sécher c't'année, ça va prendre comme du béton. »
« Gahhllee, ça c'est un fait. »
« Ouin, c'est ça. »
« Allô. Qu'est-ce qui est arrivé? »
« Allô. Toute est beau. »
« Toute était beau avant que tu partes. Qu'est-ce qui est arrivé? »
« J'ai manqué un morceau du casse-tête… »
« Écoute, pas de devinettes. Crache le morceau. »
« Je l'ai manqué. C'est comme j'ai dit dimanche. L'eau a coulé par-dessus trop longtemps. La terre qu'on vidait le long de l'arrière se remplissait d'eau pendant tout ce temps-là. A s'est remplie, pis a s'est effondrée. J'aurais dû le voir. »
« Tu l'as vu. Tu l'as vu dimanche, pis t'as agi. »
« J'ai pas agi. J'ai laissé les gars agir, pis ça y a quasiment coûté la vie. »
« Fais pas ton dramatique. Y était dans une boîte de fer faite pour ça. »
« Non, un tombeau de vitre, pas fait pour ça. »
« Les tombeaux, y a des corps dedans, pis Rusty se promène, parfaitement correct. »
« Si a s'était revirée, juste le bon Dieu sait pourquoi a l'a pas fait, la bouette aurait passé le pare-brise, par-dessus le toit. De l'eau qui rentre par chaque joint, noir – une course pas contre l'oxygène, mais contre le gaz carbonique de chaque respiration paniquée jusqu'à ce qu'on arrive à lui, pis ça aurait été épouvantable parce que c'te bouette-là, c'est de la soupe. On aurait eu besoin du canot, pour l'amour du Christ, pour nous tenir en dehors de la bouette pendant qu'on creusait, chaque pelletée qui se remplit à moitié pendant qu'on la garroche en bas de la côte, pis c'te même bouette-là qui résiste au lancer, que la pelle repoussée dans la succion serait la moitié de l'homme qu'a l'était avant la poussée. »
« Rien de ça est arrivé, Michael. »
« Oh, c'est arrivé, sinon on connaîtrait pas la possibilité. C'est arrivé quèque part à quelqu'un dans un temps. C'est arrivé, pis j'ai pas appris la leçon quand c'est arrivé. »
« De quoi tu parles, câlisse? »
« J'ai pas d'affaire à faire ça. »
« Y a peut-être du vrai là-dedans, mais regarde autour de toé… »
« Chu une anecdote. Chu un conte d'avertissement. »
« Regarde autour de toé. Combien de chantiers tu vois – chacun d'eux autres peuplé par le même monde que t'as au tien. »
« Pas le même. Le mien, c'est les rejets du ballon-chasseur. »
« Ceux-là aussi. Penses-tu que t'as les quatre seuls gars dans le comté de Sevier qui ont pas écouté dans le cours de maths? »
« Ouin, pis moé j'étais le capitaine au ballon-chasseur tous les mardis pis jeudis. Pis j'adore le cours de maths. »
« Tanner. Je pensais que t'étais parti avec les gars. »
« Je suis parti, mais là j'ai réalisé que t'avais pas soupé. Je me suis dit que je ferais mieux de venir voir si t'avais besoin de quèque chose. »
« Chérie, entends-tu ça? Faut que j'y aille. »
« Hey, Tanner. Merci d'être revenu. Le gars est une loque. »
« Je vois ça. »
« Correct, chérie. M'as te rappeler. »
« Love. »
« Love. »
« Pas de cute c'te fois-citte, Tanner? »
« Nah, t'as assez de trouble. »
« Tout ce que ça me prend, c'est un tas de marde à gérer pis un ruban à mesurer pour choisir la grandeur du sac. »
« Moé j'irais extra large pour celui-là. Une toile, peut-être. »
« Mon chum, on peut pas pelleter ça, pis c'est à trente pieds du bord, ça fait que la pelle, c'est out aussi. »
« Va peut-être falloir que tu laisses ça sécher dedans pis que tu le déterres après. »
« Oh, marde. »
« Oh, marde – astheure faut que je recharrie toute partout encore. »
« Nope. Allons acheter une voiturette de golf. »
« Euh, correct. »
« Faut que je sorte Kitty avant. »
« On se rejoint à mon truck. »
« Nah, ça va être dix minutes. Tu ferais mieux de monter avec moé. A va pas faire ses besoins si je m'assis pas sur les marches. »
« Attends. T'as un chat qui va pas aux toilettes si tu le promènes pas? »
« Genre. Quand je la sors, a reste plantée là à regarder par la vitre du bas en chialant pour rentrer, à moins que je sorte avec elle. »
« Faut que tu promènes ton chat. »
« C'est la seule compagnie de smoke que j'ai astheure. Je gèle en dessous de l'auvent pendant qu'a se couche dans le paillis »
« M'as fumer avec toé, mon chum. »
« Ça va être intéressant. »
« Quoi ça? »
« Est sur les nerfs en tabarnak icitte. »
« C'est beaucoup de changement. »
« En parler, c'était une affaire, mais là je vis pour vrai dans le bois, dans un shed, avec un chat qui est pas convaincu. »
« Chu pas si convaincu que tu devrais le faire. »
« A peut pas rester icitte tu-seule. Envoye, Kitty. Sors. »
« A serait tu-seule juste la nuit. »
« C'est sûrement ça le pire. Pis juste une entrée, une sortie dans c'te shed-là. Les chats aiment pas ça. »
« Mets la porte à chat en arrière. »
« Je peux pas mettre de porte à chat encore. A sait pas où est rendue. Regarde-la. A ses habitudes déjà, mais a connaît pas encore la place. Regarde c'te souche-là. C'est sa première. A va s'installer là-dessus. A s'assoit là chaque fois qu'a sort. C'est son ancre, pis a va s'étendre à partir de là. »
« La meilleure façon d'apprendre. »
« S'il y avait pas autant de lynx. Les coyotes, je m'en fais pas avec, y peuvent pas grimper aux arbres. »
« Je vois des pistes quasiment tous les jours. »
« Le p'tit pis la mère, je pense. Je l'ai regardée pas plus tard qu'hier soir, de mes propres yeux, traverser vers le barrage, clairement avec un gros lièvre ou de quoi. »
« C'est un gros chat – Christ, ça pue en plus. »
« A devait se retenir pour celle-là. Envoye, la chatte, en dedans. Ouvre une des cannes de bouffe, Tanner. »
« Oh, a arrive en courant pour ça. »
« 6 h 30, les journées rallongent. »
« Pareil, y fait noir. J'ai du goulash que Karen m'a donné. Laissons faire la ride. Ça va être plus le fun d'acheter la voiturette de golf de jour. »
« Sûrement mieux avec la skid enterrée. On sait pas ce que ça va coûter à réparer. »
« J'imagine que ça dépend juste de combien de bouette pis d'eau est rentrée dans l'échappement là-haut. La lumière baissait. Je voyais pas. »
« Était en dessous quand je l'ai vue. »
« As-tu regardé pour l'échappement? »
« Non, mais tout l'arrière était couvert jusqu'au toit. »
« Ouin. Demain, c'est le jour. À soir, je reste juste assis, chanceux que ça soit une machine pis pas un homme. »
« C'était jamais vraiment si dangereux que ça. »
« Mon chum, la bébelle est enterrée. »
« Ouin, mais c'était au ralenti. Pas genre ralenti comme rejoué dans ma tête. A a commencé à partir. Je l'ai entendue revirer, pis j'ai vu les chenilles donner un coup de reculons, pis a avançait. J'ai eu le temps de me lever du rack pis de venir au bord du barrage pis de la regarder pendant quèques secondes pendant qu'a glissait pis qu'a calait. »
« Genre dix secondes? »
« Non. Ben plus que ça. Ça ralentissait à mesure que ça calait. C'était genre complètement disparu, pis là c'était juste de la bouette qui glissait par-dessus pour une seconde ou deux, pis là juste stop. »
« C'est épeurant, ces affaires-là. Quelqu'un pourrait se blesser. Genre pour vrai. »
« Je le vois astheure. Je pense que tout le monde l'a vu. »
« C'est une vraie affaire, la dette envers l'homme. Quand y comptent sur toé, c'est pas juste de l'argent, c'est leur sécurité. J'aurais pas pu monter une meilleure leçon avec un manuel. »
« Même Cody est devenu un peu sérieux jusqu'à ce qu'on entende la porte grincer en s'ouvrant, pis Rusty se lève dans le cadre de la fenêtre, pis y est clairement ébranlé. Genre, on a fait le tour, genre par le bout du chemin, pis on arrive à côté de lui, pis Cody fonce dedans. Tu peux voir son pied – des trous où y a marché dans la bouette pis instantanément jusqu'aux genoux. »
« Cody est rentré dedans? »
« Y était sérieux, comme un police. Le pas assuré, y a juste commencé à marcher dedans. Y a même pas pensé. Fallait que ça se fasse, pis y est allé le faire, mais la bouette l'a arrêté net. »
« Avez-vous été obligés de le sortir de là? »
« Non. Y est resté là une seconde. Y a checké ça pis y a dit à Rusty de sauter vers le bas de la côte – après ça y y a lancé un bâton. Y était juste sur l'affaire. Fallait que ça se fasse. Pis y était là – sur l'affaire. »
« Je te l'avais dit qu'y est smatte. »
« Y peut être un p'tit trou de cul pareil, par exemple. »
« Rien de personnel, mais de vous trois, c'est lui que je voudrais sur le chantier dans le moment. »
« Pas d'offense. Moé aussi. »
« Je te laisserais pas te noyer, mon chum. »
« T'étais pas dans les options. Mais toé t'es le gars pour toute l'affaire. Vous deux, vous sortiriez quelqu'un d'une maison en feu, mais Cody, y est pas fort sur la couverture de survie. »
« L'image s'embrouille. »
« Allô. »
« Allô. »
« Viens pas danser autour. »
« Science, résultat. Compris. »
« Voyons voir. »
« Ça fait qu'on a vidé voyage après voyage de terre d'excavation lousse sur c'te flanc de côte-là. On a bouché le tuyau du déversoir comme on voulait. On savait que c'était dangereux, mais quand y a mouillé, pis que l'eau a passé par-dessus aussi propre, j'ai lancé les dés. Je l'ai sauté. Mais je pense pas que rien de ça a compté. »
« Ça a clairement compté. »
« Je veux dire, ouais. Le barrage a bavé pendant un mois. Ça a compté. Pis les orages de la semaine passée ont vraiment compté. C'est ça qui nous a eus. Une fois qu'on pouvait pu travailler sur le barrage par peur que les machines pourrissent le sol, ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. »
« Ça fait que c'est pas de ta faute. »
« Non, pas genre de la malversation ou de quoi. J'aurais pu m'y mettre plus tôt, mais je pense pas que rien de ça aurait compté. Je pense que c'te terre de remplissage lousse-là aurait glissé de toute façon avec toute c'te pluie-là dessus. La partie… »
« Tu devrais arrêter là. C'est toute la vérité. »
« Pas toute. Les leçons apprises, c'est la facture, pis c'est ton terrain à toé aussi. Quand les hôtels m'ont fait poursuivre une douzaine de fois pis le gaz bar deux douzaines de plus, c'était mon trouble à moé. C'est ta maison à toé aussi, ça fait qu'on prend les leçons ensemble. »
« Ensemble. »
« On a retardé. J'ai mal placé les priorités. L'eau est rentrée en dessous de la terre pis par-dessus, pis ça a glissé. Personne de blessé. La skid steer ouverte pour découverte demain matin. »
« Mais t'achètes ces prêts niaiseux-là, ça fait que c'est assuré – tu vois, j'écoute. »
« Correct. Le crash d'adrénaline me rattrape. Y fait frette en câlisse à soir. M'as manger du goulash pis me reposer. »
« Je t'aime. »
« Je t'aime plus. »
« Bon matin, les gars. »
« Aujourd'hui faut que je parte de bonne heure. Je me suis gelé le cul hier soir. J'ai été obligé d'aller dans le truck avec le chauffage parti. M'en vas chez Karen, pis m'as prendre la douche la plus longue pis la plus chaude que la vie moderne a à offrir. Allons voir c'te skid steer-là. »
« Ça fait que, euh, a l'a pas calé pantoute. »
« Ça veut peut-être dire qu'est sur la terre solide en dessous de la bouette. »
« Ouais, c'est ça que je pensais. »
Cody c'est pas le seul qui monte su' c'te crête-là. Dis-moé que c't'homme-là est honnête. Vaut rien. Jamais rien de bon est jamais venu d'un Yankee qui arrache les racines pis qui pose une toilette de bouette qui match pas les racines. Y rit des racines. Pis les v'là, y tombent de c'te cabane-là comme des clowns, le chef de la gang sort en premier, y garroche ses mains partout, y montre rien, juste des mains qui revolent comme pour te distraire pendant qu'y sort le lapin du chapeau. Dis-moé que je m'ennuie. Dis-moé jase de gentleman. Jase de quoi, câlisse? Jaser, c'est ça qu'y font dans leurs cafés. Jaser. Mâcher des grands mots, les cracher en longues phrases. Regarde comme chu smatte. Pendant tout ce temps-là y brassent les mains partout que c'est tout ce que tu peux faire pour pas te pencher pis esquiver pour pas te faire frapper. Envoye, un peu plus proche. Je t'entends astheure.
« Man, c'est féroce. »
« Devin avec le mot du jour. »
« Ouin, c'est ça. »
« Cody, monte chercher la pépine. Checke la graisse. Réchauffe-la. »
« Boss. »
« Tanner, on a combien de chaînes? »
« T'en as trois, pis j'en ai une dans mon truck aussi. »
« Quatre chaînes. Quarante pieds. »
« Sûrement plus long. »
Pis là je te sens, pis tu pues pire que du bétail. Pire que la porcherie icitte toutes ces années-là. Tu sortiras pas c'te machine-là de c'te bouette-là en tirant une chaîne.
« Dev – j'haïs ça te mettre toute la job de marde dessus, mais t'es juste ce gars-là… Va chercher les chaînes frettes comme de la glace pis amène-les icitte. »
« M'as aider. »
« Non, faut que je trouve mon chemin en jasant, pis ça, c'est au moins un problème à trois têtes. »
« Ouin, c'est ça. »
« Rus. C'est toé qui répares ces bébelles-là. L'échappement a l'air dégagé… »
« L'était pas hier soir. Première affaire que j'ai regardée. »
« Dégagé aujourd'hui par exemple. »
« Ça doit en avoir aspiré en masse. »
« Le filtre est là. »
« Ça en premier, j'imagine. Faut déterrer le capot. »
« Quoi d'autre? »
« C'est la cage du fan en arrière. A l'est pleine. Rien arrête c'te bouette-là - ça se tasse drette dedans. »
« Yep. Je vois ça. Mais peut-être pas dans le moteur. »
« Pas dedans – juste ce qui est rentré dans le tuyau. »
Aussi ben appeler le vieux Teague avec sa machine. Dans le temps, y réparaient une machine prise de même. Astheure sont toutes faibles, ça brise facile – tu peux pas les réparer si t'as pas leurs p'tits ordis pis leurs softwares.
« Les chaînes. »
« On en a pas ben ben, mais y a du contreplaqué de retaille. Va chercher… Ha, c'est drôle. J'allais dire va chercher la skid pis descends le contreplaqué de la retaille. »
« Ouin, c'est ça. Je l'ai faite moé aussi quand je pensais aux pelles. »
« Qu'est-ce qui est arrivé avec l'idée de la voiturette de golf? »
« Faisons une évaluation. Après, m'as aller chez Karen pour une douche. Je pense que j'ai manqué les œufs, rendu là. M'as revenir, pis on va aller acheter une voiturette de golf. »
Je me lève pour pisser, pis v'là mon gars, y pitonne su' c't'ordi-là, tic, tic, tic comme une clôture électrique. Astheure y a peur de traverser la ligne, pis mon gars a jamais peur. Le Yankee y a faite peur, y l'a dressé. Pas peur de juste traverser le fil, peur de s'approcher. Pis v'là. Mais y gaspille le dressage. Au lieu de mettre le jeune sur un chemin qui vaut de quoi, bâtir une affaire, réparer une affaire, y le fait jouer à l'ordi toute la nuit. C'est ben un Yankee, ça. Y achète un ordi neuf au complet juste parce qu'y a une craque dans l'écran, juste parce que c'est pas parfait. Pis là le v'là qui aide le Yankee à sortir la skid. Je savais que j'aurais dû prendre c'te skid-là avant qu'y la scrappe. C'est correct. Dépense ton argent, Yankee. Achète deux ordis, garde mon gars debout la nuit à travailler gratis. Moé j'ai un laptop astheure. Merci ben, Yankee.
« Attention, Tanner. »
« Comment tu fais pour t'asseoir là-dedans avec la fenêtre grande ouverte en avant, trente et un degrés? »
« J'ai le chauffage qui me souffle dessus. »
« Pas pour longtemps. Baisse la fenêtre pis donne-moé le siège. »
« Je m'en occupe, boss. »
Pourquoi y l'appelle boss, câlisse? Comme je pensais. C't'infection-là, c't'homme-là, ça va creux. Y a fait faire la génuflexion à mon gars, plier le genou. Là y réchauffe pis graisse la pépine, pis y la livre, y sort juste pour que la job revienne à personne d'autre.
« Ça, c'est ma job. Personne va en dessous de c'te glissement-là tant que je sais pas que c'est safe. »
Le v'là. Y se fait martyr.
« M'as gruger tranquillement, par en bas. Je pense que Rusty a raison, est sur la terre solide, juste enrobée de bouette. »
« C'était moé, ça, boss. »
« Bon œil, Cody. Je pense que m'as rentrer par en dessous. On a faite toute la job du barrage, pis le glissement s'est assis pas mal ben, en fait. Si je rentre par en bas, je vas avoir le feeling, peut-être qu'on la sort pis qu'on garde le gain sur le barrage. »
« Je vois ça. »
« Bonne idée. »
« Pendant que je rentre, placez les contreplaqués sur la bouette. Marchez jusqu'en arrière pis voyez si vous pouvez déterrer le capot du moteur. Faut voir dedans avant de la partir. »
« Ouais, on peut pas la partir avant que le fan soit libre de toute façon. »
« On peut pas déterrer c'te fan-là. »
« Faut juste la tirer vers le bas. »
« J'ai – y a les treuils là-dedans. Peut-être qu'on pourrait en boulonner un à un gros arbre en bas pis commencer à tirer. »
« Ça ferait juste arracher l'arbre. Blocage hydraulique, pis le frein de stationnement a embarqué quand la barre a monté. »
Est barrée, Yankee. Rusty voit ça. Tu la déterres ou a reste là.
« Ça fait que, euh. Deux options. La déterrer. Pis c'te bouette-là est pas prête encore. Ou deux, peut-être que c'est assez glissant là en dessous des chenilles, a glisse comme sur la glace jusqu'à ce qu'a s'accroche. »
« Ouin, c'est ça. »
« Attends, vous êtes en train de dire qu'on essaie de la tirer hors de c'te bouette-là? »
« Genre. »
« Pas question. Succion hydrostatique. »
Succion, c'est ben dit. Hydrostatique, c'est juste un grand mot. Pris dans la succion.
« Ça fait que, vous voyez où chu? Chu aligné avec la machine. Je vois où a l'est dans la côte. M'as rentrer. Wo. Un gars à la fois sur le contreplaqué. Regardez-moé ça. Déjà calé. »
« C'est fou. »
« Quand j'étais p'tit, c'était la scène des sables mouvants dans Tarzan. À chaque fois que le méchant avait besoin d'une punition dramatique ou que le héros avait besoin d'un obstacle soudain, v'là la scène des sables mouvants, pis Clayton rentre dedans. »
Pis regarde en bas, Clayton voit les sables mouvants trop vite. Y pense qu'y va les contourner, planifier une liane. Creuse, Yankee. C'est toute ce qu'y a là. Clayton le sait. Lonnie le sait. Pas besoin de diplôme d'ingénieur quand t'es né métayer pour chanter c'te Star Time TV-là.
J'ai jamais aimé qu'y prennent le nom à Jim pour c'te méchant de Tarzan-là. Jim l'homme honnête, ce Yankee-là appelle un méchant de Tarzan pis le met dans ses sables mouvants, pis v'là Jim Clayton, y loge la moitié de la vallée avec ses trailers, prix honnête, bon produit, pis Dolly le sait elle aussi.
Un homme a pas besoin de skid steer. Y tire une bûche, y fait un rang, y plante du coton. Un trente sous par jour, fais un milliard. Ce Yankee-là cale un quart de million, y a plus d'argent que de bon sens.
« Ça fait que m'as rentrer. Si je peux atteindre la machine pis être encore au sec, m'as déterrer les côtés. Ça a l'air de quoi en arrière? »
« J'ai le capot d'ouvert, boss. »
« C'est comment? »
« C'est de l'eau. De la bouette, mais c'est de l'eau. Plus clair icitte dedans que dehors. »
« T'as tâté dedans aussi, à ce que je vois. Ton bras a l'air de la ligne d'eau dans le plâtre après que l'inondation a passé. »
« Parlant de a1 à h8. »
« Ha, Tanner! En plein dans le mille. Même si chu pas sûr que ça saute aussi loin que ça. »
« Tsé, j'ai cherché ça. Au début je tombais juste sur coup illégal pis des fous pis des reines, mais après je l'ai trouvé. Combien de coups ça prend à un cavalier pour sauter de a1 à h8. »
« C'était ça. Beaucoup de job. Pas de chemin propre. Pas moyen de planifier pour toute ça. »
« Ton plan pour ça? »
Vue courte. C'est ça. Y dit qu'y a un plan, Creuser. Ça se voit du chemin. Boyd voit ça de son terrain. Terrain vacant. Boyd voit ça de la maison à sa mère. Creuse, Yankee.
« M'as creuser. C'est toute ce qu'on a. Le terrain est solide jusqu'à date, pis j'atteins à boom complet. M'as déterrer le devant, faire mon chemin vers les côtés, Creuser jusqu'à ce que ça arrête de retomber dedans. Cody, débarque de ces planches-là. C'est plus creux que ça, pis… C'est dangereux. »
« Qu'est-ce tu veux qu'on fasse pendant que tu creuses? »
« Allez finir le deuxième rack pis travaillez les panneaux dans le troisième. »
« Promis. »
« Avez-vous passé les fils hier après que chu parti? »
« Passés. Pas atterris, mais enroulés dans la boîte de combinaison sur le mur d'en arrière. Prêts à être atterris. »
« Wow, regardez-moé ça. J'ai déterré le côté, pis c'est comme une rivière d'eau qui sort. »
« C'est hot. »
« Ouin, c'est comme les sources. »
« Ouin, c'est ça. Tu creuses dans la côte, pis l'eau sort à pleine porte. »
« Monte en dessous de mon boom jusqu'à la porte d'en avant. Je pense que je vois de l'eau dans la cabine. »
« Yup, pleine, mais ça baisse pendant que je regarde. Une ligne laissée en arrière comme le bras à Cody. »
« Ça a monté jusqu'où? »
« Le siège a passé en dessous. »
« Ça a-tu rentré dans les contrôles? Les joysticks? »
« Non. Ça baisse vite. »
« Attention à ta tête, m'as virer pis donner un coup ou deux de l'autre bord. »
« Oh, wow! C'est instantané. »
« Si c'était pas ma skid steer, ça serait une des affaires les plus hot que j'ai jamais vues. La bouette elle-même rapetisse. Voyez-vous ça? »
« La bouette rapetisse plus vite que la machine est descendue. »
« C'est absolument incroyable. Tu pourrais quasiment filmer ça, la bouette est à un pied en dessous du toit en genre cinq minutes. »
« Je souhaiterais quasiment qu'on ait faite ça hier soir. Peut-être… »
« Euh, nope. Pas question. Tu voulais pas, pis c'était la bonne décision dans le temps. C'est la bonne décision astheure. »
« T'as raison, Tanner. Correct, monte là-haut. Commence le solaire. Rusty, reste avec moé. Devin, débarque de c'te machine-là. Refais tes pas. Reviens à moé en premier, après traverse vers le chemin. »
« Ouin, pis moé? »
« Toé, tu enfourches le cheval pis tu rides. »
« Remonter dessus? »
« Si t'es plate. »
« Chu pas bizarre. »
« Oui, tu l'es. »
« Pas aussi bizarre que toé. »
« Vrai. Ça a l'air de quoi? »
« L'eau est sortie, mais y a une couche de slime de bouette partout pis à peu près un pouce sur le siège. »
« Dégueu. »
« Le plancher est pire. Peut-être trois pouces. Un peu moins. »
« Pas si pire. »
« Ouin, mais faut lever la cabine pour se rendre à la valve de dérivation hydraulique, sinon on creuse pour rien, pis trois pouces. »
« Peux-tu l'écoper? »
« Avec mes mains? »
« As-tu une pelle en forme de cabine qui traîne par icitte que je sais pas? »
« Une de ces p'tites pelles à fleurs dans le trailer. »
« Ah, va en chercher une. Tanner! Hey, Tanner, m'entends-tu? »
« Je t'entends. »
« Envoie Cody en arrière icitte. »
« Chu déjà là, bossman. »
« Jésus, tu m'as fait peur. »
« Chu un maudit sournois. »
« J'vas mettre Rusty là-haut pour essayer de nettoyer ça. J'veux un guetteur. Le moindre mouvement, tu nous le dis. Deal? »
« Chu capable de guetter. »
« T'es le seul à qui j'ferais confiance pour ça. Tanner m'a conté comment t'étais hier soir. »
« Comment ça? »
« Y m'a dit que t'étais prêt à plonger drette dedans, pis que c'est toé qui as trouvé comment faire sortir Rusty. »
« Rus était déjà sorti quand chu arrivé. »
« Humble avec ça. J'vas te dire de quoi. Si jamais t'as envie d'un tour d'honneur, sache-le, t'en as un qui t'attend. »
C'est d'même qu'y fait. Y'a fait veiller mon gars à toute heure pour travailler ses livres, gratis. Y'a fait rapporter une scie à mon gars. Fallait que j'trépigne d'en haut en bas pour qu'y vole c'te bois de scrap pis qu'y répare c'te porte-là. Y'a eu mon gars à la flatterie. Y brasse les mains pis y flatte le gars. Pis avant que tu le saches, le gars y fournira pus rien. Y m'disent qu'y saisissent sa paye. Astheure y travaille gratis.
Y m'a fait pareil. Le moulin à bois ferme. J'travaille sur les bulldozers à la journée parce que j'peux pas payer leurs frais de cour. Y m'ôtent l'argent drette de la bouche de mon gars, y m'font honte, j'peux pas finir de payer les funérailles. Y m'font honte encore, y saisissent la paye. J'vas leur montrer. J'travaille avec Blalock. Y peuvent pas saisir du cash.
« Rus, l'eau sort à pleine gueule. Le godet ramasse des mottons astheure, pas juste de la bouette. Les crochets boss sont dégagés astheure, pis j'pense qu'on peut passer une chaîne là-dedans pis tirer en curlant le godet. »
« Curler le godet, oui. »
« Les côtés sont libres. La terre en dessous des chenilles est trempe pis toute en bouette. J'pense qu'a va sortir sans le bypass – au moins assez pour lever la cabine pis aller chercher le bypass si on en a besoin. »
« J'vas essayer. Cody, passe-moé c'te chaîne de cinq huitièmes-là. »
« Une fois qu'y l'a passée dans les Boss Eyes, accroche-moé sur les dents de mon godet. Un bout de chaque bord. »
« Tiens, Cody. »
« Comme ça, bossman? »
« Oui, exactement d'même, pince les crochets pis sors de là. Rusty, va dans l'entrée. Quand j'vas tirer ça, toute c'te bouette-là en arrière va vouloir glisser. Chu surpris que ça tienne encore avec les côtés creusés. »
« C'est beau. »
« Dégagé. »
« Envoye ---- oh, câlisse! »
« Ça va-tu? »
« Dès que j'débarque de c'te boom-là. »
« C'était malade! »
« Man, t'as reculé de cinq pieds. »
« Ma lame était baissée raide. C'te coup-là… j'imagine que c'est juste tomber dans la marde. »
« Perds pas tes pantoufles. »
« Des pantoufles, cute. Sache que c'est les souliers que les docteurs pis les cuisiniers pis les hommes qui sont deboutte toute la journée portent. »
« Des pantoufles. »
« Toé aussi, Tanner? J'pensais que j't'avais banni au solaire. »
« Mon chum, c'était comme une porte de dompeuse qui claque. »
« C'tait fort. Tu sais que c'est vrai. »
« Fait que, ça va? »
« Mon orgueil a pris une couche de graisse de plus. J'me suis éraflé le tibia sur les poignées. Toute est beau. »
« On dirait qu'a est sortie. »
« A l'a viré drette vers l'entrée. »
« Mon trou de cul a mangé le siège avant que ça m'éjecte. Si j'peux sortir ça de mon rectum, j'vas remettre mon cul là-dedans pis finir de tirer. »
« Chu content que ça soit pas arrivé pendant que j'étais deboutte sur le contreplaqué. »
« Ça pouvait pas. Les côtés la tenaient prise serré. Une fois les côtés sortis, pis le courant d'eau qui a toute lubrifié, c'tait inévitable. »
« Ça, c'est malade. »
« Okay, fait que la pépine est dans l'entrée. Mettez deux autres chaînes là-dessus pis que quelqu'un la sorte de là --- C'est Stefanie qui appelle. »
« Hey. »
« Hey. Tu m'as pas appelée à matin. »
« J'me suis réveillé juste quand les gars arrivaient à la cour d'équipement. J'avais juste quelques minutes. »
« Tu viens-tu prendre une douche? »
« Absolument, j'vas être là tantôt. Je t'aime. »
« Je t'aime. »
« Okay, les gars, c'est beau. Astheure tirez. »
« Emma, va chercher le porte-poussière. »
« En arrière de toé. »
« Sais pas comment ça vient si poussiéreux, personne vient jamais. »
« Ça rentre par les murs, mais pas pour longtemps. Le mois prochain ça va être frais peinturé du printemps; y aura pus pantoute besoin d'user ces poils-là à la corde avec ton balayage d'inquiétude. »
« C'pas d'l'inquiétude, Emma. Tu l'entretiens, ça dure pour toujours. »
« Le deux mars, c'est le jour. »
« Qui t'as eu? »
« Toutes les habitués, leurs enfants pis leurs petits-enfants. J'en prendrais un ou deux de plus. »
« Pis Stefanie? Ça paraît qu'a l'a été ben élevée. »
« C'est un fait, mais j'pense que c'est trop tôt pour y demander… »
« Maman? »
« Oui, Bernie. »
« C'te recherche-là me donne des dommages au cerveau. »
« Tu veux-tu lâcher? »
« Non, madame. C'est juste que ça fait pas de sens. On est en 2024, pis y'a un raton laveur qui a son propre culte rendu là, des millions de vues, les chaînes de nouvelles nationales. Ce centre communautaire-là, y est icitte depuis au moins 1907. C'était une vraie école jusqu'en 1970, pis chaque filet de recherche que je lance pour juste une photo de la façade de ce bâtiment-là avec ses portes d'origine revient nul – pas vide, nul de photo. Y'a du monde dans c'te vallée-là qui ont gradué de c'te école-là, pas mal moins vieux que Mamaw Mernie. Y'avait de la photo couleur en 1970 quand a l'a fermé, pour l'amour du bon Dieu. C'est pas possible que ce bâtiment-là ait survécu sans être photographié – Maman, mets-toé devant. »
« Bernice, y'a pas de raison… Ben, laisse-moé voir. »
« Là. Astheure y'a une photo de la place, pis j'la poste sur Instagram drette là. »
« Poste pas c'te photo-là, »
« Tiktok, Snapchat. C'est pas possible que ce bâtiment-là soit pas sur l'internet. Impossible. J'suis même pas capable d'avoir une réponse claire sur l'adresse. C'est 1711, 1720. La caserne de pompiers c'est 1718, ça c'est sûr. Mais ce petit Dupont Community Center-là, Pickens School House, c'te affaire-là c'est une énigme. »
« Ben, p'tite Bernie. C'est juste de même qu'y sont, les vieux modèles, on est pas cloués à aucune chose ou place fixe. On traverse le temps. »
« Mamaw, y'a du monde partout dans c'te vallée qui sont allés à c'te école-là, qui en ont gradué. Y'a du monde célèbre. Reagan est sorti. Reagan Circle, drette icitte. Regarde la pancarte de rue. Ray Reagan, le juge du comté, né drette icitte à Dupont en mille neuf cent vingt et un, le premier de dix enfants, le premier de toute sa lignée à finir son secondaire. »
« J'connais Ray. C'tait mon cher ami. Le cancer l'a emporté en 1978. J'm'en rappelle comme si c'était hier. Emma, y'est mort le jour que t'es née. »
« Ben, avant que Ray meure, y'est parti à la guerre pis y'a volé pour les Army Air Forces — mécanicien pis pilote les deux, un homme qui pouvait réparer la machine pis la piloter — pis quand ça a été fini y'est revenu chez eux à Dupont pis y l'a pus jamais quitté. Y'a marié une fille Ogle, Louise. »
« J'étais à ces noces-là. Louise était la plus belle dame que c'te vallée-là a jamais connue. A jamais posé une main qui répondait pas à un besoin ou un souci ou un amour. »
« Une paire, d'abord. Ray conduisait jusqu'à une usine à Knoxville pis revenait chaque jour jusqu'à ce que le comté le nomme juge de paix en 1956. »
« Y'a marié plus d'amour dans c'te vallée – Louise faisait les mariages arrangés pis Ray faisait l'attelage. »
« Après ça y l'ont fait juge en 1958, pis y l'ont pas laissé lâcher pendant vingt ans, drette jusqu'au cancer qui l'a emporté en 1978, comme Mamaw a dit. encore en poste.
« Y'est pas prisonnier. Ray l'aurait pas voulu autrement. »
« Y'a bâti le parc industriel. Y'a bâti l'hôpital. Y'a bâti l'aéroport entre la Forge pis Gatlinburg. Y'a un pont sur la French Broad avec son nom boulonné dessus. Ce comté-là célèbre son histoire, mais pas Pickens Schoolhouse. Ce comté-là a fait rouler toute sa justice à travers un homme qui sortait d'une école à deux portes dans une vallée qui peut pas se payer une seule photo d'elle-même. Pis tout le temps qu'y a siégé sur c'te banc-là, Maman, y'a jamais déménagé. Y'a jamais plafonné. Le juge du comté au complet, pis y rentrait en char à Dupont chaque soir de sa vie. Y votait icitte. Je vote icitte. On vote toute icitte. »
« J'ai le même problème, Bernice. Chu allée à la Williams Library, au Heritage Museum, j'ai dîné avec Anna Garber pis Steve Petty, c'est des historiens de table de cuisine. Chu allée voir la gang de livres de Boyd's Creek. J'ai demandé à chaque âme que j'ai croisée, à la recherche d'une seule photo de ce bâtiment-là avec les portes d'origine. »
« Tout le monde a une piste, mais aucune photo s'est matérialisée. »
« Exactement, bébé. Fait que si tu veux lâcher, j'ai trouvé plein de bâtiments d'antan pis de portes d'antan, pis j'peux même en avoir quelques-unes pas mal pas chères, pis j'peux habiller la place comme a veut s'habiller. »
« J'ai suivi chaque piste, pis s'il y a une photo de ce bâtiment-là quelque part, je la vois pas. »
« J'me rappelle les portes, Emma. Comme j'dis, j'ai pas de photo, mais j'm'en rappelle. C'tait des carreaux de vitre du haut jusqu'en bas. A'étaient pesantes, tellement pesantes. Quand tu sors un jour de vent, le vent pogne ces portes-là, pis c'est tout ce que j'peux faire de tenir la poignée. »
« Mamaw, si je pouvais juste transcrire ta tête sur l'internet de Bernie. Sais pas ce qu'on verrait. »
« Ben, j'en vois plus sur c'te vieux creux-là que j'en vois sur ce bâtiment historique-là. Trail Holler, même si t'as raison, l'internet l'appelle pas de même. Je vois qu'avant que Stefanie l'achète, ça appartenait à Charlie pis Bobbie Lovell, pis qu'y l'avaient acheté à un encan de saisie pour taxes en 1989. Je vois que ça a été une ferme de cochons pendant des années. Je vois même qu'un énorme barrage là-haut a lâché pendant une tempête, pis qu'y a effacé la maison où ton amie Betty reste. Les marches qui mènent nulle part qui montent la côte devant sa maison, a menaient à une maison effacée par l'inondation quand le barrage a lâché. J'peux voir toute ça. »
« J'vois ça moé aussi, Bernie. Une pluie terrible est v'nue, pas des jours de long, mais des jours d'eau dans une seule maudite tempête. C'te pluie-là a emporté le vieux barrage de la ferme à cochons, y l'avaient monté par-dessus le barrage qui est là-haut astheure. Cinq fois la grosseur qu'y a astheure, pis ça a descendu le creux d'un seul morceau, plus comme une avalanche qu'une inondation. Ça a effacé les arbres, détaché la terre elle-même du terrain. Ce monde-là sont partis après ça. Pus rien à paqueter. Y sont juste partis un jour pas longtemps après, pis personne a jamais réentendu parler d'eux autres. »
« J'gage que l'internet pourrait les trouver, Bernie. »
« Pas aujourd'hui, non. Chu déjà allée jusqu'au bout de l'internet pis revenue. J'ai commencé drette icitte dans le comté de Sevier avec des recherches exactes pour Dupont Community Center, Pickens Schoolhouse, Dupont School, pis j'ai fini à Pickens, en Virginie-Occidentale. Ça adonne qu'y a trois comtés avec le même nom que notre école, en Alabama, en Géorgie pis en Caroline du Sud. Y'a quatre Dupont : la compagnie de chimie à Wilmington au Delaware, Old Hickory, Nashville, Dupont, Washington, pis Dupont City, en Virginie-Occidentale. Y'a un Seymour, Indiana – John Mellencamp reste là, un Seymour, Texas, un Seymour, Connecticut. Y'a même un Seymour au Wisconsin.
« T'es allée dans toutes ces places-là aujourd'hui, Bernie? »
« Mamaw, chu allée sur des serveurs partout dans le monde. J'ai cherché les écoles sœurs, j'ai cherché dans les bases de données de généalogie. J'ai cherché sur les médias sociaux. J'ai cherché sur les sites d'histoire. Ironiquement, j'ai trouvé une photo de notre petite école sur une place qui s'appelle Letsbeblount, mais c'était un angle de biais pis pas de vue sur les portes d'en avant. L'ironie, c'est qu'un site de tourisme du comté de Blount a reconnu l'importance de ce bâtiment-là pis a essayé de le voler pour leur propre histoire. Chu allée à la Library of Congress, pis c'était tapissé de Greenbrier Schoolhouse à Metcalf Bottoms. J'ai cherché sur chaque site de l'internet, pis chu revenue les mains vides. Pis chaque fois que je pensais que j'étais sur de quoi, je frappais un mur de roche. »
« Fait que ça se peut pas? »
« J'ai essayé la caserne de pompiers. J'ai trouvé les listes d'appel de chaque personne qui a jamais travaillé là, en me disant que peut-être une de leurs pages de médias sociaux avait une photo dans le stationnement. J'ai fouillé Sevier County Schools jusqu'à des profondeurs à faire péter les oreilles en espérant une photo de classe ou une photo de graduation. J'ai passé drette par-dessus chaque petit paillasson de captcha poli que j'ai croisé, chaque membres seulement, chaque mur de vitre sur un post Instagram, chaque place sur l'internet, pis s'il y a une photo de ce bâtiment-là avec les portes d'origine, j'suis pas capable de la trouver. Chaque agace a frappé un mur. Toute en roche. »
« J'vois ce que vous avez fait là, les jeunes. Pas de marche jusqu'en haut à matin. »
« On s'est dit qu'on commencerait pis qu'on se reprendrait quand tu descendrais. »
« Devin, t'es un gars qui pense. Mais ton échelle de paye inclut pas de faire marcher le propriétaire tout le long passé l'étang pis en bas de la côte tout seul avec les ours pis les lynx pis toute. »
« Pourquoi traîner un gun partout si tu vas avoir peur? »
« Cody signe sa présence avec une pique. Rusty? T'as-tu une grande gueule qui se cherche un atelier? »
« Nope. »
« Moé non plus. »
« Tanner se porte volontaire pour refuser. »
« Fait que voici le point de la journée. Rusty pis Cody, vous êtes sur la clé. Comment ça va? »
« Ouais, on est allés un peu trop loin, pis chanceux qu'on l'a fait. Y'avait de l'eau là-dedans. Fallait la barrer pis la souffler quelques fois, mais on l'a nettoyée. »
« Ben voyons, bossman, tu y'as donné la job facile. Moé j'ai dû ôter toute la cage d'en arrière pis sortir toute la marde du compartiment moteur, du ventilateur, des courroies pis nettoyer chaque poulie. C'est la batterie qui m'a eu le pire. Je m'suis écrasé le doigt en la sortant. »
« Mon chum, ça va-tu? »
« C'est correct. »
« On a une docteure. A va venir regarder ça. »
« Nope. Juste un ongle lousse. »
« Okay. C'est ton choix. Pis – c'est pas moé qui a assigné les étapes du nettoyage. C'était vous autres. Moé chu le propriétaire, c'est vous autres le boss. »
« C'est pas de même que ça a l'air d'icitte. »
« C'est ton imagination. »
« Ouais, c'est ça. Fait qu'on est sur le bord de la partir dans pas long. On a changé l'huile, changé chaque filtre. C'est comme une machine flambant neuve. »
« C'est une machine flambant neuve. Essaye de te rappeler tout ce détail-là dans ta facture c'te semaine, Cody. »
« Ouais, veux-tu essayer de la partir? »
« Est-tu prête? »
« J'pense que oui. »
« D'abord fais-la partir, mon chum. »
« Rien? »
« Ben voyons, j'ai pas branché la batterie. »
« Plate. Vérifie toute. Tiens-moé au courant. Tanner pis Devin, vous êtes avec moé. »
« Fait que, on a-tu besoin d'outils? »
« T'as laissé tous les outils de filage dans le shed, fait que probablement pas. »
« Le trou de bouette s'est comme rempli là où la machine était dedans. »
« C'est l'fun, en fait. Comme on disait l'autre jour, quand ça va prendre, ça va être comme du béton. J'vas même devoir mettre du gros paillis là-dedans, sinon ça va se creuser en rigoles sous la pluie. »
« Pratique – faut couper tous ces arbres-là qu'on a enterrés de terre. »
« Les copalmes vont peut-être survivre, en fait. C'est des arbres ben bizarres. Tous les peupliers, par exemple, sont finis. »
« Pourquoi les copalmes survivent? »
« Y se sont adaptés à ça. Les basses terres les ensablent pis les inondations de temps en temps, pis y se font enterrer souvent. Y font juste pousser des nouvelles racines à partir du tronc, pis y continuent leur chemin. »
« On apprend de quoi de nouveau chaque jour. »
« C'est la job en un cliché. »
« Fait que, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui? »
« Drette là j'marche à côté de ces panneaux solaires-là pis je m'assure que toutes les pinces sont en place, en surveillant l'horizon pour les ours, après ça j'vas te demander, as-tu fini tous les sectionneurs? »
« Oui. J'ai fini ça, pis j'ai raccordé ce bout-icitte au complet. Les panneaux sont prêts. »
« J'sais que le côté du shed est pas fini parce que j't'ai pas vu dans ma maison, pis j'pense pas que tu rentres en arrière de la chaise pour te cacher. »
« Fait que, faut raccorder le côté du shed, mais c'est prêt. J'attends juste le go. »
« L'instinct est parfait – Attention, Kitty. On rentre. »
« A veut sortir? »
« Yup, regarde ben ça --- fait que c'est mon tour avec l'installation, mais c'est ton tour d'apprendre. »
« L'heure des batteries? »
Yup, pis si on peut l'assembler avant que les autres reviennent, on pourrait être pas loin d'équilibré. Pour astheure, fais-moé un croquis des douze – dommage que seize rentraient pas. »
« As-tu du papier? »
« Tellement content que tu l'demandes. C'est ton cahier. T'en as besoin d'un. C'est une grosse job qui va durer longtemps. On va faire des milliers d'affaires, pis faut que tu prennes des notes. Première note, le chat haït dehors drette là. »
« C'est la face la plus pathétique que j'ai jamais vue – pis le petit cri. A l'a plus de drama que toé. »
« C'est pas pathétique. Regarde-moé ces yeux-là. C'est Batman qui pose pour l'affiche du film pis a l'est pas contente que le Riddler l'ait laissée dehors toute seule drette là. »
« Fait que, t'avais juste ça de prêt pour moé? T'as-tu préparé le chat aussi? »
« J'arrête jamais d'y penser, Tanner. »
« J'commence à comprendre ça. Ça commence à arriver. J'ai passé la nuit debout hier à penser au skid. »
« Debout toute la nuit. C'est pas pareil qu'arrêter jamais d'y penser. Ça, c'est du stress. Le stress va t'arracher le tabouret drette de sous les fesses. Le secret, c'est des hobbies complémentaires. »
« Comment tu te trouves un hobby complémentaire pour Rusty pis Cody? »
« À part l'évidence, qu'est-ce qui est stressant avec eux autres? »
« Y partent dîner chaque jour de leur bord, pour commencer, mais drette là c'est surtout Rusty. »
« Laisse-moé pas de place pour parler --- j'ai remarqué qu'y me regardait pas dans les yeux aujourd'hui, par exemple, pis qu'y est comme tranquille. »
« Y'a des problèmes à la maison. »
« Prends la parole, Tanner. Pas besoin de me laisser un tour. »
« Correct. Fait que, euh. »
« Secret. Compris. »
« Ouais. Y'a des troubles à la maison. J'imagine que la DCS est impliquée. Y reste chez son frère, pis d'une manière ou d'une autre une visite à domicile a été prévue, pis y'a une semaine pour déménager dans une place où les filles ont leur propre chambre. »
« Y sait-tu à quel point c'est grave? »
« J'pense que oui. Y'est rongé. Y'a pas deux mille piasses pour avoir un appartement assez vite, pis y voulait savoir si on avait de quoi dans le budget d'opération, pis on a rien parce que Cody a voté pour prendre le plein vingt de l'heure. »
« Les leçons apprises, c'est super, mais celle-là c'est pas une leçon; c'est l'État, qui a appris sa leçon, qui protège les enfants en danger dans la même mesure qu'y protège ceux qui ont juste l'air en danger à côté du bâton de mesure. »
« Chu surpris qu'y travaille même. »
« Qu'est-ce qu'y peut faire d'autre? Pis c'est le signe le plus sûr qu'y faut trouver une manière de le faire cracher le morceau pour que j'puisse prendre ça en main. »
« Y le fera pas. »
« Y'a pas le choix. J'ai vu la DCS prendre des enfants toute ma vie à c'te garderie-là. T'as jamais vu une agonie de même. J'dis pas que la DCS a tort. C'est pas ma place. Y'a de la vraie douleur là-dehors que toé pis moé on peut juste imaginer parce qu'on sait lire des mots, mais respirer dans une partie de c'te douleur-là, c'est plus que ce que j'souhaite jamais connaître. »
« Probablement qu'y voudra pas…
« J'veux pas te couper, mais la machine vient juste de partir, pis même si Rusty sent pas la joie drette là, Cody va sans aucun doute être dans c'te machine-là pis s'en venir icitte avec pour se montrer. Le but. Le seul but. Pense fort pis juste positif. Le but, c'est d'amener Rusty dans c'te conversation-là pour que tu te fasses pas pogner à trahir sa confiance. J'trahirai pas ta confiance à moins d'être obligé – mais sache que j'suis obligé, pis trouvons une solution. J'vas y donner c'te argent-là même si faut que je mette le Hummer en gage, pis j'ai l'intention de l'avoir dans ses mains d'ici une heure. »
« Peut-être – j'veux dire c'est pas si secret que ça. Tant que c'est moé qui y dis que j'ai dû te le dire. J'pense qu'y serait juste soulagé. »
« Là tu parles. »
« Hey. »
« Okay, fait que tu te fais pas voler. C'est bon. Pourquoi tu viens de retirer six mille piasses - au comptoir de la banque - à Farragut? »
« Juste pour que tu le saches, j'ai roulé drette de la banque au Jimmy John's – pis c'est drette dans le même stationnement, fait que ton appel est freaky fast. »
« Nope. T'es pas drôle. Six mille. Envoye. »
« J'vas le faire comme du monde. »
« Nope. Pas de paraboles. »
« C'est ça que je voulais dire. Pas de paraboles. Fait que, une fois, au camp de musique. »
« Michael, j'ai ma radio d'État drette icitte. J'appellerai même pas le répartiteur. J'vas peser sur le bouton, 342, pis j'vas lancer le BOLO. »
« Ayoye. »
« Michael. »
« J'le donne aux gars. »
« J'gage qu'y s'en vient une raison que j'pourrai pas contester. »
« J'pense que oui. »
« Moé, j'vas-tu le penser? »
« J'suis pas mal sûr. »
« Okay, envoye. »
« Tu vas avoir des questions qui… »
« Nope. Commence par pourquoi, pas par le préambule. »
« Le préambule, c'est comme ça que j'me rends quelque part. »
« Ça, c'est de l'ambule – comme un vieux bonhomme. Correct. Raconte-le à ta manière. »
« Fait que tu vas avoir des questions, pis faut que tu saches que j'ai déjà entendu c'te affaire-là dans ton crâne, fait que j'sais ce que tu veux savoir, pis faut que j'avoue d'avance – j'connais pas la réponse à toutes les questions évidentes que j'réponds pas dans mon explication. »
« Révoqué. Raconte-le à ma manière. »
« Rusty pis toutes ses filles restaient chez son frère. »
« Son frère a-tu des enfants lui aussi? »
« Ah, câlisse. J'avais même pas pensé à celle-là. »
« T'avais pas pensé. J'aimerais ben que ce soit le cas. »
« Voyons, chérie. Sois pas fâchée. »
« J'te jure sur tout ce qui est saint… »
« D'une manière ou d'une autre la DCS s'en est mêlée. J'ai pas c'te donnée-là non plus encore. Y'a une semaine pour se trouver une place pour vivre où les filles ont leur propre chambre. »
« On leur achète-tu des meubles aussi? »
« Non. J'peux pas donner deux mille piasses à Rusty sans donner deux mille aux deux autres aussi. »
« Papaw, c'est pas tes petits-enfants. »
« C'est pas ton meilleur travail. »
« Oh, pardonne-moé mon pauvre humour. J'te pardonnerai tes hallucinations. J'suis d'accord qu'y faut aider Rusty. Si t'étais pas d'accord, moé je l'aiderais. Mais pourquoi faut que tu gardes les livres égaux – c'est ça que tu fais, han, balancer les livres? »
« Oui. Chu content que tu voies ça. Ce qui te manque, c'est que c'est pas un cadeau. C'est une avance sur la paye. »
« C'est pas tes employés, Michael. »
« J'le sais, Margot – écoute, j'ai toute compris ça. Y vont faire la dalle de béton pour l'atelier, pis c'est le dépôt pour ça. »
« Mais l'atelier doit attendre qu'on finisse la maison pour qu'on manque pas d'argent. »
« J'le sais. Tu comprends mal. C'est un prépaiement pour c'te job-là, quand a va arriver. »
« Okay, okay. Tu penses que t'es clair. Facture d'avance. D'abord explique-moé ça. Pourquoi en cash? »
« Ben, j'ai besoin que ça ait le plus d'effet. Pis, ça va aller sur leurs chèques de paye quand y vont vraiment le comptabiliser, fait qu'y vont payer l'impôt plus tard. Écoute, faut que j'y retourne. J'vas aller à Wares Valley à soir après la job. Laisse-moé finir ça. »
« Je t'aime. »
« Je t'aime aussi. C'est la bonne chose à faire. »
« J'le sais. »
« L'as-tu réglé? »
« Oui. Y sont partis dîner astheure, mais y m'a demandé pourquoi tu partais, pis j'y ai dit que je t'avais parlé de l'appartement pis que tu t'en allais à la banque chercher de l'argent. »
« Y'était-tu fâché contre toé? »
« Soulagé, comme je pensais. »
« Là ça devient intéressant. Écoute. J'fais ça comme avance sur la paye. Ça va aller sur la dalle de l'atelier pis deux, trois autres petits projets jusqu'à ce qu'on couvre à peu près deux semaines de travail. Ce cahier-là vient de gagner sa place. »
« Fait que, c'est une bonne idée. J'vas garder le compte pis te tenir au courant. »
« Pas besoin de ça. Moé je garde le compte. Ce que t'as besoin, c'est de tenir des registres. C'est exactement le genre de grosse somme qui attire l'attention. C'est pour ça que je l'ai fait en cash. Tiens. »
« Attends, c'est plus que deux mille. »
« C'est deux mille chaque. J'peux pas donner une avance sur la paye à un pis pas aux autres. »
« Ça fait pas de sens. »
« Oui. C'te compagnie-là est un cadeau, ça veut dire que les avantages d'une compagnie sont les mêmes pour tout le monde. »
« J'le prendrai pas. »
« D'abord Rusty peut pas l'avoir. »
« J'pourrais caller ton bluff. »
« Ayoye. Pis t'aurais raison, mais ça me dérangerait ben gros. J'ai réfléchi à ça, pis c'est de même que j'ai besoin de le faire – pis donner c'est recevoir. Laisse-moé recevoir à ma manière. C'est une avance sur la paye. La dernière fois que t'avais un magot pour travailler, t'as changé ta vie. J'suis sûr que tu peux trouver comment utiliser ça aussi. »
« J'pourrais payer mes impôts. »
« Deux, ça couvre toute? »
« J'vas prendre deux, trois paiements de char d'avance aussi. »
« C'est quoi l'intérêt sur c'te bague-là? »
« Y cachent ça dans le blabla des paiements. »
« Ouais, acheter de la marde, c'est une de mes spécialités. Ces compagnies-là utilisent une banque comme Comenity, pis c'est le pawn shop des temps modernes, pis sans eux autres le monde normal aurait rien dans la vie avant d'avoir gratté pis économisé, mais s'y grattaient pis économisaient, toute l'économie d'extraction tomberait sur le dos. Fait que, envoyez-en des banques de cartes de crédit de magasin pis tout ce qu'y donnent au monde, des prix d'actions plus hauts, plus de clients collés, pis des cotes de crédit ben plus hautes pour l'acheteur responsable qui apprécie sincèrement la confiance. »
« Le paiement est pas si pire. »
« Paye d'avance. Y s'arrangent littéralement pour que si tu payes juste le minimum, tu vas encore devoir après la date d'échéance, fait que le jour où t'es supposé l'avoir fini de payer pour devoir juste l'intérêt d'introduction, tu dois encore, pis le vrai taux d'intérêt embarque, pis complètement rétroactif. »
« J'ai lu ça. »
« Bon. Paye-les en extra. Paye d'avance. Paye-les, pis y vont te récompenser pour ça. Pis y peuvent se permettre de te récompenser parce qu'y'a du monde qui le font pas, pis y font ben de l'argent sur ces quelques poissons-là – assez pour non seulement se payer ta récompense, mais y peuvent se payer les quelques poissons qui payent pas pantoute aussi. »
« J'peux pas leur donner le leur. »
« T'es obligé. »
« C'est toé qui travailles. »
« Okay. J'te vois. T'as probablement raison. Ôte vingt pis donne-moé le reste. »
« Merci, man. J'vas tenir les registres. »
« Merci, Tanner. Faut que ça soit exact, pis j'peux pas laisser les nouveaux s'en occuper. »
« Les nouveaux. »
« Astheure, les batteries. Allume les huit. »
« Sont-tu branchées? »
« Non, pis c'est ça le point. Si a'étaient pas balancées, pis qu'une était pas mal loin des sept autres, les avoir branchées ensemble ferait rentrer les ampères à pleine gueule dans celle qui est sous-chargée. Faut que – faut que toé – moé j'le sais déjà. Faut que tu saches comment ça marche. »
« Cahier, check. »
« Ouais, mais pas vraiment. C'est pas mal simple. Regarde les lumières vertes dans les compteurs. Cinq allumées dans chacun. »
« Cinquante pour cent. »
« Proche. Regarde les quatre qui sont installées. Vois-tu comment le sixième bloc clignote? »
« Oui. »
« Ça veut dire qu'y sont dans le cinquante pour cent pis qu'y chargent vers soixante. Quand y vont frapper soixante pour cent, y vont allumer le septième, pis de même de suite. Le vois-tu? »
« Fait que celles-là sont dans les cinquante pis celles-là sont dans les cinquante. »
« Correct. Pis le plus important, ces lumières-là sont juste une estimation. C'est une estimation grossière basée sur l'algorithme du système de gestion de batterie de toutes les cellules individuelles dans le paquet de cellules à l'intérieur de chaque batterie. En gros, ça te montre une estimation mathématique du voltage sur soixante-quatre cellules individuelles dans ces quatre batteries branchées. »
« Attends. Fais-le en général. Les détails, c'est trop pour la grande image. »
« T'as raison. Faisons ça d'abord. Prends ce voltmètre-là. Mets les sondes sur n'importe laquelle de ces quatre batteries-là. »
« 53,2 volts. »
« Okay, astheure ferme c'te cadran-là sur le côté de l'onduleur. »
« Le sectionneur solaire. »
« C'est ça. Astheure mesure la même batterie. »
« 53 volts. »
« Quand le courant s'en va, le voltage baisse un peu. »
« Fait que c'est supposé arriver. »
« La physique. Fait que, y'a deux séries de leçons icitte. Faut qu'on bâtisse ça, fait que t'en as juste une. C'te leçon-là, c'est sur le balancement par le haut. Simplement dit, les batteries solaires sont balancées par le haut. Chaque batterie a des cellules, pis chacune de ces cellules a un voltmètre permanent, pis c'te voltmètre-là fait rapport à un programme dans l'ordinateur. C'est programmé pour gérer les résistances avec une attention spéciale portée à la cellule avec le plus haut voltage. Quand une cellule approche un voltage programmé, des changements sont commandés pour tout le paquet de cellules. Si de quoi arrive à une cellule, ça arrive à toutes les cellules. »
« C'est assez facile, mais pourquoi? »
« Faut qu'on bâtisse pis qu'on fasse marcher ce paquet de batteries solaires-là, fait que j'peux répondre à c'te question-là, mais après faut qu'on retourne travailler. Les batteries solaires sont balancées par le haut – gérées pour les pics hauts. Mais les batteries de véhicules électriques sont balancées par le bas, gérées pour les pics bas. Les batteries balancées par le bas empêchent toutes les cellules de crasher du côté bas. »
« Mais pourquoi? »
« Les deux conditions risquent l'emballement thermique. »
« Le feu. »
« Dans les batteries au lithium, du feu qui se nourrit tout seul. »
« Le feu de Chimney Tops. »
« Pire. Si on avait pu ôter l'oxygène de Chimney Tops, le feu serait mort. La cathode dans les batteries au lithium fait son propre oxygène. Tu peux pas l'éteindre en l'étouffant. Simplement dit, ça va brûler jusqu'à ce que ça manque d'énergie, ou faut que tu le refroidisses avec des mesures absurdes. »
« C'est quoi, ça? »
« Si une de ces batteries-là pognait en feu, la garrocher dans le lac l'éteindrait pas tout de suite. A continuerait de brûler jusqu'à ce que l'eau refroidisse chaque cathode, pis l'eau autour de la batterie serait chaude comme du café rendu là. »
« Y'en a partout, par exemple. »
« Pis y'ont toutes un système de gestion de batterie. C'est ça la clé. »
« Des questions, mais j'écoute. »
« Les questions peuvent venir avec le temps, mais aujourd'hui l'idée c'est le balancement, pourquoi, comment, pis si jamais. Toute ça livré – peut-être un peu trop cuit sur le si jamais. Fait qu'un dernier temps là-dessus. Le monde est plein de ces petits mini monstres-là. Y sont oubliés en dessous des lits dans des vieux téléphones. C'est des laptops dans un garde-robe. C'est un shed plein de batteries DeWalt oubliées. Y'en a partout, pis pourtant t'entends ben rarement parler d'une catastrophe, grosse ou petite. Toute c'te leçon-là, c'est sur le potentiel, pas sur la probabilité. Pis ça, c'est juste le côté batterie. »
« C'est un pas mal gros côté. »
« Y'a aussi un côté panneaux solaires, un côté contrôleur de charge, un côté onduleur, un côté programmation; câlisse, y'a un côté pure chance. Pis le plus important, y'a un côté humain. Chaque côté gère son propre courant pis sa propre puissance, pis surtout, y parlent chacun leur propre physique. Toute ça pour prendre du courant DC pis le changer en courant AC utilisable. Deux produits semblables mais ben différents. »
« Fait que les batteries. »
« Okay, tu veux que je me concentre, mais pas tout de suite. Y'a une petite ironie cruelle qui rend toute ça – tu décideras. Tout ce courant DC-là, les panneaux solaires, qui s'en vient au contrôleur de charge pis dans l'onduleur, les panneaux solaires pis les batteries, toute ça est converti en courant AC pis envoyé au panneau électrique pis après ça aux charges où les vrais appareils le reconvertissent en courant DC pour l'utiliser à la source. »
« Attends, quoi? »
« Yup. Toutes les affaires où le courant AC rentre convertissent le AC en DC pour pouvoir l'utiliser. »
« Pourquoi? »
« Réponse courte, parce que le courant est produit plus loin que le prix actuel peut se permettre de livrer l'offre à la demande. »
« Tu me perds. »
« Pour envoyer du courant DC de loin – les batteries. Ça s'en va loin du sujet. Résume toute la patente : envoyer de l'électricité chez vous à vingt milles de distance, c'est l'équivalent direct d'envoyer de l'air climatisé de la même place. La perte est énorme, pis le courant AC a réglé assez du calcul de perte pour faire de l'électricité l'économie d'extraction ultime. »
« On est-tu encore sur la bague? »
« Toute autour de toé est sur la bague, ces batteries-là incluses. J'pourrais continuer l'analogie, mais pour astheure j'vas résumer. Chaque batterie est balancée par le haut. Le système de gestion de batterie se concentre sur les voltages fractionnaires en haut pis gère ces voltages-là en bas de façon ben générale. Toé pis moé on va gérer un paquet de batteries balancé par le haut. »
« Balancé par le haut. Check. »
« Drette là chacune de ces huit-là est une batterie individuelle, pis les quatre installées sont une seule batterie. Faut faire deux paquets de quatre nouvelles, pis après faut mettre les trois paquets ensemble pour faire une seule batterie avec les douze batteries. »
« C'est pour ça toutes ces barres-là, han? »
« Oui. Les batteries Pytes viennent avec ces bandes de cuivre isolées faites exprès pour brancher les batteries. On branche les quatre batteries individuelles en parallèle avec ces bandes-là, pis après on branche les trois paquets sur ce Victron-là. »
« C'est quoi ce Victron-là? »
« C'est une boîte de jonction de batteries. Une fois que toutes les batteries sont branchées icitte, on prend deux câbles pis on les raccorde dans l'onduleur exactement comme le paquet est branché astheure. »
« Comment t'as appris toute c'te cochonnerie-là? »
« Le baptême sans le feu. Comme toé. »
« Comment tu sais quoi acheter, où l'acheter, pis quoi faire avec toutes les pièces quand la palette arrive en brassant dans le chemin sur le skid steer? »
« La confiance du revenu disponible. Tu l'achètes, tu découvres ce qui marche pas avec ce que t'as acheté, pis tu réessayes. »
« C'est pour ça que t'avais tant de marde à déménager. »
« Le collège, ça coûte de l'argent, pis l'université c'était scandaleux, mais au moins j'ai appris à engager des bras pour porter la charge. Toé aussi tu vas l'apprendre. »
« Ben des affaires de même avaient l'air – oubliées ou whatever. »
« Toute finit par l'être – même les précieuses. C'te bague-là que t'as achetée pour Emily va être une affaire oubliée un jour. »
« Pas pour nous autres. »
« C'est vrai. Mais ça, c'est la leçon des approvisionnements. Si j'te montre le diplôme au complet d'une traite, tu vas retenir le vingt pour cent habituel, pis j'vas passer une quatrième nuit dans un shed sans chauffage. Pour astheure : ces sièges de toilette-là vont avoir l'air oubliés avant qu'on les utilise, eux autres aussi. »
« Des questions pertinentes au progrès, compris. »
« On va utiliser ce fil-là pour brancher ces trois paquets de batteries une fois qu'y sont finis, pis après on va utiliser les fils quatre-zéro de la boîte de jonction jusqu'aux cosses de batterie de l'onduleur. »
« Fait que, j'mets les bandes sur c'te pile-là? »
« V'là Rusty pis Cody qui reviennent, oui, mets les bandes sur c'te pile-là, pis moé je mets les bandes sur celle-icitte, pis quand y vont arriver en haut, j'vas leur donner l'argent --- témoin. Complice. Ça marche? »
« Complice, peut-être. Témoin, sûr. »
« Bossman. »
« Hey, Cody. Bon dîner? »
« Câlisse que oui, des hot-dogs du White Star. J'ai suivi un ours dans l'entrée en revenant. »
« C'tait-tu le gros?
« Gros, mais pas la femelle. Un mâle - avec une étiquette à l'oreille, en plus. »
« T'as-tu pogné le numéro? »
« Trop loin. Tu peux pas les lire à moins d'avoir des jumelles. »
« Fait que, le White Star. Boyd's Creek, c'est un drôle de chemin, deux stations-service avec chacune de la bouffe en masse bonne. Une avec un hot-dog de dépanneur pis l'autre un restaurant italien au complet, avec du veau. »
« Ouais, c'est ça. »
« Rusty. J't'ai deux mille piasses icitte. Rentre de bonne heure. Trouve un appartement pour les bébés. Pis avant que tu parles, Cody, voici deux mille pour toé. J'ai déjà donné le sien à Tanner. C'est une avance sur la paye, mais on l'écrit comme un prêt pour commencer. Ça va être remboursé dans la paye quand on va couler la dalle pour l'atelier. »
« Michael. J'suis pas sûr de savoir comment te remercier. »
« Voyons, Rusty. Commence pas à me parler en grands mots. On en a parlé. J'ai dit que si t'arrivais court, pis que l'équipe était pas prête, ben moé chu là. Mais, mets ça sur le dos de Cody. S'il avait pas voté contre l'idée de laisser des fonds dans un compte d'opération, tu l'aurais eu dans les fonds de la compagnie. »
« Bossman. »
« Ferme-la, Cody. »
« Prends l'argent. Fais pas chier. Où est Devin? »
« Devin avait un rendez-vous chez le docteur. Y'est parti à l'heure du dîner. »
« Correct, astheure sacre ton camp, Rusty. Cody… »
« Rusty, c'est mon lift aujourd'hui. »
« Correct. Sacrez votre camp toutes les deux. Tanner, t'as-tu des rendez-vous pressants? »
« Chu correct. »
« Okay, les gars. À lundi. »
« Michael --- merci. »
« Bienvenue. Laisse c'te porte-là ouverte. Hey. Laisse la porte ouverte, y fait cinquante-cinq dehors. »
« Fait que, ça c'est fini. »
« T'as fini les deux dans ce temps-là – »
« La tête baissée, j'me mêle de mes affaires. Ouais, c'est à peu près seize boulons de travail – mais pourquoi t'as laissé Cody partir de bonne heure? »
« J'suis pas le boss de Cody. C'est vous trois, pis personne l'a contredit. Pis en plus, le gars vient d'avoir deux mille piasses cash. J'suis curieux de voir ce que l'argent tombé du ciel le plus gros qu'y a jamais eu de toute sa vie va devenir, pis j'suis sûr que lui aussi. »
« Quand j'ai été porter l'ordinateur, y'a laissé échapper que la cour saisissait sa paye, fait que j'suis sûr qu'y est sidéré d'être passé de pauvre à billets de banque, comme y voulait. »
« Okay, assemblons ça. Y reste deux, trois heures de clarté, pis on peut stocker un peu d'énergie. »
« Ben, allô, Clover. Oui, bébé. J'le sais. Oh, c'est ma face, ça. J'le sais, ma belle fille. T'es tellement cute. Okay, calme-toé. Pas tout de suite, han? Okay, fais attention, tu vas faire tomber Karen. Okay. Okay. Laisse-moé m'asseoir. Oh, mon Dieu. T'es sérieuse? J'le sais, bébé. Tu m'as manqué aussi. Laisse-moé m'asseoir. Okay, arrête de sauter. Okay, bonne fille. Tu m'as tellement manqué aussi. »
« Les tourniquets, c'est la meilleure partie. »
« A se frotte toute sur moé au complet, pis a l'a mis ses glandes de dehors pour le faire. »
« J'le sens d'icitte. »
« Salut, tout le monde. Pourquoi vous autres vous m'accueillez pas de même? »
« Ben, Michael, j't'ai fait à souper. »
« Okay, Clover, tu m'as toute marqué – merci ben gros, Karen - Aucun chien va me prendre pour autre chose que le tien – oh, c'est le tour de Pooty astheure – allô, Pooty. Salut, mon chum. J'le sais. Nope, c'est pas encore le temps de s'asseoir sur moé. Faut que j'aille dire bonjour aux humains astheure. »
« Viens manger. »
« Wow, vous autres vous avez comme du chauffage pis toute. »
« C'est juste le poêle. »
« J'vois que Clover a une réserve de biscuits steady dans le four. »
« C'est une bonne fille. »
« Salut, chérie. Oh, attention. »
« J'pourrais te serrer à t'en sortir les tripes. »
« Tu m'manques aussi. »
« Comment va Kitty? »
« A l'est un peu frustrée avec tout le trafic dans le shed. »
« Tommy. »
« Grande gueule. »
« Qu'est-ce que vous avez fait de votre journée, vous autres? »
« Karen m'a fait déménager des sets de chambre toute la journée. »
« Le grand ménage du printemps. »
« C'est l'hiver. »
« M'en parle pas. »
« Viens manger. »
« Y se sont-tu au moins décidés d'avance, ou ben vous jouez aux commodes musicales? »
« Y'a un air à ça. »
« Viens manger. »
« Oui, madame. Ça a l'air malade! Chu content que t'aies pas cuisiné de même pour le comté, y'auraient jamais arrêté de t'élire. »
« Y s'arrangent ben correct sans moé. »
« Comment est la nouvelle greffière? »
« J'aurais aimé que ce soit Angie, mais y s'arrangent. »
« Toé aussi, à ce que je vois. T'as Stefanie de retour dans le nid, Jenny qui reste drette au bout de l'entrée, Tommy sur les diables. »
« Oublie pas Janice sur c'te téléphone-là. »
« Pis Brenda? »
« Elle aussi. Les trois sont jamais sorties de la chambre chez Myrtle. »
« Continue de même, pis y vont être au téléphone encore à soir à comploter comment tu vas payer pour toute ça. »
« Ça fait cinquante ans qu'on est mariés, pis y m'ont pas encore eu. »
« Les femmes Henry. C'est une force. »
« Oui, on l'est. »
« Ben, le modèle 1982 est pas dilué, j'te le promets. »
« Les talents de cuisinière, eux autres, ont été dilués. »
« Michael! »
« Pas de même, Karen. A - cuisine - pas – pas a - peut - pas - cuisiner. A veut pas cuisiner. J'veux dire, son vrai nom a pris la place de l'acte, Cuisiner. »
« T'aimes pas ma cuisine, fait que j'la fais juste pas. »
« Nope. T'as cuisiné une fois, t'as ajouté toutes les saveurs dépareillées que tu pouvais imaginer, tu l'as brûlé, tu l'as séché, le front luisant, le tablier taché, tu me l'as donné pour que même le plus petit dégoût puisse lancer l'indignation feinte pis établir les protocoles de grève pis leur durée. »
« Les v'là partis. »
« Tommy s'en mêle – Souper pis spectacle - y apprécie le billet gratis. »
« Tu t'le fais toé-même. Comme j'ai dit, grande gueule. »
« Amen, mon frère. J'ai pas peur, par exemple. Le dossier, c'est le dossier. »
« Qu'est-ce qui se passe à la Drip? »
« Y'ont nettoyé le skid steer, pis aujourd'hui moé pis Tanner on a installé les batteries. »
« Du chauffage à soir? »
« Nope. »
« Michael, faut que t'arrêtes toute ça pis que tu restes icitte. »
« J'peux pas, Karen. »
« Tu veux pas, c'est plutôt ça. »
« Peux pas, veux pas, c'est pareil. »
« Diffèrent. »
« Pareil. »
« Tommy, on peut pas s'astiner avec c't'homme-là. »
« Tête de cochon. »
« Veux-tu de la salade de macaroni? »
« J'vas en prendre pour mon deuxième tour. »
« Prends un autre burger. »
« Oui. Où sont Jenny pis les enfants? »
« Jen a dit que Syd pis FD s'en viennent. Ethan est chez son père. »
« Fait qu'y est icitte le vingt-quatre. Bon. »
« C'est quoi le vingt-quatre? »
« Hey, Jen. On était juste en train de… »
« Salut, Clover. Allô. J'le sais. T'es tellement fine. Laisse-moé rentrer. Salut, Mikey. »
« Hey, Jen. »
« Viens manger. »
« Salut, Maman. C'est quoi le vingt-quatre? »
« Jenny, comment va c'te fuite-là. Y'a-tu du mieux? »
« Ça a coulé dans le stationnement toute la journée. J'ai gardé le plat en dessous, pis j'ai mis de l'huile quand chu partie. »
« Ça coule encore proche du pneu? »
« C'est ça qui est bizarre. J'l'amène à Jason demain. »
« Hey, FD. C'est pas trop tôt – tu fais rien que travailler. Syd. »
« Salut, Mamaw. Salut, Clover, oui, j'le sais que t'es une si bonne fille. Je t'aime aussi. Laisse-moé rentrer, ma fille. Salut Papaw. Mikey. Stef. »
« Salut, Préférée. »
« Salut Squidney. »
« Viens manger. »
« J'vas prendre un hot-dog. »
« Prends une assiette. »
« C'est quoi le vingt-quatre? »
« C'est leur anniversaire de mariage – y'a des oignons. »
« On vous amène toutes souper au restaurant. »
« Une chance que t'en parles aujourd'hui. J'vas devoir me prendre un soir de congé. »
« On veut que tu sois là toé aussi, FD, fait que c'est samedi le vingt-quatre au Season's 101. »
« Tiens, FD. C'est-tu assez? Veux-tu plus de chili? »
« Non merci, Karen. C'est parfait. »
« La job est-tu occupée dans c'temps-citte de l'année, FD? Tu devrais venir travailler avec nous autres en haut à la Drip. »
« C'est la saison tranquille, mais les touristes arrêtent jamais complètement. »
« J'gage. »
« Regarde, regarde, regarde. Regarde la TV --- C'est le Grand Teton. J'aimerais ben ça voir celui-là. »
« T'aimerais Glacier aussi, Tommy. »
« T'es-tu déjà allé, Mikey? »
« Certain. Regarde. »
« J'veux vraiment aller en Nouvelle-Angleterre c't'automne pour les feuillasses. »
« Stef, on a des feuilles icitte aussi. »
« J'le sais, Jen. Mais c'est plus grandiose. »
« V'là Teton. »
« Comment y s'appelle, c'te pic-là? »
« J'sais pas, Tommy. J'suis sûr qu'y ont toutes un nom, mais on y est allés pour la graduation – en mai. Les parcs étaient pas vraiment ouverts encore. »
« C'est qui, lui? »
« C'est Nathan. »
« C'est qui Nathan? J'ai jamais entendu parler de lui. »
« Oui, t'en as entendu parler. »
« Michael, chaque nom qui vaut la peine d'être retenu est passé par ta bouche dans les dix dernières années. Nathan en était pas un. »
« Oui, y l'était. J't'ai conté ce voyage-là une douzaine de fois. »
« T'as jamais parlé de Nathan, pis je l'ai jamais rencontré. »
« C'est quoi, ça? »
« C'est un Jackalope. »
« C'est-tu vrai? »
« C'est du folklore. C'est une grosse affaire là-bas – comme notre Sasquatch. »
« Big Foot. »
« Oui, Tommy. Ma faute. »
« Ça existe pas, par exemple, han? »
« Ben oui que ça existe, Stef. Drette là. Nathan est assis dessus, avec des Crocs rouges. »
« V'là Glacier. J'pense que t'aimerais ça plus. C'est plus comme nos Smokies – encore des pics de roche déchiquetés, pas d'érosion, mais les affaires sont comme plus refermées – t'es dans la vallée, sur le pic, pas en train de les regarder à des milles de distance. »
« T'as-tu pêché quèque part? »
« Oui, Tommy. »
« T'as-tu pogné de quoi? »
« J'ai pogné deux, trois truites mouchetées pis une truite dorée. On est allés pêcher le brochet à un lac à Flagstaff – on s'est gelé le cul sur la montagne pendant qu'y faisait comme quatre-vingt-dix degrés en bas dans la plaine. »
« T'as l'air d'un tête-de-bœuf sur c'te photo-là. »
« Tête-de-bœuf, ha! »
« Là Tommy l'a pogné. Merci, bébé. »
« T'as campé tout le long? »
« Oui, mon amour. On est partis le 10 mai, pis on a campé tout le long du chemin sauf qu'une fois aux quatre ou cinq jours on prenait un hôtel pour une douche. »
« Fait que, comme à la maison? »
« Ha ha. »
« T'es parti combien de temps? »
« Le voyage au complet c'était un gros cercle de tout le pays. Ça a pris à peu près un mois. »
« T'as campé tout le temps? »
« Tout le long, plus ou moins. »
« J'gage que le char sentait la mauvaise magie. »
« Ça sentait meilleur que ce shed-là va sentir quand j'vas en avoir fini avec. Faut que j'y aille pis que je rentre avant la noirceur, sinon j'vas être sur la galerie toute la nuit avec les habitudes de toilette de Kitty. »
« Tiens, prends des saucisses. J't'ai paqueté des pains. As-tu de la moutarde? »
« On a plein de ces petits sachets-là avec nos lunchs pis toute. »
« J'ai mis des oignons là-dedans, pis ça c'est de la salade de macaroni. »
« Karen, t'es trop. Je t'aime. »
« Ben, je t'aime aussi. T'es sûr que tu veux pas rester juste à soir? »
« Non, j'peux pas, vraiment. »
« Veux pas. »
« Oui, madame. »
« Mon amour – Oh, c'est fin. Merci. »
« Je t'aime. »
« Je t'aime aussi. J'vas t'appeler demain matin. »
« Bonne nuit, Tête-de-bœuf. »
« Bonne nuit Tommy. Merci pour le souper. »
« Hey. »
« Hey. »
« T'es debout de bonne heure. »
« Clover a des biscuits dans la tête avant le lever du jour. »
« On a l'haleine en boucane par icitte. »
« Faut que t'allumes le chauffage. Le Dr McCormick a dit que le froid c'est terrible. »
« Ça fait mal, c'est vrai. Ça me fait serrer. Pas quand je dors, par exemple. La douillette est super chaude. »
« Faut que t'arrêtes ça. »
« Ce que faut que je fasse, c'est partir le chauffage. La seule fois que j'ai froid, c'est quand j'me réveille pis que j'me prépare. »
« Si de quoi arrive la nuit, j'le saurai même pas avant le lendemain matin. Tu vas… »
« Rien de ça arrive. Chu correct. Un peu de froid a jamais tué personne. »
« C'est exactement faux, cent pour cent. »
« Pas de même. Chu correct. Pis aujourd'hui les batteries vont charger, pis j'vas avoir toute ce qu'y faut. »
« Qu'est-ce qui a pris tant de temps? »
« C'est un processus, chérie. C'est installé. »
« Pis si ça marche pas? »
« Ça marche ben correct. La TV est allumée – pis DirecTV vient aujourd'hui, fait que j'vas avoir NewsMix pour me divertir. »
« Une ambulance peut-tu même monter c'te entrée-là? »
« Fait que les gars ont eu c'te argent-là hier. Tanner va payer ses impôts pis y allait payer deux, trois paiements de char, mais y va payer la bague à la place. »
« Fais-le pas. »
« Oh, j'le fais. »
« Michael. »
« Yup, j'ai sorti tout c't'argent-là. En cash, en plus. »
« Au moins y'a du chauffage en prison. »
« La v'là. »
« Joue pas avec moé. »
« On a fait toute ça pas plus tard que la semaine passée pis la semaine d'avant pis la semaine d'avant. Le docteur McCormick a dit que le stress c'est mauvais aussi. »
« Nope - non. Y l'a pas dit. Y'a jamais rien dit sur le chialage. »
« Oui. Y l'a dit quand t'es sortie de la pièce. »
« Chu jamais sortie de la pièce. »
« C'était vraiment pas confortable dans c'te jaquette-là aussi avec toé qui me fixais les jambes. »
« Allume le chauffage, Michael »
« J'ai du soleil aujourd'hui. On devrait atteindre le float, pis j'peux commencer à mesurer les batteries avec le chauffage à soir. »
« J'ai un entraînement au tir aujourd'hui. »
« C'est-tu un avertissement? Moé j'ai de l'esquive d'ours. Les as-tu vus sur la Ring hier soir? »
« J'ai pas encore regardé les notifications. »
« Y'avait comme cinq pings pis deux ours différents. »
« C'est épeurant. »
« Pas épeurant. »
« Jusqu'à ce qu'y en a un qui te mange. »
« Y vont me ramener. »
« Quoi? »
« Le plus dur, c'est de rester immobile assez longtemps pour qu'y se sauvent pas avant que t'en aies eu ton saoul. Pouf, y sont partis. »
« On parle-tu encore de la bulle? »
« Nope. »
« T'es sur le bord de me donner une liste d'affaires plates pis les complications que tu prévois. Moé j'te dis que ta prochaine complication est un effet secondaire. Si t'as pas de chauffage à soir, on monte là-haut, pis on t'attache sur le capot du char – tu vas être enfermé dans la cage de Pooty dans le salon de Mammy. »
« Qu'est-ce qui est arrivé au temps de la laine à l'infini? »
« Les moutons se sont déniaisés, y'en ont eu assez que tu leur arraches le poil pour t'en sauver avec une niaiserie à la Michael. »
« Fait que quand on va finir le barrage, Cody pis Rusty vont retourner sur l'entrée d'en arrière. Le chemin a besoin de drainage vers le ravin. Les arbres abattus ont besoin d'être tronçonnés pis traînés. J'vas leur faire placer toutes les branches en rang le long du bord de l'étang, pis j'peux commencer à déchiqueter ça. Faut nettoyer les remorques, trier pis organiser tous les outils pis amener toutes les affaires en extra – les affaires pour plus tard comme les outils de tour – à l'entrepôt. En gros, la prochaine semaine ou deux c'est finir le tuyau du déversoir, bâtir le chemin pis assez de solaire pour allumer le chauffage, que j'ai d'allumé drette là parce que les gars ont déjà couvert le plancher de bouette, pis j'peux pas me promener avec ma couverte sur le dos comme Andrew Cuomo. »
« Bienvenue chez vous. »
« Hein? Comment ça se fait que ça fait déjà cet effet-là? »
« Parce que t'as un panier de mon linge. »
« C'est absurde. »
« Un peu. »
« C'est-tu Kitty, là, tout en haut? »
« En plein elle. »
« Une seconde j'ai vu un ourson, pis je me suis excitée. Au moins elle est sortie de la galerie. »
« Ouais »
« Mais en dehors des limites. »
« Je la laisse se promener un peu tant qu'à y être. Ma plus grosse peur, c'est pas qu'a se fasse manger, c'est qu'a se sauve en panique à cause de quelque chose pis qu'a soit pus capable de se retrouver jusqu'à la remise. »
« Moé, ma peur, c'est de la crotte de coyote couleur Kitty dans l'entrée. »
« Le printemps est arrivé de bonne heure. As-tu vu les jonquilles en bas, au bord du chemin chez Mrs. Wiggins? »
« Si je les ai vues? Y'ont quasiment failli me faire rentrer dans le seul poteau de barrière qui nous reste. »
« J'avais jamais remarqué ces marches-là avant de voir les fleurs hier. »
« Ça donne des frissons. Comme si y'avaient démoli une vieille maison pour mettre la roulotte. »
« Moé je trouvais que ça cadrait plus que ça donnait des frissons. Regarde autour. Y'a une cheminée toute seule dans le champ de l'autre bord du chemin - des carrés de fondation en pierre pas loin plus bas. En haut du chemin y'a une girouette sur le top d'un vieux poteau de téléphone abandonné. »
« J'ai vu la girouette. »
« Est rouillée en place
« Ça veut-tu dire de quoi? »
« A s'est pas juste rouillée en place une nuitte pis le lendemain arrêté de bouger pour toujours. »
« Qui c'est qui l'a mise là? »
« C'est ça que je veux dire. Y'a plus que ça. Depuis la première journée que j'ai passé devant, ça s'est développé en tout un folklore personnel. »
« Bienvenue chez vous. »
« Je vois ben ça. Au début, j'ai remarqué qu'a pointe exactement la direction de Hardin Valley jusqu'icitte au Drip, mais a l'est au bout du trajet. Comme si ça faisait tellement longtemps que je viens icitte que la flèche a quasiment arrivé avant moé. »
« T'aimes ça icitte déjà, han? »
« Ouais. C'est toute tellement vif. »
« Je le savais que t'aimerais ça. »
« Toute la place c'est de l'émerveillement pis du chiffre secret. Aujourd'hui c'est des jonquilles sauvages à côté de dalles de béton tout croches qui mènent nulle part pis des girouettes qui pointent vers le prochain code . »
« A pointe dans quelle direction? »
« Sud-Est. »
« C'est quoi qu'y'a au Sud-Est? »
« Sevierville est par là, Gatlinburg, Asheville, Charleston, Charlotte – c'est-tu ça? Je les mélange-tu? »
« Charleston, c'est celle au bord de la mer. »
« M'as l'apprendre cent fois, pis m'as toujours me tromper – comme pour épeler séparément. »
« Euh, S-É-P-A-R-É-M-E-N-T. »
« Ouais, pour une minute. Après c'est reparti. Merci mon Dieu pour l'auto-faute. Mets ce panier-là dans la remise. »
« Un gentleman l'aurait pris pour moé. »
« On est dans le temps des hommes des cavernes. Donne-moé ça pis surveille le chat. »
« Je la vois pas. »
« Est --- moé non plus. Pose ça. »
« Appelle-la. Tu le veux où, icitte-dedans? »
« A parle pas les bonnes manières non plus. Va me chercher une canne de manger à chat. »
« A l'était drette là dans l'ombre à côté du cap de roche. »
« Ouais, a l'est partie de là, pis je l'ai vue au billot de mousse – sûrement après un suisse. »
« Ouvre la canne. »
« Faut que j'attende de la voir. Ce truc-là c'est plus pour des oreilles fermées, pas hors service. »
« Tu peux ben claquer des joues tant que tu veux, ce chat-là t'ignore. »
« Ben, je peux pas ouvrir canne après canne, sinon chaque arbre du creux va lâcher un raton laveur. »
« Ça, c'est un problème sép-A-Rat. Pis fais pas ton gratteux. Nourris les petits pandas à vidanges aussi. »
« Peux pas faire ça. Y vont aller à leur réunion de la semaine, pis y vont toute le dire aux ours. Avant que tu le saches, on a une gang de rue avec leurs hommes de main avec des étiquettes dans l'oreille. Rien que du trouble. Le chat est sûrement là-haut drette là à jouer le stou-pigeon. »
« Toé, va par là, pis moé m'as aller par icitte. »
« Je monte. Prends-toé donc une couple de cannes toé-même. »
« J'arrive. »
« Est sûrement en arrière du billot. »
« A pourrait-tu avoir viré de bord pis être passée par icitte? »
« Non, j'ai juste – pas eu les yeux sur elle une minute. »
« Rien par icitte encore. »
« Est là-haut - quèque part. »
« A monterait-tu jusqu'en haut - au complet? »
« J'espère-que-non. »
« T'es à bout de souffle. »
« C'est le claquage. »
« C'est la côte. »
« C'est ce chat traître-là. »
« Ralentis. Repose-toé. »
« Chu correct. »
« Michael. »
« Chu correct. »
« Tu réponds littéralement deux mots à la fois. »
« Pis toé t'en utilises un. »
« Michael. »
« Monte plus haut que moé pis m'as me reposer. »
« Là on fait la course dans une côte quasiment à pic? »
« Hey - si t'es pas capable de suivre - je comprends. »
« S'il te plaît, fais pas ça. »
« Pas en arrière du billot. »
« La roche non plus. »
« T'es en arrière. »
« Michael – fais pas ça. »
« Je traverse un peu – c'est à pic icitte. »
« J'étais jamais montée - icitte avant. »
« Plus facile par – la petite pente – Ben plus doux comme pente. »
« Wow, c'est tellement beau en bas – c'est-tu elle? »
« Où ça? »
« Sur le perron. »
« M'as donner ça aux ratons laveurs. »
« Assis-toé - j'arrive. »
« Ben, moé je descends pas à pied. »
« On va avoir besoin d'un hélicoptère d'urgence. »
« Je te l'avais dit que l'ambulance avait pas besoin - de monter l'entrée. »
« Arrange-la pareil. »
« J'ai toujours eu peur qu'un jour - les hélicoptères noirs arrivent en piqué - avec les cordes de rappel - pis viennent chercher mon cul de fou. »
« Grosses chances. »
« Assis-toé icitte – c'est mou. »
« Ouache, c'est mouillé. »
« De la mousse. Pas pire. »
« T'as du linge sec. »
« Déjà mouillé. Chut. »
« Tes mains commencent à être rough. »
« Juste sèches. »
« Non, la limite de poids c'est quarante livres, Michael. Pas de marteaux. Pas de scies. Bouger ce bras-là va te tuer. »
« Chut, chérie. Regarde. »
« Littéralement - ça m'a coupé le souffle. »
« Amen. Le vois-tu? »
« Kitty? »
« Notre maison. L'ouvrage de cette semaine? Le bout à côté de l'étang. Vois-tu comment j'ai paillé ça? »
« Je l'ai vu en montant le linge. »
« Pis là, à gauche, vois-tu comment on a monté ces arbres-là – le lacet? »
« Je le vois, là, l'entrée d'en arrière. Je comprends, là. »
« La maison va là - Tout ce que tu vas voir d'icitte dans un an c'est un - toit de métal brun. »
« Les panneaux solaires s'en vont de l'étang, hein? »
« Ceux-là s'en vont là-bas – On va passer le champ d'épuration dans cette direction-là, une fosse septique de six chambres c'est un gros champ, pis les panneaux solaires vont en arrière du champ ouvert. »
« Ça fait qu'on les verra pas? »
« Non, chérie. Invisibles. Pis merci pour ça. Du cuivre calibre six sur cinq ou six cents pieds c'est ben mieux que du cuivre calibre dix sur juste une centaine de pieds. »
« Enfin je t'ai sauvé une couple de piasses avec mes idées de génie. »
« Euh. Sais-tu quoi. Laisse passer celle-là. Ça a pris toute la semaine pour niveler le lacet pis poser le ponceau. »
« Drain de tuile. »
« Quoi? »
« Ça s'appelle une tuile. »
« Calme-toé, Tommy. »
« Ben, c'en est une. »
« Le reçu dit tuyau de ponceau. »
« Ça s'appelle une tuile par icitte. »
« Regarde-toé donc. Deux sur deux pour les victoires. Le fil pis les drains de temps. T'es sûre que tu veux pas monter icitte pis dormir dans la remise du chantier? »
« Y reste pus de pâte à crêpes. »
« De la magie noire. »
« Chef des hommes. »
« Faut finir le lacet, travailler le gravier pis connecter toute l'affaire à l'entrée principale cette semaine. »
« Genre, encore plus d'entrée? »
« Ben, comment tu t'imagines qu'on va rouler de… »
« Je comprends. Ça va se faire où? »
« Je le vois se faire comme là, où ça a comme un petit creux. »
« Je le vois pas, mais chu sûre que toé tu le vois, pis c'est assez bon pour moé. Quoi d'autre au programme cette semaine? »
« Tu peux voir la digue un peu mieux d'icitte – ça c'est notre mois prochain. A l'a tenu pendant la pluie vendredi – un pouce et demi. »
« C'est bon signe. »
« Vois-tu la cuillerée que je te parle? »
« Une cuillerée de quoi? »
« Tu m'as accusé d'inventer la digue d'un million d'années. »
« Je vois le bout de colline qui manque – une cuillerée ou ben n'importe quoi, mais… »
« C'est correct. Ça fait rien. »
« Non, si tu regardes, t'as raison un peu, mais y'a plus. C'est comme si le soleil faisait un spot à travers les nuages. Y'a comme quelque chose d'autre. Regarde les arbres. Y sont comme plus jeunes, plus maigres, des troncs d'une autre couleur tout le long de la côte jusqu'à la digue. »
« Ça, ça serait pas des millions d'années. »
« Non. Je dis qu'y'a eu de quoi de plus récent. Si l'affaire des millions est vraie, c'est arrivé encore aussi – genre récemment. »
« Je le vois. C'est intéressant. Ça c'est des chênes pis des noyers pis des Walnuts pis des vieux, vieux arbres de chaque bord pis des jeunes Peupliers gris dans toute la bande jusqu'à la digue. T'es sur quelque chose. »
« Ça a l'air tellement différent. »
« Pis je l'avais jamais remarqué d'en bas. »
« Moé non plus. »
« La digue d'un million d'années, un million de jobines, mais les grosses affaires c'est; j'ai trois rendez-vous avec des entrepreneurs généraux cette semaine, faut finir le chemin, le lacet, le gravier pis la digue. »
« Tu rencontres qui? »
« J'ai juste pris une couple de noms dans la liste de Google – y'avaient des maisons sur mesure dans leur présence, des photos. »
« J'ai regardé sur Facebook, pis j'ai appelé un le numéro sur la pancarte que tu m'as envoyée – pas de chance. »
« Je me doutais du pas de chance. »
« Grosse semaine. »
« On devrait être capables de se rendre jusqu'au pont de pierre en char quand tu vas venir après la messe la semaine prochaine. »
« Tradition du dimanche. »
« Peux-tu croire qu'a l'est juste assise là en bas? »
« C'est comme si a nous regardait. »
« Je peux pas le dire d'icitte. Chu devenu aveugle à cette distance-là à cinquante ans. Sûrement en tabarnak qu'on l'ait fait attendre si longtemps. »
« Descendons à pied. »
« Correct? »
« C'est toé le vieux, Pépère. »
« Qui c'est qui est arrivé en haut en premier? »
« T'as triché. »
« Envoye, dis-le. Comment j'ai triché? »
« Tu m'as poussée, tu m'as fait renverser le linge pis t'es parti sans moé. »
« Je te vois. »
« J'espère ben. »
« As-tu renversé le linge dans ta hâte? »
« Ça se peut, mais c'est de ta faute. »
« J'adore ça. Une plante tellement propre, pis j'ai quasiment passé à côté. »
« Descendre c'est tellement plus vite. »
« Surtout avec toé en arrière de moé qui hallucines des poussées. »
« Dateline est ben clair là-dessus; tue-le pas pendant une randonnée. Ces filles-là se font toujours pogner. »
« Mon Dieu, aidez-moé. »
« Comment tu trouves ça comme code vif? »
« Quoi? »
« Kitty t'a laissé un avertissement à elle. »
« Ahh, l'humble suisse. Merci, Kitty. J'en ai toujours voulu un. »
« Bon Anniversaire! »
« C'était qui? »
« Pardon? »
« Lequel de ces grandes gueules-là t'a dit que c'était notre anniversaire? »
« Voyons, Michael, la scène gênante du gâteau, c'est une affaire de fête. »
« Je le sais, Karen, mais je vois l'étincelle dans l'œil à Tommy aussi. »
« Allergies. »
« Vous avez l'air d'une charmante dame. Ce délinquant-là vous a-tu convaincue de faire quelque chose d'inconvenant. »
« Non, c'est un parfait gentleman. »
« C'est quoi ça, inconvenant? »
« Tommy, joue pas au Cody avec moé. »
« Voyons, c'tait pas nécessaire, ça. »
« C'est quoi votre nom? »
« Caroline. »
« Caroline, enchanté de vous rencontrer. Vous ont-tu donné une équipe complète pour ces zigotos-là, ou ben vous êtes toute seule? »
« Je suis capable de m'occuper de lui. »
« C'est lui le facile. J'ai vu le regard que la petite icitte vous a lancé. C'est elle la pire de la gang. J'imagine que c'était genre un gâteau ou de quoi à apporter à la fin des festivités. »
« C'est juste un gâteau, Michael. »
« Je le sais, Punkin;, pis j'aime ton gâteau, pis j'aime l'intention, Stef pis moé on pourrait pas avoir de meilleurs exemples d'amour pis de manigances que toé pis Tommy même si on les commandait sur Amazon. »
« Vous êtes tellement fins! »
« Tête-de-steak icitte fait sortir le meilleur de nous autres. »
« Pis nous autres on amène Tommy pour avoir l'air mieux. »
« Ça marche. »
« Laissez-moé vous présenter le reste de la gang. L'invitée d'honneur icitte, c'est Stefanie. »
« Bonjour, Stefanie. Félicitations. »
« Salut Caroline. Le comité des prix s'est-tu montré encore? »
« Je m'excuse. »
« Ah, pas encore? J'étais sûre qu'aujourd'hui c'était la journée qu'y dévoilaient ma statue en fer-blanc. Dix ans de ce gars-là. »
« Dix ans! J'aurais pensé que vous étiez ensemble depuis la petite école. »
« J'avais vingt-quatre ans quand a l'a fini sa petite école. »
« Ça a pris un détour, ça, han, Tête-de-steak? »
« Ces deux-là, c'est les prochains en ligne pour le trône, les enfants à Jenny, Sidney pis FD. Laquelle des deux est à toé, déjà, Jen? »
« La mienne c'est la fille, Mikey. C'est elle qui nous a amené FD. »
« Dur de voir la différence des fois. »
« Sidney, Jen, FD, C'est beau. Enchantée. »
« Pis ce gars-là. Lui, c'est Nathan. »
« Salut Nathan. »
« Salut Caroline. C'est Ethan. »
« Oh, Ethan. Salut Ethan. Pourquoi vous l'appelez Nathan. »
« C'est les Crocs rouges. »
« Quand est-ce que vous avez monté cette table-là? Chu venu icitte plein de fois, pis je l'ai jamais vue arrangée de même? »
« On a mis ensemble les trois tables de quatre pour votre réservation. »
« J'aime ça. On a-tu un rabais de publicité pour être votre vitrine d'en avant? »
« C'était soit ça ou ben vous crisser dans le coin – je commence à repenser mon choix. »
« On a-tu droit de voter où vous l'emmenez? »
« Ethan. D'habitude le tranquille. »
« Y t'a eu, par exemple. »
« Je peux-tu vous apporter à boire, gang de clowns – pas d'alcool pour toé – t'as fait toute cette ouvrage-là, pis tu m'as pas donné ton nom. »
« Je te l'ai dit, c'est Tête-de-steak. »
« Comme le monsieur a dit, Tête-de-steak. Content de te revoir, Caroline. »
« À boire, Stefanie? »
« Un thé sucré, s'il vous plaît. »
« Tête-de-steak? »
« Un Coke. »
« Jenny? »
« Thé sucré. »
« Karen? »
« Thé sucré. »
« Twinkles? »
« Oh, t'es bonne là-dedans. Dis-y Twinkles. Qu'est-ce tu vas prendre? »
« M'as prendre un Coke avec Tête-de-steak. Le mien avec du citron s'il vous plaît. »
« Ethan? »
« Thé sucré, s'il vous plaît. »
« Pis vous deux, les tourtereaux? Vous voulez partager un drink? Je pourrais apporter deux pailles. »
« Michael tasse-toé. On a une huitième place, ma sœur. Viens t'asseoir. »
« Je peux pas faire ça - Vous autres? »
« Thé sucré – Thé sucré. »
« Je vais aller chercher les drinks. Autre chose? »
« Non merci. »
« C'est-tu des vraies?
« C'est Season's, ça fait qu'on a des fleurs fraîches. »
« Sont tellement belles. »
« Merci, Karen. Je reviens tout de suite avec les fleurs – les drinks. »
« On a des jonquilles qui sortent partout au Drip. »
« Ça s'appelle des Jonquouilles, Tête-de-steak. »
« Oh, Tommy arrête avec tes affaires. »
« Ben, Karen, s'y s'en va rester dans le comté, faut qu'y apprenne la langue. »
« Ça l'explique par exemple, Stef. Regarde le bulbe. Celui-là est jumelé, pis c'est pour ça que les fleurs le long des dalles de marches ont l'air si drettes au milieu pis en flaque tout autour. Sont tellement vieilles qu'y sont retournées sauvages. »
« Plantées en lignes drettes, mais poussées sauvages pendant des générations. »
« Oh, les drinks. C'est la plus belle décoration de table, Caroline. Merci. Peux-tu savoir où c'est qu'y les ont eues? »
« Ça c'est facile, Jenny. C'est Sherry qui les a fait pousser. Vois-tu le petit jardin là-bas – par en arrière? »
« Oh, a les fait pousser là? »
« Un peu. A fait pousser la plupart des décorations de table vivantes, pis quand y fait chaud, a les installe dehors sur la terrasse. »
« Ben, sont magnifiques. »
« A dit que c'est ses préférées. A dit qu'y représentent toute – Hey Sherry viens icitte. »
« Eux autres c'est --- »
« Les Cotter. »
« Michael pis Stefanie Cotter pis leur famille. Michael pis Stefanie fêtent leur dixième anniversaire. »
« En fait, c'est eux autres les Cotter, pis dix c'est rien – ceux qui portent le nom sont mariés depuis cinquante ans. »
« Oh, merci, Stefanie. Moé c'est Sherry. Êtes-vous déjà venus avant? »
« On est toute venus plein de fois, le manger est délicieux, Madame. »
« Lui c'est Tommy. Laissez-vous pas avoir par les bonnes manières. »
« Voyons, Caroline. Pis nous autres qui t'appelions ma sœur. »
« Caroline m'a dit que vous les faites pousser vous-même. »
« Oui. À l'année. C'est ma fleur préférée sur la terre. Pis Michael a raison, ce bulbe-là est jumelé comme y'a dit. En vieillissant y se divisent, pis y s'étendent, pis aucun animal va le manger, ça fait qu'y continuent pour toujours pis toujours à s'étendre tranquillement. »
« Pourquoi les animaux veulent pas le manger? »
« C'est pas indigène. Pis je me suis mal exprimée un peu. Les animaux le mangent très rarement, mais la Lycorine est dans toutes les parties. »
« Avez-vous dit Lycopine? »
« Non, Michael. Ça c'est les tomates. La Lycorine c'est un poison que la Jonquille produit pour pas être bonne au goût. Ça tue pas, mais ça va laisser un chien qui se doute de rien en train de vomir pis pas mal malheureux en quelques minutes. Le plus beau pour moé c'est qu'a semble faire tout ce qu'a peut pour pas se faire manger pantoute. Y'a des petites parties pointues qui rendent ça difficile même à mâcher ou à lécher. »
« Ça fait qu'y peuvent pas faire de mal à un chien? »
« Non, Stefanie. Vous avez un chien, han? »
« Clover, un Golden Doodle. »
« Clover est en sécurité. Ces fleurs-là veulent juste vivre génération après génération. Les Tulipes seraient parties dans dix ans ou moins si on les laissait sauvages. Les Jonquilles vivent pour toujours pis toujours, en poussant vers l'extérieur tranquillement, comme une famille qui meurt jamais. Chaque nouvelle saison, y dépensent leur amidon, pis y fleurissent avant que n'importe quoi d'autre puisse les concurrencer. Y amènent de la joie pis de l'espoir pis du bonheur à mon âme fatiguée de l'Hiver chaque février. »
« Ben, sont magnifiques. Je vois ben que vous les aimez. »
« Merci – »
« Karen. »
« Merci, Karen. À chaque couple d'années, faut que je divise les bulbes. Celui-là c'est sa première année à faire une fille, ça fait que c'est comme une jeune demoiselle. J'en ai qui se divisent chaque année, pis je serais tellement contente de vous en donner une couple pour votre anniversaire pis quelques-uns pour vous pis Tommy aussi. En voulez-vous un? »
« Jen. Merci. Ça serait un honneur. »
« Greg, y'a une famille dans le bar. Peux-tu me courir dix des jonquilles en pot, s'il te plaît? »
« T'as déjà trouvé quelqu'un? »
« Ben, oui, voyons. C'est des jonquilles; y se donnent toutes seules. »
« Les dix? »
« Oui, s'il te plaît. »
« Y vont rentrer dans la boîte de Poivrons. C'est-tu assez bon? »
« Voyons-les là-dedans – sois sûr de ben l'essuyer avant. »
« Rappelle-toé, la roche de rivière – tu trouvais qu'a l'était trop petite. Veux-tu que j'aille dans le jardin pis que je la remplace? »
« Absolument, s'il te plaît. Une grise. »
« Pourquoi ce monde-là? »
« Ça me semblait juste correct – une famille matrilinéaire, les filles toutes proches de leurs mères, la règle du bouquet – une jonquille toute seule ça porte malheur, mais les bulbes mères avec leurs bébés attachés, ça fitte juste avec la table. »
« Tu vas-tu le faire? »
« M'as essayer. »
« Lequel? »
« Le vieux drôle. C'est en plein le gars pour rester assis là avec du pollen sur le nez. »
« Twinkles. »
« C'est lui. »
« Y'ont-tu commandé leur repas encore? »
« Je pense que Caroline est en train de prendre la commande. »
« Des gageures? »
« C'est un bon menu. Le printemps c'est le meilleur. »
« Caroline est bonne. Pis a l'a adoré le Barramundi. Je gage qu'a va en vendre au moins un. »
« Moé je gage des filets pis des poulets. »
« As-tu vu les filets à matin? Y sont magnifiques. »
« D'une manière ou d'une autre, reste dessus. Les jonquilles ont de la mémoire. »
« Check, souper parfait – rien à se rappeler à part une vie entière de fleurs. »
« Pis qu'est-ce qui se passe au Drip? »
« Ça a été les deux semaines les plus occupées jusqu'à date. Les gars clickent, les machines font des heures, pis les chemins sont connectés. »
« J'ai hâte de voir ça demain. »
« Dîner chez Mama demain. »
« Ouais, peut-être qu'on peut embarquer la gang pour une visite. »
« Qu'est-ce qu'y a pour dîner? »
« Brenda apporte de la soupe d'Olive Garden pis Janice a pris des viandes froides. M'as faire de la salade de macaroni. Tsé – une table pleine. »
« Comme d'habitude. Je savais que j'étais sur quelque chose quand j'ai choisi cette famille-là. J'avais des options, tsé. »
« Oui, chéri. Je le sais. »
« Sue Kiczinski fait à manger, Stefanie. »
« Chu sûre que oui. Mais y'a pas moyen qu'a t'endure depuis l'âge de quinze ans jusqu'à aujourd'hui. »
« Correct, celle-là compte pas. Qu'est-ce que tu dirais de… »
« Qu'est-ce que tu dirais qu'on saute la liste pour cette fois. »
« FD, j'espère que tu prends des notes. Cet homme-là, c'est pas l'exemple qui brille sur la colline. »
« Y'est drôle par exemple. »
« Deux yeux au beurre noir aussi. »
« On frappe pas icitte, Sydney. »
« Oui si tu continues de même. »
« Tu vois? C'est ça que je veux dire. Te fais pas embarquer, FD. T'es un gars fin. »
« Le gars a dit que chu drôle, Stefanie. »
« Pas drôle. »
« Mas gracioso que ella. »
« Mas chistoso, si. »
« Pero, ella tiene razon. No intentes esta mierda sin red. Requiere practica. »
« Por supuesto. »
« Hey, pendejos. En anglais. »
« Oui, Madame. »
« Y'avait-tu une réponse à ma question là-dedans? »
« Je m'excuse, Tommy. Ça fait que, les deux dernières semaines… »
« Du glissement de terrain jusqu'à drette astheure, Tête-de-steak.
« Tu sais-tu que Michael c'est un M allitératif aussi, han? »
« Mmmhm. »
« FD, comment ça se fait que toé tu te fais pas écœurer de même? »
« Moé j'ai pas une grande gueule. »
« Mange ça. »
« Mangé. »
« Astheure, donne. »
« Veux-tu le scénario au complet de la récupération de la machine? »
« Non, on les a toutes sur le haut-parleur. »
« A..? T'es supposée me dire de pas sacrer. »
« Plus le fun de même. »
« Pourquoi avoir un code secret si c'est une ligne partagée de toute façon? »
« Pour t'endormir dans une fausse confiance. »
« Toute est-tu sur Op? »
« Pas toute, mais t'es glissant. »
« T'es pas correct. »
« Qu'est-ce-qui-se-passe-au-Drip? »
« La machine est sortie, a marche, le chemin est connecté au complet. Mou parce que c'est coupé dans le sol de la forêt, pis le gravier doit se tasser. »
« Ben des sources là-haut. »
« C'est la pluie le problème drette là. »
« Trouve les sources quand la pluie arrive. Faut que tu les trouves, sinon tu mets l'assise dans une grosse source. »
« J'avais pas pensé à la pluie pour les trouver. »
« L'expérience. »
« La sagesse, mon frère. Prochaine affaire sur la liste, chasse aux sources quand y mouille. »
« Ça va te sauver. »
« On a coupé les arbres de l'assise brute, pis j'ai posé des rubans. »
« Pourquoi pas de la peinture à craie? »
« Au début je faisais juste tester, calculer. Stef arrangeait la porte d'en avant. »
« Si on avait pris de la peinture en canne, tout ce qu'on aurait c'est une grosse tache orange. »
« Big Orange c'est pas la pire affaire qui peut s'installer de bonne heure. »
« Bulldogs, Tommy. »
« Regarde-moé pas, Tommy. C'est toé qui l'as élevée. »
« Je saurai jamais comment t'es fan des Bulldogs, une maison pleine de fierté du Tennessee. »
« Chu à la chasse aux entrepreneurs généraux encore cette semaine aussi. »
« Prêt pour ça? »
« Assez prêt pour dire bonjour. »
« Le gars, là, y'a un point. Dur de trouver quelqu'un qui te laisse creuser le trou. »
« Un trou de cette grandeur-là, plus de deux cents pieds de long, cent pieds en bas de la côte. Un vite passage du laser rotatif dit dix-huit pieds de creux au plus haut, qui descend jusqu'à zéro au plus bas, mais la longue ligne c'est jamais moins qu'un mur de quatre pieds. Mon chum. On a de la terre à bouger, pis moé je paye pas le transport pour ça. »
« Pourquoi un trou de deux chambres est si gros? »
« C'est la côte, plus faut niveler toute la longueur de la côte pour rentrer le char dans le garage chargé par en arrière. »
« L'assise de la maison est grosse comment? »
« La fondation fait soixante-cinq par trente-cinq. »
« Combien de pieds carrés? »
« Deux mille. »
« Avec le sous-sol? »
« Quatre mille avec ça, mais c'est pas fini. C'est un walk-out, mais pas fini. »
« Juste passer à pied du char jusqu'à l'escalier? »
« Plus ou moins. La partie la plus en haut de la côte de la fondation c'est un bloc de quinze par vingt-sept – en dessous du garde-robe pis de la salle de bain des maîtres – c'est là que la salle mécanique solaire va. »
« Tu fais-tu un autre bunker? »
« Absolument. »
« Pas moyen que tu trouves un entrepreneur qui fait des bunkers aussi. »
« C'est pas vraiment un bunker. C'est juste… »
« Dis-le, Michael. Écoute comment t'as l'air ridicule. »
« C'est pas ridicule, Stef. C'est compliqué. »
« Ridicule. »
« La raison la plus principale de l'effet bunker, c'est qu'y faut un toit de béton à cause des batteries. »
« Pourquoi, Michael? »
« Calme-toé, chérie. Faut que ça soit en béton parce qu'y a une possibilité que les batteries pognent en feu. »
« Pognent en feu, Michael. »
« Stefanie, si tu veux lâcher notre souper d'anniversaire pis monter au Drip pour planifier la place des dix poteaux électriques pis la bande obligatoire de cinquante pieds de large, quasiment mille cinq cents pieds de long du chemin jusqu'à la maison, ben ça me fait plaisir de pitcher la peinture à craie pour toé. C'est toute de la roche. »
« Y doit y avoir une autre manière. »
« C'est un fait, mais c'est toutes des manières avec un coût ou un délai ou pire un tribunal attaché après. On a une servitude sur huit cent cinquante pieds du terrain du voisin. On connaît pas le gars, pis y répond pas à son téléphone. Ça veut pas dire qu'on peut pas juste exercer nos droits pis couper quasiment quarante-cinq mille pieds carrés de ses arbres – ça c'est plus qu'une acre de ses six acres au total – pour passer notre électricité, mais c'est pas comme ça que la servitude se lit. A dit quatorze pieds du centre d'une ligne délimitée, ça fait juste vingt-huit pieds de servitude. »
« Souper d'anniversaire, Michael. »
« Je m'excuse, Karen. T'as raison. On peut pas forer. Ni un ni l'autre veut la coupe à blanc. C'est solaire. Pis la seule solution pour le solaire c'est un toit de béton, qui ironiquement est le moins cher aussi. »
« Ça m'a l'air raisonnable. Bonne chance avec l'entrepreneur général par exemple. »
« Je pense qu'on va devoir construire le toit du bunker aussi. »
« Le manger est arrivé. Arrêtez ça. »
-pis une boîte de ça est tombée partout sur le chemin-
-les as-tu ramassées?-
-a appelé pis a vient pas-
« Michael, quand t'as parké chez Brenda, as-tu vu des colis? »
« T'attends-tu un Amazon? »
« Le coude d'évier. J'ai été obligée de le commander. »
« M'as aller revoir. »
« Salut, Mon Amour. C'était comment la messe? »
« As-tu eu la voiturette de golf? »
-c'est tellement doux-
« Première affaire, pis c'est Tanner qui l'a ramassée. A charge à la remise. »
-C'est Sydney pis FD-
« As-tu recruté des passagers? »
« J'arrive. »
« David embarque. D'autres? »
-j'ai été obligé de retourner jusque chez Carl Owenby, faire couper la switch à travers le sac par exemple-
« T'as déjà changé la switch, Dwight? »
« Ouais. »
« Je t'avais dit de me laisser le faire. »
« Je laisserai pas ma nièce faire l'entretien de mon propre chalet. »
« Correct, tête dure. »
« As-tu figuré l'assise de la maison encore? »
-y'ont accroché une TV pis réparé une toilette-
« Tu parles-tu de J&S? »
« J&S? »
-c'est-tu Camryn? Où c'est qu'est Jared? -
« J&S Services à votre service. »
-quoi?-
« Jen pis les enfants ont déménagé dans la maison à Jean, pis ces deux-là ont sorti des toilettes pis installé des prises. Michael pis les gars sont montés une journée pour mettre une porte coulissante dans la salle de bain. »
-la nouvelle est grise-
« Fais-toé pas d'idées, Scott. T'es pas une demoiselle en détresse. »
« Angie, elle, oui par exemple. »
« Pis Angie t'a, toé. »
-je veux un popsicle – moé aussi – mets tes souliers –
« Janice, as-tu fait le poudding aux pistatches? »
« Tu le sais que oui, David. »
-c'était mon char – dans la remise – non, c'était l'autre -
« Ethan, as-tu pris le gâteau sur mon comptoir avant qu'on parte? »
« Tu le sais que oui, Mamaw. »
« Tommy. Où c'est que sont les assiettes? »
« Je les ai prises avec le gâteau, Mamaw. »
« Le manger est prêt, David. Dis-nous le bénédicité. »
« Père Céleste. On vous aime tellement fort pis on vous remercie chaque jour pour cette famille pis les nombreux cadeaux que vous nous avez donnés. On vous remercie pour ces fleurs pis ce repas pis cette journée pis toutes les belles journées avant. Au nom de Jésus. »
« Amen. »
-Viola j'ai dit les souliers – où c'est que sont les fourchettes – pis là y'a essayé de me dire – Michael –
« Michael, quoi? »
« J'étais juste en train de dire à Carly que t'arrangerais l'évier à Mamaw. »
« Ah ouais, le colis. »
« Mama, moé pis Viola on peut-tu aller dehors? »
« Ben oui, bébé. Restez en avant. »
« Je traverse chercher le colis chez Brenda. M'as garder un œil. »
« Vous deux, écoutez Michael. »
« Let's go, Mesdames. »
« On va-tu faire un tour dans le vaisseau spatial? »
« Non, y s'en va pas en char nulle part. »
« On peut juste monter pis descendre l'entrée, jusque chez Dwight pis revenir, Mama. »
« Non. »
« Ça me dérange pas. »
« Vaisseau spatial! Vaisseau spatial! Vaisseau spatial. »
« Tu ferais mieux de mettre tes souliers si tu vas taper du pied de même. »
« Let's go. »
« Oh, Brendalynn, par le poignet pis toute. »
« Envoye, le vieux. Tu nous emmènes, Viola pis moé, faire un tour de vaisseau spatial. »
« Michael, t'as-tu acheté une voiturette de golf électrique? »
« Oui, Josh. Tatum vient-tu avec moé pis les filles? »
« Moé aussi je viens. J'ai jamais vu c't'affaire-là. »
« Plus on est de fous. »
« Kendall? »
« Non, m'as rester icitte. »
« Grouille, le vieux. »
« Oui, Madame. »
« Pa, on s'en va-tu dans un vrai vaisseau spatial? »
« Non, Tatum. Ça sonne juste comme un. »
« Ça a l'air d'un aussi. »
« Viola a un point. Ça a pas mal l'air spatial. »
« Pis ça vole. Mille forces, pas une de gaspillée. Zéro à cent mesuré en dedans d'un quart de mille pis douze secondes. »
« Tu me niaises. »
« Non. Demande à Jason. »
« Tu vas pas aller si vite que ça avec ces enfants-là, Michael. »
« Non, Janice. Promis. Ce tour-là est en forme de vaisseau spatial seulement. »
« T'as même pas de sièges d'enfant, Michael. »
« Je le sais, Mon Amour. On sort même pas du creux – de chez Brenda jusque chez Dwight pis encore retour chez Mernie. »
« Hey. »
« Hey. »
« J'ai pas longtemps. »
« Quelles merveilles pis quels miracles t'attendent? »
« Oh, mon Dieu. T'es sur la pipe de bonne heure aujourd'hui. »
« Chu pas mal crinqué. »
« Ben, moé chu en chambre toute la matinée - à quêter des subpoenas pis des mandats. »
« L'écart entre nos journées pourrait pas être plus grand – mais moé aussi chu sur des pistes de preuves un peu. »
« Ah ouais? Qu'est-ce que le Détective Dérelict est en train de composer? »
« Redonne-moé c'te pipe-là. »
« Désolée. »
« Chu à la chasse aux entrepreneurs généraux… »
« Fais-le pas. »
« Les frères de Townsend viennent aujourd'hui. »
« Je pense que c'est juste un gars. »
« Genre un faux nom? »
« Non, vieille compagnie. Une affaire de générations. »
« T'es dans le papier, han? »
« Correct, Sherlock, je mords. »
« Tu réponds en un-morceaux – Une affaire de générations. »
« Là on travaille au niveau de la syntaxe. Super. »
« Je me réchauffe. »
« Frère, sœur, peu importe c'est quoi ce gars-là, y'est dedans jusqu'au cou. Ton plan va pas marcher par exemple. »
« Quel plan? »
« Tu planifies pas ces affaires-là tant que ça – tu te sabotes toé-même. Empoisonne pas le puits. »
« T'as ta propre petite pipe là-bas – à parler en devinettes. »
« Michael, tu te rends même pas compte que tu le fais. Fais pas peur au gentil monsieur entrepreneur parce que même si tu vas voir chaque entrepreneur de la région pis que tu leur fais toute peur, c'est pas toé qui bâtis cette maison-là. M'as engager de la Californie s'y faut. »
« Super, là on va avoir des collants cancérigène-connu sur chaque cadre de porte. »
« Exactement, ça fait que la Prop 64 c'est fais pas de niaiso-con avec l'entrepreneur général. »
« Comment tu sais ça, même? T'avais genre quatre ans. Pis, niaiso-con. Celle-là c'est… »
« Chu occupée – niaiseux. »
« Les gars viennent juste d'apparaître en haut de la côte de toute façon. »
« Amour. »
« Amour. »
« Messieurs. »
« Bossman. »
« Fermez la porte – le chat veut sortir – ça fait ben du monde. Vous me bloquez la vue sur la lune. »
« Ouais, c'est ça. Regarde-la là-haut. »
« Le milieu de l'avant-midi pis a veut pas lâcher la nuitte. »
« Je connais le feeling. »
« Fatigué, Devin? »
« Un peu. »
« Tanner, c'est comment ta matinée? »
« Voici la facture. »
« C'est déjà encore ton tour? »
« Ouais. »
« Qui c'est qui a le chèque? »
« Je le prends, c'est Norman, N-O-R-M-A-N. »
« Oh, tu veux plus de tours aux livres? »
« Ahh, non, man. Garde le chèque. Ça vaut pas toute ça. »
« Tu vas revenir ben assez vite. »
« Pas si j'ai mon mot à dire. »
« Rusty, ça a l'air bon. Essaye de moins faire de copier-coller – chemin à Tanner, chemin à Rusty, chemin à Cody – Ça prend plus de détails. Rusty, pelle mécanique, coupé la première journée du mur de soutènement de l'entrée d'en arrière. »
« Ça fait beaucoup. »
« C'est le registre. »
« C'est toé, ta job, bossman. »
« Ma job à moé, c'est de te montrer à faire ta job comme du monde, Cody. »
« Comme du monde pour qui? »
« Quarante degrés dehors pis Cody est déjà rendu au maximum prévu – ou ben y se calme les nerfs? »
« C'est vrai, y'est supposé faire soixante-dix aujourd'hui. »
« C'est juste que tu penses qu'on est à l'école. »
« Vous l'êtes, Cody. Pis t'es même pas capable d'apprécier que c'te fois-citte, au lieu de sauter dans des cerceaux pour un F comme prix, tu reçois du bon cash. »
« Chu icitte pour travailler. »
« Non, Cody. Je te l'ai dit, pis t'étais d'accord, t'es icitte pour apprendre à faire rouler une business. »
« C'est une job. »
« Ben lâche, d'abord. »
« Qu'est-ce tu veux dire? »
« Je veux dire que la compagnie, c'est la job. L'ouvrage est payé, mais la job est payée aussi. »
« Écoutez, moé aussi chu icitte pour travailler. Je peux pas commencer chaque journée avec vous deux qui vous chicanez. On est-tu encore sur la digue? »
« Tanner se présente avec son dernier nerf en alerte maximale. T'as raison, par exemple, mon chum. Oui, la digue. Cody. Lâche ou ben retourne à job. »
« Mange d'la marde. »
« T'es dans le skid. »
« Let's go, les gars. Tiens la porte jusqu'à ce que le chat rentre. »
« T'as été occupé en fin de semaine. »
« Bon matin à toé aussi, Devin. descends au grill. On va repartir ça à zéro. »
« Café, Coke, jus d'orange? »
« Tanner sur la myéline. »
« Hein, quoi? »
« La gaine de myéline. C'est l'isolant sur tes neurones – le dernier nerf. »
« La mienne était meilleure. »
« La mienne était plus intelligente – y'avait le violon pis toute. »
« Au moins t'as eu le bon sens de spiraler vers le haut c'te fois-citte. »
« Ouais. On est toutes à l'école icitte. »
« D-plus, au mieux. »
« Note juste. Bon, les jeunes. Mes idées ressemblent à ça : vous voyez que j'ai mesuré pis coupé le banc du haut pour l'assise de la maison. Si on continue ça comme du monde, on va avoir un banc de quatre-vingt-dix pieds icitte en haut de la côte. Rappelez-vous, y peut pas être plus creux que ce qu'un mur de soutènement de quatre pieds peut retenir. Cody, t'es sur les déblais à la digue. Rusty, t'es sur la coupe. Changez de siège pour couper l'ennui. »
« Moé pis Dev? »
« Pour astheure, toé pis moé on place grossièrement les tuyaux de ponceau du déversoir. Le temps que Devin revienne, on va les avoir tirés, pis on va pouvoir déjeuner. »
« Ouais, ça fait que je vois que t'as coupé en suivant la courbe de niveau. Tu veux que je continue de même? »
« Oui, Rusty. J'ai centré ma coupe au point haut. Tu vois mes marques à chaque bout?
« Ouais. »
« C'est tes cibles. Coupe jusqu'aux marques, pis l'affaire au complet va faire quatre-vingt-dix pieds, pis ça va descendre du point haut vers le bas dans les deux directions. »
« Amener l'eau là où a veut déjà aller. »
« Exactement. Dis-moé tu-suite si tu trouves des sources. Astheure, Tanner, allons porter notre eau. »
« Savais-tu que les ascenseurs sentent différent pour les p'tites personnes? Astheure tu le sais. »
« Astheure la tienne est meilleure pis plus intelligente. »
« Ça fait que, cinq bouttes de tuyau. »
« Cinq pis flexibles. On va les placer, pis on va les asseoir. Une fois qu'on connaît le chemin, on connaît la chute. »
« D'une manière ou d'une autre, ça fait quarante pieds du haut jusqu'en bas. »
« Astheure tu commences à pogner. Quarante pieds de chute, cent pieds de course. Ça veut dire quoi? »
« Ben, c'est quarante pour cent de quèque chose. »
« Des angles? »
« Comment tu calcules ça? »
« Moé? J'utilise les maths. »
« Y'a-tu un Google ou quèque chose? »
« Ah, mon chum. Chu sûr qu'y'a un site web, tu prends une photo pis pour le bas, bas prix d'un point sur la carte d'un centre de données, t'as tous les mots de travers, pis la moitié de la solution, c'est un nouveau problème à régler. »
« Ça fait que, pas Google? »
« Aussi ben tendre la main pis deviner la différence entre tout droit de haut en bas pis ce que tu vois. »
« Je dirais vingt-cinq degrés. »
« Tsé, mon chum. T'as probablement raison sur celle-là – assez proche pour quinze pouces volumétriques d'eau dans un tuyau qui descend la côte sur presque cinquante pieds – ça tuerait probablement dix hommes s'y sont plantés là quand ça ouvre. »
« Je peux-tu choisir les hommes? »
« Oui. Tu vas te faire blâmer anyway si tu y vas en devinant, ça fait qu'au moins gratte une victoire. »
« J'en ai pas dix au complet. Je peux-tu vendre les droits? »
« Absolument. Mais ça va te prendre l'avertissement, les résultats passés ne garantissent pas les rendements futurs. On pourrait toute faire ça parfaitement pis manquer le but du requérant. »
« On est-tu encore en train de réparer une digue? »
« Chu pas sûr. On sait pas pantoute ce qu'on câlisse. Ça nous prend un drain, pis ça nous prend un tuyau assez gros. Le vieux tuyau était de douze pouces. Celui-là fait quinze. Mets dix pieds de terre par-dessus pis prie pour le mieux. »
« J'ai l'impression, à en juger par les résultats passés, que t'es pas sérieux. »
« Nope. Le gars de la sécurité des barrages va être icitte à dix heures. Faut placer ces tuyaux-là pis y dire le plan. »
« Gage que t'as utilisé Google pour trouver le numéro de téléphone. »
« J'ai utilisé le Rorschach de glissement de boue dans mes culottes pour trouver le bon appel à faire. Je peux calculer ça pis te dire combien de gallons vont sortir de ce tuyau-là en surcapacité, tuyau plein, mais y'a un homme dont toute la job c'est de protéger le monde contre ce genre de digues-là. Leçon numéro un : apprends tes leçons. »
« Bonne leçon. Leçon numéro deux, y va où, ce tuyau-là? »
« Faut que tu le revires pour que le bout en cloche soit vers le haut de la côte pis après tu le places proche du bout du déversoir. Les connecte pas, y'a de l'eau qui sort. »
« Comme ça? »
« Proche. Mets-le de l'autre bord du Gum, là. Comme ça, oui. Tu vois comment le Gum est en plein milieu du tuyau? C'est pour qu'on puisse l'enterrer pis faire levier dessus pis le plier un peu pour qu'y suive la pente. »
« Ça nous prend de la terre. »
« Cody boude encore, mais une fois qu'y va avoir fessé un arbre ou fait une autre niaiserie de rancune, y va charrier des loads. »
« Pourquoi t'endures ça? »
« Pas le choix. J'ai engagé MasterCraft Construction and Excavating, pis je peux pas faire ça sans vous autres, rendu là. »
« Correct- mais pourquoi faut que moé, j'endure ça? »
« Ça, je peux pas y répondre. Leçon numéro trois, pis c'est une grosse : dans le monde de la construction, les coûts sont élevés, mais aucun coût va jamais être plus élevé que d'engager quelqu'un pour réparer après un mauvais départ. »
« Je pogne pas. »
« Mon chum, y'a une aria au complet icitte… »
« Une quoi? »
« Une aria. De la jasette. L'histoire courte – pour inventer une expression – c'est juste comme j'ai dit. Si t'engages une compagnie, pis que la compagnie se plante, même quand c'est de sa faute, c'est de ta faute. Chaque remplaçant que t'engages pour réparer le dégât va voir le dégât pis le charger comme si c'était de ta faute. »
« Ça fait pas de sens. »
« Ça fait du sens pis des piastres aussi. En masse de piastres gaspillées en extra. Le nouveau va soumissionner – si y se donne même la peine – le prix je-te-mets-au-défi, parce que la seule affaire sûre dans sa tête, c'est que le propriétaire était le problème – y voulait probablement une machine à barbe à papa encastrée ou une autre niaiserie de même. »
« T'as une affaire avec la barbe à papa. »
« C'est collant. Ça te colle partout. C'est comme une toile d'araignée avec une facture de dentiste en dedans. »
« Ça fait que celui-là d'après. Tu veux qu'y soit placé? »
« Je voulais jusqu'à ce que je réalise que ça nous prend de la terre avant, sinon y va rouler en bas de la digue. Va chercher… Devin est revenu. On y va. »
« Je mange pas de même – tasse-toé, Devin. »
« Ton coude est dans ma sauce. »
« Je mange sur la galerie. »
« Ouais, c'est ça. »
« Tanner, mets juste ton affaire sur le panier, là. »
« C'est ton linge sale. »
« C'est un couvercle. Je mets pas mes bobettes sur le dessus. »
« Mange d'la marde. »
« Rusty, ferme la porte. »
« Quand est-ce qu'on bâtit l'atelier? »
« T'imagines une table de banquet là-dedans, Devin? »
« Une planche de plywood, ce serait le fun. »
« Je vais mettre ça sur la liste de déco. »
« T'as de la place icitte pour ce parchemin-là? »
« Tanner avec ses images de la mer Morte. »
« Nope, j'ai vu des gribouillages sur du papier de toilette – pas de plan permanent, chacun qui pend –-- »
« Pas de sauce, Kitty. Correct, une flatte. Moé aussi, mais je veux pas de ton poil dans mon biscuit. »
« Chais pas. »
« Moé, je gage qu'a demande quat' cents. »
« Celle-là est plus belle. »
« Tu penses toujours pas que tu déménages dans la bonne roulotte, han? J'ai resté dans la rouge quasiment toute ma vie, je lève les yeux sur whoever qui reste au-dessus de moé dans la blanche, la fenêtre de chambre, la v'là, c'est toute ce que je vois. »
« La tienne est trop vieille. »
« Rusty, Jed déménage, pis moé j'emménage. C'est ça le plan. La rouge est à louer. »
« Quatre cents? »
« C'est ça qu'a me charge. »
« Le puits, c'est ça l'affaire astheure. »
« T'as une grosse journée. »
« Trois meetings - pis ces deux-là. »
« J'étais chez Cody en fin de semaine pour aller chercher ma sœur, pis y'avaient sa p'tite Honda étendue partout dans la cour. »
« Le bouton de vitre était pogné? »
« Ha! C'est à peu près ça. Réparer ce qui est pas brisé. Je l'ai amenée à l'ouvrage, pis quand je l'ai ramenée, le capot était encore levé, des pièces encore partout, des boulons écrasés dans la bouette, ces deux-là gelés aux jujubes sur la galerie. Lonnie qui chialait pis qui capotait parce que quelqu'un avait cassé une touche sur son ordi. »
« Pas de parchemins en papier de toilette? »
« Ben oui, y'en avaient, mais y'en a pas un des deux qui sait écrire, par exemple. »
« Attends. »
« Non, pas de même – quoique, t'as-tu déjà lu un texto de Cody? »
« Tu devrais voir la tenue de livres. »
« Y haïssent les livres. »
« Je sais, Tanner. J'espère qu'y vont finir par changer. »
« Chu sans espoir. »
« Meghan va être en tabarnak si on fait pas marcher c'te char-là. »
« Tout ce qui manque, c'est d'installer le cinq fils. »
« On décrisse à midi, on rencontre Mrs. King, on règle le loyer, pis on finit le char. »
« J'ai les filles à 2:45. »
« Le gars a pas de dents. On décâlisse à 11:30. Y dira rien pantoute. »
« Deux heures. Ça va le faire. »
« Pas de jujubes avant que t'aies fini, Rusty. On peut pas se fier à ton jugement avec ces affaires-là. »
« Y les a pognés où, ceux-là? »
« Le gars du Michigan, »
« Ces jujubes-là sont pas normaux. »
« Malades par exemple. »
« Ça fait que, euh, on a le gars de la digue, le gars du puits, pis un GC qui viennent aujourd'hui? »
« Oui. T'es sur le shill avec le GC pis t'écoutes comme du monde avec le gars de la digue. Faut que c't'affaire-là soit plantée pis finie c'te semaine. Le contracteur vient pas avant quatre heures, ça fait que c'est lui la fin de la journée. »
« J'ai pas de plans à soir, ça fait que c'est correct. »
« Le gros but, c'est toujours la maison. Plus ça traîne, plus longtemps moé pis le chat on reste dans une boîte de frigidaire au fond du bois. »
« C'est mieux que toute ça. »
« Pas tant, pis faut que je trouve un gars vite. Majordome ou pas majordome, c'est misérable icitte. »
« Rusty, tasse-toé. »
« Combien t'as payé pour ton lean burn? »
« Trois cent cinquante avec le cinq fils. »
« C'est cher. »
« C'était ton idée, Rusty. Moé, je voulais le HHO. »
« Cody, t'es malade. C'est même pas vrai anyway. Visse un pot Mason plein de soda à pâte sur le moteur. C'est une bombe en bouteille. Meghan à pleine vitesse, Layla sur le siège d'en arrière, WHUMP, de la vitre partout dans le compartiment moteur, les pales du fan en miettes, les courroies toutes maganées. Le Lean Burn, c'est la seule manière. »
« J'ai jamais entendu parler de ça par exemple. Le HHO, ça marche. »
« Non, ça marche pas, Cody. Le Lean Burn te donne genre cinquante milles au gallon, pas de risque. Le Whump te donne un moteur neuf. »
« Le gars se pense hot à se promener au soleil. Moé aussi je roule gratis. »
« Ben, pas gratis. »
« Quand même moins cher que c'te maudite machine de lune-là. Sérieux. T'as-tu déjà regardé de proche? L'affaire a des gravures de lune pis l'écran est monté dans un cadre de lune – ça fait le son wha, wha, wha, supposé être un module lunaire. C'est toute pas vrai; regarde la vidéo, le drapeau pendouille – la Lune a pas de gravité pantoute. »
« Yep. »
« Moonshot Green. Cent mille Civics. J'en ai une neuve chaque jour, je dépense même pas la moitié. »
« V'là le gars de la digue. Neuf heures et demie. Pile à l'heure. Fais paqueter les gars pis viens me rejoindre en bas. »
« Pis moé? »
« T'es avec moé, Devin. Attention les gars, on passe. »
« Bossman, c'est qui, lui? »
« Tu le saurais si tu t'étais pas mis à part pendant le meeting du matin. »
« Trou de cul. »
« C'est pas fin, ça, Cody. Vous deux, retournez dans les machines quand vous aurez fini de déjeuner. »
« J'étais en train de couper les vignes sur les arbres avec Cody vendredi passé. Tu veux encore que je fasse ça? »
« C'est une bonne idée. »
« T'es Michael? »
« C'est les troupes en arrière de moé qui t'ont mis sur la piste? »
« Nope, t'as juste l'air du genre de gars qui gère une digue tout seul. »
« Bon départ. Oui, chu Michael. »
« Claude. »
« Merci d'être monté. C't'affaire-là m'inquiète. »
« Ça a l'air beau jusqu'à date. »
« Ouais? »
« Première affaire, la pente est correcte sur le côté d'en arrière. Moins que vingt-cinq degrés pis ça commence à faire des ornières dans la pluie. »
« Tu l'évalues à combien, c'te pente-là? »
« Je vais la mesurer, mais ça me paraît trente degrés. »
« Ça fait que, de la chance de niaiseux jusqu'à date. »
« La revanche est correcte aussi. Deux pieds. »
« Hey, Tanner. C'est Claude. »
« Tanner. »
« Salut. »
« Tanner, c'est mon souffre-douleur. Tu trouves de quoi de pas correct, c'est Tanner. La pente, c'était moé. »
« Gage que l'avocat en blessures va voir ça de la même manière. »
« Y sont tellement compréhensifs. »
« Tu l'as déjà rencontré? »
« Chu un développeur commercial avec des baux fonciers Foturne 500. Je l'ai rencontré, lui pis ses troupes. J'aimerais juste ça avoir tout ce papier-là pour boucher l'étang. »
« Ce serait exagéré. »
« Amen. »
« Ça fait que la visite est informelle. C'est toé qui l'as demandée. L'État du Tennessee m'encourage à faire ces inspections non officielles-là, pis chu obligé de te dire que ce que t'as vraiment besoin, c'est d'un ingénieur. V'là une liste de tous les spécialistes licenciés de l'État – par comté. »
« Super. Merci. »
« Le point – c'est ton Miranda de digue. Chu pas icitte à titre de conseiller professionnel. On reconnaît juste le besoin d'aider les propriétaires qui achètent ces vieilles bombes à retardement-là partout dans l'État. Le coût d'un de ces ingénieurs-là, c'est rien à côté du coût quand tu laisses c't'affaire-là s'effondrer. »
« Wow, c'est pas Miranda, ça, c'est Upjohn. »
« Beheler, en fait. »
« On a-tu été à l'école de droit? »
« Nope. J'ai été à l'école du bord des témoins d'une centaine de subpoenas pour témoigner en déposition que j'avais averti le gars, pis que je y avais donné le p'tit papier icitte. »
« Moé aussi je brandis mon papier, la clause d'indemnisation, pis faut quand même que j'engage un avocat pis que je menace d'évincer le locataire de sa propriété à bail s'y paye pas ma défense dans sa cause de glissade pis nuisance. »
« Ça fait que tu comprends l'idée. »
« Yep. C'est à titre d'information seulement. Tu me donnes des points de discussion, pis une liste de professionnels pour estamper le papier que je vais brandir en déposition quand ça va lâcher. »
« Exactement. En plus, je sauve deux-trois vies en chemin. »
« Travail honorable. »
« Certains jours. »
« Désabusons-moé de mon ignorance plus profonde pour boucher le trou. »
« C'est ça l'idée. Premièrement, je l'ai regardée sur la carte satellite. Deux affaires là. Une, pis en premier. Pis c'est pas l'inspecteur qui parle : la monte pas plus haut. Jamais. A s'est déjà effondrée une fois. »
« Comment tu sais ça? »
« Je le vois dans les photos. Pis astheure que chu icitte, je le vois dans les arbres. Regarde. Tu vois, icitte, sur le flanc de la côte? »
« On était justement… »
« Désolé de t'interrompre. Faut que tu m'entendes. »
« --- »
« Les arbres sur le flanc de la côte. Tu peux voir que c'est toutes des Poplars pis des Sweetgums. C'est des espèces pionnières – y remplissent les espaces ouverts en premier. Y sont toutes de la même classe d'âge. »
« J'écoute. »
« Ça fait que, ceux-là icitte sur le flanc, en montant – après ça un gros White Oak, un Walnut, ça, c'est la Succession Climacique. »
« L'école de la Loi Naturelle. »
« Le point, c'est que si tu te recules pis que tu regardes, tu vas voir que ces arbres-là sont dans une cicatrice à travers le tapis de ces colonies d'arbres-là. »
« Captivé. »
« Ça fait qu'y'a eu un glissement icitte, ou ben d'une manière ou d'une autre le terrain a été mis à nu. La pente dit qu'est assez à pic, mais ces poplars-là poussent pas sur la roche, pis les Sweeetgums vont creux, ça fait que de la terre qui glisse sur la roche, c'est pas probable. Mais regarde l'autre bord du holler. Tu le vois? »
« Je le vois… »
« Attends, Tanner. Laisse-le raconter. Désolé, mon chum. »
« Tu vois la cicatrice pareille de l'autre bord? »
« On la voit. »
« C'est pas des glissements de boue, ça. C'est les murs de la digue qui rejoignent les flancs de côte. La digue était presque vingt pieds plus haute, pis là où vous coupez le chemin là-haut, c'était le vieux chemin autour de l'eau. »
« Jésus. »
« Biblique en tout cas. Une digue de c'te grosseur-là, même si était pas pleine, quand a l'a pété, ça a descendu la vallée dans un mur d'eau. »
« Les marches. Y'a une cheminée en bas, là. »
« J'ai vu ça. Peux pas dire avec elles, mais un étang de c'te grosseur-là se rendrait jusque-là. Celui-là, non. »
« Ça fait que c'est sécuritaire? »
« Tant que tu m'as entendu, la monte pas. »
« J'écoutais. »
« C'est pas tout le monde qui le fait. »
« Pis celui-là? »
« Celui-là fait même pas le dixième de ce que l'autre aurait été. En fait, c'est la flaque que l'autre a laissée en arrière. »
« Ça fait que celui-là donne au voisin une cour mouillée? »
« Pis deux-trois Bass. Ceux-là ont l'air rabougris. »
« Ouais, rien là-dedans qui vaut la peine de pogner, vraiment. »
« En fait, un étang de c'te grosseur pis de c't'âge-là, y'a probablement un ou deux boss bass, pis y'a de la bouffe en masse. »
« Je l'ai vu la première fois en novembre. J'en ai pogné deux la deuxième journée que chu monté. Je l'ai pas encore vu l'été. »
« Y'a des rumeurs. »
« Ah, t'es du coin, Tanner? »
« Yep. Y'a des rumeurs sur c't'étang-là, qu'y'a des gros poissons. Je l'ai pêché juste une fois ou deux quand j'étais p'tit. Je reste du bord de Boyd's Creek, ça fait que c'est pas sur mon chemin. »
« Y te manque pas grand-chose icitte. Bonne végétation sur le bord de l'eau. Faut que t'enlèves ces arbres-là sur les bords pis certain sur le dessus. Tu mets le tuyau de déversoir à la bonne place. Le dernier a lâché parce que celui qui l'avait fait l'avait mis au milieu de même. »
« T'as vu tout ça? »
« Yup. J'ai vu le glissement de boue aussi. Gage que c'est pour ça que t'as appelé. »
« Tu fais-tu de la thérapie aussi? »
« Nope. »
« Dommage. »
« Ça fait que t'es sur la bonne track avec le tuyau de déversoir. Tu prévois l'amener jusqu'en bas de la digue, un autre bon choix. »
« Le tas de tuyaux. »
« On a un gars qui commence aujourd'hui, je pourrais l'amener, mais gage qu'y verrait la même pile. »
« Quoi d'autre? »
« Tu remplis avec du remblai. La digue est déjà plus que deux fois plus longue qu'a l'est haute. C'est un bon bouchon. Continue de même. »
« Pis appeler un ingénieur? »
« Yep. Astheure, parle-moé du pont. C't'affaire-là est magnifique! »
« Viens-t'en, je vais te le montrer. Dis-moé des réparations de digue en chemin. »
« Personne est jamais monté jusqu'en haut en char avant. Chu Michael. »
« Salut, Mike. Mon doux, j'aimerais ça avoir c'te place-là. Combien tu l'as payée? »
« Pas de larmes encore, mais le mélange sang-sueur est moitié-moitié.
« Où t'as pogné c'te gang de terrassement-là, j'ai quasiment cassé un essieu en montant c'te chemin-là, pis y sont mieux de mettre un drain en travers de c'te lacet-là ou ben ce sera pus un chemin rendu en juin. »
« C'est quoi ton nom? »
« Chu Abby. »
« Enchanté, Abby. Le chemin est un peu rough? »
« Rough? Mon chum, y gaspillent du gravier, y'a des sources qui coulent en plein travers du chemin en bas dans la servitude; c'est une planche à laver en passant devant toutes ces roulottes-là, la côte qui monte à gauche de la digue est pas passable sans un dune buggy, pis ce lacet-là va pas durer deux mois si tu mets pas un drain là-dedans. »
« Ouais, c'est un travail d'amour. »
« Vaut mieux que ce soye l'amour parce que l'argent, c'est du gaspillage. »
« On s'arrange. »
« Tous les chars parqués en bas du chemin disent le contraire. »
« Ça aide à garder l'espace de travail libre. »
« Je vois ça, peut-être leur faire enlever quèques arbres, se faire un p'tit stationnement. »
« Tanner, viens icitte. Le gars, c'est Abby. »
« Abbington. Enchanté, Tanner. C'est tes gars dans les machines? »
« Partenaires. »
« C'est ta première fois que tu creuses dans Sevier County? »
« Abby, vérifie tes poches. »
« Mes poches? »
« Ouais. J'pense que quand t'es parti de la maison à matin, t'as oublié tes manières sur la table de chevet. »
« Pardon? »
« Là, on se parle. T'es pardonné. »
« Écoute, Mike. Je sais pas à quoi tu joues, mais si c'est ça le chantier pour lequel tu m'as appelé, je peux pas te bâtir une maison là-dessus. »
« Ça m'a l'air assez clair. Mais Stefanie m'a dit d'être fin, pis t'as soulevé des points qui méritent d'être entendus. Tu veux recommencer? »
« Je veux dire, si tu me laisses amener une gang de terrassement icitte, pousser ces arbres-là loin en arrière… Tu mets pas la maison là, han? »
« Non, ça c'est pour l'atelier. V'là une copie du plan de la maison. A va là-bas, où les gars creusent les bancs. »
« Je peux pas avoir ça. »
« Quoi? »
« C'est mes hommes qui creusent l'assise de la maison. Pis c'est pas la place pour ça. »
« Pourquoi ça? »
« Toute en côte. Ça prendrait des semaines creuser ça, pis les déblais vont où? »
« Trouve une roche tanner. Faut tenir ce plan-là à plat. »
« Le pick-up est plus grand, icitte. »
« Merci, Abby. Élévations – fondation – la v'là, le plan d'étage. »
« Deux chambres? »
« Yep. »
« Je l'imaginais juste plus grand. »
« J'ai envoyé le courriel à Kerry, c'est ça son nom, han, Kerry. »
« La réceptionniste, oui. »
« A te les a pas envoyés? »
« Chu sur le terrain la plupart des jours. »
« Le truck est pas mal propre pour un truck de terrain. »
« J'ai trois sous-développements en marche astheure. »
« Genre des affaires de Ball home? »
« Développeur privé. »
« Y peut pas bâtir ses propres maisons? »
« Y'est en Floride. »
« Tu fais-tu des constructions privées? »
« Je serais pas icitte sinon. »
« Fair. »
« T'as-tu un arpentage? »
« C'est mon set. J'ai fait imprimer l'arpentage dans la reliure. »
« En arrière? »
« Yup. »
« Si tu mets l'assise de la maison là, t'es proche du fossé de drainage. »
« Le coin le plus proche est à vingt pieds. »
« Ça en prend vingt-cinq. »
« Je savais pas ça. »
« C'est pour ça que chu icitte. »
« Autre chose? »
« Ce flanc de côte-là va être plein de sources. »
« Pas encore. »
« Y sont juste sur le – y charrie-tu c'te terre-là dans un skid steer? »
« Ouais. On utilise les déblais sur la digue. »
« Vous les garrochez juste par-dessus le bord? »
« Un peu. Pour astheure, on prépare l'assise du tuyau de déversoir. »
« Au moins vous avez drainé ça. »
« Désolé. »
« C'est-tu un chantier à petit budget? »
« C'est serré. »
« Ça explique les deux chambres. Tu sais que ça se vendra jamais, han? »
« Je la bâtis pas pour la vendre. »
« J'ai une gang de terrassement drette là qui peut arranger ça. »
« C'est-tu brisé à ce point-là? »
« C'est pas correct. »
« Qu'est-ce qui marche pas? »
« Vous creusez l'assise de la maison, pis vous avez même pas encore de permis, pour commencer. »
« Le permis, c'est le problème du GC. »
« Ça prendrait des semaines pour faire un plan, négocier un contrat pis après ça rentrer dans l'horaire pour l'ouvrage. »
« Des semaines? Pis la construction, combien de temps? »
« Si on commence le printemps prochain, on va te faire rentrer pour Noël. »
« Genre avril, ça fait que t'as fini pour Noël c't'année? »
« Non. On est bookés c't'année. On commence le printemps prochain. »
« C'est quoi ton idée sur le prix? »
« On est à peu près à douze cents du pied astheure – avec une fondation droite. Ça… »
« Attends, tu parles de deux virgule quatre millions? »
« C't'année. Les prix des matériaux ont pas tendance à baisser. »
« Tu sais que c'est une maison de deux chambres, han? »
« C'est quand même du pied carré. »
« Douze cents, c'est du prix de perte d'assurance. Je fouille pas ben ben dans les poches d'un homme, mais faut que je demande, c'est quoi le split? »
« Notre contrat roule à coûtant plus quinze. »
« Ça fait que tu vois le coûtant à proche de deux virgule un million? »
« En gros. »
« Ça fait le coût direct à mille cinquante du pied. Je veux dire, j'aime la peinture dorée autant que le prochain, mais les ceintures à outils pis les tuxedos, ça se mélange pas. »
« Tuxedo? »
« Le prix est haut. »
« C'est ça le prix. »
« T'as même pas ouvert le courriel. »
« Pas besoin. On charge douze cents du pied clé en main. »
« Chu pas allé dans la bonne business. »
« T'es dans quelle business, Mike? »
« Développement commercial. Ça m'a fait plaisir de te rencontrer, Ab. »
« C'est Abby. »
« Faut que tu coupes une syllabe sur ton prix, mon chum. Je reste dans le shed là-bas, pis j'ai en masse de temps libre. J'ai déjà fait le relevé de quantités en allant pis en revenant, pis j'arrive à trois cents du pied all day. »
« Écoute, si t'as pas l'argent pour la bâtir, on offre du financement. »
« À l'interne, je gage. »
« Yep. »
« Le dépôt, à peu près trois cents du pied? »
« Exactement. »
« J'aurais jamais deviné. »
« Y'a pas de honte là-dedans. »
« Je – quelle honte? »
« Ramasse deux-trois piastres de plus. »
« Ouais, t'as raison. Peut-être que ma grand-mère va m'en donner un peu plus si je y dis combien c'est cher. »
« On a du financement. »
« T'as-tu financé la tienne par la compagnie? »
« On loue encore. »
« Ah, tu travailles juste pour le contracteur? »
« Chu chargé de projet. »
« Là, je comprends. »
« Ça fait que, laisse-moé mettre ça au clair pour les notes. Coûtant plus quinze, on commence dans quatorze mois – deux millions et demi si je change tout mon plan, que je coupe tous ces maudits arbres-là, pis tu suggérerais du financement. C'est quoi le taux? »
« À peu près huit pour cent. »
« À peu près huit pour cent. Ça s'amortit comment? »
« Amor… »
« Trente ans? »
« Quinze. »
« Dernière affaire mais pas la moindre, ça prend combien de temps à bâtir? »
« Dix-huit mois, c'est le chiffre safe, mais on pourrait finir en douze. »
« Pis t'as une gang de terrassement drette là? »
« Yep. Y peuvent être icitte dans à peu près cinq semaines si on peut monter un contrat de terrassement vite. »
« Malade. »
« C'est bon? »
« Oh, on est bons. Merci d'être venu, Abbington. »
« Euh, ça fait que. »
« Attends, c'est Stefanie. »
« Hey, babe. »
« Hey. Comment ça va là-haut? »
« Mon Dieu que tu me manques, mais chu juste en train de finir avec le Contracteur, pis je vais finir avec les gars. Que c'est que tu dirais que j'aille vous chercher, toé pis Clover, pis qu'on aille faire un tour de char.?
« Antipasto? »
« Parfait. On se voit dans trente. »
« Love. »
« Love. »
« Qu'est-ce t'en dis, tu veux prendre un rendez-vous, venir au bureau pis jaser des détails? »
« Certainement pas, mon chum. Désolé de t'avoir fait perdre ton temps. »
« Hey, Karen! Qu'est-ce que vous faites, les jeunes? »
« On faisait juste t'attendre. Comment ça va là-haut au Drip? »
« Ça spinne en masse, pas de traction. »
« Ça fait déjà un mois. Faut vraiment que t'arrêtes ça pis que tu viennes rester icitte. »
« T'es prête? »
« Sauvé par la cloche. Karen a le souper, un U-haul, pis Dieu seul sait quoi d'autre qui pend dans la balance. »
« Michael, tu peux pas rester dans c'te shed-là de même! »
« Je sais, Karen. Mais Kitty peut pas rester là toute seule non plus. »
« Amène-la-icitte. »
« Tu sais que je peux pas faire ça. Premièrement, y'a un chemin, pis Kitty vit pas en laisse. Deuxièmement, est vieille, a jamais vécu enfermée. Troisièmement, a arracherait les yeux de la tête de Pooty aussitôt qu'a le verrait. »
« Pooty va pas l'achaler. »
« Cinquièmement, est trop vieille pour apprendre deux nouvelles places. »
« A serait correcte. »
« Faut qu'a soye là, faut que je soye avec elle pour qu'a puisse explorer. »;
« A peut explorer icitte. »
« Faut qu'a apprenne sa maison. C'est une prédatrice, pis sa tête marche aux règles de prédateur. Le problème, c'est qu'est pas au sommet dans ce bois-là. »
« On y va-tu? »
« Oui, Madame. Karen, je t'aime. Merci ben gros de t'inquiéter pour moé. Je le sens. »
« Je m'inquiète pour vous autres toutes. »
« Je sais, pis moé faut que je m'inquiète pour Kitty, pis c'est pas si pire. Si c'était pire, je trouverais de quoi, mais un peu de frette, ça tuera personne. »
« Pas encore ça. »
« Par icitte, ma dame. »
« Viens-t'en, Clover. »
« Ramène-la icitte à une heure raisonnable, Meathead. »
« Oui monsieur, Mr. Cotter, monsieur. »
« Clover, arrête de tirer! »
« Est folle. T'aurais dû la voir quand chu arrivée. »
« La seule affaire qu'a l'aime plus que tout son monde à la même place en même temps, c'est les rides de char. Saute, ma fille. »
« T'as-tu eu tes mandats? »
« Yup, je cogne aux portes demain. »
« Tu défonces chez quelqu'un? »
« Non. Je rentre pendant les heures d'ouverture, le mandat ben haut, éloignez-vous de la caisse, Madame, ce genre d'affaire-là. »
« Ça a l'air pas mal plus le fun que ma journée. »
« Les chambres du juge – excitant. »
« Je voulais dire demain. »
« Demain, c'est la partie le fun. Pis ton aujourd'hui, comment ça a été? »
« Notre aujourd'hui a fait un en trois. Le gars de la digue a été écoeurant. De loin la meilleure visite. Y'avait une liste au complet de conseils, pis y juge la digue sécuritaire avec le plan tel qu'y est. Y… »
« La digue – fascinant, chu sûre. Le contracteur, Michael. Raconte-moé encore le contracteur. »
« Le contracteur a été une bombe totale. »
« Michael! Tu peux pas le faire. Je te le dis, c'est pas toé qui bâtis c'te maison-là. »
« Doucement, détective. Peut-être entendre le plaignant, passer à travers les détails des allégations, pis après ça gonfler la condamnation. »
« Retenu. »
« Le gars, c'est un flop. Le bout de la corde, c'est deux virgule quatre. »
« Deux virgule quatre quoi? »
« Y veulent douze cents piastres du pied, pas négociable d'un pied de bouette. Y veut un rendez-vous au bureau. J'ai refusé. »
« Attends, tu me dis qu'y veut deux millions et demi pour bâtir notre maison de deux chambres après qu'on a fait le chemin, installé la fosse septique, installé l'énergie solaire, pis creusé le trou? »
« Y veut pas nous laisser creuser le trou, pis y dit que le chemin est pourri. On s'est même jamais rendus au solaire ou à la géothermie. Y'était tellement haut que j'ai juste joué le jeu. »
« C'est pas son prix qui est haut – c'est lui qui est gelé. »
« Y trippe. Regarde ton chien. »
« Est tellement cute! »
« Comme un bonhomme de dessin animé avec la tête dans une fenêtre trop p'tite pour sa face. »
« A l'a ses plissés de sécurité qui marchent – je me demande ce qu'a sent. »
« Pauvre pitou, a perdrait l'odorat avec toute la marde que ces contracteurs-là fument. »
« Chanceuse qu'a reste chez Mammy »
« Le p'tit gars m'a dit qu'y'a pas de honte là-dedans, de pas avoir l'argent, mais qu'y ont du financement à l'interne si je me qualifie. »
« C'est qui, ce gars-là? »
« Une compagnie que j'ai trouvée sur Google. Le jeune qui est venu était comme chargé de projet ou de quoi de même. »
« Pas le propriétaire? »
« Je devine qu'y sont un peu corporatifs. »
« Ça va-tu coûter autant? »
« Absolument pas. Mais ça fait deux bombes jusqu'à date. J'en ai une autre demain, pis je peux en céduler quèques autres, mais faut que t'appelles Maddron. »
« Y va pas le faire. »
« Je vais continuer d'essayer, mais j'ai un feeling. »
« Sabote pas, par exemple, promis? »
« J'ai pas besoin de promettre, chérie. Ça me coûte la peau du dos chaque jour. Le gars disait qu'y pouvait commencer en avril prochain pis finir en dedans de dix-huit mois. »
« Ça fait comme deux ans et demi. »
« Trente-deux mois. Dans un shed. »
« Y'est out. »
« J'avais compris. »
« Pis le gars du puits? »
« Pas d'appel, pas venu. »
« Qu'est-ce qui marche pas avec ce monde-là? »
« Amen. Je veux dire, je peux pas rentrer une douche dans le shed anyway, mais monter icitte aux deux jours… »
« Aux trois jours. »
« Je pue-tu? »
« Non, étonnamment, mais tu pues jamais. »
« Au moins y'a ça. »
« Tu sens comme si t'avais roulé dans un cendrier, par exemple. »
« J'ai la bouche qui goûte le métal tellement je fume à la chaîne. »
« Voyons donc? C'tait-tu ça, fumer à la chaîne? »
« Pas mon meilleur ouvrage. »
« Attention! »
« Quoi? »
« Tu viens de couper le gars, là. »
« Ah, ma p'tite aidante est revenue. Tu m'as tellement manqué que j'ai oublié toutes tes qualités secondaires. »
« Tu chauffes comme dans un jeu vidéo. »
« J'ai branché la Playstation aujourd'hui aussi. Les batteries tiennent solide, pis j'ai besoin de me faire fondre le cerveau. »
« Ça va faire la job, mais fais pas du GTA dans le paysage de montagne. »
« T'as-tu appelé pour la commande? »
« J'y ai même pas pensé. »
« Ah, crotte. J'espérais rentrer pour pogner pis payer. »
« Y'ont une app. Extra tomates? »
« C'est ça, la bonne affaire. »
« Autre chose? »
« Pas pour moé. »
« J'aime pas c'te place-là, ça fait que j'ai mangé dans le frigidaire en t'attendant. »
« On va juste se promener un boutte d'abord, aller chercher ça, pis je vais te ramener chez vous. »
« J'aime pas ça. »
« Je sais, Stef. Faut que t'appelles Mikey Maddron. »
« Y va pas le faire. »
« Je vais continuer de rencontrer des gars, mais même quand le prix est normal, y disent toutes la même affaire. Y veulent pas que je creuse l'assise de la maison. »
« Peut-être qu'y ont raison. »
« Y sont mieux de pas l'avoir, sinon on peut pas la payer. »
« Je veux dire, on aurait les moyens si y faut. »
« Non, la payer. On a littéralement pas l'argent pour même la payer si on engage pour la fondation. Juste le creusage, c'est cent cinquante mille, pis après ça on va avoir besoin de trois bancs avec quatre murs de soutènement - au moins quatre cents pieds de ça. Pis les déblais sont nécessaires pour d'autres projets, comme le chemin pis la digue. C'est une job monstre. »
« Pourquoi on a besoin d'autant de murs de soutènement? »
« C'est un flanc de côte, pis les semelles de la maison vont être genre vingt pieds en dessous du haut de la coupe. »
« Je pogne pas. »
« Faut retenir la côte. C'est soit un énorme mur avec une facture d'ingénieur pis des complications de design ben au-delà de mes compétences, soit des bancs en terrasses avec des p'tits murs. »
« Ça fait que, des plates-bandes pis des jardins? »
« C'est ça l'idée. Ça va être beau, pis en plus on a les moyens. »
« Genre combien? »
« Chérie, les chiffres changent pas. On est ben au moins six cents en dessous astheure, pis ça, c'est si la maison coûte six cents. »
« Comment ça se fait que ce chiffre-là change pas? »
« Y change; juste aujourd'hui y'a changé d'à peu près deux millions. »
« C'est pas vrai, ça. »
« C'est vrai. »
« Tu trouves toujours une manière. »
« Y'ont dit combien de temps pour la bouffe? »
« L'app le dit pas vraiment. Ça dit, en préparation. Tourne à gauche icitte. »
« Chu jamais venu par icitte avant. »
« La vieille tour à feu est là-haut. »
« T'entends ça, Clover, on s'en va à la tour à feu. »
« Ses oreilles sont fermées depuis qu'on a déménagé chez Karen. »
« Je peux faire cinq ou six mois dans le shed. Kitty a une routine esquissée grossièrement. »
« Clover a sa routine en arrêts-collations. »
« On est en mars, pis le temps change. Mais chu pas sûr qu'y'a une manière de trouver sur l'argent. »
« Tu vas trouver. »
« J'aime la confiance, mais chu dans les chiffres chaque minute de chaque jour, pis c'est ça le chiffre jusqu'à ce que je vende de quoi à New York, ou que je fasse un coup sur les marchés. »
« Ben, Charlie, mets-toé-z-y. »
« Charlie? »
« Schwab. »
« Je me prendrais certain une toilette neuve à chaque fois si j'avais ce genre d'argent-là. »
« Des aspirations. »
« Faut creuser le trou. On est dessus. J'ai mis le banc du haut aujourd'hui. Quand y va être creusé, les contracteurs vont arrêter de se lécher les babines devant l'argent de la terre pis vont devenir réalistes. »
« C'est-tu une bonne idée? »
« Pas ma meilleure. Je creuse sans permis, pis quand ça tourne mal, ça tourne mal vite pis ça dure longtemps. »
« Pourquoi tu le fais, d'abord? »
« Pour une affaire, j'ai besoin des matériaux. En plus, j'ai une équipe, pis je vais avoir besoin de ces gars-là pas mal vite, ça fait que faut que je les garde à l'ouvrage. »
« Pis si tu te fais pogner à creuser? »
« Si j'ai un contracteur, ça va pas avoir d'importance, mais ça force les choses. Y viennent, y voient l'argent qu'y'a vraiment icitte au lieu de l'argent dans leurs têtes imaginatives. »
« Combien on a emprunté jusqu'à date? »
« Ah, ça, c'est un chiffre qui change. »
« Nope. Un compte. LMA. Combien? »
« C'est encore bas. J'ai payé des matériaux pis le golf cart. »
« Ça fait que, pas touché? »
« Presque. »
« Pis l'argent de la vente de la maison? »
« Ça, c'est une autre histoire. Jusqu'à date, je me suis remboursé le quatre-vingt-quinze des fonds de la vente. Quatre-vingts de ça sont allés à John Deere Financial. On doit encore quatre-vingts là. Pis j'ai mis quinze dans le compte chèques pour commencer à payer les soixante voyages de gravier pis les roches de lessivage quand la facture va arriver ce mois-citte. »
« Ouais, c'était serré. T'avais quatre-vingt-douze piastres dans le compte chèques. »
« M'en parle pas. Les jeunes prennent chaque cenne de mon salaire pis plus. Les placements à dividendes ont eu l'autre deux, ça fait qu'y'a quèques piastres quand les trimestriels rentrent. »
« Ça fait combien? »
« C'est deux mille cent neuf piastres par trimestre. »
« Attends. Les deux cent mille piastres au complet qui restent de la vente de notre maison – tout le dépôt - ça va nous rapporter deux mille piastres aux trois mois? »
« Avant impôts. »
« Michael! »
« Tu viens-tu de me sauter dessus pour des pourcentages de dividendes? »
« C'est pas grand-chose. »
« Mon amour, c'est notre vie. Les baux ont été à cinq pour cent de rendement pendant vingt ans, jamais plus pis jamais moins. La différence, c'est que sur le long terme j'ai payé les hypothèques pis j'ai laissé l'équité grossir. Les baux sont restés pas mal pareils – pis encaisser tout ça, ça a été une affaire d'un an et demi. Astheure c'est liquide. On va avoir le même cinq pour cent, mais au lieu de pousser en bois, on pousse en revenu. »
« C'est tellement peu. »
« Vendredi c'est le premier. Duran pis Fatah paient le premier si tout va ben. »
« Tu dois soixante-trois mille piastres sur la carte de crédit, Michael. »
« C'est le gravier. »
« C'est les roches aussi. »
« Pas de chemin, pas de maison. »
« Le chemin est pas si hot que ça. »
« C'est ce qu'on a les moyens de se payer. Si on faisait venir une équipe, ça serait le triple. »
« Non, Clover. Je laisserai pas ce méchant monsieur-là gruger ton budget de biscuits. »
« Fais des réserves tant que tu peux. »
« Est-ce qu'on est désespérés? »
« Encore les maths désespérées? »
« C'est de même que ça a l'air. »
« Je le sens moi aussi, mais qu'est-ce qu'on peut faire d'autre? »
« Parfait! Ça a la forme d'un canard, pis là ça fait coin-coin. »
« Regarde. C'est pas tous les gars avec un char qui vont boire pis conduire. Y a des gars qui boivent pas. Y a des gars à qui on a dit de pas le faire, pis qui le feront pas. Y a des gars qui voient la sagesse là-dedans pis qui sont juste d'accord. Pis y a des gars qui l'ont fait pis qui ont appris leur leçon. »
« Les apparences, Michael. »
« Pas la réalité. La seule réalité icitte, c'est qu'on va emprunter ben de l'argent, pis qu'on va utiliser jusqu'à la dernière cenne de notre revenu tout le long, pis avec un peu de chance on va réussir à fermer l'écart entre vivre dans un cabanon pis vivre dans une maison. »
« Des maths désespérées. »
« C'est pas désespéré. Y a juste ben des postes de dépense. »
« C'est quoi les autres postes qu'y a là? »
« Le LMA. »
« On vient juste de faire celui-là. »
« Je sais, mais ce compte-là, est-tu comme fini, là? »
« Il est investi au complet, oui, celui à Duran pis le mien. Mêmes mots de passe. »
« C'est une mauvaise idée. »
« Ça marche. »
« Je vais les changer. »
« Bon. Moé j'ai pas le temps. »
« J'ai pris le courrier la dernière fois que j'étais là-haut, pis je l'ai juste ouvert aujourd'hui. La facture de l'arpentage est arrivée par la poste. »
« Juste à temps. J'avais quasiment une couple de piastres qui étaient pas encore réservées. »
« Treize mille, Michael. »
« Paye-la. »
« On les a pas. »
« J'ai mis le quinze dans le compte chèques, pis les roches peuvent attendre. »
« T'as-tu d'autres chèques qui traînent? »
« Ça devrait être correct. »
« Michael. Un chèque sans provision de treize mille piastres, c'est un crime. »
« J'ai pas fait de chèque sans fonds depuis mes années de cavalerie, pis je commencerai pas astheure. Paye-la. »
« D'autres factures qui s'en viennent que je sais pas? »
« Les tuyaux de ponceau. T'es-tu prête pour l'histoire du gars des barrages, ou ben t'es encore fâchée qu'on soit obligés de payer pour cette maison-là pour vrai? »
« Tourne à gauche. »
« Tu sais qu'on peut voir c'te tour-là, à peu près, de la Drip. »
« Je sais. Tommy a dit que ça serait quinze minutes de route si on avait pas besoin de faire le tour de la falaise. »
« Ça fait que le gars des barrages a dit que t'as l'œil – d'avoir remarqué la bande d'arbres gris galvanisé. »
« Il a dit gris galvanisé? »
« Non. Ça, c'est moé. Ce qu'il a dit, c'est que ça s'appelle des espèces pionnières, pis qu'elles sont là parce qu'avant y avait des raccords de mur de barrage sur ces flancs de colline-là, pis le barrage a dû s'effondrer – pis c'est pour ça que ces arbres-là sont différents. »
« Oh, cool. »
« Il a dit que le barrage était énorme, pis que ce qui reste, c'est comme une flaque de ce qu'il était. »
« L'appli vient de m'envoyer un texto. Ta salade est prête. »
« Ah, plate. Je voulais voir la tour à feu. »
« La prochaine fois. Allons chercher ta bouffe pour que tu puisses retourner t'occuper du chat. »
« J'ai pas envie. On avait une soirée pour une date, pis on a passé tout le temps à faire de la comptabilité. »
« On va monter icitte la prochaine fois. »
« Promis? »
« Demain j'ai les mandats, mais peut-être jeudi. »
« C'est pas pire. D'ici là, retour au vieux cabanon plein de courants d'air dans le bois. »
« Allô? »
« Bossman! --- Bossman, t'es-tu là? »
« Hey, Cody. Quoi de neuf? »
« Bro, entends-tu ça? »
« J'entends japper. »
« C'est un Rottweiler qui m'a coincé dans la pelle, y m'a couru jusqu'icitte pour essayer de m'arracher le cul. »
« Comme un chien sauvage? »
« Non, man. Y a un gars icitte, y a un vieux bazou rouge, y a lâché le chien, pis y est venu drette sur moé. »
« Ben voyons… »
« Le gars s'en vient. Ce tabarnak de chien-là est fou. Y m'a pas lâché des yeux. »
« Qui – quoi – est – où sont les autres? »
« Tanner pis Dev sont dans le cabanon, pis Rusty est là-haut à charrier de la terre. J'suis descendu dans la cour faire le plein, pis ce gars-là a rentré. »
« Chu au Food City. J'ai laissé mon panier dans l'allée, pis j'm'en viens – genre, sors pas de la pelle ou rien. »
« Ben voyons donc. Entends-tu c'te bête-là? »
« J'arrive, man. »
« Hey. »
« Recule! Julia, prends-le. Je m'attendais pas à trouver personne icitte. »
« Mon cul, t'as monté c'te … »
« Cody, à qui tu parles? »
« Entrée, y a du gravier frais. Tu savais qu'y avait quelqu'un icitte, pis t'as lâché ce chien-là… »
« Cody. »
« …Câlisse, qu'est-ce qui marche pas avec toé? »
« Ce terrain-là est à moé. »
« Mon cul qu'y est à toé. »
« Cody. »
« Ce terrain-là. Je l'ai juste amené icitte pour qu'y court un peu en liberté. »
« Cody. »
« Y dit qu'y est ton voisin, Bossman. »
« Laisse-moé lui parler. »
« Y a le chien par le collier, y s'en vont. »
« Tu me niaises-tu? »
« Genre, y a juste pogné le chien – y t'a dit que t'es sur son terrain pis y est parti… »
« Y dit que le terrain d'à côté est à lui. »
« Bro, laisse-le pas partir. J'arrive presque. »
« Comment tu veux que je l'arrête? »
« J'arrive, Cody. Cinq six minutes. »
« Hey. »
« Hey. »
« Cody a rencontré les voisins, pis j'm'en retourne les rencontrer moé aussi. »
« Les voisins? Tu t'en retournes? »
« Chu allée au grill pour déjeuner. Ça a été une nuit rough. On a encore dormi dans le truck, pis j'avais besoin d'être en dedans, au chaud. »
« Attends. Les voisins. »
« Attention, trou de cul. Voyons donc, câlisse! »
« Michael. »
« Désolé. Conduire sans mon petit assistant, c'est pas évident. »
« Michael. »
« Ça fait que chu au Food City, pis un numéro en huit-six-cinq m'appelle. Je réponds, pis c'est Cody, en train de chier dans ses culottes parce qu'un chien le tient coincé dans la pelle. »
« Comme un chien sauvage? T'as pas d'allure. »
« Je me dépêche pour retourner, Stef, pis t'écoutes pas. Cody a rencontré les voisins, pis leur chien l'a attaqué. »
« Est-tu blessé? »
« Je sais pas. »
« As-tu appelé le neuf-un-un? »
« Non. »
« Veux-tu que je le fasse? »
« Chu au Wye. »
« Attends, un chien attaque ton employé, pis toé t'arrêtes pour des smokes? »
« Non, Stefanie. Je passe devant. Pis c'est pas mon employé. Chu là dans une minute. »
« T'es-tu armé? »
« Chérie. »
« C'est vrai. Je fais juste ma checklist. »
« J'entendais la voix du gars dans le téléphone, y dit qu'y a juste laissé sortir le chien pour courir, qu'y savait pas qu'y avait du monde. »
« Pis y a attaqué Cody? »
« J'imagine. »
« Je veux dire, là, on fait quoi? »
« J'imagine qu'on parle de la météo jusqu'à temps que j'arrive. »
« Qu'est-ce que tu vas dire? »
« Ben, je sais pas. J'imagine que je vais juste lire la situation pis voir. »
« T'es où? »
« Je passe en fou devant la place d'entreposage. »
« Encore à vendre? »
« Quoi? »
« C'est à vendre. »
« Qu'est-ce que ça a à voir… »
« T'as dit la météo, je voulais un meilleur sujet. »
« Qu'est-ce qui t'a fait remarquer ça? »
« La facture d'entreposage. Toute la place, c'est dix garages. »
« T'as raison, c'est bizarre. Dix garages à vingt pieds du chemin. Une pancarte avec un numéro de téléphone. Dans une grande courbe. Juste tassés là. »
« Sérieux? C'est-tu des pneus qui crissent que j'entends? »
« Passé la courbe de l'église. »
« Ralentis. »
« Cody a dit qu'y est juste parti avec le chien, pis j'ai pas… Je veux arriver avant qu'y parte. »
« Y conduit quoi comme char? »
« Cody a dit un bazou. »
« T'as-tu croisé des bazous? »
« Quasiment rien que ça. Pas de chiens ni de femmes, ni de femmes avec des chiens. »
« T'es-tu arrivé? »
« Ralentis, dépêche-toé. Mon petit assistant est mêlé aujourd'hui. »
« Je t'inscris pour un nouveau test. »
« Wow, y est dans l'entrée en train de sortir. »
« Bloque-le. »
« Faut-tu que je fasse attention aux tirs croisés aussi? »
« C'est quoi… »
« Wow, c'est un bazou certain. Le gars porte un habit. Mitsubishi rouge. Je te rappelle. »
« Hey. Moé c'est Michael. »
« Moé c'est Kegan… »
« Jésus! »
« Attention, y est protecteur. »
« Ben, y fait juste protéger le bébé. »
« Y a sa tête à lui. »
« T'as pas peur qu'y lui pile dessus ou quelque chose? »
« Ben non, y fait juste la protéger. »
« Chu content que t'aies passé – par exemple t'as fait chier Cody dans ses culottes. »
« Ouais, y est super protecteur. »
« Tu le dis pas mal. »
« On est montés sur notre terrain pour le laisser courir, pis on savait pas qu'y avait du monde icitte. »
« Ben des changements icitte, le gravier pis toute. Dur à manquer. »
« Ma mère pis moé, on a acheté la place l'année passée avec l'idée de bâtir quelques chalets. »
« J'ai vu tes piquets d'arpentage. J'en ai un moé aussi si ça peut t'aider. »
« J'ai vu ça. On l'a déjà piqueté. »
« Bonjour, moi c'est Yulia. »
« Bonjour Julia. »
« Yulia. »
« Excuse. J'ai manqué le Y en dessous du grognement. »
« Combien de maisons vous bâtissez? »
« On en bâtit pas – on bâtit notre maison. »
« Oh, vous allez rester icitte. Nous autres, on allait bâtir des locations à court terme. »
« Alliez? »
« Ma mère est décédée l'année passée, pis on est comme sur pause. »
« Des rubans décolorés m'ont dit quelque chose de même. »
« On avait réglé la fosse septique, pis on planifiait les poteaux électriques quand ma mère est morte. Y vous ont-tu planifié des poteaux électriques le long de la colline à vous autres aussi? »
« On s'en va au solaire. »
« Genre des panneaux? »
« Yep. »
« Combien ça coûte, ça? »
« J'y vas un peu à la fois. »
« Nous autres, on était comme pressés. »
« Je vas me tasser. Mais donne-moé ton numéro de téléphone. »
« Ouais, c'est une bonne idée. »
« Comment j'écris Kegan? Kegan, c'est ça? »
« Pis Yulia. »
« Celui-là, je l'ai déjà. »
« K-E-G-A-N. »
« Tiens, mets ton numéro – oh, excuse, mon grand. Je fais juste passer le téléphone à ton père. »
« Je mets le deuxième numéro, c'est Yulia. »
« Parfait. Je t'envoie un texto tusuite, pis tu vas avoir le mien. »
« Faut qu'on y aille par exemple. »
« Je vas vous laisser passer. »
« Woh, c'était intense en masse. »
« Qu'est-ce qui s'est passé? »
« Le gars sortait – genre drette dans le virage quand moé je rentrais. »
« L'as-tu rencontré? »
« Y était dans le virage de la servitude. Je l'ai pas juste rencontré, je l'ai coincé dans le goulot entre la grosse butte à droite – son terrain, pis les roches au bord du ravin qu'on a replacées à gauche. »
« Sa gauche à lui? »
« Non, les roches étaient à sa droite. Son terrain était à sa gauche. »
« Je le vois. Peins-moé un char. »
« Mon chum, si je peux te peindre un char. C'est une Mitusbishit rouge. Doit avoir huit, dix ans. Le pare-brise comme le mien, gras de boucane. »
« Ouais, j'adore toujours ça. »
« Je peux voir en dedans quand j'arrive, pis je vois qu'y porte un habit, mais quand j'arrive à la fenêtre, quasiment coincé avec sa colline tellement proche de la porte, pis le chien qui capote. Y lui dit pas un mot. Pas un calme-toé, pas un ta gueule, y remarque même pas qu'y est là. »
« Le char, Michael. »
« Sérieux? J'ai un gars coincé tellement proche d'une colline qu'y peut pas ouvrir sa porte pour sortir, pis moé chu tassé entre c'te porte-là pis c'te colline-là avec un chien enragé qui veut m'arracher la gorge, pis toé tu veux savoir pour le char. »
« Le meilleur pour la fin. Le char. »
« Je connais pas le modèle. Un mot tout croche, chu sûr. Une illusion d'optique, des rayons de lumière qui plient dans des couches d'air chaud. »
« Michael. »
« Correct! Une Mirage. Pis c'est pas genre sale ou whatever – c'est le rouge, là, genre y ont pas l'air sales, juste délavés ou whatever. »
« Ah, je connais le look. »
« Ça fait qu'est sale. J'en ai plein la bedaine tellement chu collé sur l'aile pour me rendre à la fenêtre. »
« Mauvaise tactique. »
« Même s'y avait tiré sur moé, y aurait eu une forme floue au mieux à travers la vitre. »
« Volant à gauche, pied au plancher. T'es cuit. »
« Tu viens-tu de narrer mon interception de police? »
« Ça fait que, bazou rouge sale, gars en habit. Vas-y »
« T'as oublié le chien. Un grognement sourd tout le long. La femme sur le siège du passager, qui fume. »
« La femme est là. Là on se parle. »
« Yulia. »
« Julia? »
« Yulia. »
« Hispanique? »
« En fait, a avait l'air russe. Gros accent phonique. Vocabulaire excellent, les voyelles toutes accentuées joliment. »
« Oh, a était jolie. »
« A était russe. »
« Je sais même pas ce que ça veut dire. »
« De jolies voyelles. Pis y a un enfant de deux ans sur le siège d'en arrière. »
« Avec un Rottweiler qui grogne? »
« C'était bizarre. »
« Qu'est-ce qu'y a dit? »
« Les gars descendent l'entrée, là. »
« Attends… »
« Je voulais t'appeler tusuite pour que tu t'inquiètes pas. Moé, j'ai des bibittes qui me courent partout quand je sais que t'es sur une scène. »
« Merci pour ça. »
« Cody. Qu'est-ce qui s'est passé avec ce chien-là? Je viens juste de le rencontrer pis j'aurais tiré c'te bâtard-là aussi sûr que t'es planté là. »
« J'pensais qu'y allait me manger. Chu entre le boyau à gaz pis la machine, pis un char rentre pis c'te chien-là me court dessus. Man, je l'savais que c'te chien-là arrêterait pas. »
« Moé je l'aurais tiré. »
« Mon chum, sortir un gun, embarquer dans la cabine, en même temps – pas de gun. »
« Toute la scène, c'était quelque chose. Je veux dire, ça fait pas dix minutes que t'es au téléphone, pis chu dans l'entrée. Le même trajet, c'est douze minutes en flânant pour que je puisse fumer ma cigarette au complet. J'ai dépassé par le milieu, j'ai aplati les courbes, j'ai donné du gaz dans les lignes droites; ça a pas pu me prendre dix minutes, pis y est déjà au bout de l'entrée quand j'arrive. »
« Ça a pas d'allure. »
« C'est quoi l'affaire avec l'habit? »
« C'était fou, un gars qui marche relax en souliers d'église, son chien a un homme pogné dans un arbre, pis lui y se promène dans la bouette. »
« Bien pensé, de rentrer dedans par exemple. »
« Pas pensé. Peur. »
« Je vas reculer, vous laisser sortir. »
« Y a sacré son camp vite. L'as-tu rencontré? »
« Je l'ai coincé drette où t'es. »
« L'habit, c'est bizarre. Sa bonne femme a des jeans, des bottes de marche. Y sont pas à un enterrement ou de quoi de même. Y a un rendez-vous, pis a le conduit, ça a l'air de ça à moé. »
« Pis y viennent icitte avant d'aller se changer? »
« Comme j'ai dit, c'est pas correct. »
« Ont hâte de fêter. »
« Quoi, chérie? »
« C'est comme si toute la famille s'entasse dans le char, pis y vont quelque part avec celui qui est important, pis là c'est fini, y viennent fêter. »
« T'as un indice là – tire dessus. »
« Je veux dire, pourquoi mettre toute la famille dans le char – chien pis toute, mais y en a juste un qui est sur son trente-six – les filles, on s'habille chic à chaque chance qu'on a – mon gars en habit. Ça, c'est une occasion. »
« Je vas reculer. Vas-y, mon chou. »
« Peut-être une entrevue d'emploi? »
« A eu une nouvelle job, pis y sont montés fêter – planifier la construction? Surtout y ont dit… Man, c'est une courbe aveugle. J'ai encore failli me faire frapper en reculant. »
« As-tu eu le numéro du gars? »
« Je me demande où ces deux-là vont tous les jours. »
« As-tu eu le numéro du gars? »
« Oui. Y a mis le sien pis celui de sa femme. Ça me fait penser, faut que je lui texte. »
« Pourquoi faut que tu lui textes? »
« Pour qu'y ait mon numéro, pis parce que je l'ai dit. »
« Qu'est-ce que tu vas dire? »
« J'imagine juste que c'est mon numéro. »
« Pis acheter le terrain? »
« T'aurais dû voir ce char-là. C'était exactement ce que t'imagines quand t'entends intérieur gris pâle, fumeur, pis un chien qui a couru dans la bouette. »
« Je vois le lien – peux-tu zoomer? »
« Plus vite? »
« Zoome dessus. Char sale, gars en habit. »
« Quand Patrick a regardé le terrain, y a dit qu'y avait changé de mains en octobre 2022, pis qu'y avaient payé quatre-vingt mille. »
« Le v'là. »
« On a pas quatre-vingt mille, mon chou. »
« Okay, quatre-vingt mille, c'est nouveau pour moé. La dernière affaire que j'avais, c'est qu'y en avait hérité. »
« Y en a hérité, mais y a une évaluation à la date du décès qui vient avec un héritage – un prix de base pour l'impôt exempté pis le futur gain en capital. »
« Ça fait que c'est gratis pour lui. »
« Un peu. Mais y connaît la valeur. »
« Un char de cour à scrap par exemple? »
« Complètement. »
« L'habit a l'air de quoi? »
« Sears-sucker. »
« C'est bon, ça. »
« À quoi tu penses? »
« Peut-être qu'y peut pas bâtir. »
« Y peut pas s'acheter un cabanon de Lowes. »
« Y était super intéressé par notre électricité. »
« Genre le solaire? »
« Un peu. Genre y a un plan pour alimenter son site, pis y voulait savoir si on avait le même plan. »
« C'est Phil qui appelle. Je l'ai envoyé sur la boîte vocale deux fois. »
« Okay. Je vas me préparer un texto pis retourner travailler. Le prochain gars de contracteur est supposé arriver dans genre une demi-heure, pis là faut que j'envoie le majordome chercher mon épicerie. »
« Okay, je t'aime. »
« Je t'aime aussi. »
« Salut, moi c'est Enrique. »
« Hola. Michael. »
« Ouais. Enchanté. »
« C'est ça le site. Ça a l'air bon. T'as oun plan d'implantation? »
« Oui. »
« Plan de maison? »
« Oui. »
« Tou creuses ton propre trou? »
« Oui. »
« Ça a l'air bon. »
« Facebook, ça marche-tu? »
« C'est bonne plateforme. Beaucoup business. »
« C'est-tu la seule place où tu t'annonces? »
« Ouais, moi j'aime pas Google. Changer mon numéro téléphone. »
« Je gage que tes clients ont adoré ça. »
« T'as la permis ya? »
« No la tengo, ya. Celle-là, c'était de ta faute. »
« Hablas Espanol? »
« Si. Hablo como un güero que he tenido una novia latina. Tuvi que aprender por intenderla que no me catcha quando me tire una golpea. »
« Ouais, elles sont violentes. Ma femme, elle est américaine. »
« La mienne aussi. Celles-là sont pas moins violentes. »
« On regarde la plan. »
« Man, t'as ben de la marde icitte en arrière. »
« Toi tou la mets sour la planche. »
« D'accord. Un contracteur qui travaille. »
« Si, je travaille. J'ai quinze hommes, mais on travaille tous. »
« Quelque chose qui vaut la peine – le secret de la vie. »
« Alors tou prends la permis? »
« T'as-tu une licence? »
« J'ai, mais cette plan, elle coûte cinq, six cents, et ma licence couvre seulement deux-cinquante. »
« Y si cambio el deck de concreto a madera? »
« Hector m'a pas dit que tou parles espagnol. »
« C'est parce que c'est pas de l'espagnol. C'est de l'autodéfense avec un mauvais accent. »
« C'est bon accent. »
« Ça fait que Hector – ton gérant de projet – y m'a dit que t'en as bâti deux comme ça. »
« Trois. »
« Pis ça a toujours coûté à peu près six cents? »
« Ouais, si la fondation pas trop dour. »
« On est en train de la creuser, ça fait que ça sera pas dur pour toé pantoute. »
« Ça c'est bon. Tou sauves. On fait coût plous quinze, et tou creuses fondation et deck en bois. Six cents facile, alors peut-être sept-cinquante. »
« Mais c'est moé qui prends le permis. »
« Tou prends la permis. »
« Celle-là est tough. »
« Je peux pas aller moins que quinze. »
« Je gratte pas les cennes, Enrique. J'essaye de trouver comment cacher les balles à Stefanie. »
« Ouais, tou demandes la permission. »
« Toé aussi. »
« Y a-tu de quoi que tu veux voir? »
« Non, je bâtis les trois dernières maisons une après l'autre. Je bâtis ça facile. »
« Je sais. »
« Bossman, le barrage est pas mal plein. Veux-tu que je le mette ailleurs? »
« Enrique, je vas t'appeler. »
« Je t'envoie oun courriel de la soumission. »
« Parfait. Merci, man.
« No hay pedo. »
« Ça fait que Robby s'en vient la semaine prochaine pour regarder comme faut la fosse septique de la maison. Faut raser les petits arbres là-haut pis préparer ça. »
« On est rendus dans le haut du schiste, là. Plein de roche qui s'émiette. »
« On pourrait se servir de ça pour la base du chemin là où on passe dans la forêt. »
« C'est toute de l'émietté astheure. »
« Okay. Voici le plan. Empile toute c'te roche émiettée-là dans le vieux chemin de forêt entre la fouille pis où va aller le champ d'épuration. »
« L'empiler? »
« Pas empilée, des tas qui font une rangée de tas sur la longueur du chemin de forêt – genre deux voyages dans un tas pis tu recules pis deux autres – pis si tu remplis les trois cents pieds au complet, roule par-dessus pis commence à empiler par-dessus. »
« Le deuxième palier a de la roche bleue dedans. »
« Continue de creuser autour. J'ai marqué le troisième palier, ça fait que passe à celui-là après. Mets la terre noire dans le tas de terre noire – la mets pas dans le schiste. »
« On a besoin de gaz aussi. »
« Tanner. »
« Ouais. »
« Viens icitte une seconde. »
« Une seconde. »
« T'en as-tu assez pour une heure? »
« La skid bip. »
« La vide pas. Ferme-la pis sors tous les filtres à air pour les secouer un peu. Graisse la machine pis inspecte toute. »
« Quoi de neuf? »
« Attelle la remorque à gaz pis va nous faire le plein avant d'aller chercher les clôtures anti-érosion. »
« C'est à peu près deux mille cinq cents pieds. »
« Pis l'anguille de l'étang? » C'est à peu près trois cents. »
« Correct. Va chercher le gaz pis après amène Devin avec toé pour aller chercher les rouleaux de clôture. Vous deux, vous allez poser ça pendant des jours. »
« Ça fait que, euh, le gaz pis je reviens pis après je vas chercher la clôture anti-érosion? »
« Oui. Cody. Raconte-moé c'te histoire de chien-là. »
« Je te l'ai déjà dit. Pis faut qu'on aille dîner. »
« Y est onze heures. »
« Faut décrisser de bonne heure. »
« T'as décrissé de bonne heure hier. »
« On a réparé le char à Meghan hier. Aujourd'hui on rencontre mon propriétaire pis on installe Rusty. Faut le déménager. »
« Ça fait deux demi-journées cette semaine? »
« Mais j'ai toute la journée demain. »
« Ça fait que t'as trouvé une place à Rusty? »
« Y prend ma roulotte, pis moé je déménage celle en haut de la côte. »
« Rusty pis toé, vous êtes mes deux voisins astheure. Le fun. Vingt-cinq jours pis installés. Qu'est-ce que t'as fait avec ton deux mille? »
« C'est pas de tes affaires. »
« Relaxe, mon chum. C'est du placotage. »
« C'est pas du placotage. C'est mon argent, pis j'en fais ce que je veux. »
« Tsé, Cody, c'était du placotage. Innocent. Ta réaction pose la question par exemple, as-tu eu ton permis quand c'était mon argent? »
« L'argent est pus à toé une fois qu'y est à moé. »
« Bien observé. Sais-tu ce que tu manques par exemple? Tu manques que je t'ai donné la capacité d'être un homme pis un membre à part entière de ton équipe. »
« L'équipe est pas à toé. C'est pas de tes affaires. »
« Ça fait que tu sens pas le besoin de me dire ce que t'as fait avec l'argent du permis d'y a soixante-huit jours, pis si t'as eu un permis? »
« C'est ça, pis là je m'en vas. »
« C'est pas encore l'heure du dîner. »
« T'es pas mon boss, le boss c'est moé. »
« Rusty travaille encore. »
« Je vas l'attendre à la maison. »
« Ça fait que, euh, pourquoi Cody marche sur le chemin? »
« Y est parti en beau fusil. »
« Y a-tu une histoire? »
« Y est fâché que j'aie posé des questions sur son argent. »
« T'as demandé? »
« J'ai rien exigé ou quoi que ce soit, si c'est ça que tu veux dire. »
« Pis y est juste parti en beau fusil? »
« Y m'a dit qu'y faisait une demi-journée aujourd'hui parce qu'y faut qu'y installent Rusty dans sa roulotte. »
« Ça, c'est vrai, mais je savais pas pour la demi-journée. »
« Y a fait une demi-journée hier aussi. »
« Personne a rien dit c'te fois-là non plus. »
« Y te l'ont pas dit à toé non plus. »
« J'ai juste levé la tête vers l'heure d'aller chercher les filles, pis y étaient jamais revenus du dîner. »
« Rusty est encore là-haut par exemple. »
« Je gage qu'y le sera pas longtemps. »
« Donne-lui assez d'espace pour qu'y se faufile sans rien dire – genre, viens-t'en au cabanon. »
« C'est enfantin. »
« Ben, là. »
« Correct. »
« Où est Devin? »
« Je l'ai laissé chez Cody pour qu'y aille chercher son char. »
« Pourquoi – »
« Sa sœur l'a pris parce que y a de quoi qui marche pas avec le sien. »
« Attends, c'est Stefanie --- Hey. »
« Michael. Regarde ton texto. »
« J'ai pas de --- Le v'là. C'est lui. C'est le voisin. »
« Michael. C'est un délinquant sexuel enregistré avec une histoire qui aurait dû passer aux nouvelles. »
« Attends. Je lis le lien, là. »
« C'est pas le seul. »
« Man, tu fais exploser mon téléphone, »
« Ce gars-là, c'est du vrai. »
« Dis-moé-le, c'est toute. »
« Y a conduit pour rencontrer un enfant, pis c'était une opération d'infiltration. Mais… »
« Tu l'as passé dans le système? »
« Je peux pas. »
« C'est pas le temps pour les règlements. »
« Lis le titre de l'autre lien. »
« --- sa mère? »
« Ce gars-là va être notre voisin. »
« Attends. Le Rottweiler était vieux – genre… »
« Tu veux dire que c'est ce chien-là? »
« Ben, ça se peut pas. Y euthanasient pas les chiens qui… »
« Michael, si c'est un des chiens qui ont déchiqueté sa mère. »
« Y a gardé le chien qui a tué sa mère. »
« Chu déjà en route pour là-bas. »
« Icitte? Pis le mandat? »
« On l'a exécuté. »
« Déjà fini? »
« On rentre, on sort tout le monde, on change les serrures, on colle des autocollants sur les portes, pis on revient avec toute l'équipe. »
« Vous laissez la preuve en arrière? »
« Pas exactement. On prend les ordis pis les caisses pis on prend les accès du système de sécurité. On débranche l'internet, on prend le routeur, pis on s'en va. »
« Pourquoi tu viens icitte? »
« On s'en va à l'adresse sur son enregistrement. »
« Woh. Non, on y va pas. »
« Oui, on y va. »
« Attends, t'as pris l'adresse où? »
« C'est un point rouge sur un écran, »
« Attends --- Y reste à côté de Boyd's Creek. »
« Attends, c'est Phil --- »
« Tanner, tu savais pour ce gars-là? »
« Un peu. »
« T'as dit, le pervers, dans le temps qu'on faisait les roches. »
« Euh, ben, Cody parle de lui souvent. »
« Quoi? C'est quoi souvent? »
« Genre y l'a mentionné une couple de fois. »
« Comment? »
« Déjà, y veut qu'y bâtisse sa maison icitte, genre y fantasme sur à quel point tu vas être en tabarnak. »
« Attends, ça fait que tu connais pas l'histoire. Tu connais juste la version à Cody? »
« Chu revenue. »
« Hey. »
« Changement de plan. Faut que je retourne au restaurant. C'te madame-là est retournée après, a coupé le ruban, pis là est en dedans. »
« C'est où, c'te place-là »
« Je peux pas te dire ça. »
« Mais là tu t'en retournes là-bas toute seule? »
« Le shérif est déjà là, y l'ont en détention. Faut que j'y aille. On va aller à c'te maison-là à soir. »
« Non. Ça, c'est ma job à moé. »
« Pas question, Michael. T'as pas d'affaire à aller là sans moé. »
« Oh, j'y vas. J'avais déjà un plan pour sacrer mon camp avant que t'arrives, pis là j'ai le temps de comploter pis de manigancer. Je me prends un ch… »
« Michael. Fais pas ça. »
« Chu déjà en route pour le truck; faut que je loue un char. »
« Voyons, câlisse? »
« Je viens juste de le coincer au bout de l'entrée avec le Hummer. Y va reconnaître c'te bebelle-là du premier coup d'œil en passant devant chez eux. »
« C'est pour ça… »
« Quoi? T'y as pas pensé comme faut, hein? M'imaginais-tu sur le siège d'en avant de ton char de police, en train de faire marcher le MDT. »
« J'ai pas pensé aussi loin. »
« C'te madame-là est arrivée pour une raison. T'as pas d'affaire là-bas. »
« Toé non plus. »
« Chu dans le char, Stefanie. Faut ben que j'aie des affaires. »
« Tu t'en vas là, là? »
« Drette là, avant que t'aies la chance de me faire changer d'idée ou de me piéger pour que j'attende. »
« Cody, t'as pas encore nettoyé la cuisine! »
« Meghan a dû aller travailler, pis Lonnie est je sais pas où. »
« Le truck est là. »
« Lui y est pas là. »
« Je vas chercher les filles, pis on est supposés rentrer leurs affaires aujourd'hui. »
« Faut que tu t'attelles au char à Meghan. »
« Dis-le pas de même. C'est toé qui m'as arrêté hier, tu voulais pas que Mme King vienne, pis on avait le capot levé. »
« Faut le faire aujourd'hui. A revient, pis moé j'ai pas ça d'arrangé, »
« Il me manque genre trois minutes si tu viens tenir le connecteur au pare-feu. »
« Correct, let's go. Ouvre-moé c'te capot-là. »
« Faut que je glisse mon gros cul en dessous. Le jack a calé dans la terre. »
« Correct. Rentre là-dedans pis passe-moé le fil. »
« Laisse-le pas accrocher, Cody. Tire-le doucement. »
« As-tu fait ce que je t'ai demandé de faire? »
« Je l'ai fait, mais y a rien pantoute dans toute ça. C'est légit, Cody. »
« Comment ça, légit, câlisse? Le gars est un fraudeur d'impôt, pis sa bonne femme est une police. As-tu au moins demandé? »
« J'ai demandé. J'ai appelé la ligne, pis y m'ont demandé qui j'étais pis je leur ai dit que je voulais rester anonyme, pis y arrêtaient pas de dire qu'y pouvaient pas donner de conseils juridiques pis y essayaient d'avoir mon nom. C'est pas ce que tu penses. »
« C'est un voleur. Y ont mis Pedro en prison pour la même affaire. »
« C'est pas la même affaire. Passe-le loin du manifold pour que je puisse l'attacher au pare-feu. Pedro est allé en prison pour du trafic humain. »
« Commence par c'te 1099-là par exemple. »
« C'est pas un 1099. »
« C'te gars-là, faut qu'y dégage. »
« Cody, c'est un gars qui bâtit une maison, pis y nous donne une compagnie pour pas avoir à tenir une paye pis toute la paperasse qu'on faisait pour avoir nos chèques de paye. »
« C'est pas tant d'ouvrage que ça. »
« Parce que tu l'as fait tout croche. Le gars m'a fait renvoyer tes deux factures. »
« Je ferai pas la job à c'te gars-là pour lui, y donne une compagnie, y se vante à tous ses chums comment y est smatte de montrer à des singes à tenir les livres. Tout le problème, c'est ces Yankees-là qui descendent icitte, avec leurs ordis de luxe pour mettre un homme sur la liste de paye, y veulent pas le payer cash. »
« L'argent est bon, pis y dit que c'est une construction de deux ans. Cody! Tu fesses dans le jack! »
« Oh – t'aurais dû voir la face que t'as faite. »
« J'aurais aimé ça voir la face que t'as faite quand le Rottweiler t'est venu dessus de même. »
« Y a vieilli. La dernière fois que j'ai vu c'te chien-là, y étaient les deux, moé chu là-haut, je ramasse le ginseng, pis le gars monte avec sa mère dans son Lexus après qu'y ont acheté la place. Les chiens me sentent en haut du ridge, pis j'en ai eu plein les bras à me rendre de l'autre bord de la butte pis en haut du mirador. »
« Bizarre qu'y ait gardé les chiens – le même chien? »
« Ça a l'air. C'est pas mon chien. Comment je le saurais? Tu viens-tu pêcher à soir? »
« Man, faut que je travaille, Cody. Toé pis Lonnie au lac tous les soirs, ça a pas de bon sens. »
« L'autre soir on s'est faufilés dans la coulée à la place, Lonnie a pogné une barbotte, pis la lumière du cabanon s'allume, faut décrisser. »
« Trop frette la nuit pour pêcher, pis le gars va te mettre dehors si tu te présentes pas à l'ouvrage. »
« Y peut pas me mettre dehors. »
« Y peut tous nous mettre dehors. »
« C'te gars-là est un peureux, y mettra personne dehors, pis là y a besoin que sa maison se bâtisse. »
« Y va juste engager quelqu'un d'autre. »
« T'aurais dû le voir aujourd'hui, y avait un Mexicain là-haut, y parle espagnol juste comme eux autres. »
« Y parle espagnol? »
« Yep, juste comme eux autres. Y jasaient ensemble comme si de rien était. »
« J'espère qu'y engagera pas de Mexicains. »
« Qu'est-ce que ça peut ben te faire? »
« Cody, j'ai besoin de c'te job-là. On l'a jamais eu aussi bon. Des machines neuves, je travaille à mon rythme, tous les jours je vas chercher les filles à l'école pis y a personne qui me met de la pression – à part toé. »
« Je te loge, moé. »
« Pis je te remercie, mais tu fais comme si t'étais propriétaire, pis que tu me donnais le loyer gratis ou de quoi de même. »
« Comment ça, câlisse? »
« Tu m'as icitte avec ce char-là, tu fais comme si je te le devais. Chu ton chum, Cody, pis je vas t'aider parce qu'on est chums. »
« Pis moé je t'aide. »
« Qu'est-ce que vous faites, les gars? Je vous entends au fin fond du bois. »
« Jésus, Deddy. Tu m'as fait peur en tabarnak. »
« Mon gars, faut que tu fasses attention, laisser un homme te surprendre de même. »
« T'étais encore rendu là-bas, hein ? »
« Ouais, pis j'te voyais, mon gars, t'as quasiment crevé sur place quand le chien t'a sauté dessus. Pourquoi t'es resté planté là de même ? »
« Planté là ? Je grouillais tellement vite que l'horloge suivait pas. »
« Mon gars, tu sais ben que le chien à c'te gars-là c'est un tueur, un vrai de vrai tueur, pis toé tu restes là planté comme si t'avais pas une once de jugeote. »
« Mon œil. »
« Une chance que t'as fini par allumer. D'en haut sur la crête, ça avait l'air qu'y t'a manqué le pied de proche quand t'as fermé la porte. »
« Ça y est, a tient. Aide-moé à me relever. Cody. Aide-moé à me relever. »
« Rusty, comment ça va ? La place va se réveiller en masse avec tes filles qui viennent rester icitte. »
« Salut, Lonnie. Sont ben excitées. »
« C'est à soir, le soir ? »
« Ouais, aussitôt que Cody aura nettoyé la cuisine. »
« Pourquoi c'est moé qui nettoie, tu vas juste toute la remettre en bordel pour le souper ? »
« Mon gars, t'as-tu pas d'orgueil pantoute ? »
« Nettoie-la, toé, Pôpa. »
« T'es paresseux, mon gars. Je t'ai entendu hier soir, Meghan t'a dit de laver la vaisselle pis de la remonter sur la côte avant qu'a revienne de la job aujourd'hui. Au moins t'as travaillé sur le char. »
« Ouais c'est ça, tout ce que j'ai à faire c'est brancher c'te cosse-là – là, c'est beau. Pars-le. »
« Mon gars, qu'est-ce qu'y voulait dire, le gars, avec ton deux mille ? »
« Quoi, Pop ? »
« Avant que tu partes en beau maudit, le gars t'a demandé ce que t'as faite avec ton deux mille. »
« Pis ? »
« C'est quoi, ce deux mille-là ? »
« Pôpa, ça te regarde pas pantoute. »
« Ben certain que ça me regarde. T'es mon gars, pis tu fox la job, t'as une sacoche de jujubes tellement grosse qu'a l'air fausse, pis là tu mets la main sur le char à Meghan comme si t'avais de l'argent à brûler. »
« Pôpa, ça te regarde pas. »
Le gars a pas une once de jugeote. Y se trouve une job qui le paye plus dans une journée que moé je fais en quinze jours, pis y flambe toute ça en bonbons qui rendent fou pis en maudite patente niaiseuse qui vaut même pas les clips qu'y prend pour la coller là-dessus. Pis c'est qui qui arrête pas d'arracher les touches de mon ordinateur ?
« Y empire. »
« C'est de même toute la journée. »
« Y nous entend-tu ? »
Les entendre. Les petits trous de cul pensent que chu sourd en plus. C'est ça le problème, ces jeunes-là y répondent toute la sainte journée, c'est pas assez pire mon gars à moé, là y appelle du renfort. Tu vas voir, y va amener le Yankee icitte avec son vin pis son fromage, pis s'attendre à ce que je plie le genou, le gars qui m'a arraché tout mon menu que je peux pas manger sans c'te creux-là. Y se monte un château, y me laisse pas pêcher. Je vas y montrer, moé. Je pêche quand je veux, pis je m'en pogne des chevreuils aussi, n'importe quand que je veux, pis y a rien que c'te gars-là peut faire pour m'arrêter. Pis là le Boyd vient rôder alentour pis y bâtit une maison drette sur le seul chemin que Lonnie connaît pour rentrer dans le creux sans faire de bruit. Y l'a mis drette là, le seul chemin. Pis même si je passe ça, y a un chien tueur, c'te monstre-là c'est rien de plus que le reflet de son maître.
« Mon gars, t'as-tu appelé le gars des impôts ? Mon gars, tu m'écoutes-tu ? »
« Pôpa, je les ai appelés, pis y disent qu'y ont besoin de plus d'information. Je peux pas leur dire toute ce que je sais, y veulent mon nom, pis y disent qu'y donnent pas de conseils légaux. »
« T'as pas demandé de conseils légaux, t'as demandé la récompense pour dénoncer le Yankee, nous ravoir le creux. »
« Pôpa, faut qu'y fassent le chèque à quelqu'un pour donner la récompense. À qui y vont le faire, à toé ? À moé ? Ça marche pas. On a vécu sur l'argent des 1099 toute notre vie, pis on a jamais faite nos impôts. Y vont juste prendre le chèque de récompense pis le mettre sur nos propres impôts pas payés. »
Maudit gars, y a pas de colle dans le corps, y frappe un mur, pis le v'là qui lâche tout, vite arrivé vite parti. C'est ça le problème avec ces jeunes-là. « Rusty, t'es pas un lâcheux, toé, hein ? »
« Ben non, Lonnie. J'ai quatre filles qui m'empêchent de lâcher. Mes trois bébés, c'est toute la motivation que j'ai jamais eu besoin. »
« T'entends ça, Cody ? Rusty, y sait. »
« J'entends, Pop, mais ce qui te manque c'est du vrai terrain. Tu dis que je lâche, pis j'ai jamais dit que je lâchais. J'ai dit que c'est pas aussi facile que ça, juste passer un coup de téléphone, pis le gars s'en va avec les menottes. Pis si tu le fais tout croche, c'est peut-être moé qui s'en va en dedans. »
Y descendent icitte pour toute virer à l'envers, maudit hokey-pokey à jouer avec nos façons qui marchent depuis des centaines d'années, personne s'est jamais plaint de comment on se débrouille, on a pas besoin de leur aide, toute ce qu'y font c'est toute gâcher. Y changent toute, y font ça comme là d'où y viennent, sans jamais se rendre compte que là d'où y viennent c'est là qu'y ont sacré leur camp, pis y sont partis pour une raison.
« Pôpa, veux-tu pas aller chercher tes affaires que t'as laissées dans ta chambre, les amener dans ta nouvelle chambre ? Les filles emménagent à soir. »
C'est ça. Tout le monde, pis y changent. Y a resté dans c'te chambre-là toute sa vie, Moman l'a élevé là. Laisser toute ça derrière pour monter plus haut sur la côte. Pis le gars est pas capable de dire pourquoi. Tu y demandes pis y dit une plus belle roulotte. Tu y demandes pis y dit plus grand. Tu y demandes pis y dit une plus belle vue. Moé je dis que toute ce que je vois c'est le toit de ma maison pis un autre homme qui élève sa famille dedans.
« Pôpa. »
« Ouais, mon gars, je t'ai entendu. »
« T'entends-tu le moteur, Cody ? A va faire quarante-cinquante milles au gallon, là. »
« Ça va y montrer, au Yankee. »
« Pourquoi tu l'haïs autant ? »
« Je l'haïs, c'est toute. Je l'haïs. Y descend icitte, y nous dit comment vivre, comme si on voulait pas mieux. Je m'arrange mieux sans lui. C'est pas lui qui m'a monté sur la côte. C'est pas lui. C'est pas lui pantoute. Je vis ma propre vie, je me trouve ma propre job. Rusty, pourquoi on remet pas l'annonce sur Facebook, réparer des machines sur place ? »
« L'annonce est là, Cody. Mais la plupart des appels, c'est des jobs trop grosses. »
« Comment ça, trop grosses ? »
« Cody, on a pas de grue, on a pas de set de douilles trois quarts, on a aucun moyen de réparer la plupart des appels qui rentrent. Pis là on peut pus en prendre pantoute parce qu'on travaille déjà. »
« Sacre ton camp. Le gars fait rien. »
« Cody, je peux pas juste sacrer mon camp. J'ai besoin de c'te job-là. Câlisse, je l'aime c'te job-là, pis je vas pas la scrapper pour que toé tu scrappes la tienne. »
« Comment tu peux dire que t'aimes c'te job-là ? T'étais drette là avec moé pour toute, rentrer dans les arbres, fucker les machines. »
« Non, Cody. T'arrêtais pas avec trop de graisse pour serrer les chenilles, pis là tu m'as mis dans le skid pis c'est comme conduire une roche sur le chemin. Je dois deux mille piasses au gars, pis…
« Tu dois pas un crisse de cent à c'te gars-là. Y est assez cave pour te donner de l'argent, tu le prends. Une avance sur la paye, mon cul. »
« Cody, je dois deux mille piasses d'ouvrage à c'te gars-là, pis là faut que je tourne en rond à charrier c'te terre-là, je me fais brasser dans la cabine, j'ai mal dans le dos. »
« Mais la fuite a ben pogné sur la roue folle, hein ? »
« La senteur me donne mal à tête. »
« Ça va finir assez vite. Le gars dit qu'un gars qui travaille, y se fait payer. Un gars qui attend des pièces, y se fait payer. Tu vas voir. C'est un menteur. »
« Ça marchera pas, Cody. Y va juste te mettre sur d'autre chose. »
« On verra ben. »
« Stefanie, je m'obstine pas avec toi là-dessus. »
« Je m'obstine pas. »
« C'était ma réplique, ça. »
« Michael, vas pas là sans moi. »
« Fâche-toi pas, Stefanie. »
« Chu pas fâchée. »
« Je jouerai pas à devine-mon-émotion avec toi. »
« Michael. »
« Regarde. Moi je peux être ici, pis toi tu peux pas. »
« C'est une rue publique. »
« Mais t'es une police, pis ça rend ce que je fais illégal pour toi. »
« C'est pas illégal. »
« C'est sous le couvert de ta fonction. »
« Non, c'est pas ça. »
« Pis tu sais que oui. Pis si j'arrive là, pis que le gars me voit ? J'étais à un pied de sa face y a trois heures. Pis s'il se fâche ou… »
« Exactement, pis t'es là tout seul, avec ton poumon. C'est pas Amsterdam, icitte. »
« Stefanie, chu dans une minivan. Les vitres sont teintées. J'ai un gun pis une pédale à gaz – c'te bébelle-là est étonnamment rapide, bizarre par exemple de sentir un moteur quand je pèse sur le go. »
« Non. Pas de distractions. Vas pas là. Chu dans le sally port, pis y vont sortir dans une minute avec mes papiers. Je peux être là dans quinze minutes. »
« Dans un Explorer de police. Ouais, c'est ben rationnel. »
« Je peux embarquer dans la minivan. »
« Quoi, tu parkes juste ton véhicule de l'État avec les shotguns pis Dieu sait quoi d'autre dans le stationnement du Sonic abandonné, pis tu embarques dans la minivan pis tu t'en vas ? Ça va marcher numéro un. »
« Michael. »
« Regarde. Ça se passe. Chu presque rendu. Tu peux continuer à me distraire, ou ben tu embarques pis tu te prends la meilleure place que tu peux dans le manège. »
« Tu vas me payer ça. »
« La salle des délits mineurs..? »
« Merci, Ted. »
« Qu'est-ce qui est arrivé à la Camry ? »
« C'est vrai, ça fait un boutte que je t'ai pas vu. Comment ça va ? »
« Ça va ben, je les enregistre, je les nourris, je les relâche quand on me le dit. »
« Rince pis recommence. On a mis la Camry à la retraite. Ça faisait trop comme kidnapper quelqu'un sur sa galerie. »
« La première fois que la barrière s'est ouverte sur c'te bazou-là, j'ai tout de suite pensé à la liste, qui c'est qu'on a icitte qui est à la veille de se faire sortir de prison. »
« Celle-là mêle moins le monde. »
« Désolée, je peux pas jaser. Au suivant. »
« Je vas t'ouvrir la barrière. »
« À la prochaine, Ted --- T'es encore là ? »
« J'écoute, c'est toute. »
« T'es rendu où ? »
« Je tourne sur Boyd's Creek, là. »
« Laisse-moi sortir, pis je vas ouvrir la carte. »
« C'est la petite genre rue de côté, celle qui genre longe Chapman, genre en arrière de tous les commerces. »
« Je sais où c'est. J'avais toute planifié ça, pis tu me l'as volé. La salle des crimes. »
« Un crime. C'est du sérieux, ça. Ça va me prendre un avocat. »
« Deno a pas un crisse de dossier sur ces accusations-là, mon chum. »
« C'est trois virages, là. Je peux probablement le voir, pis je le sais même pas encore. »
« T'es-tu sur Humphrey ou Howard ? »
« Humphrey's. Le v'là. Je le vois à travers les cours. Je tourne, là. »
« C'est comment ? »
« Je passe devant sa rue. Y est littéralement à une intersection à trois, genre en rentrant dans le quartier, sa maison c'est celle que tes phares éclairent quand tu t'arrêtes au stop. »
« Quoi d'autre ? »
« J'essaye de virer de bord. Deux entrées de cour une à côté de l'autre, une pancarte défense de virer. »
« C'est toute un rond. Fais juste le tour. »
« C'est un développement – genre années quatre-vingt-dix. Classe ouvrière. Des trucks de job pis des GMC dans les entrées, des bazous aussi. La boucle extérieure c'est comme un quartier qui était un quartier avant que l'affaire en dedans du rond soit bâtie. Toute est plus vieux, des bungalows d'un étage, des terrains plus grands. Y en a d'entretenus, d'autres pas. »
« Seymour. »
« Ouais, l'Amérique. »
« Tu fais-tu le tour au complet ? »
« Oui. La première affaire que je remarque, c'est que le développement en dedans est en arrière du prix du marché. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Je veux dire, genre, c'est toutes des vitrines de réussite de classe moyenne, ça devrait être plus manucuré, de la fierté dans le gazon coupé, de la compétition. Genre, c'est surtout du revêtement de vinyle, une façade de brique en avant, un garage double, une entrée en béton, mais y a pas de – rénos ou quoi que ce soit. Y ont toutes les mêmes portes de garage en acier qui venaient avec la maison, les portes d'entrée de base du contracteur. Y a pas d'érables japonais – attends, y en a un. L'aménagement paysager, c'est pas correct. »
« T'es où ? »
« Chu presque revenu à l'entrée. Mon Dieu, sa maison ressort. »
« Ben certain. Tu la cherches. »
« Non. C'est différent. Je rentre, là. Aucune des maisons a une clôture à part la sienne. Y a une clôture Frost tout le tour de la cour de côté pis de la cour d'en arrière. C'est un terrain double avec le deuxième à droite pis la clôture enferme toute ça. Toute l'affaire, c'est une cour à chien. Tu peux voir que le sentier le long de la clôture c'est toute de la terre nue pis des mauvaises herbes dures en dessous de la clôture. »
« Y est-tu là ? »
« Je peux pas dire. J'ai pris à droite, pis ce que j'ai vu de l'extérieur, je le sens en dedans. Les maisons sont toutes assez entretenues – sauf la sienne – les gazons sont coupés, mais y sont pas désherbés. Aucune entrée ou allée de porte est taillée sur le bord. »
« C'est l'hiver. »
« C'est mars dans deux jours. Ça a été chaud toute la semaine, pis y a aucun signe de vie dehors qui traîne. »
« Y a-tu des chars dans les entrées ? »
« Y en a. Comme j'ai dit, c'est surtout des affaires plus neuves. C'est comme une salle de montre de Terrain jusqu'à un certain point. Une Acadia. Y a pas mal de chars dans les entrées, en fait. »
« Les garages sont pleins. »
« Bon œil. Pas de sous-sols icitte. C'est trop cher. »
« Des drapeaux de cour ou des lumières de Noël ou quelque chose ? »
« Non. Y a pas une petite bannière ou un nom de famille ou un panier de basket. Assez épeurant pour l'Halloween, par exemple. »
« Ouais, le rêve mouillé de tous les parents, que leurs enfants passent l'Halloween dans le quartier du pédophile. »
« Celle-là est abandonnée. Pas de rideaux, pas de stores. A l'a une de ces pancartes de bois WELCOME sur la galerie d'en avant. »
« Hobby Lobby va être tellement fier. »
Y en a une autre de vide. Tu peux voir drette à travers la grande fenêtre jusque dans la cour d'en arrière du gars. Y en a une autre. Toutes les autres sont dans une espèce de stase ou – c'est comme un film de fin du monde. »
« Personne pantoute dehors ? »
« Pas une âme. Je veux dire, tu t'attends à voir pas mal de stores fermés dans un développement, mais ça, c'est irréel. Je m'attends à voir genre une grosse pancarte de quarantaine de la FEMA d'une seconde à l'autre. »
« T'imagines-tu l'arrêt d'autobus le matin ? »
« Oh mon Dieu. Je gage que c'est genre drette là. Sa maison est en plein centre du rond pis drette à l'entrée. »
« Pas question qu'y prennent l'autobus scolaire. »
« Y a pas une pancarte à vendre dans tout le quartier, même pas sur celles qui sont abandonnées. Y en a une autre. Vide. Ça fait trois sur quoi, genre cinquante maisons. »
« La carte en montre à peu près cinquante, ouais. T'as-tu fait le tour ? »
« Presque. La sienne est à gauche. Les plus grands arbustes de tout le quartier, c'est les siens. Y a celui-là à côté de l'entrée – pas un arbuste en fait, c'est un frêne qui a poussé dans la ligne de clôture pis qui a juste continué à pousser – qui cache une vieille IROC-Z qui a pas de capot en avant pis des pneus à plat, rentrée de reculons, oubliée. Y a pas une goutte de genre lumière ou whatever dans la maison. Chaque store est fermé tellement serré que tu peux même pas dire si quelqu'un reste là-dedans. Le revêtement est genre décoloré pis vieux, mais c'est genre – là où la pluie coule comme sur les murs, c'est sale – mais pas juste sale. Là où d'habitude ce serait lavé à pression à tous les ans ou deux, ça, ça a été laissé s'accumuler, pis ça a l'air d'une horloge de Dali, qui fond le long des côtés. »
« C'est tellement épeurant. »
« Je sors, là. T'es où, toi ? »
« Chu en route de la prison à chez Karen pour aller porter mon char de job. »
« Aller le porter ? »
« Tu penses quand même pas que t'es le seul qui a le droit de voir ce quartier-là ? »
« Voyons, y a un vrai de vrai méchant avec une histoire digne d'un de tes Dateline qui est propriétaire de notre servitude pis qui contrôle tout notre sentiment de paix pis de sécurité. »
« Je sais pas pour toute ça. »
« S'il déménage. Genre le seul terrain constructible sur toute sa terre, c'est le petit coin plat en face de notre cour à équipement. Pis faudrait passer devant sa maison dans notre propre entrée juste pour se rendre chez nous, pis si t'avais vu ce quartier-là, tu verrais exactement comment ça doit se sentir. »
« Oh, je vas le voir. »
« Attends, Stef. Vas pas là toute seule juste parce que t'es fâchée contre moi… »
« Chu pas fâchée. »
« Au moins prends la minivan. »
« Je m'en vas pas là-bas dans le même char qui vient de faire le tour du quartier au ralenti. Y a quelqu'un en arrière de tous ces stores-là, pis y vont appeler la police s'y voient le même char faire le tour du bloc deux fois. »
« Tu vas pas y aller dans ton propre char. »
« Pourquoi pas ? »
« Pis si… »
« Pis si quoi ? »
« Pis s'il te voit ? »
« Y me connaît pas, pis t'as dit toi-même que c'est toute des Terrain pis des Acadia. Le mien va se fondre dans le décor. »
« Tes vitres sont pas mal teintées. T'es où, là ? »
« Chu sur Wear's Valley Road. »
« Mon Dieu. T'es partie de la prison jusqu'à… Tu te sers-tu des freins des fois ? »
« Juste en dernier recours. »
« Viens me chercher. Je m'en vas avec toi. »
« Salut, Rusty. T'as des jambes blanches en tabarnak, mon frère. Où c'est qu'y est ton petit chum ? »
« Y fait soixante-dix dehors. Je sais pas où y est. Je l'ai appelé genre six fois, pis y a pas répondu au téléphone. »
« Y aime pas travailler sous la pluie, ça c'est sûr. »
« C'est vrai, mais y est pas supposé de mouiller avant le dîner. »
« C'est un planificateur. Pis la nouvelle place ? »
« C'est correct. On a installé les filles hier soir, pis on va installer notre chambre à soir. »
« Tu vas pas t'ennuyer de dormir sur le divan, ça c'est sûr. »
« Le plancher. »
« T'as dormi sur le plancher ? »
« Ouais, c'était plein chez mon frère, pis le motel avait juste deux lits. »
« Mon chum, t'es un meilleur homme que moi. »
« J'en suis pas si sûr, t'es pus dans Hardin Valley, ça c'est sûr. »
« Je prends ce creux-là n'importe quand plutôt qu'un motel sur un stationnement de gravelle à écouter le trafic de Chapman Highway toute la nuit. »
« Mon homme, tu niaises pas. Ça fait quasiment un mois qu'on est dans c'te motel-là – avec les voisins pis le bruit tout le temps, les filles debout dix fois par nuit, qui s'endorment dans leurs céréales tous les matins. »
« Ces règlements niaiseux-là ont pas de bon sens. Comment c'est mieux de lâcher une maison pleine avec ton frère pour aller rester dans un motel bruyant plein de drogue ? »
« Mon chum, y avait la police aux trois jours, deux prostituées qui restaient là pis une gang de familles désespérées qui essayaient d'étirer la cenne, jamais capables de passer le milieu du mois. »
« La bureaucratie. Ça a pas besoin d'avoir du bon sens tant qu'y peuvent cocher la case pour se couvrir le cul. »
« Les filles ont une chambre astheure, pis je peux pas assez te remercier, toé pis Stefanie. Personne a jamais embarqué dans ma vie de même avant. Vous nous avez sauvé le cul, Michael. »
« Insérer distraction de sentiments ici. »
« Ouais. Sache-le, c'est toute. »
« Je le sais. »
« Fait que, qu'est-ce qu'on fait ? »
« Reprends l'assise de la maison, coupe les grands paliers. Couper de la terre, charrier, pis recommencer. »
« Le skid a besoin d'une minute. Je chauffais hier, pis la chenille est trop serrée. Je vas péter le joint sur la roue folle si je relâche pas de graisse. »
« Pourquoi est si serrée ? Qui c'est qui l'a graissée en dernier ? »
« Je sais pas qui l'a graissée en dernier, mais qui que ce soit, y a mis un tube au complet là-dedans, »
« Content que tu l'aies remarqué. »
« Pouvais pas le manquer, ça roule sur la gravelle comme un tamis vibrant, ça me brasse les gosses drette dans le tas de résidus. »
« Gold Rush. Belle image. C'est quoi la solution, enlever la plaque pis purger le graisseur ? »
« Plus ou moins. Ça prendra pas vingt minutes, »
« Les meilleurs plans des souris pis des hommes. »
« Ouais, c'est ça. »
« Tu gages-tu que Cody va venir travailler sur ses Legborghini ? »
« Y viendra pas. »
« C'est plate. Mets-toi-z-y avant la pluie. Je vas être dans le shed. »
« Allô. »
« Allô. »
« Qu'est-ce qui se passe avec vous autres, les boyzos ? »
« Je viens d'installer Rusty. Tanner pis Devin viennent d'arriver en bas, pis j'ai un courriel du gars du puits qui dit qu'y s'en vient à 9 h à matin. »
« Oh, ça, c'est inattendu. »
« Ce serait le fun qu'y se montre la face c'te fois-citte. »
« Ça prend combien de temps, creuser un puits ? »
« C'est pas long. Si je réussis à avoir quelqu'un icitte qui fore. »
« Ça se peut pas que ce soit si dur d'avoir un puits. »
« ça devrait pas, mais ça l'est. Pis la compagnie Sampson ? »
« Voyons donc ? »
« La compagnie de puits, Samson. »
« --- Atlas, Michael. Le nom, c'est Atlas. »
« Du calme, Dalila. Atlas a-tu rappelé ? »
« Non, pis la madame de chez Corum répond pus à mes appels. »
« C'est laquelle qui a acheté les clients de Sterling Hair ? »
« C'est le gars qui revient aujourd'hui. »
« Attends. J'ai rencontré juste un gars de puits icitte, pis c'était le gars qui faisait comme s'il pouvait commencer c'te semaine-là pis qui m'a jamais rappelée. »
« Je me souviens pas de lui. »
« Grosse distribution de personnages icitte. »
« Peu importe. Si on trouve un gars de puits, ça va prendre combien de temps avant qu'on ait un puits ? »
« c'est un puits avant la fin de la journée si quelqu'un se montre avec un truck de forage. La seule exception c'est le gars de la pompe – certaines compagnies de forage installent la pompe pis toute, mais d'autres c'est des services séparés. »
« Fait que, c'est compliqué. »
« Ouais. J'ai un autre entrepreneur général au dîner. C'est quoi ta journée ? »
« Moi c'est superviser la collecte de preuves sur le site du mandat pis faire l'inventaire. »
« J'adore un bon avocat de la défense. »
« Jusqu'à ce qu'y me fassent inventorier les post-its. »
« Chialeuse. »
« Inventorie les post-its, d'abord. »
« Non. J'ai mes propres troubles. Cody a pas rentré à matin, pis faut que je fasse creuser c'te trou-là – toi qui as invoqué l'univers hier soir pour faire fermer mon chantier. »
« De quoi tu parles, voyons ? »
« Tu m'as fait parler à voix haute hier soir de creuser une fondation sans permis. L'univers aime pas qu'on se vante. »
« Cody a pas rentré… c'est là que t'étais rendu. »
« Ouais. Rusty a appelé pis le jeune a jamais répondu. »
« T'es-tu fatigué ou quelque chose ? »
« J'ai-tu l'air fatigué ? »
« Ça a pas de bon sens, c'est ça l'indice. »
« J'ai été debout souvent hier soir. Moi pis Bad Kitty on écoutait la télé, mais a voulait pas se poser nulle part. La tête qui se relève, a regarde alentour, a fixe la porte, la queue qui frétille. »
« Agitée ? »
« Je veux dire, d'habitude cinq minutes dans America, The Story of Us pis j'ai le coude mouillé de bave. »
« J'ai pas eu de notifications Ring. »
« Moi non plus, mais la minoune sonnait l'alarme toute la nuit. »
« Les chiens règnent, les chats bavent. »
« La minoune marche ben correct. A te traite juste pas comme si t'avais pas assez de jugeote pour écouter. »
« D'accord. La minoune est subtile. »
« Pas besoin de japper pis de rebondir partout. Y a quelque chose dehors. »
« Quelque chose ou quelqu'un ? »
« Je parle pas chat. »
« Clover me le dirait. »
« Du calme, Berkowitz. »
« C'est juste un malaise. Pas juste hier soir non plus. Je suis sorti avec elle une couple de fois, pis a fixe la crête, a se revire de bord pis a veut rentrer dans le shed. »
« C'est épeurant. »
« Ça a ses moments. »
« Mais rien de concret ? »
« Non. Je vas faire finir l'installation du pêne dormant à Tanner aujourd'hui, pour ce que ça va donner. »
« C'est une bonne idée. »
« Ouais, mais c'est des portes françaises, Stef. Un petit loquet d'un bord pis un pêne dormant de l'autre. »
« Tu viens-tu de me sauter dessus pour tes propres failles de sécurité ? »
« Peut-être. Je vas appeler Bill aujourd'hui --- Hey Tanner, entre. »
« Quoi de neuf ? »
« Salut. Pas de Cody aujourd'hui. T'es… »
« Veux-tu que je l'appelle ? »
« Non. Je veux dire, c'est ton affaire, ça. Je faisais juste expliquer ce que j'allais expliquer sur ta journée. »
« Parfait, d'abord. »
« Échange de place avec Rusty. T'es dans le skid steer aujourd'hui. Mets Devin sur la clôture à érosion. »
« Y voudra pas --- Michael. Lâche le téléphone pis rappelle-moi. »
« J'allais te faire parler de Boyd à Tanner. »
« C'est ta job, ça. »
« T'as posé une douzaine de questions. »
« Plus pertinent. »
« Correct. Je t'aime. »
« Je t'aime aussi. »
« Fait que, moi sur le skid. Devin fera pas grand-chose sans un deuxième gars. »
« Y peut planter un piquet pis mesurer pis planter le suivant. »
« Ça fait assez longtemps que chu pus sur l'équipe de creusage – les déblais s'en vont où ? »
« La dernière instruction à Cody c'était, tant que c'est du dessus de schiste qui s'effrite, empile ça le long du chemin en haut. L'as-tu vu ? »
« Oui. Fait que je le prends, pis je l'entrepose juste sur le chemin forestier – en tas comme Cody les a faits ? »
« Plus ou moins. Éventuellement, Robby va passer pis y va installer le champ d'épuration là-bas juste au-dessus de la cour à équipement, pis on va placer les poteaux solaires dans le champ ouvert qu'y va créer en le faisant. Le schiste entreposé va servir pour le chemin d'en haut icitte jusqu'au virage en épingle pour rentrer dans le garage en arrière de la maison. »
« Fait que, le schiste en tas comme Cody les a faits. »
« Ouais. Comme j'ai dit. On va se servir de ça pour faire le chemin à travers la forêt icitte, pis ce qui va rester va être la base du chemin jusqu'où on va installer le solaire permanent. »
« Je vas faire commencer Devin sur la clôture à érosion. »
« Niaise pas. Du temps chaud de même aussi de bonne heure pis de la pluie qui s'en vient, ça veut dire un front orageux dans ce temps-ci de l'année. »
« ---C'est qui, ça ? »
« Je sais pas. Le gars du puits doit arriver à neuf heures, mais y est juste 8 h 30. »
« C'est un truck de job. »
« Premier indice ? »
« La grille toute pétée. »
« Y arrive en fou. »
« Y a peur de pas monter la côte. »
« Sérieux – hey, ralentis, ralentis ! »
« Jésus ! »
« Hey – HEY ! Ralentis, mon chum. »
« Mon Dieu, es-tu malade ? »
« Sainte-crisse, comment j'étais supposé de savoir qu'y avait un étang icitte ? »
« En chauffant comme si t'avais du bon sens, peut-être. »
« Y a raison. »
« Même ton propre gars le voit. »
« Moi c'est Don. Ce mannequin d'essai de collision-là c'est mon gars, pis y vient quasiment d'apprendre sa leçon une fois pour toutes. »
« Salut, Don. Moi c'est Michael. »
« Lui c'est Tanner. Vous allez-tu sortir du truck, ou ben y vous a fait peur ? »
« Je peux pas sortir assez vite. »
« Ton gars ? »
« Johnny. »
« Salut, Johnny. Tsé, on a eu quelques personnes qui sont montées jusqu'en haut, mais ça, c'était de l'engagement. Tous les autres ont apporté une canne à pêche au lieu de les pogner dans le compartiment moteur, par exemple. »
« Crache la gravelle, bébé. T'as un chemin de même, un homme va le rider. »
« Ça explique la grille. »
« Fait que, euh, je vas aller appeler Cody. »
« Fais pas ça pour moi, par exemple. Si ça dépendait de moi, je le laisserais disparaître tranquillement. »
« Comment ça marche ? »
« On en reparlera plus tard. J'appelle ça le principe de Porfiry. »
« Ça, c'est un nom. »
« Y a tout un monde académique, mais Cody montera pas défait, engourdi pis sonné. »
« Fait que, c'est de la terre charriée en tas. »
« Ouais, pis on peut parler de Cody au dîner. »
« C'est beau, bossman. »
« Trou de cul. »
« Regarde-moi ça, Johnny. C'est comme à maison. »
« Ouais, sauf que toé t'es boss des bécosses. »
« Y est boss des bécosses lui aussi. Juste différent. »
« Ah ben bravo, on est repartis là-dessus. Écoute. Laisse-moi commencer avec Don. Pour astheure, y va mouiller, pis faut sortir les déblais de là pis y mettre un nivellement, sinon on va se tourner les pouces en attendant que ça sèche. »
« Le puits va où ? »
« Par là, je vas te montrer. »
« C'est un gros site. Tu fais-tu toute la job toi-même ? »
« Moi pis les gars on fait le terrassement, mais on va engager un entrepreneur général pour la construction de la maison comme telle, pis chu définitivement pas un gars de septique. »
« Qui c'est qui a foré tous ces tuyaux rouges-là ? »
« Mon chum, c'te histoire-là est plus longue que la marche. Version courte. On était pas capables de monter l'électricité par l'entrée, fait qu'on a faite un petit forage de là-bas jusqu'icitte pour l'énergie solaire. »
« Pis le ruban sur le piquet ? »
« C'est là que l'arpenteur a commencé – sa station de base. »
« Ces panneaux solaires-là vont-tu faire toute la maison ? »
« Déjà vu, j'ai l'impression d'avoir déjà eu c'te conversation-là. »
« Je gage que tout le monde le demande. »
« C'est cool, en fait. On a mis la fourche dans le chemin en bas y a juste une couple de semaines, pis l'idée c'est d'enlever le chemin que t'as pris par en arrière de la digue pis de commencer à pousser le monde vers la maison à place. »
« Qu'est-ce qu'y a de cool là-dedans ? »
« Ben, on a mis la fourche, pis tout le monde choisit encore la branche de droite pis monte la côte jusqu'icitte. »
« Ce chemin-là a l'air plus établi. »
« Ouais. Je travaille là-dessus. C'te fourche-là mène icitte pis logiquement le long du bord de l'étang – marche par icitte – ça longe le bord de l'étang, pis tu peux voir qu'on paille ça avec le broyeur forestier – pour garder ça naturel. »
« Ça sent bon en masse par exemple. C'est-tu du Sourwood ? »
« Des jeunes peupliers aussi. Y a du copalme là-dedans. »
« Quand c'est que t'as broyé ça ? »
« Dans les deux dernières semaines. »
« J'aimerais ça que mon paillis sente de même. »
« Ouais, mais le tien c'est pas des gros morceaux pis des billots à moitié écorcés dans le mélange. »
« Bon pour le chemin, par exemple. »
« C'est un peu ça l'idée. On paille ça pour que l'espace entre l'assise de la maison pis l'étang reste naturel. »
« C'est ça que tu creuses là-haut à gauche ? »
« Exactement. On fait juste les paliers là, pis après on va descendre ça raide dans un trou de sous-sol une fois qu'y sont faits. »
« Je vois ça. Ça va être un sous-sol walk-out par exemple, hein ? »
« Oui, icitte du côté de l'étang. Du côté de la côte, ça va être sous terre. »
« C'est une belle place. Un peu en montée par exemple, hein ? »
« Ça arrête jamais de donner. »
« C'est-tu --- c'est-tu une soucoupe Directv, genre qui marche ? »
« Johnnie, j'avais oublié que t'étais en arrière. »
« Mon chum, faut aimer ça faire du hors-route icitte. »
« On est un peu plus paisibles que toute ça. »
« Tant pis pour toé, j'imagine. C'est quoi l'affaire avec le câble de la soucoupe tout enroulé, genre tu sors-tu la tv icitte pour l'écouter dans la bouette ? »
« Wow. J'y avais pas pensé. Tu vois comment y creusent pis charrient les déblais là-haut ? »
« Ben, ouais. »
« Le shed au bout de c'te petit bout de paillis-là, c'est là que je reste. On enroule la couple de cents pieds de câble le matin pour pas rouler dessus quand on charrie les déblais, pis à la fin de la journée y le déroulent pis le passent jusqu'au shed. »
« Je veux dire, je comprends, mais comment t'as fait pour les convaincre d'installer ta TV de même ? Moé je suis pas capable de faire faire quoi que ce soit aux gars d'installation si la maison est pas exactement prête. »
« Tu bâtis des maisons, Don ? »
« Moé pis mon frère on est pas mal occupés. On a commencé à forer des puits, pis on y a bâti une maison, pis après on en a bâti une pour Moman, pis une chose menant à l'autre, astheure on bâtit plus de maisons dans une année que de puits qu'on fore. »
« Ça vous met-tu ben loin dans les dates de forage ? »
« Je veux dire, on a du retard, mais on essaye de prendre ceux qui sont sous pression pour le certificat d'occupation pis les faciles. »
« Celui-là, y est-tu facile ? »
« Probablement pas mal facile. C'est toute de l'eau icitte. »
« Plein de sources. »
« Tu sais-tu où tu le veux, déjà ? »
« On s'en vient là. Juste passé le shed icitte. »
« Tu restes vraiment là-dedans ? »
« Cent pour cent. »
« Le chat dans la fenêtre d'en bas, c'est une belle touche. »
« Attends. A se tient là de même juste quand a veut sortir. »
« Tu la lâches de même ? »
« Ouais – envoye, Kitty. Sors. Reste pas plantée là toute la journée. Kitty, on a de la visite, pis chu occupé – envoye, mon chum. Dehors --- Tu vois-tu ça ? »
« Je le vois. Pis je vas le dire. »
« Dire quoi ? »
« T'es mené par la chatte. »
« Bouuuuh. À qui tu vas le dire, de toute façon ? »
« J'ai parlé à Natalie chez Rose Drilling. A m'a dit que tu les avais appelés aussi, pis Corum. Tu veux un puits pas mal fort, hein ? »
« C'est un peu épeurant. »
« C'est un petit groupe serré. Plus d'ouvrage qu'on est capables d'en prendre, pis on fait un appel conférence tous les lundis pour se diviser la charge. »
« C'est en masse épeurant. Fait que tous les clients sont en beau fusil, pis vous autres vous êtes assis à rire d'eux autres les lundis ? »
« Non, les lundis on s'organise pour servir le gros besoin pis prendre les priorités en premier – après si on est dans un quartier en particulier, pis qu'y a un client pas loin qui attend, on prend celui-là aussi, pis après on descend la liste. »
« Fait que c'est pas premier arrivé, premier servi ? »
« Y a une couple de gars là-dehors qui sont pas dans le comité, mais en gros nous autres avec des numéros listés, on est bookés jusqu'en haut. On a un gars icitte sur Dripping Springs c'te semaine, par exemple. »
« Le puits doit aller icitte. L'assise de la maison s'étend un peu à cause de la côte, mais c'te coin-là est en dehors de l'excavation. »
« Tu vas devoir niveler ça. »
« Ton truck a-tu pas des tarières ? »
« Des pieds de nivellement, oui, mais on aime ça pas mal propre pis prêt quand on arrive. »
« Pas de problème, on peut le mettre au niveau avant la fin de la journée. »
« J'en doute. »
« Mon chum, on est des pros. »
« J'ai monté l'entrée. »
« Pas encore ça. »
« Je doute qu'on soit capables de monter une foreuse sur c'te chemin-là. »
« Je veux dire, on monte des trucks de roche chargés au complet icitte. »
« T'as-tu déjà eu un truck à béton ? »
« Pas encore. »
« Ben, j'imagine qu'on va voir. Appelle-moé la semaine prochaine quand t'auras une plateforme au niveau icitte. »
« Je peux avoir une plateforme au niveau icitte dans une heure. »
« On verra. Appelle-moé quand t'as une plateforme au niveau. L'étang, y a-tu du poisson ? »
« Oh ouais. »
« Des gros ? »
« Y est trop petit pour ça --- fait que quand j'aurai fini la plateforme, tu peux forer le puits ? »
« On va regarder ça une fois que t'auras la plateforme. Le ruisseau coule-tu de même à l'année ? »
« Je sais pas. Je l'ai juste acheté en novembre, mais ça a été de même tout le temps que chu icitte. »
« Un si beau son. »
« C'est comme une fontaine qui gargouille toute la journée. »
« T'es un homme chanceux. »
« Quand tu dis ça la deuxième fois, touche du bois. J'ai attendu ça toute ma vie. »
« Ça valait l'attente. »
« J'adore ça icitte. »
« Ça a dû être salissant de mettre le pont. »
« C'était pas facile, mais on a eu un peu de chance la première journée quand on a dû creuser dans le ruisseau, y faisait tellement froid, pis le petit ruisseau était gelé --- au moins jusqu'à ce qu'on creuse dedans, après ça a coulé régulier régulier drette au milieu entre les pierres de semelle, pis ça a coulé propre pis régulier en dessous du cadre qu'on a bâti pour poser les roches pour construire l'arche. »
« L'eau en dessous de l'excavation, c'est un bon signe qu'on va frapper l'eau de bonne heure. »
« J'aimerais un puits profond. »
« Pourquoi ça ? »
« J'aime ça qu'y gardent de l'eau dans le tuyau. »
« Pourquoi ? Ta pompe est dimensionnée pour le taux de remplissage ? »
« Ouais, mais l'eau de surface rentre, pis un peu d'eau dans le tuyau dilue le limon en descendant jusqu'à la pompe. »
« Je vois ce que tu penses, mais si c'est tubé pis cimenté comme du monde, l'eau de surface devrait pas s'approcher. »
« Quand je vas murmurer ça au bon Dieu, je vas y dire que c'est toi qui l'as dit. »
« Fait que, la maison va être prête quand ? »
« On a même pas d'entrepreneur général encore –-- à moins que ta division de construction de maisons ait une ouverture. »
« As-tu un plan ? »
« Oui. »
« Tu l'as-tu icitte ? »
« Oui. »
« Veux-tu que je le regarde ? »
« Oui, je le veux. »
« Y est où ? »
« Rentrons la chatte, pis je vas aller le chercher. »
« A reste-tu juste assise sur la galerie de même toute la journée à regarder ? »
« Non, d'habitude a s'assoit en dedans pis a regarde par le carreau d'en bas dans la porte – a juge. »
« Fait que vous avez bâti le shed aussi ? »
« C'est les gars. C'est des jeunes pas mal brillants. Envoye, Kitty, en dedans. »
« Y sont partis un peu fou avec le bardeau de cèdre, mais y ont faite une ben bonne job --- oh wow, tu restes vraiment là-dedans. »
« À cœur de journée. »
« Depuis combien de temps ? »
« Ça fait à peu près dix gels que chu icitte. »
« Le plafond est isolé, as-tu faite les murs ? »
« Ouais, mais vingt c'est vingt. »
« Ben voyons, t'as une petite chaufferette pis un frigidaire. Je pourrais faire ça, moé. »
« Johnny --- tsé quoi, t'adorerais ça. As-tu besoin d'une liste de bois de take-off ? »
« Quoi ? »
« Un take-off, mon gars. Comme une soumission. »
« Je le bâtirais avec nos retailles. »
« Fais attention, Don. Y a un rêve --- le v'là. »
« Johnny, pose-toé quelque part. »
« Pogne la chaise pliante, mon chum. »
« Déroule-le icitte. C'est quoi c'te boîte-là ? »
« C'est les batteries. »
« Toute l'affaire ? »
« A l'a-tu l'air grosse ? »
« T'as genre, quoi, un shed de seize pieds icitte, pis tu restes dedans. Une boîte de contreplaqué de huit pieds – c'est gros. »
« Ouais. Mais c'est un bon bureau aussi. Ferme juste l'ordi pis glisse le rouleau en dessous. »
« C'est une grosse place. »
« C'est un deux chambres. »
« Quand même, soixante-cinq pieds par soixante et un pieds, ça fait presque quatre mille pieds. »
« Attends, ça c'est avec les seize cents pieds de decks. »
« Fait que, vingt-quatre. »
« C'est juste. »
« Je pense que le plan dit vingt et un cents. »
« Charpente en deux par six. C'est bon, ça. Je peux-tu prendre celui-là ? »
« Celui-là c'est le mien. Y a l'arpentage relié en arrière. »
« C'est un bon plan. Houseplans point net. Ceux d'Internet sont pas bons de même d'habitude. »
« As-tu le temps de faire une soumission ? »
« Ben, ouais. C'est-tu venu avec un take-off ? »
« Je vas t'envoyer ça par courriel. »
« Connais-tu des changements ? »
« La fondation va avoir besoin d'un garage dans le sous-sol. »
« Tu vas-tu en blocs ou coulé ? »
« ICF. »
« C'est un système ben slick. »
« En as-tu déjà faite ? »
« Pas encore. »
« C'est quoi, IFC ? »
« ICF. C'est comme des coffrages de styromousse creux, comme des Lego avec des cadres de plastique rigide dedans. Tu passes l'armature dans les cadres de plastique, pis toute s'emboîte serré pis tight, pis tu coules le béton drette dedans. »
« J'ai jamais vu ça. »
« Parce que t'es toujours sur ton téléphone avec le TicTok pis whatever. »
« Pis le puits ? As-tu une idée quand tu peux t'en occuper ? »
« Donne-moé un coup de fil la semaine prochaine quand t'auras nivelé le terrain. »
« Je peux l'avoir nivelé dans une couple d'heures. »
« Quand ça va être faite la semaine prochaine, donne-moé un coup de fil. »
« Tu répètes la semaine prochaine, pis moi je pense que t'as un truck de puits dans ta poche d'en arrière. J'ai aussi l'impression que tu penses que je suis pas capable de faire couper une simple plateforme au niveau. »
« C'est pas ça. La plupart du monde disent qu'y sont prêts, pis on perd ben du temps à se présenter pis rien est prêt. »
« C'est correct. Mais si j'envoie des photos, je peux-tu être mis à l'horaire ? »
« T'as même pas de maison encore. »
« Je reste icitte, par exemple. »
« T'as la fontaine d'eau là. »
« Ouais, mais tu vois-tu la toilette ? C'est des chaudières d'étang, mon homme. J'ai besoin d'une place pour prendre ma douche. Ça me prend de l'eau. »
« Je veux dire, appelle-moé juste la semaine prochaine quand t'auras la plateforme prête. »
« Correct. J'écoute. »
« Mon gars, pourquoi t'es à maison, t'es pas à job ? »
« Pôpa, mêle-toé de tes affaires. »
« C'est mes affaires. T'es à maison. Ma maison. »
« C'est ma maison, Pôpa. C'est moé qui loue c'te maison-là. »
Le gars pense que Kerry King y loue une maison sans que mon nom soit dans l'affaire. Y pense que c'est sa place pis que moé je suis juste là parce qu'y est fin. Ça doit être le fun d'écrire l'histoire dans sa tête à neuf tous les jours, pas besoin que les faits du passé viennent gâcher la menterie d'aujourd'hui pis rendre ça plus dur de conter une nouvelle menterie demain. Toute la vie du gars commence le matin, pis peut-être que ça change avant le dîner, pis demain aujourd'hui est complètement oublié, une nouvelle menterie invente l'histoire.
« Pôpa, t'as encore oublié il était une fois. »
« Maudit gars, toujours en train de répliquer. Y a aucune raison de rester à maison, on a pas une cenne qui rentre. Tu viendras pas sucer mon chèque demain, j'ai travaillé toute ma vie pour avoir quatre cent cinquante, pis enfin ça revient après toutes ces années. »
« Pôpa, t'auras pas de chèque demain. J'ai regardé comment y planifient les chèques, pis y basent ça sur le jour que t'es né, pas sur le premier du mois. Ta fête est le vingt-trois, pis t'auras pas c't'argent-là avant le 27 mars. »
« Comment ça ? Comment ça se fait que t'arrives à c'te petit détail-là ? » C'est pas correct pantoute, mais j'aimerais ben savoir comment y est arrivé à ça dans sa tête de je-sais-toute.
« Pôpa, c'est drette là dans les papiers que t'as sortis sur le comptoir. Premièrement y étaient sur le comptoir dans la vieille maison, pis au lieu de les déménager icitte pis les mettre dans ta chambre, tu les mets drette là sur le comptoir de cuisine encore, fier comme un paon que tu vas avoir un chèque. C'est écrit drette là dans les documents que t'as pas ton chèque avant le vingt-sept de chaque mois. »
« Ça montre ce que tu sais. Demain c'est le vingt-neuf. C'est une année bissextile, monsieur je-sais-toute. »
« Pôpa, c'est toé le je-sais-toute. Assis icitte sur la galerie, pis tu me vois, pis tu commences drette là pourquoi chu pas à job. Ben, Pôpa, t'es si smatte, dis-moé pourquoi. »
« T'es paresseux, c'est pour ça. » Pis là c'te petit morveux à grande gueule, y m'a coincé icitte sur c'te galerie-là, y a même pas de place pour virer une chaise de l'autre bord, j'ai c'te rampe de galerie-là drette dans face, je peux pas voir passé les barreaux. Y est si smatte, y paquette toute la famille pis y nous monte sur la côte, pis là on a pus de galerie, on a pus de place pour s'asseoir pis penser, on a pus le feeling de comment ça fait de se sentir un avec la nature comme on avait chez nous – astheure c'est la maison à Rusty. Y élève sa famille dans ma maison, pis le gars m'enferme dans un coin, une rampe de bois pourri, c'est toute ce que je vois, même pas à deux pieds devant ma face, pendant que j'essaye de trouver les prochaines étapes pour le Yankee, pis lui y arrête juste la meilleure place qu'on a jamais eue pour ravoir le creux. Y arrête juste d'y aller. Pis on a besoin de c't'argent-là aussi.
« Pôpa, tu sais ben clair pourquoi je monte pas dans le creux travailler toute la journée pour rien, y saisissent mon chèque. »
« C'est de même qu'y font, y saisissent la paye, mais t'as pas complètement de bon sens non plus parce que tu fox pas juste la job pour du cash, t'es pas dehors à chercher de la job payée cash. »
« Je viens juste de me lever. »
Un autre problème drette là, le gars dort toute la journée si tu le laisses faire. « Pourquoi t'appelles pas Emma pis Madame Mernie Newell ? Comme je dis, y demandaient pour toé, y veulent que t'aides à gratter pis peinturer le centre communautaire, pis la prochaine affaire que tu sais a te trouve une piste de job à la journée payée cash, pis on s'achète de l'épicerie, on a pas de manger dans c'te maison. »
« Ta solution c'est que je lâche une place où je travaille pour rien pis que je m'en vas travailler pour rien à une autre place ? Ça remplit pas le garde-manger. Pis en plus, Meghan travaille à soir, pis a va ramener toutes les restes. »
« J'aime ben ça. »
« Peut-être qu'a va avoir un sac de pains à hot-dog comme la semaine passée. Y étaient bons. »
« Y étaient bons en tabarnak. Si a ramène encore du bœuf haché, je vas faire un pain de viande c'te fois-citte. Faut que t'appelles chez Emma, c'est toute ce que je dis. »
« Tu recommences encore, couper l'arbre à Madame King, gratter le centre communautaire, ramasser les déchets sur le bord du chemin, t'as l'air de la Betty Wiggins, qui dit de travailler pour rien pour me bâtir un réseau de contacts. Y a aucune nouvelle face que je vas rencontrer au centre communautaire qui va me trouver du cash pour de la job à la journée. »
Job à la journée, la moitié de la journée est passée. Ça a pas de bon sens. « Pourquoi tu retournes pas juste dans le creux pour chauffer les machines pis te faire payer vendredi. »
« Je me fais payer vendredi, Pôpa. J'ai l'ouvrage de la semaine passée c'te vendredi. Pis si je reste en dehors toute c'te semaine, ça fucke les livres, pis j'ai du cash vendredi prochain à cause du Yankee qui se pense ben fin, pis un homme se fait payer le vendredi, même s'y faut que t'ailles au pawnshop pour la paye, un homme se fait payer. »
« J'avais oublié c'te retenue-deux-là, y sont une semaine en retard. »
« La tienne aussi, Pop. Les papiers disent que ton chèque arrive le 27 mars, ça c'est en arrérages. Enfin le temps arrive de payer l'argent retenu, pis y le retiennent un mois de plus juste pour être sûrs. »
« Jed s'attend à ce que je paye sur le carnet qu'y m'a donné pour le truck. Peut-être que je vas descendre au bureau pis faire ajuster la date. »
« Ça marche pas de même, Pôpa. »
« Qu'est-ce que je vas faire ? Jed va s'attendre à c't'argent-là le premier. »
« Ben, Pôpa, peut-être que c'est toé qui devrais te trouver de la job à la journée avec le grand ménage du centre communautaire à Emma. »
Toujours en train de répliquer. Je y montre que j'ai un vrai trouble, pis c'te gars-là y s'en fout que j'aie donné ma parole, craché dans la patte pis toute, pis que je dois trouver le deux cents d'ici le premier, pis y me dit de descendre au centre communautaire faire du bénévolat, pis je vas me faire un contact qui va me trouver une journée de job, y pense pas que le ménage arrive même pas avant le deux mars, pis moé je dois le premier.
« People Ready, comme tu me dis tout le temps. Descends à People Ready. »
« C'est Labor Ready, mon gars. »
« People Ready, Pôpa. Y ont changé le nom y a des années. »
« Changer un nom ça change pas le sens. Ça veut dire que je chauffe jusqu'à Knoxville, j'arrive là avant le lever du jour, pis peut-être que je me fais pas choisir pour travailler, pis je chauffe toute le chemin du retour, pis un immigrant a pogné ma job. »
« Pôpa, je te l'ai dit plus qu'une fois, mets l'app JobStack sur ton téléphone, pis tu te connectes pis tu réclames ton shift, regarde icitte. »
Le gars a un téléphone qui fait sa job à sa place, y a pas une cenne, mais y a un téléphone qui travaille pour lui. Moé j'ai un ordinateur qui travaille pour moé. « Cody, t'es-tu debout la nuit à travailler sur mon ordinateur pis arracher les touches ? Juste hier soir une autre a disparu – le W. Premièrement c'est le un pis le deux, pis après le Q se met à manquer, pis hier soir c'est le W qui est parti, pis je peux pas aller sur aucun site web sans que je trouve le W. »
« Allô. »
« Allô. »
« Dernière heure. »
« As-tu la version manchette ? »
« Les gars de puits sont toutes de mèche. Y ont littéralement tellement d'ouvrage que tu peux appeler Atlas, pis c'est Samson qui se pointe. »
« Tu parles comme une écoute électronique – je comprends ce que tu dis, mais on aurait l'air exactement d'une transcription d'écoute codée si quelqu'un décidait d'écouter. »
« Samson et la grande job de puits. »
« As-tu d'autres chyrons ? »
« C'est quoi, un chryon ? »
« Chyron. La petite boîte de texte au bas de l'écran qui te dit si c'te membre-là de l'équipe de production a bu trop de café à matin. »
« Je veux dire, on a même pas encore couvert l'histoire du puits. Faut encore rentrer l'entrevue de la victime là-dedans pis l'autorité de dernière minute sur le sujet connectée de son salon avec l'opinion qu'on essaye de manipuler, pis après ça prend un vrai journaliste pour faire un stand-up avec des mots-belettes qui ont l'air de confirmer l'opinion. »
« Ben, Michael. On parle du puits. Chu debout dans un restaurant à lire le mémoire d'un avocat à l'appui d'une demande d'ordonnance d'urgence de justification, punition excessive pis tout le langage pompeux qu'y faut pour virer ma simple exécution de mandat de collecte de preuves en un essaim d'abeilles en forme de serpent. »
« Attends. J’ai pas assez porté attention. Comment t’as fait pour fermer la place pour une simple recherche de mandat? Tu peux pas fermer un commerce deux jours juste pour une recherche de mandat. »
« J’peux pas te parler de ça. »
« Mais. Tu peux pas punir… »
« Michael. »
« O.K., t’as raison. Excuse. Fait que, y’a une gang de gars de puits qui ont tellement d’ouvrage qu’y se sentent obligés de faire du triage sur les appels.. Pis en plus, celui-là, c’est un entrepreneur général lui-même. »
« Genre y bâtit des maisons? »
« Ouais. »
« Tu y as-tu montré un plan de maison? »
« Mieux. J’y ai donné une des copies. »
« Fait qu’y va soumissionner sur la job? »
« J’imagine. J’haïs ça être négatif de même, mais y’a pas eu une réponse straight. Je demandais direct, si je nivelle le terrain, peux-tu poser le puits, pis la réponse c’est genre, quand tu l’auras de niveau la semaine prochaine, appelle-moé. Pis je y dis que je peux l’avoir prêt dans une couple d’heures, pis y change de sujet pour parler des poissons dans l’étang. »
« C’est pas bon, ça. Y’a dit quoi à propos que tu creuses le trou toé-même? »
« J’y ai même pas pensé. En fait, on a passé juste à côté, pis on en a parlé – mais c’était avant que je sache qu’y avait une licence d’entrepreneur. Y’a jamais parlé de pas nous laisser creuser le trou, mais si tu y penses, y sait qu’on creuse le trou, pis y’a pris une copie des plans. »
« Ça sonne légit. »
« Faut que t’appelles HousePlans pour qu’y nous envoient d’autres copies. Y m’en reste juste deux à donner. »
« Je vais le faire quand je vais sortir d’icitte. »
« On a pas de chance pantoute avec ces constructeurs-là, par exemple. Fait que ce que tu dois vraiment faire, c’est appeler Maddron. »
« On a de la formation à soir au poste. Je vais y demander. »
« Pour vrai? »
« Ouais, si je te laisse faire, on va être sans abri pour toujours. »
« J’ai les mains attachées. »
« Parlant de menottes. J’ai reçu la facture à Peter hier soir, pis t’es mieux de trouver vingt mille piasses. »
« LMA. »
« Tu m’avais dit qu’y était à treize. »
« Les dépassements, pis on savait pas pour l’hôtel. »
« Tu l’as logé où? »
« Chérie, y venait de Clarksville, j’allais pas le mettre dans un motel cheap à la petite semaine. »
« Y’a resté où? »
« Au Marriott de Pigeon Forge. »
« Jésus, Michael. Toé tu vivais dans un cabanon, pis lui y avait le room service. »
« Y’a pas pris le room service, Stefanie. »
« Six mille de dépassements. »
« Sept. »
« Sa ligne d’hôtel est à six mille cent. »
« Y’a été icitte plus que trente jours. »
« Michael, faut que t’arrêtes. Pourquoi les gars ont coûté sept mille c’te semaine? »
« Y’ont engagé une couple de journaliers. »
« Pourquoi? »
« C’était une semaine de fou, ben occupée. Paillis pis réparer le chemin à côté de l’étang, Couper des arbres pis les déplacer pour ouvrir le nouveau passage de l’entrée, Finir d’imperméabiliser le toit du cabanon; y coulait. On a scellé les joints, pis on a mis des dalles en dessous pour le mettre de niveau. On est allés chez Karen pour abattre un Pin, pis on a ramené ses branches à la Drip, pis charger pis décharger des meubles, Déplacer de la roche de l’entrée jusqu’au pad, Organiser la remorque pis préparer le déménagement du cabanon. »
« Quel déménagement de cabanon? »
« Faut déplacer le cabanon pour finir l’empreinte de l’assise de la maison. »
« Pis le 1472 $ chez Green Acres Rock? »
« Des pavés plats. Après qu’on va avoir déplacé le cabanon, je veux le lever un peu pour que les rongeurs viennent pas s’installer en dessous. »
« J’ai de la misère à être la meilleure version de moé-même avec toé, là. Faut – que – tu – ralentisses. »
« J’aimerais ben ça. »
« Comment tu vas déplacer le cabanon --- que tu vis dedans --- pis tu vas le mettre où? »
« J’ai une compagnie qui s’appelle Mountain Barn Builders qui s’en vient, pis y vont le mettre sur un mule pis le monter à peu près cinquante pieds plus haut dans la côte, comme ça j’aurai pas à le redéplacer avant que je déménage. »
« Le gars amène des mules pour déplacer un cabanon? »
« Non, c’est une machine qui s’appelle un Mule. Ça a comme des fourches à palette genre en avant. Y met des roues en dessous d’un bout, pis y lève l’autre bout avec la machine, pis y le roule où c’est qu’y doit aller. »
« Ça peut-tu comme abîmer le cabanon? »
« Ça se pourrait. Faut le faire pareil. On sort toute dans la cour avant qu’y arrive pour réduire le poids. »
« Écoute, chu assise icitte, pis y’a deux personnes en ligne pour poser des questions. Faut que j’y aille. Arrête de dépenser de l’argent. »
« J’vas arrêter, mais Karen est-tu prête à ce que tu vives là pour toujours? »
« Faut que j’y aille. »
« Je t’aime. »
« Je t’aime. »
« Fait que, euh, Y’a un gars qui vient de rentrer en bas, à la cour d’équipement. »
« C’est-tu le Boyd, là? »
« Non, une Hyundai grise. »
« Je connais personne avec une Hyundai. »
« Y’est là en bas. »
« Pourquoi la Ring a pas sonné? »
« Y’est là, mais y l’a pas encore passée. »
« Où c’est qu’y est, le golf cart? »
« Y’est aux remorques. »
« Ben utile. »
« J’imagine, descends pis accueille qui que ce soit pis ramène-le en haut. »
« Pas de trouble. »
« Ah pis, j’vas y aller avec toé pis le monter en golf cart. »
« Kitty veut rentrer. »
« Laisse-la rentrer. J’en reviens pas d’être dehors en t-shirt en février. »
« C’est le fun. Ça durera pas, par exemple. »
« Ça sera pas long, pis la pluie nous a barrés dehors pour aujourd’hui. »
« Fais attention où tu marches. »
« J’aurais dû mettre des bottes. C’est déjà toute une soupe de bouette. »
« Rusty creuse comme un malade aujourd’hui. J’arrivais pas à suivre. »
« Ça a l’air d’être juste de la terre à c’t’heure. »
« Du bon schiste solide dans le fond, par exemple. »
« Ça va être le fun, ça. Appelle pis trouve-nous une pelle avec un marteau hydraulique aujourd’hui. La pluie va les rendre paresseux, fait qu’y vont livrer. »
« Sunbelt? »
« Magasine. Stef m’a mis l’argent dans la tête. Essaye A&A – toute le monde. Mais règle ça aujourd’hui. Tu vois qu’y a une bosse de roche bleue qui sort, pis faut commencer par là, sinon on va être icitte un mois. »
« Herc Rentals, c’est d’habitude le moins cher. »
« Appelle juste les quatre pis prends le meilleur prix. Prends-la pour une semaine. Ça va tourner autour de deux mille. Pendant ce temps-là, j’vas appeler Ag Pro pis voir si je peux en acheter un pas cher. Si ça prend trois semaines, ça fait six mille »
« Au moins – Mais oublie pas que tu vas devoir marteler le mur de l’entrée aussi. »
« Ouais, j’vas en acheter un, c’est sûr. »
« Tu veux-tu encore que je prenne une location? »
« Oui. Personne va avoir un marteau hydraulique en stock, pis là qu’on a commencé, faut finir avant qu’un inspecteur arrive icitte pis voie qu’on creuse sans permis. »
« Bon point. C’est peut-être le département de construction, ça, là. »
« Probablement pas. Y roulent des chars blancs. Ce Unistrut-là a ben tenu. »
« C’est ben plus fort que le bois pour les cadres solaires, c’est sûr. »
« Pis, avec les pattes enterrées, on a un champ de panneaux mis à la terre. »
« J’aurais quand même aimé ça voir ton idée de clôture à vaches. »
« T’es un sadique – on dirait qu’y débarque. »
« Tu penses qu’y nous a vus? »
« Probablement. Ce gars-là rentre pas dans une Hyundai. »
« Ça doit être le char à sa femme ou de quoi. »
« Sa towing est au garage ou de quoi. »
« Towing? »
« La première affaire qui m’est venue – y’a l’air d’un chauffeur de towing. »
« Ça fait longtemps que je voulais t’en parler – chaque fois que je passe pis que je le vois, pis après j’oublie. »
« Quoi? »
« Tu vois-tu comment l’eau coupe à travers le chemin, drette icitte au milieu de la côte. Je pense qu’on pourrait régler ça avec un simple ponceau en travers. »
« Je garderai probablement pas ce bout de chemin-là, par exemple. C’est quasiment l’arrière de la digue, pis je veux pas que les chars montent par icitte. »
« Quand même, c’t’eau-là va presque couper la côte au complet. »
« Y nous voit, là. Pourquoi y reste planté à côté de son char? »
« Y parle – c’est un Bluetooth. »
« C’est peut-être l’entrepreneur – j’ai même pas écrit le nom. »
« Gros espoirs. »
« Haut comme Fozzie Bear. On dirait qu’y jappe après celui à qui y parle. »
« Y se fait engueuler. »
« Ça doit être le fun d’avoir des jeunes oreilles. »
« Y dit, je voulais pas dire ça, non madame. Oui, madame. Là, y fait des signes de la main pis y dit salut. »
« Ouais, ça j’l’avais compris, le smatte. Salut. »
« Moé, c’est Jeff. »
« Moé, c’est Michael. »
« Je viens juste de parler avec ta bonne femme. »
« Ma bonne femme, hein? Pis ça a été comment? »
« A’ l’est pas reposante. »
« Comment t’as même fait pour l’avoir au téléphone? »
« Ton courriel – j’ai essayé d’appeler ton numéro en arrivant, pis t’as pas répondu, fait que j’ai appelé l’autre numéro que t’avais dans ton courriel. »
« J’ai laissé mon téléphone dans le cabanon quand chu descendu te rejoindre – t’es qui, toé? »
« Jeff, de Smokey Mountain Builders. »
« Ton truck est au garage? »
« Nope. C’est ça, mon char. »
« Tu vas en arracher en tabarnak avec ça icitte. »
« C’est-tu le bon chantier? »
« C’est ça. »
« Y’a pas un de mes gars qui va endurer toute c’te bouette-là. »
« On est pas fans nous autres non plus, mais on est icitte pour la forêt, pis la forêt aime pas ça, de la gravelle partout. »
« La maison va-tu icitte? »
« Ah non. A’ va en haut de la côte, d’où c’est qu’on est descendus. »
« T’as-tu un stationnement là-haut? »
« Nope. C’est à flanc de côte, pis on est en train de creuser l’assise de la maison – On peut pas mettre une entrée en avant tant que la fondation est pas faite. »
« L’entrée en avant changera rien si t’es pas capable de rentrer les trucks icitte. »
« On rentre correct. »
« Mes gars feront pas ça. »
« C’est probablement mieux de même. Chu content de t’avoir sauvé la marche jusqu’en haut, par exemple. »
« J’montais pas ça à pied. Si t’étais pas descendu, j’aurais juste sacré mon camp après avoir raccroché avec ta bonne femme. »
« Stefanie. Content de t’avoir rencontré, Jeff. »
« Moé itou. Bonne chance avec ça, mon homme. Tu trouveras jamais de constructeur, par exemple. »
« C’est encourageant. Lâche pas. Merci pour ton temps. »
« Hey, laisse-moé te demander, pourquoi tu prends pas une équipe de terrassement pour rentrer de la roche icitte pis faire l’entrée comme du monde? »
« Ben, Jeff. D’habitude je réponds pas à une question par une question, mais celle-là me met tout à l’envers. Qu’est-ce que tu veux dire par comme du monde? »
« Ça a l’air d’une job à petit budget. »
« Y le sont-tu pas toutes. Développe, si tu veux ben. »
« Je vois pas toute la place, mais je viens de faire plus qu’un quart de mille à tourner pis virer à travers une forêt épaisse avec le char qui vibrait tout le long. »
« Pis qu’est-ce que tu suggères? »
« Je suggère que tu coupes cinquante ou soixante de ces arbres-là, pis que tu redresses le chemin. »
« C’est deux grandes courbes. T’es-tu resté pris pantoute? »
« Non. »
« T’as-tu spinné? Glissé dans le fossé? »
« Non. Ça brasse, par exemple. »
« Ça brasse. Pis y’a ces courbes-là dedans. »
« Ben, ouais. Je rentre, pis je vois pas le chemin en haut genre, pis faut que je rentre avant même de savoir si le chemin continue jusqu’à la prochaine courbe, pis je passe les deux avant même d’arriver icitte, pis je vois rien d’icitte, non plus. »
« Fait que l’intimité. »
« Non, c’est que ça brasse pis l’intimité pis les arbres qui pincent le chemin. »
« Je veux dire, ton char s’est-tu fait égratigner par des branches ou de quoi? »
« C’est un beau char. C’est-tu un vingt-quatre? »
« Je viens juste de l’avoir la semaine passée. »
« Y’est beau. Fait que les branches sont pas comme dans le chemin ou whatever, han? Je veux dire, on les a coupées pas mal raide, ça doit faire trente pieds entre les plus proches au niveau du sol. »
« C’est comme un tunnel. »
« Ouais, le feuillage est là-haut pis y’est épais, c’est sûr, mais ça égratigne pas ton char pantoute. »
« Si t’en coupais une gang, tu verrais le ciel comme du monde. »
« Pis la gravelle? Y’en a-tu assez épais? »
« Tu rentreras jamais de trucks icitte, c’est toute ce que je dis. »
« On a eu des trucks de béton icitte, ben tranquilles, y’a une couple de semaines. »
« T’as déjà commencé? »
« Non, on s’est fait souffler un mur de béton projeté pour retenir une côte qu’on a coupée. »
« Ah, t’as déjà une équipe de terrassement. »
« C’est nous autres, l’équipe de terrassement. »
« Tu fais quoi dans’ vie? »
« Je vole des banques. »
« --- »
« C’est mieux que de les laisser me voler, moé. Qu’est-ce que tu vois d’autre, Jeff? »
« T’as déjà en masse de roche icitte. »
« Probablement pas loin de cent voyages à c’t’heure. »
« Es-tu sérieux? »
« C’était un sol de forêt pas touché, plein de sources pis de ruisseaux quand on est arrivés, pis j’étais à peine capable de le marcher jusqu’icitte. Cette petite entrée-là monte quasiment un autre quart de mille jusqu’à un virage en épingle qui va revenir vers le garage de la maison. »
« Un demi-mille d’entrée. Ça fait de la marche, ça – en montant. »
« C’est pas mal graduel, mais – Tanner, va chercher le golf cart, pis on va monter Jeff voir la vue qui vaut cher. »
« J’avais pas vu ça. »
« Ouais. Fait que, t’as-tu déjà soumissionné sur une job qui a cent voyages de roche perdus dans le sol juste pour te faire rentrer pis faire le plan? »
« Ça fait ben de la roche. »
« Un voyage à la fois. »
« Fait que, embarque. »
« Je t’ai même pas entendu arriver. »
« C’est électrique. »
« Tu le charges comment? »
« Des panneaux solaires. Embarque. Tu vas voir. »
« C’est vraiment une belle place. »
« Ton refrain change un peu. »
« Le chemin brasse encore plus dans ce golf cart-là. »
« Pas prêt à lâcher le morceau encore. C’est correct. Tu vas voir. C’est une maudite bonne gig. On a quatre gars à temps plein pis un cinquième de prévu, pis y vont être disponibles pour tes gars à toé quand le temps va venir. »
« Mes sous-traitants parlent pas anglais. »
« La montagne de Babbel, d’abord. Moé, je parle espagnol, par exemple. Comment tu communiques avec eux autres? »
« Je vas pas souvent sur le chantier. Je travaille avec les propriétaires, pis eux sont natifs, fait qu’y s’occupent du chantier. »
« Attends, tu gères pas tes chantiers? »
« Oui. J’ai juste pas besoin de me montrer la face pour le faire. »
« J’imagine que ça te donnerait pas grand-chose de te montrer si t’es pas capable de parler aux travailleurs. Mais comment tu fais un changement ou tu corriges le tir si tu fais ça à distance? Genre, mettons une rampe d’escalier qui se fait poser du mauvais bord, ou de quoi de ben commun? »
« Y m’envoient des photos, d’habitude. »
« Fait que comme un jeu vidéo. »
« Probablement un peu plus compliqué que ça. »
« Je passe toute la journée icitte avec ces gars-là. Je peux pas m’imaginer les laisser tout seuls prendre chaque décision par eux-mêmes. »
« Moé, je l’imagine tous les jours. »
« Bien joué, Tanner. Mais tu le penses pas. »
« Mon œil que je le pense pas. Mais t’as raison. Ça me rend fou – pis toute le monde aussi – quand je te trouve pas pour te demander comment tu veux telle affaire ou telle autre. »
« T’en as-tu beaucoup de même, Jeff? »
« Y arrêtent jamais d’appeler, mon chum. »
« Je m’en doutais – j’ai pris le meilleur scénario pour la poche qui vibrait. »
« Y arrêtent jamais. »
« Pourquoi tu réponds pas, tout simplement? »
« Y peuvent attendre. C’est quoi, ces remorques-là? »
« C’est juste des outils pis du matériel. »
« Pis la fourche dans le chemin, ça va-tu genre vers les voisins? »
« Non, celui à droite monte par l’arrière de la digue jusqu’à l’étang. »
« Fait que, j’ai remarqué l’autre jour que c’te machine-là force dans c’te côte-là, mais avec nous trois dedans, c’est fou. »
« C’est rough, han? Quand même, quinze, c’est pas pire. »
« C’est mieux que marcher. »
« Oh --- wow, c’est un chantier de construction icitte en haut. »
« Ben, ouais. Tu t’attendais à quoi? »
« Plus comme en bas. »
« Tu vois ce qu’on a fait avec le chemin de droite, comment on l’a connecté icitte à celui-là? Le plan, c’était de fermer celui qui monte par l’arrière de la digue pis de faire rentrer toute le monde par icitte, mais --- Tanner, je pense qu’on va connecter les deux chemins drette icitte, faire une boucle pour virer de bord au moins pendant la construction, parce que Jeff m’a fait penser qu’y va y avoir ben des trucks avec les équipes, pis y vont avoir besoin d’une place pour se stationner pis virer de bord pis toute. »
« Y vont pas aimer ça pareil. »
« Je veux dire, y’ont-tu pas des trucks? »
« Des vans, surtout, mais ben des gars ont juste des chars. »
« Les chars monteront jamais icitte avant que j’aie fini le chemin. »
« Y travailleront pas là-dedans. »
« Je veux dire, ces gars-là se stationnent dans la cour en bas tous les jours pis montent à pied. »
« Ouais, c’est ça qu’on fait. Pis on l’apprécie ben gros à part de ça, Bossman. »
« Bossman, hein? On verra ça plus tard. »
« Fait que t’as deux sites de creusage. T’as-tu commencé là-haut pis réalisé que c’était pas correct, pis après t’es venu par icitte --- c’est pas encore correct, ça. »
« T’es un gars intéressant, Jeff. »
« Tu creuses pas l’assise de la maison là, toujours? »
« Ben, ouais. C’est le centre du terrain, drette à côté de l’étang. Y’a une galerie qui fait le tour complet de la maison, pis sur la fondation, a’ va être genre quinze pieds au-dessus de l’eau. Ça va être magnifique. »
« T’es pas mal proche de l’eau de ruissellement. »
« J’ai déjà entendu ça. J’avais le coin le plus proche à vingt pieds. Je l’ai reculé à trente, à c’t’heure. »
« T’es-tu déjà venu icitte quand y pleut? »
« Chu jamais venu icitte quand y pleut pas. »
« J’aimerais ben voir ça quand l’eau passe. »
« C’est invisible. Regarde les feuilles mortes à terre. L’eau fait pas bouger les feuilles. »
« J’aimerais le voir pareil. »
« Tu vas avoir ta chance dans à peu près une heure si tu restes pour dîner – Tu veux-tu de quoi? Tanner, prends la commande à Rusty pis à Devin pis on part ça. »
« Allô Tommy. »
« Qu’est-ce tu fais icitte, Meathead? »
« Ben, monsieur, chu venu emmener votre petite fille souper si vous le permettez. »
« Ben, je le permets, mais pense pas que juste parce que vous êtes mariés tous les deux tu peux me la ramener icitte à n’importe quelle heure. »
« Non monsieur. J’y penserais même pas. Comment ça va, mon chum? »
« Été occupé en maudit. On était sur un arrachage de galerie aujourd’hui, pis chu pus jeune comme avant. »
« Es-tu sérieux? Tu peux pas… Tu devrais pas faire c’te genre d’affaire-là. »
« Pas le choix. Mike a pris la job, aider une madame qui reste plus bas, pis moé pis Stephen c’est toute ce qu’y a pour faire l’ouvrage. »
« On dirait que Clover va défoncer c’te porte-là si je rentre pas y dire bonjour. »
« Stefanie doit avoir hâte itou. Toute ce qu’a’ fait tous les soirs, c’est rester assise dans’ maison à regarder Jeopardy pis la Roue de fortune avec moé pis Karen. »
« Ça a été un long mois. »
« On dirait deux. »
« Ça prend du temps à s’habituer, c’est sûr. On est un mois là-dedans, pis à part une couple de soupers pis une soirée en amoureux, le téléphone c’est toute ce qu’on a. »
« J’vas laisser sortir Clover. »
« Non, fais pas ça. Comme ça, j’ai pas besoin de rester planté là à remuer ma propre queue pour la faire grouiller. »
« Au moins Maddron est embarqué, à c’t’heure. »
« Quoi? A’ me l’a pas dit, ça. A’ devait y demander hier soir, mais a’ m’a jamais dit qu’y avait embarqué. »
« J’ai peut-être ben vendu une surprise. »
« Oh, misère. Laisse faire. A’ s’en vient. »
« Hey, Stef, c’t’homme-là se pointe dans mon entrée, y prétend qu’y a une date avec toé à soir. C’est-tu vrai? »
« Allô, Clover. Ça c’est ma face. Doucement, bébé chien. O.K., o.k., monte dans le truck, c’est ça. Wow, est crinquée. Allô, bébé. T’es ben belle. »
« Pis toé, t’as l’air d’un itinérant. »
« C’est juste une coïncidence. »
« Tu vas-tu coïncider avec une douche c’te semaine? »
« Ça a été une semaine occupée. »
« Ouais, mais t’as pas pris de douche depuis quatre jours. »
« Bon ben, d’abord. »
« C’est dégueu. »
« Regarde-moé pas. J’essaye de te dire que t’as une grande gueule. »
« Mon chum, toute ce que j’ai dit, c’est qu’a’ était belle. »
« Ben, tu te pointes pour la soirée en amoureux, t’as l’air d’être tombé de la machine dans un tas, pis tu vas te le faire dire de même. »
« Merci pour l’aide, mon chum. »
« Tout le plaisir est pour moé. »
« Mon amour, embarque. Faut manger, pis là faut que je complote pis que je magouille une date pour me faire pardonner. »
« Tu l’as dit. »
« Je vous la ramène de bonne heure, M. Cotter, monsieur. »
« On dirait ben. »
« Embarque, Sweathog. J’ai faim. »
« Attention à tes pieds. Tommy, tiens-toé tranquille pendant qu’on est partis. C’te langue fourchue-là est pas aussi sélective que t’espères. »
« A’ l’est un ange, pis tant que je t’ai, j’ai un port d’attache. »
« À tantôt dans quelques heures, mon chum --- Mon amour, qu’est-ce qu’on mange pour souper? »
« Ben, je pensais qu’on s’assoirait pour manger quelque part, mais peut-être un drive-thru. »
« On l’emporte à la Drip? »
« Pantoute. Ce cabanon-là sent le cendrier. »
« Ça sent pire que ça. »
« Nope, le cendrier. »
« Le truck est pas ben mieux. J’ai été obligé de dormir là-dedans encore hier soir. »
« Je sais que ça aide pas pour les nuits frettes, là, mais tu vas être correct d’ici l’automne. J’ai parlé à Maddron hier soir, pis y’a dit qu’y le ferait. »
« Tu me niaises? C’est malade! Y’a dit quoi? »
« Y’a dit qu’y le ferait. »
« Enthousiaste? »
« Ben, y’a dit qu’y était vraiment occupé. »
« Fait qu’un délai. »
« Non. Y veut organiser un dîner vendredi. »
« Oh boy, c’est gros, ça! Fait que c’est un souper de célébration? »
« Ça l’était. »
« Excuse-moé bébé. J’avais pas réalisé. »
« Ça m’a jamais passé par la tête que tu viendrais à notre seule soirée en amoureux, pis que tu prévoirais pas une douche avant. »
« Ouais, je le vois, là. »
« Tu vas pogner la gale ou de quoi si tu te replaces pas. »
« Je pense qu’y faut être en contact avec la gale pour pogner la gale. »
« Une rash, d’abord. »
« Veux-tu qu’on retourne à’ maison, pis je peux me laver, pis prendre du linge dans mon lavage propre? »
« J’ai pas de lavage pour toé. »
« O.K., on rencontre Maddron demain pis on y montre le site pis les plans pis on s’entend, pis On va aller souper comme du vrai monde samedi. »
« J’ai de la formation de l’État toute la fin de semaine. »
« C’t’affaire de deux agences-là, c’est un mal de bloc. »
« L’État nous a mis sur des Red-dots, à c’t’heure, pis on a de la formation toute la fin de semaine. »
« Belle façon de prendre une tireuse à quatre-vingt-dix-huit pis d’en faire une épaisse qui trébuche. »
« Le FBI a mis Phil là-dessus l’année passée, pis y dit qu’y s’est habitué. »
« Ce gars-là a trop de jobs. Sevierville, le Revenu, pis le FBI. »
« Deux enfants, une femme, pis y trouve encore le temps de prendre une douche. »
« Voilà la faille dans le plan surprise. »
« Combien de temps ça va prendre si Maddron commence tu-suite? »
« Faut compter un mois pour rentrer dans le sol. »
« T’es déjà dans le sol. »
« Ça, c’est évident, mais je veux dire avec les semelles. Faut qu’y fasse faire les dessins, qu’y aille chercher les permis, qu’y aligne les corps de métier. Le premier mois, c’est en masse de temps au téléphone. Pis c’est pour ça que je paye le quinze pour cent. »
« Vingt-cinq pour cent. »
« Quoi? »
« Y’a dit que c’est coûtant plus vingt-cinq. »
« Pas surprenant. »
« Pas surprenant, quoi? »
« C’est une grosse bouchée. »
« Tu veux-tu que je y dise non? »
« Non, non. Pas ça. J’ai fait c’t’estimation-là de toutes les façons possibles, pis j’ai acheté la liste de bois avec le plan de maison, fait que je l’ai envoyée chez Tindell’s quand j’ai commandé les fermes de toit pour l’atelier. »
« Attends, quoi? Quand ça t’as commandé les fermes de l’atelier? »
« Surprise? »
« Nope. Non. On s’était entendus que l’atelier attend que la maison soit bâtie. »
« J’essayais d’avoir quelques affaires d’avance. Les affaires qui prennent du temps. »
« Combien, les fermes? »
« Tu regardes pas le LMA, han? J’ai acheté les fermes pour l’atelier imaginaire parce que ça prend genre six semaines à fabriquer, pis je veux pas arriver au point où chu prêt pour c’te bâtisse-là pis me dépêcher pour attendre. »
« Combien, Michael? »
« Cinq mille. Mais c’est pas ça le point. J’avais besoin d’un prix pour le paquet de bois, pis je voulais les convaincre de me faire un bon prix, pis j’ai offert le paquet pour l’atelier aussi. »
« Attends, t’as pas acheté le bois pour l’atelier, toujours? Non attends. C’est pas toé qui bâtis c’te maison-là. Pourquoi tu vas chercher des prix pour des paquets de bois? »
« Faut que j’estime, Stefanie. »
« Pourquoi? C’est la job de l’entrepreneur. »
« Ouais, mais c’est moé qui achète le service, pis comment je négocie si je sais pas combien ça coûte. »
« C’est Maddron. »
« C’était pas Maddron lundi quand j’ai envoyé la demande. »
« Non, Michael. »
« Oui, Stefanie. J’ai déjà commandé les fermes pour l’atelier, pis même si c’est Maddron qui bâtit la maison, c’est pas lui qui bâtit l’atelier. »
« Michael, toute ma job, c’est des reçus mélangés. Chacun de ces petits génies-là pense que s’y mélange le compte du cash, y vont mêler le dossier. Je tombe pas dans le panneau à’ job, pis je tomberai pas dans le panneau à’ maison non plus. »
« C’est pas ça que je fais. »
« Oui. Tu penses que si tu mets les Fermes sur une ligne de dépense avec la soumission du bois tu peux prouver la différence de prix pis m’embobiner pour que je te laisse bâtir la maison. »
« Chérie, j’ai rencontré une gang d’entrepreneurs là-bas, pis le seul qui a utilisé des vrais prix, c’est celui qui est sur le bord de manquer d’ouvrage en bâtissant exactement la même maison que nous autres. C’te maison-là est quasiment finie. »
« C’est pas un entrepreneur licencié. »
« Pis? Chaque entrepreneur licencié que t’appelles engage les mêmes gars, un gars qui parle à peine anglais, pas de permis de conduire, trois numéros d’assurance sociale, pis qui se fait payer moins par l’entrepreneur que s’y travaillait pour moé direct. J’ai rencontré un gars pas plus tard qu’hier qui prouve exactement ça. »
« Maddron, Michael. »
« Ouais, son nom c’est Michael. Pis? »
« Bien essayé. Écoute. C’est pas toé qui bâtis c’te maison-là, pis ton petit plan d’aller chercher les permis toé-même pis de laisser Enrique la bâtir, ça arrivera pas! »
« Je tourne de quel bord? »
« Je m’en fous. »
« Stef. Faut manger. »
« J’ai pas faim. »
« Envoye, sois pas fâchée. »
« Chu pas fâchée. »
« Je jouerai pas à devine-mon-émotion avec toé. T’es affectée, pis c’est parce que t’as un idéal dans ta tête, pis je force chaque nerf de mon corps pour l’accommoder, mais tu deviens juste de plus en plus dure. Je vis dans un cabanon, Stefanie. Toé, tu vis dans ton lit d’enfance. On a à peu près la moitié de l’argent qu’y nous faut pour bâtir c’te place-là, pis je regarde un calendrier avec de la vraie météo dedans – de la météo qui compte pour moé. »
« Parle-moé pas de même. »
« Stefanie, on est un mois là-dedans, pis c’est planifié par liste de souhaits. J’ai accepté ton idée de GC, Maddron – vingt-cinq pour cent, c’est du prix de concierge. »
« C’est quoi, du prix de concierge? »
« Y’a des gars qui chargent vingt-cinq, mais le prix courant, c’est quinze. Vingt-cinq, c’est ce que tu charges au gars qui est à cinq États de distance pis qui a rien d’autre que du temps pis du budget à revendre. »
« C’est aussi ce que tu dois charger quand t’as vraiment pas le temps de faire une affaire, mais que t’es pas capable de dire non à ton ami. »
« Correct, mais faut que tu comprennes. On a six cents pour bâtir c’te maison-là, pis ça veut dire qu’on doit finir la maison pour 480 000,00 $. »
« De quoi tu parles? »
« Quatre-quatre-vingts plus vingt-cinq pour cent, ça fait six cents. Pis là que l’estimation de Tindell’s se prouve pour vrai. Un entrepreneur a en général un charpentier pour sept ou huit piasses du pied pour la main-d’œuvre, pis le paquet de bois roule en général de cinq à quinze du pied dépendant de la complexité des fermes, mais on a acheté le dessin en deux par six, pis notre toit fait quasiment quarante-cinq carrés pis une structure de fermes compliquée avec le salon cathédrale. »
« Michael, t’es en train de me mathématiquer. »
« C’est des chiffres, pis ça change pas. Le paquet de fermes était à trente-huit mille, pis le paquet de charpente à vingt-sept, ça fait soixante-cinq mille juste pour les bâtons. »
« Ça laisse encore quatre cent quinze. »
« Fait que tu mathématiques. La fondation, c’est deux cent quatre-vingt-dix pieds linéaires d’ICF à dix pouces d’épais, pas cher ça fait vingt-cinq en béton pis dix pour les coffrages, trente-cinq avant que le premier chèque de main-d’œuvre soit écrit. »
« Trois-quatre-vingts. »
« Correct. Là, payons les charpentiers. Huit du pied pour la maison, quatre mille pieds de murs, ça fait trente-deux pis le toit, ça fait quarante-cinq cents à deux piasses, neuf mille. »
« Quarante et un? Ça fait trois-trente-neuf. »
« Là, on a besoin de la main-d’œuvre pour le béton. C’est une grosse fourchette. Mettons que le gars de béton a sa propre pompe; y coulera pas c’te maison-là pour une cenne de moins que ce que les matériaux coûtent – trente-cinq pour le mois. »
« Le mois? »
« Ouais. Ça va prendre un mois pour couler les semelles, placer les coffrages, les supporter pis couler. Chanceux, c’est juste à peu près neuf voyages, fait qu’on peut couler une journée en continu, pis on se ramassera pas avec des joints froids partout comme à Hardin Valley. »
« Fait que trente-cinq? »
« Disons trente. »
« Trois cent neuf. »
« Fait que cent soixante et onze nous donne une fondation, une charpente, pis un pontage de toit. Le toit, c’est quinze pour les matériaux, pis tu peux gager tes belles petites fesses que c’est un autre dix pour le poser. »
« Deux-quatre-vingt-quatre. »
« Les fenêtres, cinquante. »
« Deux-trente-quatre. »
« Les portes extérieures, trois simples, deux doubles, pis les deux entrées principales. Si on prend ces deux-là cheap, on pourrait s’en sortir avec vingt, installées. »
« Deux-quatorze. »
« Là, on vit dans une boîte en contreplaqué avec un toit pis des portes. Pas de plomberie, d’électricité, de chauffage-clim, d’électroménagers, de céramique de salle de bain, de comptoirs de cuisine, d’armoires, d’escaliers, de portes de chambre, de portes de garage, de galerie, pis bye-bye ton deux-quatorze. »
« Je le vois. Mais c’est pas aussi loin que je pensais. »
« Ça, c’est coûtant, plus vingt-cinq. Ça atterrit drette sur notre six cents si toute va parfait. Pis chaque cenne de dépassement sort du coussin du LMA pis de nos salaires, pis ceux-là sont déjà réservés pour les travaux d’infrastructure. »
« C’est pas toé qui bâtis la maison, Michael. Je passerai pas de vivre dans un chantier de construction à vivre dans le prochain. »
« C’est proche, Stefanie. Ben proche. Même avec toute ça, j’ai pas compté la peinture, les moulures de portes pis de fenêtres, les plinthes, l’atelier, le solaire; j’imagine deux systèmes de conduits parce qu’on a besoin du chauffage au gaz en backup, pis y font pas de système géothermique bi-énergie vraiment efficace. »
« Michael. »
« O.K., mettons ça de côté. On a passé à travers, pis faut au moins que je prenne une pointe pis une salade, sinon mon estomac va manger ma colonne. »
« J’aime pas c’te place-là. »
« Peux-tu juste prendre une pointe pis on ira souper samedi? »
« J’ai de la formation samedi soir, pis j’ai déjà dit à Emma que j’aiderais au centre communautaire. »
« Qu’est-ce qu’a’ t’a prévu? »
« A’ l’a une gang de monde qui se rassemble pour une corvée de ménage pis de peinture. Tu devrais venir. »
« Euh. Boy, chu content que ce soit toé qui demandes pis pas elle. »
« Ouais, a’ l’aurait vu ça, c’est sûr. »
« Subtil, hein? J’ai pas envie de travailler sur le centre communautaire, là, pis j’ai un million de nos propres affaires à faire – surtout à c’t’heure. »
« Mmhmm. »
« À quelle heure, Maddron, demain? »
« J’ai pas encore organisé ça, mais y’a dit pour dîner. »
« Seymour Grill? »
« C’est correct. »
« Organise ça. J’vas arrêter à la maison modèle pis voir si je peux rejoindre le propriétaire pour avoir la permission de visiter le chantier avec notre entrepreneur --- j’en reviens pas que je viens de dire ça. »
« Y va-tu te laisser faire ça? »
« Chu sûr que oui. C’est un chantier de construction. »
« C’est-tu encore un chantier de construction? »
« Chu pas passé depuis un bout, mais probablement. On a-tu besoin d’un chèque pour Maddron demain? »
« Ben, apporte-en un, mais on en a pas parlé. Y’a dit qu’y essaierait de monter un contrat approximatif – au moins de quoi à regarder. »
« Ça va devenir sérieux. J’ai dépensé genre trente mille c’te semaine déjà, pis une fois que… »
« Comment tabarnak t’as fait pour dépenser trente mille piasses dans une semaine? »
« Premièrement, y’a la roche, chérie. Y’a une énorme bosse de roche bleue, du schiste pas érodé, drette au milieu de l’assise de la maison. On a loué une machine avec un marteau hydraulique, pis j’ai commandé notre propre marteau chez Ag-Pro. »
« Un marteau hydraulique, ça coûte trente mille piasses? »
« Non. La location, c’était deux mille, pis le marteau, huit. »
« Arrête pas là. Ça fait juste dix mille. »
« Je t’entends, Stefanie. Pour vrai. Mais faut que tu comprennes. »
« Je comprends pas, pis je comprendrai pas… »
« Faut que tu comprennes. Là, écoute. T’attaques les lignes de dépense pis les coûts, mais tu transformes pas l’information en connaissance. »
« T’as raison. Chu niaiseuse. »
« Voyons. Arrête ça. Arrête ça tu-suite. »
« Parle-moé pas de même. »
« Faut ben. Tu me parles comme si je dépensais de l’argent sur des cartes Pokémon ou de quoi. C’est notre maison, chérie, pis d’une manière ou d’une autre, faut qu’a’ se bâtisse. »
« Trente mille en trois jours, Michael. »
« Trois jours? C’est pas trois jours. »
« On vient de faire ça dans le même stationnement de restaurant y’a trois jours. »
« Ouais, mais les vraies dépenses sont pas toutes dans ces trois jours-là. Le tuyau de ponceau, c’est une facture. On en a parlé avant, pis là faut le payer. »
« Les fermes, Michael. »
« Ouais, fait que ça, c’est dans les trois jours. Techniquement. »
« Je sais pas ce que techniquement veut dire, mais t’es mieux d’arriver quelque part avec ça. »
« O.K. Écoute. J’ai dépensé à peu près quatorze mille sur le LMA, La paye a passé mardi, sept mille, mais ça sortait encore de mon salaire. Pis j’ai dépensé neuf mille sur la carte. »
« Tu me niaises! T’avais déjà plus que soixante là-dessus. »
« Arrête. On va dépenser ben de l’argent. Ben gros. Genre vraiment ben gros. Y va y avoir des milliers d’items sur des milliers de reçus sur des centaines de jours. Tu peux pas me micro-mesurer à mort. J’ai dépensé neuf mille sur la carte. J’ai acheté la clôture anti-érosion pis l’anguille pour autour de l’étang, pis une location de machine, mais ça a pas encore passé. »
« Ça met la carte de crédit à plus que soixante-dix mille. »
« Je sais, bébé, mais c’est plus facile de swiper la carte que d’écrire un chèque – on va-tu vraiment passer toute notre date là-dessus? »
« Paye la carte avec le LMA. Chu pas c’te personne-là. »
« C’est pas toé la personne qui le dépense. »
« Paye-la au complet… Tu devrais vraiment répondre à ton téléphone. »
« C’est juste un autre appel de spam. »
« Ça arrête jamais de sonner. »
« Prends-le. Y’est tombé à côté de ton siège. »
« C’est Cody. »
« Cody? »
« Ça va être intéressant. Salut, Cody. »
« Salut, Bossman. Excuse-moé d’avoir pas appelé. J’ai été malade. »
« C’est ça qui arrive quand tu pars en furie au milieu de la journée en me disant d’aller me faire foutre. Tu deviens tellement malade que t’es pas capable de te servir du téléphone. »
« Ouin. J’ai pogné la cochonnerie. »
« Le Covid? »
« Non, Michael. La Cochonnerie, c’est pas le Covid. La Cochonnerie, c’est la cochonnerie. »
« Allô, Stefanie. Comment ça va? »
« Allô, Cody. J’ai entendu dire que t’as manqué une couple de jours. Tu veux-tu échanger de place? »
« Madame? »
« Rien, mon chum. A’ dit juste qu’a’ l’est un peu jalouse. »
« J’vas être là demain. Excuse d’avoir pas appelé. »
« Parfait. T’as-tu appelé Tanner? T’as pas encore d’assurance, mais on peut probablement trouver une façon de facturer une visite au sans-rendez-vous si t’en as besoin. »
« Nah, j’ai pas besoin de ça. J’vas être là demain. »
« Bon. »
« O.K., ben, bye, d’abord. »
« Bye, mon chum. »
« C’était intéressant. Pourquoi tu l’as laissé revenir? »
« C’est pas ma décision. »
« Comment ça? »
« C’est un associé dans la compagnie que j’ai engagée pour faire l’ouvrage. »
« Tu sais que c’est pas vrai, han? »
« C’est vrai, Stef. C’est réel. Faut que ça le soit, sinon je commets de la fraude fiscale. »
« Michael. T’as engagé ces hommes-là. »
« Je les ai choisis pour un cadeau. Ma méthode, c’était de choisir quelqu’un pis de le laisser choisir le reste. Y’ont su à chaque minute du chemin que s’y sont pas une compagnie, je les ferai pas travailler. Je peux en savoir plus qu’eux autres. Je peux même les micro-gérer, mais je peux absolument pas les engager, les clairer ou les punir sans punir chacun d’eux autres. Pis la seule manière que je peux faire ça, c’est d’utiliser leurs services ou de pas utiliser leurs services. »
« Tu contrôles leur ouvrage. »
« Je contrôle DirecTV aussi pis l’arpenteur aussi. Robby Giles a emprunté mon laser rotatif. Ça fait-tu de lui mon employé? »
« Tu te penses pas mal smatte, han? »
« Regarde, j’ai déjà Cody qui surveille chacun de mes mouvements en espérant que je commette un genre de crime pis que je mange ma claque, j’aimerais mieux pas l’avoir à’ maison aussi. Faut que je mange. »
« Je meurs de faim en tabarnak. »
« Toé? J’ai tellement faim que tu commences à avoir l’air d’une de ces dindes de dessins animés, là. »
« La porte est ouverte. »
« Kitty est sur l’arbre coupé. »
« Y’est où, lui? »
« Sais pas. »
« Chatte, y’é où, le Yankee? »
« A’ sèche. »
« Fait que, euh, j’imagine qu’on se met juste à l’ouvrage. »
« L’assise est sèche. Moé pis Russ, on peut s’occuper de ça. »
« Devin, je sais que t’es tanné de la clôture à sédiments, mais faut la poser. Creuser un trou sans permis, c’est déjà assez pire, mais le faire sans clôture à sédiments, c’est juste courir après la honte. »
« Plaçons l’anguille. »
« Si pire que ça, hein? »
« Mon chum, j’ai planté cent piquets, pis mes ampoules m’ont dit de rester chez nous. »
« Compris. C’t’anguille-là, c’est pas une croisière de plaisance non plus, par exemple. Ces copeaux de bois-là s’additionnent vite quand tu commences à tirer le boudin autour de l’étang. »
« On peut-tu pas juste accrocher le bout au skid pis le traîner? »
« Quand même, c’est un tube de dix pouces plein de copeaux de bois, trois cents pieds de long, pis le skid le placera pas le long du bord de l’eau. »
« Je peux vraiment pas swinger la masse encore. La moitié de mes ampoules ont pété. Regarde. »
« Tu devrais aller au sans-rendez-vous à soir pis te faire donner une pommade antibiotique ou de quoi. »
« J’ai du Neosporin. »
« Tu peux pas swinger un marteau, ça c’est sûr, mais je pense pas que tu peux tirer c’t’anguille-là non plus. »
« Cody lâchera pas le skid. »
« Y le lâcherait, mais c’te côte-là, c’est pas une place pour un gars pas formé dans un angle mort qui roule. On va te former dessus, par exemple. Promis. Aujourd’hui, c’est pas la journée. »
« J’vas juste mettre des gants. »
« T’es sûr? T’es pas obligé de travailler avec tes mains de même. »
« C’est juste des ampoules, mon chum. »
« Montre-moé ça encore. Ouais, tu vois? C’est pas avec ça que tu peux traîner un rouleau anti-érosion. Ces anguilles-là sont comme tressées pis ça gratte avec les copeaux qui passent à travers, pis c’t’ampoule-là est énorme. »
« C’est pus une ampoule. »
« Encore pire, par exemple. Regarde-moé ça. Ça rentre quasiment dans ta paume, pis y’a déjà de la terre en dessous du lambeau de peau. »
« C’est correct. »
« Tu tireras pas l’anguille avec ça. Google-le, soigner une grosse ampoule crevée dans la paume. »
« Je l’ai fait hier soir quand je l’ai pétée. »
« Tu l’as pétée exprès? »
« Un peu. J’ai pogné une poignée de porte, pis a’ l’a crevé, mais a’ s’est pas comme vidée d’un coup, fait que je l’ai pétée un peu plus grande. »
« Ça disait quoi? »
« Tes ampoules te parlent-tu, Tanner? »
« Google disait quoi? »
« Garder ça propre, pas l’arracher, pommade, docteur si ma main tombe. »
« C’est réglé. J’ai jamais vu une ampoule aussi grosse de ma vie. C’t’affaire-là rentre jusque dans ta paume, pis tu tires pas d’anguille. Fait que voici ce que tu vas faire. Mets des gants, prends les petites clips qu’on a laissées sur la tablette dans la remorque, pis commence à ramasser les fils qui pendent en arrière des supports solaires, pis quand t’as fini ça, fais-moé signe. J’vas finir de poser la clôture à sédiments. »
« Ça prendra pas de temps. »
« Je sais, mais on les a laissées traîner, pis tu peux passer la journée sur toutes ces affaires-là quasiment finies, nettoyer pis organiser les outils si on en manque. C’est soit ça, soit tu vas au sans-rendez-vous. »
« Les clips sur la tablette du haut? »
« C’est ce que je pensais. Regarde-le là-haut. Y’est dur sur c’te machine-là, mais y travaille la terre comme si la machine était attachée à lui. »
« Y’haït c’te machine-là. »
« Pourquoi tu dis ça? »
« C’est juste le regard qu’y a dans’ face quand Rusty prend la pelle. »
« C’est comme un ballet tough, regarde. Le gars a genre un cercle pas plus grand que la machine elle-même pour travailler, pis j’ai aucune idée comment y ramasse c’te terre-là, la lève au-dessus de la machine pour avoir de la place pour virer, tout en ramenant la pelle autour du mur de roche – à flanc de côte en roulant pour aller la vider. Moé, je renverserais la moitié de mon voyage ou je virerais la machine à l’envers. »
« C’est un artiste. Y’haït ça icitte, par exemple. »
« Je sais, mais ça a pas de bon sens. C’est littéralement parfait pour lui. Y’est son propre boss, mais y’a pas besoin d’aller soumissionner des jobs tous les jours pour que l’ouvrage continue de rentrer. »
« Imagine-toé donc. »
« Je l’ai fait. »
« Pas beau. »
« C’est pas si pire que ça, mais c’te job-là m’a fait réfléchir. Fait que, t’as une compagnie, pis le monde appelle, pis tu vas voir l’ouvrage, pis t’en parles, c’est comme une entrevue d’embauche tous les jours de ta vie. Cody est pas fait pour ça, pis je pense qu’y le sait, mais en équipe, Moé pis Rusty on peut faire les soumissions pis lui y peut runner les équipes pis les machines, pis y’aurait toute le temps tout seul dans une machine qu’y peut endurer, pis y va avoir toute ça pour rien de plus que de garder la première job jusqu’à ce que la job soit finie. »
« C’est ça la partie difficile. Y’a déjà commencé. »
« À lâcher? »
« Ouais. »
« Je pense pas qu’y lâche. Je pense qu’y veut juste travailler à temps partiel pour une paye à temps plein. »
« Y’a pas une paye à temps plein, par exemple. Lundi pis mardi y’est parti de bonne heure, pis mercredi, jeudi y’est pas venu pantoute. »
« Pis, y saisissent son chèque. »
« Y’essaye de se faire payer cash. »
« Ça marchera pas. »
« Hey! »
« Y nous a-tu entendus? »
« Vous êtes mieux de pousser c’te porte-là, là, pis laisser rentrer c’te chatte-là. »
« Non, y peut pas nous entendre, debout sur la pelle de même. »
« R’garde-moé c’te chatte-là. A’ veut rentrer. »
« Je la vois, mon chum. »
« Pas moyen qu’y nous ait entendus dans c’te machine-là. »
« Y’en est sorti depuis combien de temps? »
« Je l’ai pas remarqué. »
« Kitty, ça fait combien de temps que t’es assise sur c’te marche-là – J’arrive. Je me demande s’y sait qu’y a laissé la porte ouverte. »
« Non, quand je l’ai installée, on s’est fait interrompre, pis y m’a dit de mettre un pêne dormant dessus, mais on s’est jamais rendus là non plus. Je gage qu’a’ l’a juste glissé quand y l’a fermée. »
« Je comprends pourquoi on pose une clôture à sédiments, mais c’est bizarre genre parce qu’y a pas eu de permis pour commencer à creuser, fait que qu’est-ce que ça change si t’as une clôture à sédiments installée comme du monde? »